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Catégorie : Explication de texte

Dunkerque – Un beau livre d’images fait-il un bon film ?

De toutes les critiques élogieuses reçues par le film Dunkerque (ou Dunkirk, comme disent les Anglo-saxons), c’est Le Figaro qui résume le mieux ce que j’en pense (même si ça n’a pas été écrit dans le sens de mon interprétation) : « Le spectateur sort de la salle avec une question en tête : comment ont-ils pu tourner un tel film ? ».

J’ai choisi l’affiche allemande pour rire un peu

Comment Christopher Nolan a-t-il pu tourner, et accessoirement écrire, un tel film ? Il n’y a honnêtement aucune réponse possible. En nous racontant l’évacuation des troupes anglaises en juin 1940, alors cernée par l’armée hitlérienne, Nolan a décidé de produire un magnifique livre d’images en reproduisant à la perfection (je n’ai absolument pas vérifié ce que je vais écrire, mais je suis certain d’avoir raison) le moindre bateau ou avion de l’époque. Tout est soigné méticuleusement. Rien n’est laissé au hasard. Comme un gamin sur sa balançoire qui réclame l’attention de sa mère, chaque plan du film hurle à la face du spectateur : « Regardez-moi, regardez-moi comme je suis bien filmé ! »

Notez que cet épisode de la Seconde Guerre mondiale va jusqu’à diviser le critique des Inrocks qui le qualifie d’abord « d’un épisode marquant » dans le chapeau de son article avant de se raviser trois lignes plus loin pour en dire qu’il s’agissait là d’un « épisode crucial, mais relativement méconnu ».

Le film débute sur l’image d’un soldat anglais (Tommy, l’un des rares personnages nommés dans le film), qui rêve de s’enfuir le plus vite possible de la plage de Dunkerque où lui et des dizaines de milliers de soldats attendent qu’on vienne les chercher. Bizarrement, ils sont tous en rang d’oignon, perpendiculaires à la mer, le premier de la ligne se baigne ainsi jusqu’à la taille dans de l’eau froide. Je ne perçois pas l’intérêt vu qu’aucun navire ne point à l’horizon.

Direction ensuite la Grande-Bretagne où un plaisancier britannique embarque avec deux jeunes garçons pour venir récupérer les « boys » de la Nation à la demande du gouvernement.

D’autres séquences se passent sur un ponton où Kenneth Branagh interprète le commandant Bolton scrutant la mer du Nord (il semble dormir carrément ici). Sur ce même ponton, des milliers de soldats attendent.

Enfin, on suit des batailles aériennes entre pilotes britanniques et allemands.

Voici tous les éléments du film qui s’entremêlent sans aucune raison : une séquence avec Tommy, une séquence sur le ponton, une séquence avec le plaisancier et des navires qui se font bombarder, une séquence dans les airs et ainsi de suite.

Il n’y a aucune histoire, on ne sait rien de personne, la plupart des protagonistes sont crédités au générique sous la forme de « Grenadier », « Soldat » ou « Officier ». Ils se ressemblent tous (et les acteurs jouent mal). On se moque comme de l’an 40 (façon de parler) de savoir s’ils vont s’en sortir ou pas, bien que le film s’évertue à créer le suspense le plus artificiel possible à coups de plans interminables sur des gens qui marchent le long du sable, de bateaux qui se font bombarder et qui coulent et des gens qui nagent pendant des heures vers un autre bateau qui va se faire irrémédiablement couler juste avant l’enchaînement des quatre séquences iconiques du film.

En somme, tout nous indiffère.

Et le pire (car il y a pire, oui !), c’est que ce suspense en bois est entretenu par l’atroce musique de Hans Zimmer. QU’ON LUI DÉBRANCHE SES CLAVIERS BONTEMPI, PUTAIN. Aucun thème, aucune mélodie (Zimmer n’a ni les capacités intellectuelles ni le talent pour composer autre chose que des accords plaqués sur un synthétiseur).

