Et ça continue encore et encore

Le dimanche, sur France Musique, Emmanuelle Gaume anime un genre de « La Une est à vous » de la musique classique (« La Une est à vous », je sais pas si tu connais, mais moi, je regardais ça quand j’étais gamin et je voulais toujours appeler pour être sûr qu’ils passeraient un épisode de la quatrième dimension). On prend son téléphone, on lâche une cacedédi façon Skyrock (« Cette chanson, c’est pour ma bitch Maryse qui déchire sa race à la musette ») et Emma envoie la sauce. Hier, elle a mis pour faire plaisir à Jean-Paul cette aria tirée des Pêcheurs de perles sûrement très connue mais que personnellement je n’avais jamais entendue par cause que j’encadre pas Bizet. C’est – comment dire – épidermique : l’amour, les enfants de bohème, ça va cinq minutes.

Mais là, Roberto Alagna entonnant « Je crois entendre encore », ça m’a collé des frissons partout. Alors, j’ai pris mon manteau et je suis allé sur Internet pour voir si on ne pouvait pas trouver l’extrait en question. Et là, je tombe sur un truc qui s’intitulait : « Pearl Fishers Mega Pack ». Mega Pack ! On se serait cru dans une pub pour une compil’ d’NRJ en 1990. Bref, bingo, dedans je tombe sur la version d’Alagna :

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Mais également un paquet d’autres, dont l’une de Tino Rossi et surtout deux versions, la première façon easy listenning :

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la seconde, magnifique, façon musette :

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Un vrai régal pour les oreilles.

Mariage volcanique (4/4)

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Lorsque le nuage a bloqué l’espace aérien, mon oncle marocain nous a dit que seuls les européens étaient inquiets de savoir comment rentrer, les marocains, s’il fallait quatre ou cinq jours pour arriver à leur destination, ils n’en avaient que foutre. C’est un comportement que je croyais plus fréquent dans le reste de l’Afrique en raison d’une infrastructure assez limitée. Les marocains que j’allais côtoyer pendant le dernier épisode de notre aventure seront assez éloignés de ce cliché local, mais dans le cadre du quotidien, outre que le natif du pays connaissant les codes a toujours un peu tendance à te passer devant, il est vrai que le marocain aime prendre son temps.

C’est dans un bar local, La Terrasse, qu’on allait découvrir le plaisir d’attendre lorsque deux d’entre nous décidèrent d’acheter une bouteille de champagne. Il faut dire qu’à La Terrasse, ils servent une « salade périgourdine » alors prendre du champagne, pourquoi pas, hein ? Au départ, parce que je ne sais pas pourquoi, les deux compères lorgnaient vers un magnum de Laurent Perrier. La serveuse amenant un jéroboam, ils se sont rabattus sur deux bouteilles simples. Mais il fallait aller les chercher. On ne sait pas trop où ils sont partis, peut-être en France, toujours est-il que deux heures plus tard, un serveur arriva avec les bouteilles demandées. 900 dirhams la bouteille, à la limite, c’était pas cher.

Avouons que réclamer du vin au Maroc, c’est toujours hautement folklorique. Disons que la carte te propose six vins rouges, deux vins blancs, deux rosés. C’est un exemple. Tu regardes, tu demandes le vin machin, le sommelier s’en va, revient avec deux bouteilles qui n’ont rien à voir (tu veux du rouge, il ramène du blanc), te dit que « c’est le meilleur », tu dis « ok pour le meilleur », il repart et ouvre une autre bouteille qui n’a encore rien à voir. Dans ce coin où les gens ne boivent pas (en tout cas pas ouvertement), ce n’est pas trop surprenant.

Au riad El Yacout où nous avons dîné à plusieurs reprises (et où la propriétaire nous a montré pendant une soirée ses photos de Bono de U2 qui était venu dormir un jour), nous étions de si bons clients que le serveur est venu avec une bouteille ouverte depuis plusieurs mois : « c’est cadeau, ça m’fait plaisir ». Oui, mon ami, c’est gentil, mais ce que tu nous amènes n’est plus buvable, alors merci, garde ton cadeau, lui dit-on. Évidemment au moment de l’addition, la bouteille offerte était sur la facture.

