Mon avis d’expert : la crise économique

En tant que spécialiste de la crise économique, j’avoue que je me suis beaucoup amusé de voir circuler la vidéo de la BBC dans laquelle Alessio Rastani explique s’endormir en rêvant d’une récession. Finalement, il a reconnu être un communicant, une #attentionwhore comme on dit dans notre jargon de spécialiste de crise économique, et pas du tout un trader de la City.

Mais ce qui a réellement surpris tous les analystes avec qui je parle chaque matin entre la tartine de miel d’acacia et mes Weston à 8 000 euros, c’est qu’il a dit tout haut ce que le peuple pense tout bas. Or, le peuple n’y connait rien à l’économie. C’est le problème du peuple. Il parle sans savoir. Alors que nous autres, les spécialistes de la crise économique, nous avons autrement plus de compétences pour exprimer avec à propos des solutions à des problèmes qui – en réalité – ne nous concernent pas.

La crise économique que traverse les zones EMEA, NORAM et SWAP peut se résorber avec la mise en place de trois actions :

Point numéro 1. La Grèce. Pays de l’antiquité qui nous pète encore les couilles aujourd’hui avec son alphabet à la con, la Grèce a perdu depuis longtemps de sa superbe. Les années où Ulysse traversait la mer Ionienne pour rejoindre Ithaque sont loin, très loin. Précurseur, Sophocole, pourtant, avait prédit l’avenir dans sa tragédie το πάγκρεας της Ευρώπης (Le pancréas de l’Europe). Il y évoquait dans le chœur des vieillards de la Cité (versets §453-459) la haine du couple moteur franco-allemand (pour simplifier la lecture, j’ai repris ici la version d’Anouilh) :

Vous nous dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Nous, nous voulons tout, tout de suite, — et que ce soit entier. Nous refusons de nous contenter d’un petit morceau si nous avons été bien sage.

La dernière strophe fait évidemment référence aux critiques du parlement européen sur le manque de rigueur de l’économie grecque bien avant l’heure. Il faut donc – et c’est très simple à faire – réformer la Grèce. Tous les grecs devront dorénavant travailler dans la production de houmous et feuilles de vigne. En contrepartie, le reste du monde n’aura que ça à manger. On résout ainsi en deux temps, trois mouvements le problème de la famine et celui de la Grèce. CQFD.

Point numéro 2. L’indice de notation « AAA ». Non, sérieusement. On n’est pas des machines à laver, ni des réfrigérateurs. Cet indice est à abroger immédiatement. Cela relancera mécaniquement notre économie. Pour comprendre comment la chose fonctionne, il faut revenir à la définition keynésienne de l’économie : le marché s’autorégule lui-même. Derrière ce qui semble être un pléonasme, il faut distinguer deux choses : d’une part, « le marché s’autorégule », c’est-à-dire que sa régularité est assurée par le mouvement astronomique des astres ; d’autre part « lui-même », c’est-à-dire qu’il est son propre astre autour duquel il s’autorégule. Il suffit après de dériver la transformée de Fourier et on constate assez rapidement que la limite d’une croissance tendant vers 0 comme la notre aujourd’hui se retrouve sur une courbe exponentielle et tend immédiatement vers l’infini. En conséquence, en revenant simplement à cette définition de l’économie, on retrouvera rapidement le chemin du plein-emploi.

Point numéro 3. Mondialiser les entreprises. Ça pourra sembler violent aux artisans et aux PME, mais l’unique voie de sortie, c’est la fin de l’euro au profit d’une monnaie mondial : le yuan. Et pour y parvenir, il convient de mondialiser toutes les entreprises du monde. Il faut créer l’OMLF : l’organisation mondiale du laissez-faire. Fini les gagne-petits, les jean-foutre dont le chiffre d’affaire ne dépasse pas les 15 000 keuros par jour. Pour les besoins du bas-peuple, on remet en place un plan quinquennal : année 1, on fabrique des chaussures pour le pied gauche, année 2, on fabrique des chaussures pour le pied droit, année 3, des pantalons, année 4, des culottes et année 5 des rouleaux de pq. L’industrie du luxe reste bien évidemment en place pour produire les vêtements dont moi et mes amis avons besoin.

Sortir de la crise, c’est facile : il suffit d’en avoir la volonté.

PS : à l’attention des rédacteurs de C dans l’air, je suis disponible pour exprimer mon point de vue sur le plateau de votre émission. N’hésitez pas à prendre contact avec moi. Mes tarifs sont de 50 euros le mot. On ne trouve pas moins cher sur le marché.

Le Mystère du paquet de clopes

Edit (pas de Nantes) : Je certifie sur l’honneur ne jamais avoir entendu parler de Monsieur Stéphane Guillon avant d’avoir écrit ce texte. Pour plus de renseignements, voyez par ici.

L’autre jour, je buvais un vert avec Krstv et Ioudgine, il était tant qu’on se dise « au revoir » qu’en – SOUDE UN – je tombe sur le paquet de clopes de Ioudgine.

(bon, j’arrête de faire des fautes pour rire, parce que vous allez me corriger dans les commentaires, maintenant si j’en fais, c’est pas exprès).

Elle avait un paquet de Marlboro, des rouges. MX4 Flavor pouvait-on lire. En dessous, c’était la photo d’un foetus mal en point avec écrit en lettre d’or « FUMER PENDANT LA GROSSESSE NUIT À LA SANTÉ DE VOTRE ENFANT ». Et alors ?

Enfin, bref, je retourne le paquet. Et que lis-je devant mes yeux ébahis ?

Je lis : « dC13623″

Clopes

Un numéro de série.

Les paquets de clopes ont des numéros de série. Et je n’en savais RIEN. Rien du tout.

