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Métier à risques

Je savais qu’être journaliste, c’était un vrai métier à risques. D’ailleurs, je vais pas mentir, quand j’ai décidé de basculer totalement ma carrière professionnelle vers ce fabuleux job, c’était parce que je voulais devenir reporter de guerre et traquer les talibans dans le désert iranien. Bon, en fait, pas tout à fait, j’étais fan de Spiderman gamin et c’est dans le cadre de son activité de journaliste qu’il se fait piquer par une araignée radioactive au cours d’une conférence. Ce que j’ai toujours secrètement rêvé qu’il m’arrive (malgré mon aversion pour les arachnides). C’est même pour ça que j’ai fait journaliste scientifique. Peine perdue : rien ne m’est jamais arrivé jusqu’ici. Et pourtant, j’ai proposé par deux fois en conf de rédac l’expo du Musée d’histoire naturelle « Au fil des araignées » sans succès. Triste.

En réalité, mes activités professionnelles m’amènent principalement à me déplacer de la machine à café à mon bureau, voire à la cantine où il m’arrive de m’approcher du comptoir derrière lequel il y a le bac à fritures. C’est bien le seul grand risque de ma journée avec – peut-être – aller dans le bureau de mes chefs, mais là, les dangers sont plus restreints quand même. Au pire, j’en sors décoiffé par le souffle de l’engueulade ou les joues rouges par la joie des félicitations. Ça dépend du jour.

Quelle ne fut ma surprise lorsque j’ai reçu ce questionnaire de ma toute nouvelle assurance pour mon crédit immobilier, rapport à mon achat d’appartement.

Ici, permettez-moi (je vais me gêner) un aparté, j’ai entendu beaucoup de critiques sur un précédent post parce que j’y ai conspué Gentilly. Sachez que c’est le cas à chaque fois que je déménage. J’étais autrement plus méchant avec le XIVe quand j’y ai emménagé. Mais, bizarrement, aucun habitant de l’arrondissement n’est venu bondir pour prendre la défense du quartier. Il faut croire que j’avais raison. Comme toujours.

Revenons à mon sujet du jour. J’ai donc reçu un magistral questionnaire qui m’a totalement chamboulé :

Question1

Sur la première page, je me suis déjà posé pas mal de questions. Parce que j’étais censé aller en Autriche il y a deux semaines pour le boulot, mais je n’y suis pas allé. Du coup, est-ce que « aller presque » à l’étranger c’est considéré comme un déplacement ? Je me suis dit que non. Et j’ai tourné la page.

Là, c’était plus surprenant :

Question2

« Utilisez-vous des appareils aériens ? Parapente ? Ballon dirigeable ? Ballon captif ? » Je me suis dit : les mecs, ils ont fait une erreur, ils m’ont envoyé le questionnaire de Nicolas Hulot. Bon, je coche non de partout et puis alors je tombe sur la dernière question et je savais plus quoi faire. « Utilisez-vous d’autres moyens de transport ? Moto ? Auto ? Train ? ». Euh… Oui, je prends le métro tous les matins pour aller au boulot, ça compte ? Et puis, quand je suis allé suivre le tournage de L’étoffe des champions à Luchon, le jeu de l’été dernier sur France 3, bah oui, j’ai pris une voiture.

Bref, je ne savais plus quoi faire, j’ai appelé le service de l’assurance.

- Bonjour Madame, je suis bien emmerdé avec votre questionnaire, je ne sais pas quoi remplir.
- Ah bon ? Quel est le problème ?
- Le problème, c’est la question 2.3, là. Je pige pas, c’est pas vraiment spécifique à mon métier de prendre le train ou la voiture…
- Monsieur, remplissez le questionnaire tout naturellement, comme ça vous vient.

Voilà un conseil vraiment pertinent, me suis-je dit, j’ai dit « merci », j’ai raccroché.

Et j’ai coché « non » partout. Tout naturellement. Et si ma télé explose, vengez ma mort.

Gentilly Express

Alors demain soir, je fais un truc de fou. J’achète un appartement. Ouais. Dingue. Ça fait trois mois que ma mère me tanne, et comme je suis du genre gamin obéissant, bah j’achète. Ouais, j’ai 36 ans et ouais, je t’emmerde. J’ai trouvé un super appart. C’est une vieille qui l’habitait. Une preuve ? Tiens, là voilà ta preuve :

Appart

En fait l’appart est bien en vrai : belle surface, pas cher, idéal. Sauf que. Sauf qu’il est à Gentilly.

