Des comptes horaires
La semaine dernière, nous avons reçu un mail absolument hilarant de notre directeur des ressources humaines, un type particulièrement balèze qui vient de l’univers bancaire, autant dire qu’il connaît toutes les subtilités de la presse.
Trêves de plaisanteries, il est très fort en langue de bois. Il parle des plombes pour te dire qu’il ne sait pas ce que l’avenir te réservera. Du genre, à propos de la revente toujours d’actualité de notre pôle : « Les prochains mois devraient permettre de dégager plusieurs pistes de réflexions sur la cession des titres en instance de revente. Diverses options sont en cours d’analyse et nous sommes au croisement d’un carrefour qui dictera d’ici une durée encore non connue l’avenir des prochains mois pour vos journaux ».
Ainsi, disais-je, on reçoit un mail pour nous expliquer que le lundi de Pentecôte qui était férié, finalement, bah, il l’est plus. Enfin, si, c’est comme le patron veut : ou il est férié, et le patron, il paie en se sacrifiant la part patronale de la taxe de solidarité qui doit enrichir les caisses vides de l’État, ou bien il n’est pas férié et les salariés doivent travailler les heures qu’on leur a accordées en mai dernier.
Bonjour à tous,
Comme vous le savez, la législation concernant la journée de solidarité a changé il y a quelques mois. Pour mémoire : la journée de solidarité est maintenue ; le Lundi de Pentecôte peut redevenir férié et chômé comme il l’était jusqu’en 2004 ; pour 2008, l’employeur a la faculté de définir unilatéralement les modalités d’accomplissement de cette journée, après consultation des Instances Représentatives du Personnel.
Pour 2008 : le printemps dernier, notre société avait décidé que le Lundi de Pentecôte 2008 (soit le 12 mai 2008) serait chômé et payé. En conséquence, après consultation des comités d’entreprise, il a été décidé que la journée de solidarité serait accomplie de la façon suivante dans toutes les entités du groupe :
Attention, un peu de suspens : nous allons donc devoir rattraper nos heures injustement chômées en mai dernier tout le monde doit être logé à la même enseigne, alors on vient nous dire quand il faut travailler plus (pour gagner pareil) :
– Pour les salariés soumis à l’horaire collectif : travail 1 heure de plus pendant 7 vendredis (soit 7 journées travaillées pendant 8 heures au lieu de 7 heures) d’ici le 31 décembre 2008.
– Pour les salariés au forfait annuel jours : augmentation de la durée de travail de 7 heures d’ici le 31 décembre 2008, selon des modalités à déterminer avec leur manager.
Bon, alors, autant si on bosse comme OS avec un nombre de pièces à réaliser par jour, je comprends un peu comment on définit le fait de travailler une heure de plus pendant sept vendredis, mais alors dans un métier comme le mien où en gros toutes les semaines ou mois, le journal sort, je vois vraiment pas à quoi ça peut servir.
En tout cas, il peut se toucher, le DRH, sinon je vais compter les jours de bouclage où je reste jusqu’à vingt heures et on va commencer à parler un peu plus sérieusement de deux mots qui lui brûlent les oreilles : « heures supplémentaires ».