Je t’explique Twitter
Ça m’arrive souvent qu’on me demande « Mais en fait, c’est quoi Twitter ? ». C’est ça le problème d’être un type trop influenceur dans l’âme, on me questionne toujours sur des gros sujets de ce genre. Et bon, pour être franc, mon style, c’est d’y répondre parce que je peux pas m’empêcher de donner des conseils et des tips à tous les kids.
Alors qu’est-ce que c’est Twitter ? Il faudrait pour cela trouver une analogie parfaite, mais pas trop grossière et l’analogie parfaite de Twitter, c’est pas comme certains le disent : « un vox populi proche d’un café du commerce où les brèves de comptoirs fusent », mais plutôt un vieux bistrot de quartier, et je m’explique parce que je sens déjà les gros yeux de mes contemporains.
Twitter, c’est comme si tu habitais depuis vingt ans dans le même quartier et que tu allais tous les jours au même bistrot de temps à autre de ta journée (ou toute ta journée si tu n’as rien de mieux à faire). Là, forcément, après le serré de 8 heures, le rosé de 10 heures, le Pernod de 11 heures, le rouge de 13 heures, la bière de 16 heures, le PMU de 17 heures, le loto de 19 heures et la fermeture au Fernet Branca à 21 heures, tu as pris un peu tes habitudes en vingt ans. Tu connais un peu les réguliers qui comme toi font les trois huit au comptoir et qui te racontent leur journée (la même que la tienne évidemment), tout en gardant un œil averti sur la tombola du Rapido.
Donc, voilà, Twitter, c’est une brochette de gens avec lequel tu partages plus ou moins des affinités sur une période donnée, mais que tu es content de quitter de temps à autre parce que quand même, merde, tu n’es pas un pilier de bar ! Alors, tu parles (« tu tweetes ») à tes potes, tu dis des trucs, un machin qui te fait rire, tu répètes ce que tu as mal compris ou mal lu dans le journal et de temps à autre, une pensée fulgurante sort de ta bouche, mais tu n’as même pas fait exprès et ça devient une histoire qu’on se raconte jour après jour : « Tu te rappelles la fois où t’as dit que Marco Polo n’a jamais rien acheté chez Lacoste ? Wouarf wouarf » et tout le monde la répète. Sur Twitter, c’est ce qu’on appelle un « RT ». Et plus on te répète, plus tu es connu.
Du coup, six mois plus tard quand un nouveau poivrot débarque au bistrot, y a toujours un gars pour lui dire que s’il veut se faire une place devant la pompe à pression, faut qu’il se fasse bien voir par ta gueule. Alors le mec vient te serrer la paluche. Tu la lui serres en retour, il te fait : « Trop bien l’histoire de Marco Polo qui vend des chemises » (il « faved » ton « tweet »), et là bingo, il t’offre un verre.
Oui. Bon, ok, c’est là que l’analogie s’arrête : sur Twitter, personne ne t’offre jamais rien.
Un bistrot d’un genre particulier, quand même, dans lequel le sujet de prédilection des gens c’est les bistrots.
Très juste. J’aurais dû le préciser.
Tu confonds pas Twitter et l’Autobus ?
Tu oublies de parler du vieux cannois au fond du bar dans l’ombre qui te fais des petits signes pour que tu viennes, et tu vas le voir et il te dit des trucs qui foutent mal à l’aise genre « le nouveau veut que tu mettes du sel dans sa bière », alors toi tu le fais, et après c’est la merde dans le PMU et les gens voient ça et ils comprennent pas ce qui se passe, et tu dis « c’est encore le vieux cannois qui fait des blagues » mais comme il est en train de jouer au domino avec un mac vachement connu dans le bar c’est pas crédible…
J’ai tout compris, merci!
Allez, je file au café du coin.
Et comme dans tout bon bistrot, tout le monde peut t’écouter (par le biais des hashtag et des follow) si t’es pas un minimum discret, sauf si tu protèges tes tweets
y a des gens, dans le bistrot, tout le monde se moque d’eux dès qu’ils entrent. Alors les nouveaux clients, pas cons, ils participent à la moquerie générale, même s’ils ne comprennent absolument pas pourquoi ils font ça.
Mais bon, sinon, la majorité des clients monologue et parle de trucs dont tout le monde se fout
Je reviens du bistrot et tu sous-entends qu’en fait je viens d’y retourner, c’est ça ?
Le sujet de prédilection des gens sur Twitter, c’est pas plutôt… eux-mêmes ?
et tu oublies de dire que dans ton bistrot, 98% des gens écoutent les 2% qui parlent, et n’interviennent jamais.
Bon, y a encore matière à affiner l’analogie, effectivement.
Bin moi les premiers gens que j’ai suivis sur Twitter c’était après les avoir rencontré au bistrot…