L’addition, c’est aussi le véritable folklore, surtout quand on bouffe à dix. Le serveur – c’est systématique – note tout sur un petit calepin, puis – je sais pas- il doit foutre son papier en l’air parce que quand on lui demande de nous amener le total, il faut lui dire exactement ce qu’on a pris. Après, il gribouille des tas de signes cabalistiques sur son calepin, donne un total, tu lui dis que tu paies la bouteille d’eau mais pas le tajine de machin, alors, il sort sa calculette et recalcule tout à chaque fois. Bilan : lui ou toi se fait arnaquer, ça dépend du jour, et payer aura pris entre trente minutes et une heure.

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Jeudi matin. Le temps n’est pas de la fête. On laisse tomber notre idée de piscine ce jour et partir à Volubilis le lendemain. Ce sera une journée à tenter de monter dans l’avion. Deux équipes, deux taxis, on prend la décision de se retrouver devant le comptoir de la Royal Air Maroc. Dans le premier, ma cousine Yasmina, son fils, son mari, ma mère, dans le second, ma cousine Catherine, son mari, moi. On part avant eux, mais on arrive quinze minutes après. Ils sont déjà dans la queue devant le local de la RAM à l’aéroport de Fès quand on débarque. On les rejoint, nous voilà sept, répétant le scénario tenté par ma petite sœur la veille : on avait des tickets pour dimanche dernier, l’avion n’est pas parti, que fait-on ? Surtout, on ne mentionne pas les tickets de samedi prochain parce que sinon on va nous dire d’attendre jusqu’à samedi.

Avec nous, deux amis de la famille qui, eux, ont racheté des tickets en business (500 euros l’unité). Il est midi quinze. À l’intérieur du petit bureau de la Royal Air Maroc, deux personnes tentent d’obtenir des places pour on ne sait quoi. Ils finissent par sortir, voilà notre tour qui arrive. Une délégation de notre groupe – Yasmina et le mari de Catherine – entre dans le bureau, je me poste devant la porte, bloquant le passage à quiconque. Je n’entends que des bribes, mais assez vite la responsable de la RAM explique à l’un de nos deux ambassadeurs : « Monsieur, il n’y a pas de liste d’attente ». Elle le répète tant que je finis par pousser la porte : « Expliquez-moi pourquoi on a bien voulu m’inscrire hier quand j’ai appelé votre call center, alors ! », notre délégué me repousse gentiment. Elle continue son speech savamment appris. Je repousse la porte et entend : « Je vous dis qu’il n’y en a pas ». Je recommence : « Mais madame, ma petite sœur a pu y être inscrite hier ! ». L’ambassadeur me jette un regard noir : « Pop, tu sors ». Ok, ok.

Finalement, notre délégation passe une tête hors du bureau, il faut les tickets de samedi : ceux dont on ne voulait se séparer pour rien au monde ! Damned ! Mais pourquoi ? Parce qu’il y a un vol supplémentaire cette nuit à une heure du matin et qu’elle va nous booker dessus. Ok, douze heures à attendre dans l’aéroport de Fès, au point où nous en sommes… On glisse nos résas. La fille à côté de moi rigole et m’explique : « ils ont dit pareil hier, on nous a proposé un vol à 3 heures du matin, c’était en fait un car pour Casablanca pour prendre un autre avion ». Ahahah, trop drôle. Finalement, on a six places bloquées, mais il faudra revenir pour les confirmer après 17 heures et si on veut aller en liste d’attente, il faut aller au guichet d’enregistrement. On se place les premiers sur l’une des files.

