Écologie de la lucarne

30 nov

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Si on voulait scinder le monde en deux populations, on aurait un peu l’embarras du choix : les nordistes ou les sudistes ; les gros ou les petits ; les vrais gentils ou les faux méchants ; et ainsi de suite. Ce serait en même temps d’une pertinence médiocre, car en vérité, je vous le dis (ou pas), le monde se divise en deux catégories uniquement : ceux qui veulent et ceux qui peuvent.

Par exemple, moi, petit, je voulais être chef d’orchestre. Vraiment, je sentais que ç’aurait été mon truc de diriger un orchestre, faire du voilier pendant mes vacances, arpenter la planète pour faire applaudir ma maîtrise incroyable de la masse orchestrale… sauf que, bon, j’avais beau être talentueux comme un Dieu, je suis assez rapidement arrivé à la conclusion que malgré toute la bonne volonté du monde, ça allait être difficile (et puis, bon, ma prof de solfège m’a ri au nez quand je lui en ai parlé, première blessure béante dans mon égo qui ne s’en est jamais remis depuis). Je voulais, mais je pouvais pas.

Autre exemple : quelqu’un qui veut être antisémite ne pourra pas forcément être Hitler. Voilà, j’ai mon point Godwin, on peut passer à la suite.

Il y a pourtant une très petite exception à cette règle. Car il y a ceux qui veulent, qui ne peuvent pas, mais qui font quand même (je m’amuse beaucoup avec la fonction italique, aujourd’hui). Ils sont mauvais, tout le monde le leur dit, mais pourtant ils pratiquent quand même ce qui leur est intellectuellement interdit. Un peu comme si j’avais finalement réussi à être chef d’orchestre, en fait. Quand on est de gauche, Sarkozy est un bon exemple ; quand on est de droite (ou de gauche, d’ailleurs), Royal en est un autre.

Et bien, on trouve des endroits où ces gens se regroupent et font des croûtes entre eux qu’ils élèvent au rang d’œuvre d’art. Et comme ils sont très fiers d’eux-mêmes, un peu comme un gamin qui vient de faire popo et qui attend qu’on l’applaudisse, ils s’exposent. On en découvre sur le web dans des sites navrants et surtout à la télévision. Là, ils ont une émission où ils s’invitent entre eux et où chacun se félicite de la croûte de l’autre.

Et ça s’appelle Le Grand Journal.

(mais non, je déconne, c’est génial Le Grand journal, vas-y Michel, range ce couteau d’entre tes dents, on n’est pas chez les bolchéviques)

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9 avis sur “Écologie de la lucarne”

  1. stan 01. déc, 2009 at 0 h 06 min #

    Mais est-ce que ceux qui peuvent veulent ?

  2. gael 01. déc, 2009 at 7 h 37 min #

    Et les vaches qui vêlent le veulent ?

    (je sais ça ne veut rien dire, mais je trouve que ça sonnait ridicule, je n’ai pas pu résister, je suis veule)

  3. Leto 01. déc, 2009 at 15 h 20 min #

    Il paraîtraît que « quand on veut on peut ». Je pense que le problème vient totalement de cette croyance populaire biaisée.

  4. raph 01. déc, 2009 at 17 h 24 min #

    Une émission ? Y a une époque, ils en avaient 637 (après j’ai arrêté la télé)

  5. joss 01. déc, 2009 at 20 h 13 min #

    t’es un peu méchant, le Grand Journal c’est simplement une émission où tous les livres sont « juste incroyable », les films « juste excellent » et les chanteurs « juste merveilleux » (merci Ali Baddou pour ces critiques pleines de verve et d’engagement courageux)

  6. taniabrunarosso 04. déc, 2009 at 0 h 42 min #

    Je te trouve pas très fairplay sur ce coup là :(

  7. christophe 08. déc, 2009 at 0 h 31 min #

    Bah c’est juste la télé. Et la télé, c’est juste incroyable.
    Ou, comme dirait notre amateur d’éphèbes de quarante ans, « Artypop, dévasté par une exigence trop grande à l’égard d’une lucarne trop petite, jeta son anathème et sa crêpe au nougat, et reprit le livre qu’il avait laissé trop longtemps meurtri à l’ombre de ses désillusions télévisuelles. »
    Qui plus est – et ça, on n’en parle jamais dans le post(e) – que devient le beau jeune homme du TGV tennisman à ses heures ?

  8. vinsh 12. déc, 2009 at 1 h 07 min #

    Cela dépend : tu parles des invités ou des chroniqueurs ? Parce que je ne suis pas certain qu’il faille mettre les cas de Pauline Lefevre, Mouloud Achour et Ariane Massenet au même niveau que ceux de Charlotte Gainsbourg, Spike Jonze ou Amélie Mauresmo (invités de ces derniers jours)…

  9. artypop 28. déc, 2009 at 9 h 29 min #

    Stan > Tu m’embrouilles.

    Gael > Tu m’embrouilles encore plus.

    Leto > Oui, alors, ça, j’y crois pas une seconde en fait.

    Raph > Celle-là, c’est l’émission chef de toutes les autres.

    Joss > Et où les films sont cultes.

    Tania > Moi, je connais le vrai visage de la méchanceté.

    Christophe > Ne remue pas des blessures encore trop fraîches.

    vinsh > Je parle largement plus des gens qui font l’émission que ceux qui y viennent comme invités. Même si je crois que je pigerai jamais ce que les gens trouvent de si fascinant à Charlotte Gainsbourg (si ce n’est son patronyme, mais quand même).

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