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Mois : décembre 2017

Star Wars 8 : Il est temps que l’Empire gagne

Comme Renault a appris que j’ai obtenu le prix Roberval en novembre dernier, prix qui récompense les meilleurs auteurs français au monde (donc moi), la firme au losange n’a pas résisté à l’envie de m’inviter à la projection du dernier Star Wars avec toute une ribambelle d’autres célébrités et saltimbanques dont Roland Domenech, Eddy Seimoun, Martin Boujenah, Jean-Paul Denisot et le chanteur d’Indochine (qui doit avoir un nom, mais je l’ai oublié). Et ça tombe bien, car je n’y serais jamais allé sans la promesse de petits fours et de champagnes après.

J’avais, bien sûr, tout oublié de l’épisode 7, donc je n’ai pas bien suivi le début de l’épisode 8, mais très vite, on comprend que l’affaire ne tient qu’à une seule question : “Est-ce la fin de la Rébellion ?” (en toute franchise, il y a également une histoire entre Rey, Luke Skywalker et Kylo Ren, mais toute cette partie est plutôt bien, et comme mon article est fondé sur de la mauvaise foi, je vais les passer sous silence.)

“Est-ce la fin de la Rébellion ?”

Voici en substance ce que raconte j’ai compris de l’épisode 8, “Les derniers Jedi”. Si vous voulez vous évitez de trop vous faire spoiler le film, cliquez ici.

La Rébellion, dont l’ensemble de la population ne dépasse pas le nombre de participants à un congrès du PC avec Robert Hue en 2007, est prise en chasse par le vaisseau amiral du Premier Ordre (le nouveau nom de l’Empire). La flotte est décimée par ce destroyer du mal, mais grâce à une forte tête, Poe Dameron, une ouverture permet à un bombardier de la Rébellion de détruire in extremis le vaisseau ennemi.

Hélas, mis à part nous occuper vingt minutes, cet exploit n’aura servi à rien : si la flotte rebelle arrive à s’enfuir en sautant dans l’hyperespace, un nouveau dispositif ultramoderne de l’Empire permet de la suivre à la trace. À peine sort-elle de l’hyperespace qu’un nouveau vaisseau amiral surgit (avec trois autres) autour d’elle.

Leia est vénère : les rebelles ont à peine assez d’essence pour refaire un saut dans l’hyperespace et la prochaine station-service est à 4 parsecs de là. Pis, de toute façon, ça ne servira à rien puisque le Premier Ordre est capable de les pister avec la précision d’une puce GPS dans un iPhone qui aurait encore de la batterie.

Une décision est prise : la flotte rebelle va continuer d’avancer en restant hors de portée des canons du vaisseau amiral ennemi. Au moins tant qu’elle aura de l’essence, soit dix-huit heure. Est-ce la fin de la Rébellion ?

Persuadé qu’il n’y a plus d’espoir, Finn, l’ex-Stormtrooper de l’épisode 7 (qui, pour une raison que j’ai oubliée, se réveille dans une chambre médicalisée), décide de fausser compagnie à la Rébellion. Mais il se fait choper par une jeune garde, Rose. Je vous abrège : Rose et Finn décident de désactiver le traqueur du Premier Ordre qui se trouve dans le destroyer. Leur chance, c’est que l’Empire ne possède qu’un traqueur, car si j’ai bien compris, il a été conçu par Apple : “C’est une technologie toute récente et extrêmement coûteuse”, explique Rose.

L’empereur Snoke en train de faire un animoji d’Andy Serkis

Sauf que… On n’entre pas dans le navire amiral comme dans un moulin ! Rose et Finn se font rancarder : il n’existe dans l’univers qu’UN seul spécialiste capable de pirater la porte ouvrant vers le SAS où a été rangé le traqueur. Ce spécialiste réside à Canto Bight, une ville casino sur une planète à quelques heures de là où se trouve la flotte rebelle. Ils prennent un vaisseau en loucedé et s’envolent vers Canto Bight. Est-ce la fin de la Rébellion ?

À croire que chaque Star Wars se doit d’avoir sa scène musicale, on a ici une énième autoparodie du Cantina Band de La Guerre des étoiles. Le premier travelling qui nous fait “découvrir” le casino est un prétexte pour montrer chaque table de jeu et son “extra-terrestre rigolo”. Les péripéties s’enchaînent et les lieux communs aussi : on apprend ainsi que “les gens s’enrichissent grâce aux guerres”, que “c’est mal de torturer des animaux”, qu’il y a “du gentil et du méchant chez tout le monde, ça dépend de son point de vue” ou que “les enfants ne doivent pas être traités comme des esclaves”. C’est de loin la pire séquence du film.