Le guichet ouvre, on demande immédiatement à être mis en liste d’attente. « Monsieur, il n’y a pas de liste d’attente, mais s’il reste de la place à la fermeture de l’enregistrement, on tentera de vous mettre dans l’avion » ; derrière moi, un monsieur d’une soixantaine d’années avec sa femme qui semblent ne pas avoir de ticket non plus se placent sur le côté avec nous, puis une famille marocaine de huit personnes avec deux enfants et pas plus de ticket s’installent devant nous. On attend tranquillement quand le premier monsieur saute sur le chef d’équipe au sol de la compagnie, lui parle en arabe, sort son téléphone, appelle quelqu’un, donne le téléphone au type et entre dans son bureau. Quand le chef sort du bureau, ma mère l’arrête et lui demande : « Monsieur, est-ce qu’il y aura bien un vol à 1 heure du matin ? », « Pourquoi ? », répond-t-il. « On vient de nous mettre dessus, mais il semblerait qu’hier c’était le cas aussi et le vol n’est jamais parti ». « Madame, il y a bien un vol à 2 heures du matin ». Maintenant, c’est deux heures ?

Une heure passe comme ça à voir un ballet d’enregistrements, une chorégraphie savamment organisée où chaque ticket arrive avec un passager et des valises par chariot entier. Les espoirs se réduisent ; coincés dans notre petit coin, on regarde les gens comme nous qui, natifs du pays, savent un peu mieux à qui s’adresser et surtout comment leur parler. Ma cousine appelle son oncle (marocain), ancien contrôleur aérien, pour infléchir le destin en notre faveur. À la manière du sexagénaire, elle tente de passer le téléphone portable au chef d’équipe qui lui répond : « Madame, ne me passez pas votre téléphone ! Je ne prends personne au téléphone ! Et puis vous avez le vol d’une heure du matin, vous ! ». Moi : « Et à lui ? Vous avez pas pris son téléphone peut-être ? ». Rien à faire. L’homme est incorruptible. En tout cas pour notre groupe.

14h15. Il reste une heure d’enregistrement pour le vol de 15h55. Le vol de 17h35 est finalement en retard : il ne partira qu’à 20h00. De toute façon, perdu pour perdu… Une fille arrive derrière moi qui joue toujours les cerbères de la file d’attente, je la reconnais : elle était là, lundi, dans les bureaux de la RAM ! Déjà derrière moi de surcroît ! Elle m’explique qu’elle a une place pour le vol de 17h35. Mais comment ? « J’ai appelé quelqu’un qui connaissait quelqu’un et puis, bah voilà, je voulais pas, mais on ne peut faire que comme ça ». Félicitations ! Bah nous, on espère monter dans celui de 15h55. « Moi aussi ». Gné ? « Oui, j’ai pas envie d’attendre et puis il est en retard celui de 17h35 ».

Nom de putain de Dieu ! AH NON ! C’est nos places, là, chérie, tu vas gentiment attendre ton vol de 17h35. Elle passe, demande, on lui parle en arabe, je pige pas évidemment. Elle s’en va, revient, reparle. Je la perds de vue. En fait, elle est partie parler au chef d’équipe et au douanier qui est un pote de je ne sais qui. À partir de 14h20, l’un de notre groupe vient devant le guichet pour demander où ça en est. La fille ne se démonte pas, nous explique qu’elle a noté nos noms (elle a écrit sur une feuille « 6+1 ») et qu’il faut attendre 15h15. On retourne dans la queue et cinq minutes plus tard, on revient. Le jeu continue jusqu’à ce que les choses deviennent vraiment confuses.

Ça bascule quand on s’aperçoit que le sexagénaire a un ticket. On commence à s’énerver, ma mère devient furieuse : « Mais pourquoi il a un ticket ? », demande-t-elle. On lui répond :
- Mais madame, ça n’a rien à voir avec votre cas.
- Bien sûr que si, il n’avait pas de ticket et maintenant il en a un ? Il a payé qui et combien ?
- Madame, il n’a payé personne.
- Alors qui lui a donné le ticket ?
- Madame, je dois y aller.