Comme le scénario, la musique n’est que du rien.

Alors, pour tenter pitoyablement de faire grimper le curseur de l’angoisse (« Mon Dieu ! Ce personnage dont je me fous va-t-il réussir à nager pendant quatre minutes vers ce navire en train de se faire bombarder ? »), il utilise deux méthodes éculées :

  1. La sonate sur une note en ré qui consiste à répéter inlassablement la même note plus ou moins rapidement :


(C’est moi qui vient de composer cette mélodie, filez-moi dix millions de dollars.)

  1. Les gammes de Shepard (que j’ai découvertes pour l’occasion) qui consistent à vous faire croire artificiellement qu’on monte une gamme sans jamais s’arrêter, comme si elle était de plus en plus aiguë (alors qu’en réalité on joue toujours les sept mêmes notes) :

Il y a aussi une troisième méthode qui est celle de nous faire écouter le tic-tac d’une montre, mais je ne pense même pas qu’on puisse définir ça comme de la musique.

Cette horreur musicale a tout de même eu les honneurs de la critique cinématographique, ainsi Le Monde la qualifie de « partition omniprésente et une fois de plus remarquable d’Hans Zimmer tendant vers la musique industrielle ».

Je suggère qu’on laisse la critique musicale à ceux dont c’est le métier et qu’on interdise dorénavant à Nolan et Zimmer : 1. de collaborer ensemble, 2. de collaborer tout seul.

L’Amant double : un film au ventre mou

François Ozon appartient à la longue liste des réalisateurs dont j’entends tellement parler que j’ai l’impression de connaître tous ses films. En réalité, je n’en ai plus vu depuis Potiche (c’était en 2010, mon Dieu, je vais bientôt mourir).

Avec L’Amant double, Ozon raconte comment Chloé, 25 ans, souffrant d’une douleur abdominale depuis sa naissance ou presque, espère se soigner en suivant une psychanalyse avec Paul, un psychanalyste. Mais le transfert freudien les conduit à tomber amoureux l’un de l’autre. Tout se passe sans trouble jusqu’au moment où Chloé découvre que Paul a un frère jumeau, lui aussi psychanalyste, et que les deux cachent un sombre secret…

– Ça va, Paul ?
– Non, j’ai des sushis avec mon frère !

L’histoire s’inspire d’un livre, Lives of the Twins (jamais entendu parler) et le film d’Ozon, lui, est un genre de gloubiboulga de références cinématographiques. On pense tout de suite à Faux-semblants de David Cronenberg (notons d’ailleurs que la scène d’ouverture bien alléchante met en scène un spéculum dans une séquence chez le gynécologiste qui rappelle furieusement la profession des deux jumeaux du film de Cronenberg), mais aussi aux longs-métrages de Brian De Palma (là, j’ai moins de titres en tête, mais on a du split-screen donc on a du De Palma) en passant par une séquence inspirée d’Alien (maux de ventre = Alien, c’est tellement prévisible). Et puis, pas modeste pour deux sous, il va même jusqu’à convoquer Orson Welles et La Dame de Shanghaï dans la scène finale (originalité quand tu nous tiens !).

Bref, impossible de savoir où le réalisateur veut en venir. D’ailleurs, je pense qu’il ne voulait en venir nulle part. Ça pue le film torché par un mec un peu trop sûr de lui et dont personne n’ose remettre en cause les choix douteux (comme la scène d’ouverture).

Bon, je n’irai pas jusqu’à vous affirmer qu’on s’ennuie, ce ne serait pas vrai, mais il y a un petit air de : « Tout ça pour ça ? » lorsque le film s’achève qui n’est clairement pas le signe d’un chef-d’œuvre.

