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Les Grandes erreurs du marketing (12) : l’autopromo masquée

Disclaimer : ce post est long et chiant (et non y a pas de contrepèterie ici).

Il y a bien longtemps, alors que la majorité des gens sur Twitter aujourd’hui tétaient leur biberon à la térébenthine, j’étais déjà sur Internet à arpenter les arcanes du savoir universel. On allait sur les forums de discussions, les « newsgroups », pour discuter avec ses potes autour d’un sujet de conversation donné : les animaux, la musique, la littérature, la langue anglaise… Moi, j’étais sur fr.rec.cinema.discussion, le newsgroup consacré au cinéma. Il y avait une ribambelle de connectés et nous devisions brillamment des œuvres majeures du septième art et ces milliers d’octets de discussions sont dorénavant perdus à jamais dans les limbes de l’internet. Inception staïle.

Un peu comme sur Twitter aujourd’hui, il y avait les cadors, ceux qui parlaient beaucoup plus fort que les autres et qui avaient une cour versaillaise derrière eux prête à mordre le jarret des importuns. Et, comme on n’était pas vraiment limité à 140 caractères les conversations s’éternisaient et les citations intégrales s’accumulaient jusqu’à ce que — par ras-le-bol — on ne lâche l’affaire.

L’un d’eux, particulièrement prolixe et qu’on appellera YR pour se prévenir des potentiels référencements malencontreux, pouvait tanner quelqu’un des heures pour avoir osé dire qu’il appréciait un film que lui-même considérait comme nul. La demi-mesure n’existait pas dans son vocabulaire et il a mis son talent d’emmerdeur professionnel au service de la grande littérature : les essais cinématographiques.

Jusqu’ici, il en a rédigé deux. Le premier sur Woody Allen « dans un style simple et clair », le second sur la mise en scène au cinéma « dans un style simple et précis » (il a été invité la semaine dernière sur Radio Courtoisie pour en parler) :

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Je ne vous les conseille pas, mais ce n’est pas vraiment là où je veux en venir.

Ses livres sont disponibles sur Amazon. Et dans les jours qui suivirent la sortie de son premier opus sur Woody Allen en 2006, trois commentaires particulièrement élogieux sont apparus, l’un de l’éditeur et deux d’internautes dithyrambiques :

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« Ouvrage pertinent » et « à marquer d’une pierre blanche ». Je connais le bonhomme, c’est un peu improbable, mais après tout, il a ses fans. Et même si Jean Lomi et Gédéon Parmesan n’ont jamais écrit qu’un commentaire chacun, rien n’indique qu’il s’agisse d’YR dans un geste d’autopromotion de seconde catégorie.

Depuis, plus rien n’avait été écrit sur ce bouquin. Mais un internaute, face à une telle logorrhée, s’est décidé à l’acheter (je ne sais pas qui c’est) et la semaine dernière, il le commente sur Amazon pour se dire « très déçu » :

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Le même jour débarque un certain Zelig — qui avait jusque là publié sept commentaires (dont une descente en flamme d’Un Prophète) (et qui devait probablement faire de la veille quotidienne sur ce livre en particulier) — pour assassiner le malheureux lecteur :

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Puis Zelig se dit qu’il est temps de pondre un autre commentaire dans un style « simple et clair et précis » et bien sûr, il va sur la page de l’autre livre d’YR et nous sort une analyse fracassante :

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Évidemment, on se demande si ce Zelig ne pourrait pas être lui-même l’auteur du livre, ce fameux YR. Mais comment en être sûr ? C’est peut-être un défenseur des grands essais de génies incompris après tout. Alors, en regardant les sept autres commentaires de Zelig, on tombe sur celui-ci :

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qui ressemble étrangement à la chronique de la même vidéo sur un journal musical en ligne et signé par… YR lui-même :

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Le mec qui s’auto-félicite de sa propre production en se faisant passer pour un internaute lambda et qui en profite pour insulter le goujat qui n’a pas su apprécier son œuvre, je dis : « grande classe ».

Published inCours de marketing

11 Comments

  1. krstv krstv

    VOUS MENTEZ MONSIEUR POP.