Nous sommes verts de rage car tous les groupes arrivés après nous sont en passe, semble-t-il, d’être sur le vol. Et nous sur le carreau. C’est le problème d’un pays dont on ne parle pas la langue : on a l’impression d’être systématiquement le gogo de service. Quand on voit tous les locaux obtenir le précieux ticket doré de la chocolaterie, on ne peut pas faire autrement que de ressentir l’impression qu’une nation entière se ligue contre toi… Vrai ou pas, ça ne fait aucune différence : au moment où ça se passe, on ne sait pas penser autrement.

Arrive 15h00, on revient à la charge et nous ne sommes pas les seuls : huit français partis avec Ryanair ont demandé à des amis en France de leur acheter des places sur le vol d’aujourd’hui, ils sont arrivés avec leur numéro de réservation… qui n’était nul part dans les ordinateurs de la Royal Air Maroc. À ce moment – c’est horrible – mais si j’avais pu prendre leur place, je n’aurais pas hésité un instant. Le chef d’équipe arrive, glisse un mot à la fille du guichet qui éclate en sanglot. Elle enregistre des familles marocaines qui étaient sans ticket et nous, on l’a vraiment mauvaise. Ma cousine, à moitié marocaine par son père, sort sa carte d’identité nationale du pays : « Je suis marocaine, laissez-moi monter dans l’avion ». La fille qui voulait le vol de 15h55 plutôt que celui de 17h35 et qui a obtenu son ticket dit quelques mots à la responsable du guichet, on est plusieurs de notre groupe autour de la fille, le mari de ma cousine tente de l’apaiser après la crise de larmes : « Dur, aujourd’hui, vous prenez des vacances bientôt ? », « J’en reviens ». Elle rit un peu. Et finalement, elle prépare nos tickets d’embarquement.

Ce moment délicieux où nos passeports passent de main en main pour arriver devant le comptoir, la douce mélopée de l’impression de nos tickets, le souffle de l’air extérieur qui nous appelle… c’est tout notre espoir qui remonte en flèche quand, patatras, elle nous explique qu’elle attendra 15h20 pour nous les donner s’il reste de la place.

À côté de nous, deux femmes françaises. L’une est collée à un autre guichet et appelle sa copine pour lui dire de se mettre devant nous, devant notre guichet, celui qu’on squatte depuis deux heures maintenant. Je tente de la bloquer, mais la salope s’intercale entre moi et le chargement des bagages. On garde nos valises prêtes, notre meilleure nouvelle copine du guichet part dans les allées pour demander si des gens sont sur le vol de 15h55. Elle revient : « je vous enregistre, amenez vos bagages ». On ramène nos valises, et au moment de poser le premier sac, la connasse qui s’est glissée devant nous pose le sien. La fille sort une première étiquette et demande à notre ambassadeur si c’est à nous, l’autre grognasse bourre un coup sur le côté et tape son billet sur le comptoir : « NAAAAAN, c’est à môôôôôôôaaaaaaa ». Sa copine se précipite avec son sac, et ces deux pimbêches à tête de harpie se font enregistrer. Je n’avais qu’une envie : frapper avec une batte de base-ball sur leur genou jusqu’à ce qu’éclate et en sorte la rotule. Je les ai haïes comme personne, jamais. Notre tour arrive, mais c’est la confusion totale, on est en arc de cercle, tout le monde parle, on compte les valises, il y en a six plus des bagages à main et une poussette. Au bout de dix minutes supplémentaires, l’affaire est enfin dans le sac et je regarde totalement incrédule mon ticket d’enregistrement persuadé qu’il va y avoir une merde et qu’on ne montera pas dans l’avion. On réussit à s’extirper et on file vers le contrôle de la douane.

Heureusement, pendant les heures interminables à attendre, ma cousine a pris le soin de remplir les fiches de sortie de territoire à remettre à la douane où l’on note le pays de départ, le pays d’arrivée, chez qui on va, notre numéro de passeport et notre profession. J’ai bien écrit notre profession ? Hum.

Nous arrivons devant la douane en deux groupes. Le douanier prend quatre passeports, les repose un à un, puis lève un œil et demande : « Qui c’est monsieur Pop ? ». Gloups.
- C’est moi. Un problème ?
- Vous êtes journaliste ?