Rose et Finn finissent par débusquer la perle rare qui leur ouvrira la porte vers le traqueur. Mais tout ceci a pris énormément de temps, et alors qu’ils s’approchent du vaisseau de l’Empire, il ne reste déjà plus que deux heures de carburant. Or, pendant ce temps, la grande majorité de la flotte rebelle s’est fait exploser par l’Empire. Réduit à une portion congrue, le groupe de rebelles est en mauvaise posture. La vice-amirale Holdo décide alors d’évacuer la navette principale avec les derniers survivants. Est-ce la fin de la Rébellion ?

« J’ai une super idée. »

À nouveau, c’est un échec. L’Empire percute très vite qu’on les berne et envoie des croiseurs contre les capsules de survie. C’est un massacre. Est-ce la fin de la Rébellion ?

“Ah non. Sorry, C’est pas une super idée. My bad.”

Une infime partie du groupe de départ réussit à atterrir sur une planète proche (quelle chance !) sur laquelle se trouve une ancienne base minière et rebelle (quelle double chance !) où l’on trouve des armes (quelle méga chance !) et des speeders (non ? C’te CHANCE ! Et tout ça, juste à côté ! Ç’aurait pas pu mieux tomber).

Les vaisseaux du Premier Ordre débarquent, avec à l’intérieur Kylo Ren (le méchant). Et décision est prise d’exterminer les derniers rebelles retranchés derrière le mur d’acier fermant l’accès à la mine. C’est une occasion en or, car figurez-vous qu’il n’y a aucune issue de secours. Les rebelles se sont enfermés eux-mêmes dans leur tombeau (rire sardonique). À votre avis, est-ce la fin de la Rébellion ?

Attaque

Le carnage de rebelles continue (comme chez le boucher : “Je vous en ai mis pour 130 kilos de rebelles, je vous laisse le rab ?”). Sauf que… On ne s’en doutait pas, mais à l’intérieur de la mine, il y a des animaux rigolos : des chiens de glace (il y en a beaucoup, car le numérique permet d’en aligner des milliers pour pas cher) qui trouvent une sortie. Vous n’en croyez pas vos yeux ? Bah je vous le conseille.

Rintintin indiquant le chemin vers la sortie aux rebelles

Sauf que… Un gros éboulis obstrue la sortie. Les chiens parviennent à se faufiler, mais les gros rebelles, eux, ne peuvent rien faire. Est-ce la fin de la Rébellion (qui ne doit plus compter qu’une trentaine de partisans dorénavant) ?

Eh non ! Car Rey arrive en pilotant le Faucon Millenium, descend fissa, soulève les pierres grâce à la Force et sauve la Rébellion qui ne connaîtra donc pas encore sa fin aujourd’hui.

De son côté, Kylo Ren est particulièrement contrarié. Les rebelles s’enfuient, le Faucon Millenium passe en vitesse lumière (le traqueur a été détruit lors d’un sacrifice humain). FIN (plus ou moins).

Starwars
C’est là où je me suis rendu compte que Star Wars me lasse. Je suis sorti de l’épisode 8 en ayant rejoint le côté obscur de la Force. Dorénavant, je rêve que l’Empire gagne. Leia et les autres ont eu des tas de chances de prendre le contrôle, ils les ont laissées filer à chaque fois, mais on ne peut pas continuer de vivre dans le chaos le plus total à cause d’une bande de soixante-huitards qui prennent des substances hallucinogènes.
Je ne sais pas si on nous donne des indications temporelles (j’oublie aussi vite les Star Wars que je les vois), mais vu le coup de vieux de la princesse Leia et de Luke Skywalker, on a un peu le sentiment que ça va faire 45 ans que l’Empire tente d’écraser la rébellion. Et jusqu’ici sans le moindre succès. Alors qu’en même temps, la Rébellion s’affaiblit d’épisode en épisode.

Mais comment voulez-vous qu’un gouvernement stable se constitue s’il est sans arrêt saboté par un groupe d’anarchistes en goguette, pas foutu de mener à bien le moindre putsch ?

Il faut que ça cesse. Tout comme Daesh se fait laminer au Moyen-Orient, la Rébellion doit disparaître. Car oui, j’ose ce parallèle audacieux : la Rébellion n’est ni plus ni moins qu’une organisation terroriste. Elle veut convertir la galaxie à sa cause, cause qui décemment ne passionne plus grand monde quand on voit la quantité d’hommes et de femmes qui sont sous la coupe du Premier Ordre. D’ailleurs, la scène où un vaisseau rebelle fonce sur un destroyer du Premier Ordre n’est pas sans rappeler la tragédie de septembre 2001.

Pire encore : avec le peu de moyens à sa disposition, la Rébellion tente de recruter les esprits les plus faibles, les enfants, en leur promettant une vie meilleure. Sérieusement, j’aurais entendu “Allahu akbar” à la fin du film à la place de la musique de John Williams que ça ne m’aurait pas vraiment surpris.

Quoi ? J’exagère ? Je débloque ? Oh, mais taisez-vous. J’écrirais la même chose dans les Inrocks, vous en tomberiez de votre chaise.