Enfin, dans le genre « les trucs qui me gonflent au cinéma » : Chloé est censée avoir vu tous les médecins de la planète pour soigner ses maux de ventre avant de franchir la porte d’un psy, mais (attention, je divulgâche dans 3… 2… 1…), une simple échographie dix minutes avant le générique révélera le pot aux roses (j’allais écrire « le pot-au-feu », je crois que j’ai la dalle).

Pourquoi les médecins n’ont-ils pas réclamé une échographie à une patiente qui s’est plainte pendant 25 ans de douleurs à l’estomac ? La seule raison crédible, c’est que Chloé n’avait pas les moyens de se payer l’examen et que L’Amant double est, en réalité, une grande fable allégorique sur la généralisation du tiers payant.

Alien: Convenant – Un film pipeau

À part le tout premier Alien, celui de 1979, je crois que je n’ai jamais bien compris le reste de la saga. La reine dans Aliens, la prison dans Alien 3 ou les clones dans le quatre, j’avais déjà du mal, mais avec Prometheus, j’ai définitivement lâché l’affaire.

Par exemple, je suis persuadé que les équipages qui se succèdent pour se faire empaler par un Alien vont toujours sur la même planète. En fait, non. Elle change de nom : elle s’appelle LV-426 dans Alien, Fiorina 161 dans Alien 3, LV-223 (c’est une lune) dans Prometheus et j’ai oublié son nom dans Alien: Covenant, mais il s’agit encore d’une autre. Et pourtant, il y a toujours le même vaisseau planté là, à moitié écrasé sur le sol. Je crois que Prometheus est censé avoir expliqué ça, mais je refuse de faire des efforts pour comprendre.

Le film débute par un loooooooong prologue assez chiant où l’on découvre David, un androïde très méchant qui joue du piano.

David, le méchant.

Puis nous filons à l’intérieur d’une grande navette spatiale où deux mille colons en hibernation partent pour Origae-6, une lointaine planète qui présente toutes les qualités pour devenir une nouvelle Terre. Hélas, à cause d’une tempête de neutrinos, le vaisseau se retrouve en cale sèche.

On notera au passage que le neutrino étant une particule neutre, comme son nom l’indique, elle n’interagit quasiment pas avec la matière, il est donc fort improbable qu’une tempête de neutrinos provoque quoi que ce soit. Mais je ne suis pas là pour faire mon chieur.

À bord, Walter, un androïde gentil qui ressemble comme deux gouttes d’eau à David (spoiler alert : le même acteur joue les deux rôles) réveille l’équipage, soit la dizaine de personnes qui va mourir au cours des deux prochaines heures.

Walter, le gentil.
Le Nostromo a la douleur de vous faire part du décès de toutes les personnes présentes sur cette photo.

Et d’ailleurs, ça ne traîne pas : le capitaine est brûlé vif quand un court-circuit touche sa capsule d’hibernation. Hop, au suivant. Sa femme qui était aussi membre de l’équipage pleure à chaudes larmes, puis l’oublie aussi vite qu’elle fut éplorée. Ridley Scott tente de nous rendre la scène triste avec de la musique mélancolique, mais vu qu’on ne sait pas qui sont ces gens, on s’en fout un peu (comme ce sera le cas quasiment tout le long du film).

Pour réparer le vaisseau, l’un d’entre eux sort dans l’espace et intercepte une communication provenant d’une planète proche. Très intelligemment, le nouveau capitaine (du nom d’Oram) décide d’aller la visiter parce que, figurez-vous, qu’elle a l’air aussi bien qu’Origae-6 qui est encore à des centaines d’années-lumières de là.

Une fille de l’équipage tente tout de même un timide : « On a étudié Origae-6 pendant dix ans, vous êtes vraiment sûrs qu’on doit aller sur cette planète qu’on connaît depuis dix minutes ? », mais tout le monde s’accorde à trouver que c’est une pisse-froid.

