Mariage volcanique (1/4)

Si, en partant d’Orly mardi en huit (ouais, je sais c’est éculé d’écrire ça, mais ça continuera de me faire rire jusqu’à la fin de mes jours) (c’est-à-dire dans deux semaines, je crois), on m’avait dit que j’allais être bloqué au Maroc en raison d’un volcan volcanique islandais, je crois que j’aurais craché de rire mes corn-flakes par le nez.

Ainsi, the journey begins par un soleil ensoleillé sous le charme printanier d’un délicieux muffin coca light au délicat prix de sept euros cinquante à l’aéroport d’Orly. Me pourléchant les babines devant ce festin digne d’un roi, j’écoutais distraitement la conversation autour. Deux types débarquent et l’un d’eux alpague la serveuse par la plus truculente saillie jamais profanée : « Bonjour mademoiselle, tu te souviens de moi ? Nan ? Tu te souviens pas ? Mais c’est moi ! J’étais là il y a deux semaines, j’avais acheté un sandwich ». Imparable. La fille n’a pourtant pas donné suite aux sous-entendus délicats du dragueur (en vrac : « T’es célibataire ? Nan ? Alors t’es mariée ? Bon, on va en rester là, alors », « Tu me files ton numéro au cas où ? », « Mais tu sais, je peux revenir ! »), la bougresse.

Je retrouve mes compatriotes, nous partons pour le mariage de ma cousine, Salima, dont le père est moitié sévère / moitié marocain et la mère est ma tante, la sœur de ma mère, cherche pas, c’est compliqué la famille. Elle s’est déjà mariée une première fois en France, mais remet le couvert au Maroc pour la tradition, et la tradition, au Maroc, ça rigole encore moins que le marchandage dans la Médina.

Direction Fès via la magistrale compagnie aérienne nationale : la Royal Air Maroc. Ou la RAM, ce qui nous permettra de délicieux jeux de mots quelques jours plus tard, jeux de mots que n’auraient pas reniés Arthur pour son spectacle, par ailleurs.

Un vol sans encombre avec un soupçon de retard, rien de bien méchant et nous voilà en direction de la vieille ville de Fès où la famille marocaine de ma cousine dispose d’une grande demeure, un riad comme ça s’appelle, magnifique. Vautré dans le luxe et l’opulence du salon marocain ouvrant sur un patio en mosaïque bleue et blanche, j’apprécie dès les premières minutes la douceur de vie marocaine quand on est dans la maison. Oui, parce qu’à l’extérieur, ce n’est pas la même.

Riad

À l’extérieur, dans les petites ruelles, la population grouille. Mais, il faut le reconnaître : à Fès, les locaux sont plutôt tranquilles… même si toujours ils se rappellent à toi, principalement en Médina, là où les marchands pullulent. N’oublie pas de visiter mon échoppe, c’est les meilleurs tapis berbères de tout le Maroc, si, sidi. Eh ! La gazelle, tu viens avec ton gazou ? C’est les meilleurs babouches de tout le Maroc. De la qualité ? Bien sûr ! C’est la meilleure qualité ! Y a pas meilleur dans toute la Médina. Le prix ? C’est le meilleur ! C’est le moins cher ! Le prix, c’est pas un problème.

J’ai croisé tellement de marchands de babouches promettant qu’ils avaient la « meilleure qualité » que je finissais par tourner de l’œil. Un peu à côté, en revanche, c’est plus bouillonnant : des rabatteurs chopent le touriste et se mettent devant eux en promettant « le quartier des tanneurs, c’est par là, viens, suis-moi ». Le type, un gamin souvent, se met alors dix pas devant et marche dans l’unique direction possible avant d’arriver en bas et demander de la fraîche.

Quartier des tanneurs

Mais passons sur cette petite saveur locale et avançons à la veille du mariage. Vendredi. Ce jour-là, on a commencé à se poser des questions quand le frère du marié n’a pas pu venir à cause d’un nuage de cendres, j’ai alors activé les données à l’étranger de mon téléphone portable et pour la modique somme de 35 euros, j’ai pu accéder aux nouvelles des journaux. L’espace aérien était fermé, la perspective de mon retour le dimanche s’assombrissait quelque peu.