Bref, s’il te plaît Kylo Ren, dans le prochain épisode, anéantit la Rébellion. Bien sûr, tu n’arriveras pas à contenter toute la galaxie avec ton gouvernement, mais honnêtement, est-ce que Macron satisfait 70 millions de Français ? Est-ce que Trump convient aux 300 millions d’Américains ? Theresa May est-elle plébiscitée par 60 millions de Britanniques ? Non. La politique, c’est 10% d’imbéciles heureux et 90% de mécontents permanents. C’est comme ça, et ce n’est pas pour autant qu’on monte tous dans des navettes spatiales pour tirer sur le Bundestag ou la Maison-Blanche.

Et si on créait Tweetounours ?

Il n’y a pas longtemps, j’ai lu survolé un article intitulé “One person’s history of Twitter, from beginning to end”. L’auteur y raconte son expérience avec le réseau social : depuis son inscription en 2006 jusqu’à aujourd’hui en notant que le contenu écrit par les utilisateurs de Twitter avait évolué d’un réservoir de blagues plus ou moins malignes, réussies ou inspirées à un déversoir de haine.

“Le but des créateurs de Twitter était de donner à tout le monde un moyen d’expression, une voix. Mais ils ne se sont jamais demandé ce qui se passerait si tout le monde avait une voix. Ce que cela signifiait vraiment. Ça a été le pêché originel des fondateurs du réseau, une bande de garçons blancs privilégiés qui n’ont pas pris conscience d’avoir conçu une bombe”.

Pour l’auteur, l’arrivée de Donald Trump en 2009 a allumé la mèche. D’un coup, Twitter n’appartenait plus à une frange d’happy few, mais à tout le monde. Et Trump, dont l’ancienne génération de Twitter se moquait ouvertement, se fabriquait une audience dévolue à ses idées.

Je raconte ça, car je partage l’avis de l’auteur. Quand je me suis inscrit sur Twitter (5 mars 2007, mon Dieu !), on devait être une centaine et nous faisions des blagues plus ou moins rigolotes. Aujourd’hui, on a basculé dans le monde des Fanzouzes qui insultent ceux qui ne sont pas Hanouniste (la religion des adeptes d’Hanouna), des ados du forum 18-25 qui harcèlent toute personne qui leur déplaît et des polémiques-minute (il y en a tellement que je n’arrive plus à les suivre et comme elles sont oubliées aussi vite qu’elles apparaissent, ça n’a pas beaucoup d’importance).

Sur Twitter, le petit oiseau est devenu un horrible corbeau. Il n’y a plus que des gens qui gueulent, qui crient, qui s’invectivent, qui se donnent des leçons (beaucoup, beaucoup de leçons). Le public critique à tout va, moquant la moindre initiative, misant sans arrêt sur le cynisme, l’ironie et le second degré. Heureusement, ma haine du RER B me permet encore de survivre dans cette nouvelle évolution du réseau social. C’est simple : on se croirait devant un embouteillage de voitures aux alentours de la gare du Nord.

Mais, changeons la donne.

Oui, changeons la donne ! Créons Tweetounours, le réseau social de la bienveillance et du premier degré !

Sur Tweetounours, on défendra la RATP, les journalistes et les entraîneurs de foot. On ne s’enverra pas des “tweets”, mais des “grongrons”.

On dira “Trop bien, ces deux minutes de pub sur YouTube, j’ai appris des choses que je ne savais pas, j’aurais eu bien tort de cliquer sur Skip Ad” et non pas “30 secondes de pub pour une vidéo de 4 secondes, seriously ?”.

Ou bien encore “Super, ce Windows Phone ! Microsoft a fait un joli boulot” et pas “Franchement, Microsoft, arrête de perdre du temps sur un téléphone, ça marchera jamais, et va donc corriger Windows”.

Cent soixante caractères de perpétuel premier degré.

Car Tweetounours sera surveillé par une intelligence artificielle capable de déceler la moindre trace d’ironie ou de second degré. Les corbeaux n’auront pas leur place, ici. Les polémiques et les donneurs de leçons non plus. Il n’y aura aucune sélection à l’entrée, mais si un tweetounos publie une remarque déplacée, l’IA le chopera direct et il ira sur le banc de pénalité, comme au hockey sur glace. Il y resteraaussi longtemps que l’IA l’aura décidé selon la gravité de l’ironie. Si vous faites du quatrième ou cinquième degré, vous ne pourrez pas souvent publier sur Tweetounours

Et alors, enfin, nous respirerons librement, loin de l’air vicié du cloaque qu’est devenu Twitter dont le sol est jonché des guanos des corbeaux et où le reste de la population n’est plus qu’une horde de scatophages du fumier.

Je lance ce jour un kickstarter. Alors, qui est partant ?

Je remercie Simon à qui j’ai ouvertement piqué l’idée de la création de Tweetounours.