Là-bas, l’équipage découvre le fameux vaisseau spatial gigantesque (le vaisseau de « l’Ingénieur », celui qu’on voit dans tous les films de la saga, mais jamais sur la même planète). En chemin, deux d’entre eux reniflent des champignons hallucinogènes qui les infectent et transforment leur corps en utérus artificiel à aliens. Ils meurent assez rapidement (on découvre alors que l’un des deux, Hallett, était en réalité un gros pédésexuel avec un autre membre de l’équipage, ça n’avait jamais été mentionné auparavant, et on en reparlera plus jamais après) (à ce niveau, c’est de l’ordre du placement de produit).

Puis la fille qui était la petite amie d’Oram meurt aussi, mais à cause de l’explosion du vaisseau spatial qui les a amenés sur la planète. On commence alors à comprendre que tout le monde est en couple. Les petits cochons !

Là-dessus, les membres de l’équipage sont attaqués par une palanquée d’aliens, mais heureusement Obi-Wan Kenobi David débarque et vient les sauver en les emmenant dans une ville-cimetière.

Or, souvenez-vous David est très méchant. Et après une (très) longue séquence homoérotique où il apprend à son double Walter à jouer de la flûte tout en déclamant un monologue lénifiant sur les capacités des androïdes à créer, il entraîne Oram dans une cave sombre et boueuse et le capitaine se fait bouffer la gueule par un bébé Alien qui lui pond dans le bide comme dans le film original.

On apprend ainsi que David est en réalité le créateur des gros œufs gélatineux qui crachent la bestiole (le facehugger) qui féconde les estomacs. Je n’ai toujours pas saisi en quoi ce mode de reproduction était plus pratique que des minuscules spores de champignons, mais bon, je ne suis pas là pour juger les hobbies d’un androïde.

La suite, c’est du classique : l’alien les poursuit jusque dans le vaisseau spatial où il tue pas mal de monde (dont un autre couple qui baise dans une douche à l’italienne), puis il finit par être expulsé dans l’espace par un gros courant d’air. Deux membres de l’équipage, Daniels et Tennessee réchappent tout de même à ce massacre.

Petite info technique : quand vous passez juste derrière un réacteur avec une corde d’escalade, vous avez 99% de chances de crâmer. Sauf dans les Alien.
« C’est le flexible de la douche que je sens ? »

Ils décident alors de poursuivre le chemin vers Origae-6, le projet initial, avec les deux mille colons et au moment d’entrer en hibernation, Daniels découvre que David, l’androïde méchant, a en réalité pris la place de Walter, l’androïde gentil, mais c’est trop tard : elle est enfermée dans sa capsule et ne peut plus rien faire. Fin.

Bilan : l’obstination de Papy Scott à vouloir nous raconter les origines de cette bestiole dégueulasse est totalement vaine. Elle complifie (du verbe complifier : rendre complexe et difficile une chose simple) à l’extrême une histoire débile d’un monstre qui tue tout le monde. C’est d’autant plus risible que Ridley Scott n’a jamais écrit une ligne du scénario du premier film. Par ailleurs, l’auteur du script original, Dan O’Bannon, mort en 2009, n’a jamais participé aux suites.

Alien: Covenant, qui est censé faire le pont entre Prometheus et Alien (1979) à la manière d’un grand écart de Van Damme dans Full Contact me laisse donc totalement de marbre.

Alors, cher Ridley Scott, range ta caméra, sérieusement. Ta réalisation est naze, on a l’impression de retourner dans les pires heures des années quatre-vingt (la scène d’amour sous la douche est d’une nullité absolue) (et puis qui filme encore des pieds qui se touchent pour symboliser une relation sexuelle ?). Ton film semble écrit par un malade d’Alzheimer qui oublie toutes les cinq minutes ce qu’il vient de raconter.

De plus, comme à aucun moment tu ne nous racontes qui sont les membres de l’équipage et pourquoi il faudrait qu’on les aime, on se moque totalement de les voir se faire dézinguer de la manière la plus crade possible les uns après les autres. C’est le zéro absolu de l’empathie.

