Obsessions

Souffrant de troubles obsessionnels du comportement, ou plus simplement étant particulièrement casse-bonbon, j’épanche chaque semaine sur le divan d’un fumeur de pipe (pour 41 euros la demi-heure) les problèmes DRAMATIQUES de mon existence. Un psy, en fait.

J’ai commencé à le voir en 1997. Je n’ai jamais réussi à arrêter. Pas par besoin, juste parce que je n’arrive pas à lui dire : « bon, je crois que ça suffit, maintenant ».

J’ai essayé une fois.

J’y ai dit : « Bon, je crois qu’on a fait le tour, là ? » (j’étais un peu lassé de répéter pour la millième fois la même chose et de constater avec beaucoup de tristesse qu’il me confondait avec un autre de ses clients). Et là, imadi : « Ouh là ! Pas tout de suite. Il y a encore beaucoup de choses à régler ». J’y ai dit : « Quoi ? ». Imadi : « La demi-heure est écoulée, on verra ça la semaine prochaine ».

J’ai fini par inventer des trucs tellement je ne savais plus quoi dire.

Finalement, il a pris sa retraite, et j’ai cru qu’enfin, ce serait fini. Mais non, il n’a pas décidé d’arrêter. Sûrement que j’avais trop de problèmes, il ne pouvait pas me lâcher comme ça, dans la nature. Ce serait comme envoyer un car de pédophiles dans une école maternelle.

Il a acheté un appareil auditif parce qu’il devenait sourd comme un pot (ce qui m’a fait comprendre que je parlais dans le vide depuis plusieurs années, mais je m’en doutais quand même un peu quand j’étais resté une fois devant la porte pendant dix minutes, car il ne m’entendait pas appuyer sur la sonnette – il a accusé la sonnette de ne pas bien fonctionner) et a décidé de prendre plus de vacances si c’était Dieu possible.

L’autre jour, j’étais sur son divan donc (relativement confortable, du coup, j’aime bien) avec, au programme, mon incapacité à prendre des décisions, mes difficultés à rester éveillé passé 21 heures, la peur au ventre quand je vais au boulot, la certitude d’être un fumiste et l’achat de mon appartement.

J’allais pour signer, lui racontais-je, quand d’un coup, je n’ai plus voulu le faire. Quitter Paris, le crédit, le déménagement, les travaux. C’était trop. Comme si le Concordia venait de s’échouer sur mes chaussures. Mais, finalement, j’ai apposé mon nom avec réticence en bas du document.

Autant dire que c’était totalement palpitant à écouter (et sûrement à lire, bravo si vous en êtes arrivé là).

Ensuite, lui ai-je dit, je suis allé visiter l’appartement.

Et je raconte que deux prises dans la cuisine ne sont pas à la même hauteur. Et que j’ai pété un câble et que j’ai fait chier tout le monde pour qu’on dise à l’électricien de mettre ses deux prises au même niveau.

Passant du coq à l’âne (c’est le but, chez le psy, ça s’appelle l’association d’idées, j’t'explique), j’ajoute que j’ai également été pris d’un coup de colère intérieur en constatant que mon petit copain (qui lit ce blog, coucou mon amour, je t’aime) avait mis un sac-poubelle noir dans la poubelle alors que les sacs-poubelle prévus pour notre poubelle sont des sacs-poubelle blancs et que j’ai fait exprès de cacher tout au fond du placard les sacs poubelles noirs et que j’ai mis en évidence les sacs-poubelle blancs. Et pourtant mon petit copain a QUAND MÊME utilisé un sac-poubelle noir dans la poubelle (mon amour, je t’aime, tu peux mettre le sac que tu veux dans la poubelle). TEMPÊTE DANS MON CERVEAU.

C’est dire à quel point je n’ai plus rien à raconter tout de même.

Bref, le psy m’a regardé (façon de parler vu qu’il est dans mon dos) et m’a dit : « Tu te compliques quand même bien la vie ».

« Je sais », j’y réponds.

Et là, il ajoute, comme une découverte : « Tu es un peu obsessionnel, non ? ».

MERCI DU SCOOP, CONNARD.

12 commentaires

  1. DaPo

    C’est marrant, on dirait du iougdine sur les inrocks sauf que toi tu as l’honnêteté de ne pas te faire payer à raconter une vie 1000 fois mieux racontée.

  2. Sam Lowry

    Hum… et tu ne t’es jamais demandé si ton petit copain et ton psy n’étaient pas de mèche, pour entretenir tes obsessions et le traitement qui va avec ? (et qui sait, peut être suis je moi aussi de mèche avec eux pour alimenter ta parano…)

  3. joss

    Bien sur que ton psy et toi n’aviez pas fait le tour à l’époque. A qui aurais-tu confié ton désarroi causé par cette diabolique interversion de sacs poubelle ?
    Il semble évident que tu refuses de reconnaître ton psy à sa juste valeur. Tu devrais voir quelqu’un à ce sujet.

  4. Nekkonezumi

    Je te suggérerais volontiers de tuer ton psy, ce qui réglerait le problème des adieux définitifs. L’inconvénient c’est qu’après ça tu ressentirais peut-être le besoin d’en trouver un autre… mais ça t’éviterait de te compliquer la vie :-)

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