Chaque jour, je m’aperçois à quel point il est regrettable que la vie ne ressemble pas aux vingt premières minutes d’un film de Douglas Sirk (c’est-à-dire avant que le père de famille ne meurt et que les enfants ne s’entre-déchirent pour savoir qui continuera à forer le pétrole).
Les vingt premières minutes, celles où les personnages descendent l’escalier dans des robes resplendissantes, filmés par des caméras virevoltantes, tout en se précipitant vers la porte derrière laquelle attend l’être aimé revenu de la guerre, d’un long voyage ou du marché, biffe la mention inutile.
Sur le quai de la gare, on dirait un au-revoir déchirant à ses amis qui vont s’éloigner à jamais ou à sa dulcinée qui ne veut pas venir avec nous voir la belle-doche, puis le train partirait et on se pencherait à la fenêtre, bravant tous les interdits de la sécurité, pour agiter en signe d’adieu notre main fébrile. Mais quand le train aurait quitté le quai, par magie, on aurait réussi à descendre et on serait juste derrière le dernier wagon, prêt à traverser les voies (encore un interdit !). Et alors que ses compagnons seraient en train de partir, l’un d’eux se retournant derrière une dernière fois nous apercevrait avec nos valises posées au sol et arrêterait les autres s’exclamant : “Mon Dieu, il est resté !”. Et toi, tu fondrais dans leur bras dans un bruissement orchestral de musique sirupeuse : “oui, je ne pouvais pas partir”. Et pof, le soir, tu te ferais une fondue savoyarde en famille, enfin, pas moi, parce que j’aime pas le fromage.
Ah ! Que la vie serait belle si le romantisme coulait dans nos veines comme un Nocturne de Chopin.
Ne serait-ce pas magnifique si, courant les rues de Paris à la recherche de son ancien amant, on le trouvait au Fumoir du Louvre, commandant un café-crème ? On ouvrirait alors la porte avec fracas, les gens se retournant vers l’entrée. Et d’un pas preste, nous irions à sa rencontre et aux yeux et aux vus de tous, on l’embrasserait goulûment en promettant que plus jamais on ne mettrait en doute son amour, ses après-midi avec sa secrétaire ou bien ses qualités à réaliser une vidange en moins de trente minutes, et donnez-moi quelque chose à boire, mais pas un café, j’aime pas, merci.
Il est des instants comme ça où on aimerait juste que ça se passe comme dans un film de Douglas Sirk, à ceci près que si c’était le cas, on aurait vraiment l’air con parce qu’on aurait à peu près aucune idée de la bonne réaction à avoir.
Du coup, si tu croises un ex dans la rue, tu changes de trottoir et si en prenant le train tes potes te disent : “allez, reste encore un jour”, tu ne descends jamais parce que merde, quand même, j’ai déjà composté le ticket et ça va être impossible de se le faire rembourser.
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4 Comments
une foule romantique qui s’amasserait sur les quais sans jamais partir, s’engouffrerait dans les cafés en rivalisant d’éclats de voix, s’agenouillerait en pleine rue à la moindre occasion. non non non, le bordel que ce serait… merci artypop de penser aux autres…
Oui, enfin, moi je prends pas le métro avec une poussette, hein.
Hé, Arty, ça n’a rien à voir, mais je tenais à te dire que quelque part, Jeremy Warmsley, il m’avait vachement rappelé Rufus Wainwright. Voilà, c’est tout. Des bisous.
Comment veux-tu être romantique si tu n’aimes ni le café, ni le fromage ?