Connais-tu Gentilly ? Gentilly c’est à peu près le concept de non-ville. Pour preuve, il est géré par une maire communiste, si c’est pas la preuve qu’il n’y a rien à en tirer… Je veux dire, plus personne ne vote communiste. Mis à part les nostalgiques des goulags, mais ils sont combien en France ? Huit ? Max ? Non ?

Alors Gentilly, c’est ce qu’on appelle la « petite couronne » de Paris. Oui, comme ça, ça semble glamour. Et moi aussi je me suis fait berné.

Sauf qu’en réalité, Gentilly est un genre d’îlot perdu au milieu de la pollution. Attends, je te montre où c’est :

Appareil genital feminin

Pardon, je me suis planté :

Gentilly

Donc en gros : au Nord, tu as la bordure du périphérique (infranchissable), à l’est tu as l’A6b (infranchissable), à l’ouest tu as l’A6a (tout aussi infranchissable). En gros, tu es dans un genre d’enclos dans lequel tu n’as aucun commerce, aucun centre-ville, rien nib que dalle.

En plus, comme la mairie est d’obédience PC, le salarié est le plus grand ennemi. Donc, tu payes une blinde en taxe d’habitation et taxe foncière pour… rien. Enfin, si. Pour que les blaireaux de la cité du chaperon vert puissent péter les vitres de ta voiture sans être emmerdés.

Enfin, c’est ce qu’on dit quand on lit la grande presse comme Le Point spécial immobilier Paris.

Non, sérieux. Quand tu googles « Gentilly », tu tombes sur « Ça a l’air calme, mais c’est la pire ville de banlieue, une incivilité hors norme ». Ça fait envie, hein ? Bah, moi, je vais y vivre.

Tu m’envies ?

Non, parce que tu sais pas le meilleur. Quand tu vas sur le site de la mairie de Gentilly, on ne te dit pas que la ville est « fleurie » (on aurait du mal d’ailleurs) ou que ses parcs font la joie des enfants. Non, on te vante une seule chose : Gentilly est une ville « @@@@ ». Tu sais ce que c’est ? C’est un label décerné par une bande de blaireau décérébrés qui attribue à chaque bled à la con sa « note internet ». Moi, je me suis dit comme un crétin que je suis : ok, c’est la ville la plus polluée de France (en même temps quand tu es cerné par deux autoroutes et un périph’…), c’est la ville-dortoir par excellence (y a même pas une basilique comme à Saint-Denis), y a « du trafic de drogue en plein jour » (selon je sais plus quel journal de droite), tu payes la moitié de ton salaire en taxes, MAIS au moins, on est à la pointe de l’internet, j’aurais la fibre comme si je me mouchais dans du PQ. PAS DU TOUT. MAIS QUELLE ERREUR ! Tu sais ce que c’est une « ville-internet 4@ » ? Ça veut dire que tu peux faire tes démarches grâce au site de la mairie. Ça veut, en somme, juste dire que tu as payé assez d’impôts locaux pour permettre à la mairie de faire un france.fr bis. Et rien que ça, ça me donne envie de gerber comme t’as pas idée.

(ah oui, et si tu te questionnes pourquoi j’achète quand même, comment te dire ?, l’appart est grand, spacieux et quand tu habites depuis 10 ans dans des placards, ça change juste un peu la vie).

Hasa diga ebowa

Le 20 mai 2005, je posais ma première crotte sur ce blog. Ça s’appelait « Médiocre« . En fait, avant j’avais un blog chez 20six, dont le premier post s’intitulait « Je suis une merde ». J’ai un genre de thématique, on va dire. Avant encore, j’en avais un chez u-blog, mais je n’ai pas gardé d’archives. Ça ne manquera à personne.

Et maintenant ? Bah, j’en sais rien. À chaque fois que je veux écrire pour mon blog, je ressens en moi une profonde pulsion d’ennui viscéral. Alors, si même moi, je me fais pas rire, comment je peux amuser les autres. De toute façon, je n’ai jamais été bien rigolo, mais en ce moment je bats des records de moribonditude (je fais ma Ségo, ouais). Bon, ça changera, ça reviendra (faudra quand même que je termine mon explication de la tétralogie un jour), mais pour l’instant, bof. Je ne ferme pas mon blog, hein. Juste j’annonce la couleur : c’était pas folichon, ça va pas l’être beaucoup plus. Alors voilà. Le bisou. À vite.

Vilain petit canard

Quand j’étais gamin ce qui commence à dater du siècle dernier mine de rien, je jouais du piano.