Non. Pas ça. Pas maintenant. Ami(e) journaliste qui débute, sache ceci : si tu ne veux pas te faire emmerder à la douane, ne dis jamais que tu es journaliste. JAMAIS. À l’aller, bien conscient de cet état de fait, j’avais précisé que je travaillais dans le marketing des emballages de nourriture pour animaux. Mais ma cousine, pensant bien faire, ne s’est pas doutée que le journaliste n’est pas une profession réputée dans tous les pays du monde. Aux États-Unis, il faut un visa particulier. Ou mentir. Au Maroc, comme je ne le savais pas, je n’ai même pas réfléchi, et j’ai menti sur ma profession, comme d’habitude. Mais au retour, il fallait donc que je sois journaliste. Pour de vrai.

- Pardon ?
- Vous êtes journaliste ?
- Euh… Oui, enfin, c’est-à-dire que non, mais euh…
- Quel journal ?
- Je… Vous allez rire… Je suis en train d’être viré, mon journal a fermé !
- Mais quel journal ?

J’explique et quand il comprend le type de presse pour lequel j’écrivais, il me laisse passer. Ouf. Nous voilà dans la zone d’embarquement. Enfin !

L’attente est légère, tellement délicieuse car notre retour est quasiment promis. Mais je préfère éviter les fausses joies et reste taciturne. Lorsque l’avion qui arrive de Paris atterrit, je me glisse dans la file qui s’est formée. Les marocains n’ont pas grand chose à foutre du numéro inscrit sur le ticket et s’assoient où ça leur chante. On a déjà vu ça à l’aller, si jamais il y a deux tickets avec la même place, ça va être pour ma pomme. Au loin j’entends un appel : « Monsieur Martin Roy doit se présenter à l’accueil ». Tiens, c’est marrant, c’est le même nom que le copain de ma mère. C’est pas banal, ça ! Je devrais aller le lui dire. Oh et non, tiens, je suis déjà dans la queue, je vais perdre ma place, je vais plutôt rester bien au chaud.

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Finalement, on monte dans l’avion. Tous. On s’installe. Le vol part. Je vais chaleureusement remercier notre ambassadeur sans qui rien n’aurait jamais été possible. Je m’assieds et deux heures trente plus tard, nous arrivons à Orly. Je crois que je n’ai jamais été autant heureux de voir cet aéroport. Et surtout, je vais revoir mon petit copain que je n’ai que trop longtemps abandonné. Je me gausse en pensant à tous ces gens qui me disent : « j’aimerais trop rester bloqué en vacances ». S’ils savaient à quoi ça ressemble. Le stress quotidien, le doute de rentrer, les finances qui s’amenuisent, la liste de coups de fil qui s’allongent (Orange facturera, en plus des précédents 130 euros, 160 euros de communication hors forfait, les opérateurs téléphoniques se sont faits des couilles en or avec ce nuage de cendres, c’est moi qui te le dit). Tu ne profites jamais des jours en plus.

C’est l’instant magique qui arrive, celui où nous allons rentrer chacun chez nous, mais avant il faut récupérer nos valises, seulement là nous pourrons dire : « enfin, nous sommes rentrés ». On s’installe devant le carrousel, les bagages tombent sur le tapis roulant les uns après les autres, nous les récupérons, ma cousine et son mari, le sac à langer pour leur bébé, celui de mon autre cousine, celui de son mari, le mien. Je me retourne vers ma mère et lui demande : « Tu as ta valise ? On y va ? ». En face de moi, une tête qui se décompose sur place.
- Non, j’ai pas ma valise.
- Merde !

On compte les tickets de bagages, on compte les valises. D’un coup, l’évidence apparaît : on n’a pas enregistré son bagage. Il est resté devant le comptoir dans la cohue de l’enregistrement et l’autre conne qui a foutu son sac devant nous. Et la voix qui demandait Martin Roy dans l’aéroport, c’était pour le bagage de ma mère qui est au nom de son petit ami. Direction le comptoir des bagages.

On ne quitte pas Fès aussi facilement.