Ce même vendredi, notre périple nous conduisit à Meknès où par les truchements d’une matinée à attendre, nous décidâmes en notre âme et conscience d’entreprendre un tour de carriole à 150 dirhams. Les guides conducteurs se tiraient la bourre, perdant rapidement toutes envies de nous expliquer quoi que ce soit, ce qui tombait bien car si le marocain parle français, c’est un français qu’on comprend difficilement. Heureusement, le marocain est relativement conciliant et il te dira toujours « oui » quelle que soit ta question :
- C’est par ici Derb Guebbas ?
- Oui, c’est par là.
- Je croyais que c’était de l’autre côté, pourtant.
- Oui, c’est là aussi.
- Et si je vais tout droit par ici ça me mène où.
- À Derb Guebbas.
- Aussi ?
- Oui, oui.

Lorsque nos guides daignaient nous parler de la visite autour du Palais Royal, c’était pour ça :
- Là, c’est l’ancien quartier des Juifs.
- Ah ! D’accord…
- Là, c’est l’ancien cimetière des Juifs.
- Ok…
- Là, c’est l’ancienne école des Juifs.
- Et il y en a encore ?
- Quoi ?
- Des Juifs ?
- Hum. Pas beaucoup.

Meknès

Une fois quarante-cinq minutes écoulées à nous faire pipeauter sur la piscine d’un quelconque sultan alaouite, nous revoilà au centre de la place principale de Meknès, direction les petits taxis pour repartir cahin-caha vers notre lieu de villégiature dans la partie moderne de la ville. La cousine du papa de la marié nous offrait le tajine et le couscous (c’est plus light). Et le lendemain, le samedi, c’était le grand jour, le mariage.

Alors, un mariage au Maroc, c’est pas vraiment simple. Ça commence à 13h30, ça finit à 21h30 (pas tous, mais celui-ci était comme ça). On arrive, on mange à l’envers (les gâteaux au début, les petit-fours à la fin) et ensuite, la mariée arrive et parade dans des tas de robes qui montrent le talent des artisans locaux. De l’autre côté, le marié est secoué sur un plateau au son de rythmes enivrants, puis on le repose. La mariée s’en va accompagnée des marieuses en caftan violet (quatre femmes qui prennent en charge le respect des traditions et l’enfilage des robes). Là, il y avait trois robes, mais parfois, c’est plus, jusqu’à sept, me semble-t-il. Et chaque fois que la mariée arrive, les marieuses hurlent à la mort :

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Et puis ensuite, les époux s’assoient sur leur super trône (monté pendant qu’on déjeune, c’est plus pratique).

Trône

Le clou du spectacle, c’est ce qu’on appelle la robe fassi qui pèse une demi-tonne et qui fait ressembler la mariée à un cobra. Là encore, on met le mari et la femme sur un genre de plateau, et on les secoue pendant une bonne demi-heure (ça ressemble à ça en fait). Les marieuses installent ensuite scrupuleusement les époux sur le trône, réglant au millimètre chaque détail ce qui donne cet aspect totalement naturel à chaque photo (oui, oui, on a bien l’impression que le marié a un bras droit en plastique) :

Les marés

Et le soir, dans le salon marocain, buvant la première coupe de champagne de la journée (l’alcool n’est pas super bien vu au Maroc) et discutant pour la énième fois de la journée des horaires d’avions, on a commencé à se dire qu’il fallait réfléchir à un plan B, parce que décemment, contre toute attente, les vols ne reprendraient pas le lendemain matin. Et c’est là que l’histoire commence.

7 commentaires

  1. david carzon

    oh mon dieu (ce matin je préfère à OMG peut-être parce que j’ai lu du Hortefeux tout le week-end), quel suspense… que va-t-il se passer ?
    I AM SCARED

  2. IMtheRookie

    La suite, la suite !
    (note que je pourrais rire jusqu’à la fin de mes jours sur le dialogue « Derb Guebbas » et sur le sourire crispé du marié, je vais donc de ce pas fermer cet onglet avant de suffoquer…

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