Comme on a déménagé, j’ai eu une tripotée de profs dont un certain nombre que je détestais copieusement. Jusqu’au jour où j’ai rencontré Mme Dumont à mes 15 ans. La prof. Elle avait tous les élèves de la ville qui allaient a l’école privée du coin (et qui n’étaient pas au conservatoire) et elle organisait tous les 2 ans des auditions.

J’en ai jamais fait qu’une seule d’audition. C’était pour mes 17, je venais d’avoir mon BAC (WHOUHOU J’AI EU MON BAC). De toute façon, je l’ai eue que deux ans et demi cette prof alors tu vois j’aurais pas pu en faire plus de toute façon alors ferme ton claque merde.

Bref donc cette prof c’est la première qui m’a fait comprendre la dure loi qui existe entre le rêve et la réalité. J’aimais tellement aller à ses cours que je me suis mis en tête de travailler dans la musique. Et quoi de mieux que de devenir chef d’orchestre puisque c’est quand même le truc le plus ultime. Alors je le lui dis et elle me répond: « je crois que vu ton niveau et ton âge ça va pas être possible ». The biatch.

La prof avait trois grands élèves et tous étaient meilleurs que moi : y avait d’abord sa fille contre laquelle il était impossible de rivaliser (comment on rivalise avec la fille de la prof ? Non mais sérieux, si tu avais été dans la même classe en CM2 que la fille de l’institutrice, tu saurais toi que ce n’est pas la peine d’essayer d’être meilleur), y avait une fille, Emmanuelle (devenue photographe depuis), et puis y avait mon ennemi juré : Bertrand. Lui, sérieux, IL M’ÉNERVAIT. Il avait tout : il était le fils du médecin, il était futur médecin, il avait commencé à 12 ans (moi à 5) et la prof le prenait toujours en exemple tant il était doué. Tou-jours.

« Ah, Bertrand, il n’aurait jamais fait cette erreur comme toi, là. Tu vois Bertrand, il est super fort. Tu sais ce que Bertrand a fait ? Il a tout appris la partition en une heure ! Il est très très fort. Quand il se trompe, Bertrand, il est capable de faire comme si c’était Schubert qui avait écrit ça. Et il n’en fait que depuis cinq ans ! ».

Bref.

Alors arrive le jour de l’audition. Donc, comme je suis pas assez bon, je passe en dernier des « petits ». Sauf que bon, j’ai genre dix ans de plus. « Mais », la prof m’explique, « tu comprends : c’est pour équilibré, je commence la seconde partie avec Emmanuelle, puis Bertrand et ma fille ». Et moi, bah avec les gosses. Voilà la tronche des deux têtards qui m’ont précédé :

Eleve1

Eleve2

J’étais un peu vert, mais moi quand je suis vert, je fais un grand sourire et je dis merci.

Le jour de l’audition, donc, y avait un papa qui filmait avec son caméscope à la demande de la prof. Il a filé in extenso toutes les prestations des charmants bambins que nous étions. Tous sauf UNE. La mienne. Je sais pas, je devais être sur sa liste noire de quelqu’un, mais en tout cas, il n’était pas prévu qu’on me filme. Je devais être trop une merde.

Finalement, je sais pas trop pourquoi, le type a dû trébucher, il m’a quand même filmé, mais juste le milieu de la partition (et ce con arrête au moment où ça devenait funky, blaireau). Dans la vidéo, on voit ma tête d’ado avec un menton à faire pâlir les frères Bogdanoff, derrière des lunettes totalement improbables. Comment mes parents ont pu me permettre d’acheter des lunettes aussi moches ? Faudra que j’interroge un psy, je pense.

Ma pudeur voudrait que je m’interdise de mettre ma prestation ici. Surtout que vous connaissant, ça va être une bonne occasion de vous foutre de ma gueule, mais ça me fait bien marrer, et je regarde ça avec une certaine nostalgie. Et puis, a. je pense pas que vous regarderez (c’est assez chiant quand même), et b. vous savez aujourd’hui, la pudeur avec les internets, hein…

Je pourrais aussi mettre la vidéo de mon ennemi juré, mais franchement ça me ferait mal au cul. Surtout qu’il joue vraiment très bien, ce bâtard.