    Ce Zélig est simplement un de mes fans qui trouve mes critiques tellement bonnes qu’il les copie-colle sur Amazon.fr pour faire croire qu’il écrit dans un style clair et précis.

    Cordialement,

    Y.R.

  2. Pris la main dans le sac ! (puisque ne nous sommes plus visiblement à une expression toute faite près).

  3. Seb* Seb*

    Tu ferais mieux de relire Girard au lieu de diffamer.

  4. Dwigt Dwigt

    Vous n’y êtes pas du tout : c’est une stratégie mûrement réfléchie de la part de l’auteur.

    Tout d’abord, YR s’inscrit dans la grande tradition de l’hétéronymie en littérature, incarnée par de grands auteurs comme Fernando Pessoa ou Romain Gary. Cela n’a donc rien d’indigne de traiter le lecteur qui trouve son style inutilement alambiqué de tout juste bon à lire du Marc Lévy. (Remarquez à ce propos que YR attaque celui qui est en tête des ventes de livres, on peut saluer son courage sur ce point)

    Ensuite, rien n’a été laissé au hasard. Un pseudonyme comme « Zelig » indiquait d’emblée le fan de Woody Allen à l’identité mystérieuse. Zelig a donc rédigé sur des mois des critiques en glissant ça et là des indices sur sa vraie identité : il adore René Girard, il déteste à peu près tout le reste. Les chroniques d’opéra reprises d’un autre site où il signait de son vrai nom, c’était là aussi un indice volontaire.

    Puis, le 20 octobre, YR crée une nouvelle identité fictive : Shadoks. Pour débiner son propre livre et permettre à Zelig de lui répondre immédiatement après. Parce que quelqu’un d’aussi occupé que YR ne passe quand même pas, au bout de quatre ans, tous les jours sur la page Amazon de son livre (que le site ne vend même plus directement). Qu’allez-vous imaginer sinon ?

    Grâce à Zelig, il apparaît donc comme un écrivain fourbe et vaniteux, défendant en toute mauvaise foi son propre ouvrage. Et c’est là qu’est le génie. Qui étaient Paris Hilton ou Kim Kardashian avant qu’une sex tape de leurs ébats ne fasse miraculeusement surface sur Internet ? De simples connes bourrées de fric. Qui était Zahia avant Frank Ribery ? Une banale pute de luxe. Il aura suffi de quelques éjacs faciales pour en faire des stars mondialement connues, dont le moindre acte défraie désormais la chronique et qui ont décroché de fabuleux contrats. YR a parfaitement tiré la leçon de ces phénomènes et c’est sciemment qu’il va s’attirer un authentique succès de scandale grâce à cette admirable machination. Je suis sûr qu’il avait déjà considéré la piste sex tape avant de trouver quelque chose de plus adapté à son talent.

    Dans quelques mois, quand Zelig-YR sera un meme aussi célèbre sur Internet que le rick-roll ou le Keanu triste, vous vous souviendrez l’oeil humide de l’article sur artypop qui aura tout déclenché et vous chérirez vos exemplaires de ses œuvres, 14,25 € seulement sur Amazon.

  5. Atomicman Atomicman

    En rédigeant cet article, tu t’es tiré une balle dans le pied. En effet, tu es incapable d’émettre un seul argument et verse dans le ab hominem. Cette pirouette te discrédite.

  6. C’est assez drôle cette histoire d’autant qu’elle ne concerne pas seulement le monde de l’édition. Il y a des réalisateurs et distributeurs qui n’hésitent pas sous couvert d’anonymat à vanter les mérites de leur films (qui a ranimer des médias presse internet mort pour en vanter les mérites ou se faire passer pour de faux spectateurs).
    Soi dit en passant, pour enfoncer encore un peu plus le clou, outre amazon, il y a d’autres site de vente qui parlent du livre et permettent les commentaires. Les commentaires élogieux sont reproduits mot pour mot. C’est vraiment brillant comme stratégie commerciale !

  7. Mais quel gros prout.

  8. J’ai vu un certain @artypop, qui semble être l’auteur de ce blog, dire du bien de cet article sur twitter. Coïncidence… ?

  9. Darklulu Darklulu

    Je poste un peu tard sur ce blog mais cest classique ce genre d autopromo…
    C est meme mon metier
    YR 0 … POP 1

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