Et franchement, deux heures pour nous expliquer que les aliens ont été créés par un putain d’androïde qui joue de la flûte, c’est un camouflet à notre sens critique.

Siegfried Chicken

En mars 2010, je publiais un article sur L’Or du Rhin que j’étais allé voir à l’Opéra et je me lançais – propulsé par mon altruisme – dans l’écriture du premier grand résumé en clair de l’intégrale de la Tétralogie de Wagner. Enfin, on allait TOUT comprendre sans les excès pédants des livrets qu’on retrouve dans les enregistrements de l’œuvre et qui nous prennent tous pour des experts de la mythologie germanique.

Bon, ça c’était le projet initial car je m’étais rajouté une contrainte dont je n’avais pas tout à fait estimé la complexité : j’ai voulu raconter les événements dans l’ordre strict des opéras. C’est-à-dire sans rien rationaliser, en quelque sorte « comme si vous y étiez ». Or, je n’avais pas vraiment noté que Wagner était un véritable storyteller avant l’heure : cliffhangers, flashbacks, enfants cachés, amours impossibles, twists délirants à faire baver M. Night Shyamalan… Du coup, pour mettre ça au propre, c’était le véritable bordel. Et j’ai laissé tombé.

Mais sept ans plus tard, je reviens, remonté comme un coucou Suisse et j’ai pris la décision d’arrêter de m’imposer cette règle, sinon, je vais vraiment jamais finir.

Oui, parce qu’à cette allure, je vais mettre autant de temps à résumer la Tétralogie que Wagner n’en aura mis pour l’écrire (et avec la musique) (et la salle d’opéra pour le jouer).

Toutefois quand j’aurai fini, je fermerai définitivement ce blog. C’est dit.

Pour m’aider, je vais faire des chapitres plus courts et plus fréquents. Ce sera moins indigeste à lire pour les deux personnes qui le feront (moi et mon double maléfique). Ce premier chapitre est en réalité le brouillon de 2012 à peine réactualisé.

Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire :
L’Or du Rhin
La Walkyrie (partie 1)
La Walkyrie (partie 2)
La Walkyrie (partie 3)

Retournons-y alors avec la deuxième journée de notre périple, et troisième opéra de la série.

Rappelez-vous (j’adore écrire ça, parce que personne ne peut se souvenir), nous avions  laissé la Walkyrie préférée de Wotan, Brünnhilde, en haut d’une montagne, surveillée par un feu-follet (le fameux Loge) que seul un « héros » (un héros, c’est un homme sans peur) pourrait traverser.

Wotan

On dit que Siegfried est le plus chiant des opéras de la tétralogie, c’est aussi le plus chiant à résumer. C’est ce que les Inrocks appellerait un « récit initiatique ».

Bref, la troisième journée de notre épopée lyrique débute dans une forêt (ça change du caillou de la dernière fois). Voici que l’on découvre Mime, le frère d’Alberich, celui qui a volé l’Or du Rhin aux filles du Rhin en refusant l’amour (parce qu’il était laid) (et que de toute façon, il avait jamais vraiment connu l’amuuuuuuuur ni l’envie d’avoir enviiiiiiiie) (Alberich, lui, est mort, enfin je crois, je me souviens plus, de toute façon, il n’intervient plus dans l’histoire). Mime, dans l’Or du Rhin, s’était illustré en forgeant l’anneau du Nibelung (l’anneau dont on parle depuis le début) et un heaume magique qui permettait de prendre n’importe quelle apparence. Cette information aura son importance un peu plus tard, c’est-à-dire chez Wagner, dans à peu près quatre siècles et demi.

Mime est donc là, le cul sur la commode, forgeron de son état, il fabrique des épées et il n’est pas content : il forge des épées pour un certain Siegfried et ce Siegfried les casse sans arrêt. Il finit une épée, Siegfried la brise et Mime recommence. Il existe pourtant UNE épée que personne ne pourrait briser : c’est Notung, l’épée de détresse (cf La Walkyrie).