Mythe aux bobos

Ça y est : je connais des bobos. Des vrais, quoi. Pas ceux des livres. Des gens qui sont aisés sans être riches, mais qui ont pour préoccupation le bien être avant tout. Ce couple (adorable, hein, je me moque pas d’eux, ils sont super gentils et en plus le mari, un copain d’école, lit parfois mon blog) habite dans une rue calme à quinze mètres du canal Saint-Martin. Sur le balcon, un vélo hollandais, partout du sol en coco. Pour entrer dans l’immeuble, il faut un code, puis appeler par l’interphone, puis un autre code pour l’ascenseur. J’arrive au quatrième étage, l’appartement est spacieux, leur enfant est en train de finir son repas tandis qu’une mini-chaîne dans la cuisine diffuse des chants traditionnels tibétains. Comme je sais pas tout à fait si vous vous rendez compte à quoi ça ressemble, je vous suggère de lancer le mp3 ci-dessous pendant que vous continuez à lire ce tibet. Pardon, ce billet. Si vous voulez un truc calme, écoutez le premier, si vous voulez du tibétain poilu, lancez le second :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

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Je m’installe à leur côté, je fais la bise, on me propose une bière. Ah bah oui, tiens pourquoi pas. Bon, pas trop folklorique, la bière, c’était de la Fischer. Mais mes hôtes me la coupent avec du rhum mélangé à des tiges de cannabis. J’ai aucune idée de ce à quoi ça peut servir, mais paraît que ça détend. Bon, bin ok, hein, je suis pas du genre sectaire.

La discussion continue, comme on ne s’est pas vu depuis longtemps, je raconte que j’ai trouvé un boulot dans un mag télé.

- Mais alors, tu interviewes des gens ?
- Oui, bon, des gens de la télé, hein.
- Ah, oui, nous on connaît pas. Qui ?
- Je sais pas… Valérie Damidot ?
- Ah non, on connaît pas.
- Euh… Frédéric Taddéi ?
- Ah oui, lui on connaît.

Moi, je pose des questions sur le bébé, comment il va tout ça. Alors, on me dit qu’il va très bien et je sais plus comment la discussion arrive là, mais on me dit qu’il mange du « popcorn ». Je m’étonne intérieurement (mais n’en laisse rien paraître), quand on me précise : « oui, enfin, pas du popcorn, mais du quinoa soufflée mélangée avec du miel ». « C’est un régal », ajoute-t-on.

On amène sur la table des olives bios grosses comme mon ma bite mon pouce et on en vient à se demander ce qu’on pourrait bien dîner. Quand le mari dit : « Si on commandait des pizzas ? ». Intérieurement, je m’étonne et me dis une fois de plus que j’ai dû mal comprendre. Mais non, non, on me parle bien de pizzas. Sauf que, bon, ce sont des pizzas d’un genre particulier (le site internet est éloquent, et ça n’a rien à voir avec l’hôtel-casino de Las Vegas) : elles sont livrées en vélo tout autour du canal Saint-Martin. Fichtre ! me dis-je, mais ce sont des pizzas ou bien ? Oui, oui, tiens d’ailleurs voici la carte.

Moi, je m’étais dit : « bah, je vais prendre une reine ». Ouais, sauf qu’ici, les pizzas ne sont pas des pizzas :

Pizzas

Là, je suis bien emmerdé, parce que je voulais une reine. Et y a pas. Je me rabats sur l’Aphrodite et puis, là, je lis le nom des pizzas et intérieurement, je rigole : appeler une pizza d’un écrivain ou d’un acteur italien, pourquoi pas ? Mais appeler une pizza « L’Obama », « La Che » « La Basquiat » ou « L’Ho Chi Minh », j’ai beau être ouvert d’esprit, ça me semble extrêmement débile. Surtout que si je comprends à peu près pourquoi « L’Almodovar » est une « pizza paëalla » ou « La Gandhi (sans tomate) » (important, ça, le « sans tomate ») est à base d’épinards cuisinés à l’indienne, je n’arrive pas à percuter pourquoi Obama est au bacon et à l’ananas ou Basquiat est au gorgonzola et figues ? Un truc m’échappe totalement. Mais je sens que poser des questions ne m’aidera pas, alors je mange ma pizza (fort bonne au demeurant).

Finalement, je suis reparti, longeant le canal Saint-Martin où une multitude de gens pique-niquaient des branches de sojas farcies au coton équitable. J’ai repris la rue Beaurepaire, le métro jusqu’à Invalides pour changer à la 13, rue de la Gaieté. Et je me suis dit que c’était quand même pas mal d’être un bobo, je devrais essayer.

Intérieurement, je rêve qu’on fasse une lecture de ce billet.