Je peux pas dire que j’ai jamais rêvé d’être une mouche. C’est pas le truc le plus fun qui doit être au monde. Faut faire gaffe à ne pas se choper une toile d’araignée au passage, tu as mille yeux autour de toi, paye ton mal de crâne, tu bouffes globalement de la merde (mais le pire c’est que tu aimes ça). Et pourtant, être une mouche ça doit être sacrément fendard. D’abord, tu n’as pas besoin de travail, tu as peu de besoin et comme tu te régales avec n’importe quoi, une simple poubelle de têtes de poissons pourris te fait la semaine. Pratique. Ensuite, tu voles super vite, et grâce à tes milliards (ou peut-être millions, si tu voulais vraiment en savoir plus sur la mouche, tu n’aurais qu’à aller voir sa fiche wikipedia et tu me ferais pas chier), tu es capable de tout analyser super vite, et tu évites assez facilement les tongs des vacanciers ou les tapettes à mouche, ces armes de destruction massive dont les États-Unis n’ont pas encore décidé de se débarrasser (va comprendre pourquoi, je serais Thomas Legrand, je t’en ferais une chronique pas piquée des vers pour France Inter, d’ailleurs).
Bref, la vie de mouche, c’est plutôt sympatoche. Le gros truc, c’est d’éviter le papier collant que les ploucs collent à l’intérieur de leur mobile home, mais à part ça, on va dire que t’as pas trop à t’en faire. Par contre (ou en revanche, si tu veux vraiment), tu fais du bruit quand tu voles et ça, je veux pas dire, mais si j’étais une mouche, je pense que ça me saoulerait copieusement de faire « bzzzzzzzzz » tout le temps. Ça me fatiguerait pas mal. Si j’étais une mouche, je pense que je tournerais pas autour de la tête d’être humain, parce que je sais pas trop à quoi ça me servirait de les énerver. Je me tiendrais bien sage dans la forêt, à butiner le lichen sur les arbres en train de crever. J’éviterais soigneusement les grenouilles et je ferais chier les guêpes parce que je les aime pas, ces grosses connes. Et puis grâce à mon exosquelette, j’aurais jamais mal au dos, et ça ce serait super cool.
Le vrai truc chiant de la vie de la mouche, c’est que tu as assez peu d’amis. Même pas de quoi faire une belote. T’as pas vraiment d’amour, tu te tapes un peu tout ce qui te passe sous la main sans vraiment prendre du plaisir, même la grosse verte qu’on dirait qu’elle a passé cinq ans dans le cœur du réacteur de Tchernobyl. En même temps, tu t’en fous d’avoir des gosses, un ou quinze, tu t’en occupes pas. C’est génétique, c’est programmé.
Et puis quand il pleut et que tu prends une goutte sur le coin de la tronche, c’est un peu comme si tu venais de te renverser une piscine sur la tête, ça non plus c’est pas cool. Et puis, si un gamin te chope, tu peux être sûr qu’il va s’amuser à t’arracher une aile et une patte juste pour voir comment tu t’en sors. Les enfants sont cruels.
Finalement, être une mouche ça craint, je vais plutôt devenir un robot tueur indestructible et assoiffé de sang.
PS : Cette semaine, je ne suis pas là. Je suis au festival de l’autruche géante à San Diego. Henry Michel comprendra.

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