Malheureusement, elle a été brisée. Oui, je sais, je viens de dire qu’on ne pouvait pas la briser, mais là, c’est un Dieu qui l’a brisée. Un Dieu fait ce qu’il lui plaît comme dans la chanson « Chacun fait, fait, fait, c’qu’il lui plaît, plaît, plaît ». En plus, c’est Wotan, le Dieu des Dieux. Il l’a brisée après l’avoir donné à son demi-fils, Siegmund. Et a permis ainsi à l’adverse de Siegmund de le tuer. Conséquence, son demi-fils est totalement mort.

Donc Mime ourdit un plan diabolique. Il va ressouder Notung pour l’offrir à Siegfried. Cette fois, Siegfried ne pourra pas la briser (je viens de vous dire qu’elle était incassable). Et puis, il va l’encourager à combattre Fafner, le dragon qui surveille l’anneau du Nibelung, celui-là même que Mime a forgé pour Alberich dans L’Or du Rhin. Ensuite, Mime empoisonnera Siegfried et à lui la fortune, la gloire et les putes (enfin, ça on ne l’apprendra que dans vingt minutes, mais rapport à mon intro, je me fais plus chier maintenant).

À ce moment de l’opéra, c’est-à-dire dix minutes après le début, c’est dire s’il va falloir que j’accélère si on ne veut pas y passer la nuit, Siegfried arrive chez Mime. Alors qui est Siegfried ? On ne sait pas, mais comme dirait l’autre :

Savoir

(l’idée de coller l’image de ce mec date du premier brouillon de cet article en 2012, elle avait sûrement du sens à l’époque.)

À suivre.

Get Out : Mais les bons films existent ?

Mercredi sort le film Get Out, et je suis assez emmerdé parce que ce qui fait le sel de mes petites chroniques ciné ici, c’est que je vais voir des mauvais films et que j’en dis du mal.

Pas de chance : Get Out m’a bien plu. En plus, tous les critiques adôôrent, je ne voudrais pas me mettre cette corporation à dos. Et pire encore, il est difficile d’en parler parce que le film se spoile très facilement.

Une jeune fille très WASP, Rose, vit depuis quelques mois avec Chris, un photographe noir. Elle l’invite à passer le week-end chez sa famille qui vit au sein d’une superbe et grande demeure bourgeoise.

Chris est réticent, mais Rose le convainc qu’il n’y a pas moins raciste que sa famille (« Ils auraient voté pour Obama une troisième fois s’ils avaient pu »).

Pourtant, au cours du week-end, Chris va découvrir que leur comportement très (très) avenant est bien trop louche pour être honnête.

Contrairement aux Inrocks qui – comme d’habitude – divulgâchent le film dans les premiers 6% de leur critique (je n’ai lu que ça, le site me réclame de l’argent pour les 94% restants) (non, mais LOL), je n’en dirai pas plus.

Enfin, juste que je le conseille (et si vous détestez, bah tant pis, c’est le jeu).

(J’ai oublié de le préciser, mais j’ai vu ce film en avant-première parce que je suis une journalope qui travaille pour un merdia, mais dimanche prochain, tout va changer avec Marine, no stress.)

La Jeune fille et son aigle : télé-réalité en Mongolie

Sur le papier, ce documentaire sur une jeune Mongole de 13 ans qui décide de suivre les traces de son père pour devenir chasseresse d’aigle avait pas mal d’arguments pour me plaire : un pays lointain, des costumes traditionnels, des paysages désertiques et des animaux. Mais c’était sans compter l’excellente idée du réalisateur Otto Bell de filmer ça comme un épisode des Kardashian. Ou pour être plus exact comme une télé-réalité de NRJ12.

