Mythe aux bobos
Ça y est : je connais des bobos. Des vrais, quoi. Pas ceux des livres. Des gens qui sont aisés sans être riches, mais qui ont pour préoccupation le bien être avant tout. Ce couple (adorable, hein, je me moque pas d’eux, ils sont super gentils et en plus le mari, un copain d’école, lit parfois mon blog) habite dans une rue calme à quinze mètres du canal Saint-Martin. Sur le balcon, un vélo hollandais, partout du sol en coco. Pour entrer dans l’immeuble, il faut un code, puis appeler par l’interphone, puis un autre code pour l’ascenseur. J’arrive au quatrième étage, l’appartement est spacieux, leur enfant est en train de finir son repas tandis qu’une mini-chaîne dans la cuisine diffuse des chants traditionnels tibétains. Comme je sais pas tout à fait si vous vous rendez compte à quoi ça ressemble, je vous suggère de lancer le mp3 ci-dessous pendant que vous continuez à lire ce tibet. Pardon, ce billet. Si vous voulez un truc calme, écoutez le premier, si vous voulez du tibétain poilu, lancez le second :
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Je m’installe à leur côté, je fais la bise, on me propose une bière. Ah bah oui, tiens pourquoi pas. Bon, pas trop folklorique, la bière, c’était de la Fischer. Mais mes hôtes me la coupent avec du rhum mélangé à des tiges de cannabis. J’ai aucune idée de ce à quoi ça peut servir, mais paraît que ça détend. Bon, bin ok, hein, je suis pas du genre sectaire.
La discussion continue, comme on ne s’est pas vu depuis longtemps, je raconte que j’ai trouvé un boulot dans un mag télé.
- Mais alors, tu interviewes des gens ?
- Oui, bon, des gens de la télé, hein.
- Ah, oui, nous on connaît pas. Qui ?
- Je sais pas… Valérie Damidot ?
- Ah non, on connaît pas.
- Euh… Frédéric Taddéi ?
- Ah oui, lui on connaît.
Moi, je pose des questions sur le bébé, comment il va tout ça. Alors, on me dit qu’il va très bien et je sais plus comment la discussion arrive là, mais on me dit qu’il mange du « popcorn ». Je m’étonne intérieurement (mais n’en laisse rien paraître), quand on me précise : « oui, enfin, pas du popcorn, mais du quinoa soufflée mélangée avec du miel ». « C’est un régal », ajoute-t-on.
On amène sur la table des olives bios grosses comme mon ma bite mon pouce et on en vient à se demander ce qu’on pourrait bien dîner. Quand le mari dit : « Si on commandait des pizzas ? ». Intérieurement, je m’étonne et me dis une fois de plus que j’ai dû mal comprendre. Mais non, non, on me parle bien de pizzas. Sauf que, bon, ce sont des pizzas d’un genre particulier (le site internet est éloquent, et ça n’a rien à voir avec l’hôtel-casino de Las Vegas) : elles sont livrées en vélo tout autour du canal Saint-Martin. Fichtre ! me dis-je, mais ce sont des pizzas ou bien ? Oui, oui, tiens d’ailleurs voici la carte.
Moi, je m’étais dit : « bah, je vais prendre une reine ». Ouais, sauf qu’ici, les pizzas ne sont pas des pizzas :

Là, je suis bien emmerdé, parce que je voulais une reine. Et y a pas. Je me rabats sur l’Aphrodite et puis, là, je lis le nom des pizzas et intérieurement, je rigole : appeler une pizza d’un écrivain ou d’un acteur italien, pourquoi pas ? Mais appeler une pizza « L’Obama », « La Che » « La Basquiat » ou « L’Ho Chi Minh », j’ai beau être ouvert d’esprit, ça me semble extrêmement débile. Surtout que si je comprends à peu près pourquoi « L’Almodovar » est une « pizza paëalla » ou « La Gandhi (sans tomate) » (important, ça, le « sans tomate ») est à base d’épinards cuisinés à l’indienne, je n’arrive pas à percuter pourquoi Obama est au bacon et à l’ananas ou Basquiat est au gorgonzola et figues ? Un truc m’échappe totalement. Mais je sens que poser des questions ne m’aidera pas, alors je mange ma pizza (fort bonne au demeurant).
Finalement, je suis reparti, longeant le canal Saint-Martin où une multitude de gens pique-niquaient des branches de sojas farcies au coton équitable. J’ai repris la rue Beaurepaire, le métro jusqu’à Invalides pour changer à la 13, rue de la Gaieté. Et je me suis dit que c’était quand même pas mal d’être un bobo, je devrais essayer.
Intérieurement, je rêve qu’on fasse une lecture de ce billet.
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C’est quand je lis ça que je me rends compte que je suis en train de devenir un sacré bobo !!! J’adooooore les pizzas concepts, et suis dég ils ne livrent pas jusque chez moi, je n’habite pas encore assez bobland.
Pour la Obama c’est parce qu’à l’occasion de son élection une chaîne de fast food US avait lancé un hamburger Obama ananas bacon, si je me rappelle bien (et l’association ananas bacon avait à voir avec un plat que mangeait soi disant le président quand il était petit). Par contre figue gorgonzola pour Basquiat je sèche
(même si c’pas très funky)
Bon sinon les chants tibétains c’est pas si mal
A mon avis, c’était une mise en scène pour toi, c’est IMPOSSIBLE que les gens écoutent des chants tibétains de leur plein gré….
je trouve ton billet cocasse
Je m’étonne que cet enfant ne soit pas intolérant au quinoa.
Je me demande ce que donne le chant tibétain en 78 tours a lieu de 33 (peut-être que c’est punk ?)
Internet, cet endroit FORMIDABLE où les lecteurs exaucent les vœux des lecteurs :
http://soundcloud.com/smwhr/artypop-mythe-aux-bobos
Chez nous on boit du vin blanc, notre fils mange des chips et on décongèle du Picard. Tu reviens quand ?
J’ai rêvé de toute cette histoire cette nuit… Sauf que mes bobos habitaient un pavillon pourri près de Val de Fontenay… Problème de décor donc :/
Oh mon dieu, je prend conscience grâce à toi que j’ai fréquenté des bobos à une époque. Ils avaient eux aussi une mini-chaine dans la cuisine de leur vielle appartement fait d’une juxtaposition de nombreuses anciennes chambres de bonnes. C’est un truc qui m’avait surpris, mais sans faire le lien avec la boboïtude. Je n’y avais pas trouvé d’explication.
Sauf qu’ils écoutaient du Michel Sardou. À l’époque c’était bobo Michel Sardou. c’était il y a pas loin de vingt ans. Ces bobo là sont certainement devenus des vieux cons, ou alors ils ont arrêté Michel Sardou.
En fait il n’y a que la première qui est une vraie pizza…