Catégorie : Business Time

Justement

Depuis quelques semaines, je travaille dans un tout nouveau journal. J’en parle pas trop parce que c’est le gros stress et j’ai pas envie de me porter la poisse à pérorer à tout va.

Dans ce boulot, donc, je dois faire des interviews (beaucoup plus qu’avant) et on doit les faire dans des boxs (boxes ?) prévus à cet effet. Or, il n’y a pas d’ordinateurs dans ces salles et comme j’écris très mal quand je prends des notes, je double tout en enregistrant ce que me raconte les gens sur une petite clé USB. C’est très pratique sauf que dérusher ce bazar me prend un temps DINGUE. Or quand je dérushe, je dois m’écouter. Et, outre l’horrible son de ma voix (je cherche à avoir une grosse voix grave si vous connaissez un coach vocal qui a fait la star’ac, n’hésitez pas), j’ai un tic insupportable : je commence systématiquement mes questions par « Justement » alors que dans 99% du temps, la réponse qui précède ma relance n’a aucune rapport. Exemple :

- Vous avez des enfants ?
- Oui, j’en ai trois. Ils sont petits et ils vont à la maternelle Jules Ferry.
- Justement, c’est pas trop dur de travailler dans une aciérie ?

« Non, mais WTF, Romain », je me dis alors, « Pourquoi tu as dit ‘Justement’ ? ». Pas de réponse. Et j’ai envie de me baffer.

- Vous reprenez les plus grands titres d’Hervé Vilard dans votre nouvel album, pourquoi ?
- Parce qu’il y a une connexion entre moi et ‘Capri, c’est fini’.
- Justement, la cuisine, c’est votre seconde passion ?

« Le rapport, Romain ? LE PUTAIN DE RAPPORT entre la chanson et la cuisine ? Tu m’expliques ? », je me demande. « Bah, euh… Capri, l’Italie, les pâtes, la cuisine, quoi, justement », je me réponds. « Mais ferme ta gueule avec ton justement pas justifié », me cloue-je le bec.

Voilà, alors hier, j’essayais par tous les moyens de ne pas dire « Justement » pendant l’interview ce qui a fini par donner un truc à peu près comme ça :

- Vous avez travaillé avec Machin, c’était bien ?
- Ah oui, il est formidable, c’était génial de bosser avec lui.
- Justem… enfin… ahahah… justement pas « justement » car il n’y a pas de rapport avec ma question d’avant… ahahahah… Vous faites de l’apnée du sommeil ?

Et le type à l’autre bout du fil, lui, n’a pas vraiment compris. Justement.

Où je fais ma midinette [on ne lit pas si on est pas pédé]

L’autre jour, un ami m’a dit que mon beulogue était un beulogue d’humeur. Le connard, tiens. Je t’en foutrais de l’humeur.

Donc, il y a trois mois, sont arrivés dans nos locaux les services publicités de tas d’autres magazines de ma société. Histoire de faire une synergie entre les services ou une autre connerie du genre, et ça on s’en fout.

Il se trouve que jusqu’à présent, à mon étage, il n’y avait que des gens moches : des conducteurs d’automobile gros et adipeux, des chasseurs bas de plafond, rien de glamour pour un sou. Bref, pas de quoi émoustiller le garçon sensible en moi.

Et l’arrivée de wagons entiers de commerciaux pour des titres féminins ne laissait pas présager autre chose que de grandes échasses blondes sûrement très mignonnes pour qui s’y intéresse.

Mais au milieu de cette horde de demoiselles s’est glissé un jeune éphèbe qui dérègle mes sens à chacune de ses arrivées.

L’horreur.

Il faut dire qu’il ressemble un peu à Gustav Hofer (à la différence près que lui, il n’est pas homo). Oui, Ze F., tu peux rire : la même coupe de cheveux stupidement eighties. Même blondeur, des yeux bleus perçants et un prénom… ahhhhhh… Mon Dieu. Je défaille.

Grand, élancé, musclé (alors qu’il se goinfre de madeleines à longueur de journées), riche (enfin, je pense), j’aurais pu survivre s’ils l’avaient collé à l’autre bout du monde. Mais il est toute la journée à quinze mètres de moi et je passe devant son bureau quarante fois par jour en me mordant la lèvre pour ne pas tourner la tête.

Tout à l’heure, il entre dans le bureau et gnééééééé, j’arrivais pas à décrocher de mon sourire niais. Il posait des questions sur ce qu’on faisait et j’avais la répartie d’une mouche tentant mon plus beau sourire (bon, sans montrer mes dents pourraves, hein (oui parce qu’il a une dentition parfaite en plus).

Alors, j’ai googlé son nom, j’ai fouillé un peu et bon, forcément, j’ai compris pourquoi je le trouvais beau : il a été (et est encore, à première vue) mannequin. Il a un tout joli site internet avec tous pleins de photos de lui et où il raconte tous les sports qu’il fait.

Je sais pas mais… des fois, on a quand même l’impression que la bonne fée est une putain de flemmarde. Elle avait une liste de qualités face à une liste de maisons à visiter, mais comme elle devait acheter du mou pour son chat, elle a frappé à la première porte et elle s’est dit : « bon, lui, je vais tout lui coller et après ce sera marre, vais pas me faire chier ».

Trop naze la, fée.

Un voyage à Hendaye ?

Il faut le reconnaître : je n’ai rien à aller foutre à Hendaye, d’ailleurs il a même fallu que j’aille voir sur Google Maps où c’était, mes connaissances géographiques étant (très) limitées.

Un voyage en train

Cependant, si pour 17 euros la SNCF me promet que je vais passer la nuit avec le mannequin de la pub, qu’il partagera ma couchette et qu’il sera fou de mon corps, je veux bien consentir à revenir sur ma position.