Ainsi, Aisholphan, la jeune fille, doit traverser 3 étapes initiatiques. 1. Capturer un aigle ; 2. Remporter une compétition de chasseurs d’aigle ; 3. Capturer un renard grâce à son aigle. Et à chaque fois qu’elle relève l’un de ces défis, on a trois / quatre minutes d’action, puis un long plan de son père recouvert de peaux de bêtes d’apparat, installé en haut d’une montagne, qui nous répète ce qu’on vient de voir.

Exemple : pendant la compétition, le père lance l’aigle depuis une colline et l’aigle doit se poser sur le bras de sa fille en contrebas qui tient un morceau de bidoche pour l’attirer. Séquence 1 – on voit le père sur la colline avec l’aigle. Séquence 2 – le père, face caméra, devant le soleil couchant, raconte : « Quand j’ai lancé l’aigle vers Aisholphan, j’ai eu peur qu’elle n’arrive pas à l’attraper. » Séquence 3 – l’aigle s’envole et sa fille l’attrape. Séquence 4 – le père : « Mais elle a réussi. C’était un sentiment incroyable ». Retour sur la compétition, le père court vers sa fille : « Je suis très fier de toi. » Retour en haut de la montagne : « J’étais très fier d’elle. » Retour sur la compétition, la fille : « J’étais très fier de moi et de mon père. » et ainsi de suite.

À cela s’ajoute des inserts d’une maison avec « les anciens » qui commentent également : « Chasseur d’aigle, ce n’est pas un métier pour les filles. » Un contrepoint qui pue la séquence scriptée.

Enfin, un élément assez important : un aigle vole haut et même un téléobjectif ne peut pas faire de miracle. Toutes les images de l’aigle semblent plates et sans profondeur. Ce n’est guère impressionnant. Alors, Otto tente de foutre de la grosse musique pour créer une ambiance et du suspens. Autant vous le dire, ça ne marche absolument pas.

Your Name : Un film ruiné par la critique

Je n’y connais pas grand-chose en dessin animé japonais. J’ai vu Princesse Mononoké (et pas jusqu’au bout, car c’était une séance en plein air à la Villette et que 1. je me pelais et 2. j’allais rater mon métro), c’est à peu près tout.

Mais comme il me restait un ticket acheté au CE qui expirait le 31 décembre 2016, il était impératif que j’aille au cinéma avant cette date fatidique. Et donc, Your Name.

L’histoire, c’est celle de deux ados, un garçon qui habite Tokyo, une fille de la campagne, qui échangent leur esprit sans raison aucune. Ça donne des situations cocasses (mais franchement digne d’une sitcom, genre le garçon touche ses seins quand il est fille, la fille touche son zizi quand elle est garçon) et évidemment, ils tombent un peu amoureux l’un de l’autre sans le savoir. Ça, c’est le côté chiant.

Heureusement, il y a toute une histoire SF très réussie sur le pourquoi du comment de ce phénomène qui permet de s’affranchir de la comédie romantique un peu niaise. Et au-delà de l’histoire, les dessins sont époustouflants, l’animation superbe. Bref, c’était très bien (enfin, la bluette amoureuse exceptée).

Sauf que ce film est devenu l’emblème de toute une population que je conchie, à savoir le service cinéma des Inrocks qui non seulement spoile le film dans sa critique (je ne l’ai lue (la critique) qu’après l’avoir vu (le film)) (ne cliquez pas si vous n’avez jamais vu le film), mais surtout décrit Your Name comme une grande œuvre sur « la question queer ou transgenre ».

Les bras m’en tombent. Sérieusement ? Je ne sais même pas comment ça a pu leur traverser l’esprit… Faut se creuser la cervelle à la petite cuillère. Parce que vraiment, il n’y a aucun enjeu transgenre dans le film. Le ressort comique de changement de sexe n’a rien de nouveau et n’est même pas traiter ici avec une grande finesse. Et je doute que quand le film Victor Victoria (1982) est sorti au cinéma, quiconque ait pensé qu’il s’agissait là d’un grand film sur la question transgenre. Ça me saoule de lire ce genre d’idioties crasses qui sont là juste pour se raccrocher à l’actualité de façon si stupide, niaise et surtout paresseuse.

Car si le même film avait été produit par Disney ou DreamWorks (et ç’aurait tout à fait été possible, c’est une grosse comédie romantique quand même), là, les gags dont je parlais seraient devenus forcément le signe de la fin des temps et une horreur intellectuelle. J’imagine déjà la critique des Inrocks : « Alors que la question transgenre est au cœur des débats nationaux, ce film américain renie l’altérité de l’autre et démontre une LGBTphobie inadmissible avec des blagues potaches d’un sincère mauvais goût. Dans l’Amérique de Donald Trump, cette production est à vomir. » (à lire avec la voix de Jean-Marc Lalanne, c’est tordant).

Bref : faites comme moi, ne lisez jamais les critiques.

John Wick 2 : Un vrai film casse-tête

Jusqu’ici, ma vie s’était particulièrement bien accommodée de mon ignorance totale de l’existence de la série John Wick. Mais, l’autre soir, un pote me dit : « Tu connais pas John Wick ? Ahlalala ! C’est un vrai film de badass comme on n’en fait plus ! D’ailleurs, j’ai trop envie d’aller voir John Wick 2 qui vient de sortir. Allez, accompagne-moi ! »

Pris par la boisson, j’accepte. Toutefois, craignant de ne pas comprendre les tenants et aboutissants scénaristiques et les enjeux psychologiques, je m’encourage au préalable à mater rapidement le premier épisode.

Dans John Wick 1, Keanu Reeves incarne… Le terme est un peu fort. Keanu joue… Non, c’est trop aussi… Keanu fait semblant (oui, c’est mieux) d’être un ancien tueur à gages, reconverti dans le macramé. Vivant pépouze avec sa femme, cette dernière meurt d’une longue maladie. Avant de passer l’arme à gauche, elle lui offre un petit chien. Pas de bol, le fils de son ex-employeur tue ce chien (et vole sa voiture). John Wick n’a alors plus qu’une idée : se venger.

Ensuite, pendant une heure et demie, ça canarde plus que dans une partie de Counter-Strike. À la fin, tout le monde est mort. Sauf John Wick qui se trouve un nouveau chien.

Remis à niveau, j’appelle mon pote : « C’est bon, je suis prêt à aller voir John Wick 2. »

Cette fois-ci, Wick découvre que, des années avant John Wick 1, lorsqu’il avait quitté le monde du banditisme, il avait contracté « une dette » envers un mafieux italien. Il doit donc l’honorer. Mais comme il refuse, le rital lui brûle sa maison (son chien est sauf, rassurez-vous). John Wick n’a alors plus qu’une idée : se venger.

J’en avais des nœuds au cerveau.

Ensuite, ça canarde encore plus que dans John Wick 1 (si c’était Dieu possible) (a priori, ça l’était). Les balles fusent, les protagonistes tombent et roulent dans des escaliers en pierre de taille, se tirent dessus dans des couloirs de métro aux heures de pointe, se démontent la tête dans le Forum Magnum, s’empoignent dans des catacombes romaines, se mitraillent à Central Park…

Que vous dire ? C’est é-pui-sant. Le ratio mots prononcés/nombre de balles tirées est quasi nul. Les acteurs sont mauvais : une limande a plus d’expressions faciales que Keanu Reeves et les situations sont grotesques. Classique de ce genre de film : les méchants arrivent toujours par salve de deux ou trois, les autres attendant bien sagement à côté que leurs acolytes se fassent buter pour se jeter dans la mêlée et connaître le même sort.

Mais il y a bien une chose qu’on ne puisse pas retirer à John Wick : c’est un vrai film de badass comme on n’en fait plus.

Et quelque part, heureusement…