Et en plus des lettres rigolotes avec des minuscules et des majuscules et des chiffres.

Tout ceci avait forcément une explication et donc je fonce nulle part.

À quoi ça peut bien servir un numéro de série sur les paquets de cigarettes ? Non, mais sérieux ? Bien sûr, ni Ioudgine, ni Krstv n’avaient le moindre début d’une explication. J’ai donc dû trouver tout seul.

Et j’ai trouvé.

En fait, c’est parce que sur tous les paquets, maintenant, il y a des promesses. Sur les uns tu peux avoir un cancer de la gorge, sur un autre tu peux finir impuissant. Y en a même un qui te dit que les fumeurs « meurent prématurément ». Et si ça se trouve, bah, tu vas fumer ton paquet de clopes et tu choperas rien. T’auras des gosses, ça se trouve, tu n’auras même pas de cancer. Et si ça se trouve tu mourras d’un autre truc que le tabac. Et voilà à quoi ça sert, ce numéro de série : c’est pour te plaindre.

- Oui, bonjour, le service client de Marlboro ?
- Oui monsieur, que puis-je faire pour vous ?
- C’est pour une réclamation.
- Oui, je vous écoute ?
- Voilà,j’ai acheté un paquet de Marlboro, l’autre jour.
- Oui ?
- Et bien, dessus il est écrit : « fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant ». Or, ma femme qui a fumé une cigarette de ce paquet vient d’accoucher.
- Et ?
- Et le bébé va bien.
- Ah. Oui, il y a du avoir un problème, effectivement.
- Oui, parce que c’est pas bien normal, vous comprenez.
- Bien sûr, monsieur. Au nom de Marlboro, je tiens à vous présenter nos excuses. Pourriez-vous me communiquer le numéro de série de votre paquet, il est tout en dessous.
- Attendez, je regarde, c’est le… c’est le dC13623.
- Le ‘d’ est minuscule ou majuscule ?
- Minuscule.
- Attendez je fais une recherche sur les internets. Oui, c’est un paquet de MX4 Flavor, on l’a expédié au bureau de tabac de Port-Royal. Ah oui, effectivement, monsieur, il y a bien un problème : on a oublié d’ajouter les agents de saveur qui nuisent à la santé de votre enfant. Je suis vraiment désolé, c’est tout le lot qui a eu ce problème.
- Oui, mais là, mon enfant est né, alors on fait quoi ?
- Ecoutez, je suis vraiment navré. Mais je peux vous proposer des tétines à la nicotine spécialement conçues pour les bébés ? Ça les intoxique doucement et on est assuré à 99% qu’ils développent une maladie rare et gravissime avant trois ans.
- C’est pas mal, mais vous n’avez rien de mieux ?
- Non, sinon je peux vous rembourser le prix de votre paquet en timbres postaux ?
- Non, bah tant pis, je vais vous prendre les tétines alors. Mais vous êtes sûrs qu’elle marchent ?
- Je vous l’assure. Mais il faut s’assurer qu’il ne la crapote pas.

Bienvenue chez les pauvres

- Bonjour et bienvenue chez les PAUVRES ! Comment ça va bien aujourd’hui ? Alors pour cette nouvelle émission nous accueillons un tout nouveau candidat, on fait une grosse ovation à meussieuuuuuuuh Arrrrrrtypop !
*APPLAUDISSEMENTS*
- Bonjour Monsieur Artypop, comment vous appelez-vous ?
- Bonj… Ça marche ? Ah oui, ça marche. Bonjour, non mais appelez-moi Romain, là, c’est fini les conneries de pseudo sur Internet, c’est totalement has been et je dois soigner mon personal branding en ce moment.
- Très bien, on applaudit tous meussieuuuuuuuuuh Romain !
*APPLAUDISSEMENTS*
- Et bienvenue à vous dans notre grande émission « Beinvenue chez les… » ?
*PAUVRES*
- Alors vous savez que vous êtes de plus en plus nombreux ? Et ça, ça nous fait grandement plaisir à moi, à l’équipe du show et à la chaîne qui nous diffuse. Alors Romain, dites-moi, depuis combien de temps vous êtes pauvre ?
- Bah, c’est-à-dire que j’ai jamais été bien riche, mais je m’en sortais jusqu’ici et puis, là, je viens de perdre mes droits au chômage, alors forcément, ça devient un peu compliqué. Bon, heureusement, j’avais des économies, mais j’avais plus l’argent pour prendre une mutuelle et le lendemain de l’arrêt de mon assurance maladie, j’ai été renversé par un camion. Et bien sûr, le dossier pour la CMU n’était pas encore validé. Du coup, j’ai dû payer avec ce que j’avais gardé deux semaines d’hospitalisation.
- Ah mais alors vous êtes un tout nouveau pauvre ! Allez, tout le monde ensemble :
*BIENVENUE*
- On lui chante la chanson ? Hein ? Vous en dites quoi ? On lui chante la chanson ?
*LA CHANSON LA CHANSON LA CHANSON LA CHANSON*
- René, balance la bande !
*QUE SERA, SERA ! DEMAIN N’EST JAMAIS BIEN LOIN ! LAISSONS L’AVENIR VENIR ! QUE SERA SERA*
- Ah Mike Brant, toujours dans nos cœurs.
- Merci, ça me touche.
- C’est pour ça qu’on est heureux de vous accueillir. Rappelez-vous toujours : « Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux ».
- Merci.
- Bon, alors, vous n’êtes pas venu que pour ça, vous êtes venu aussi pour gagner ! Alors, vous avez choisi quoi comme cadeau ?
- Je… Bon, c’est un peu audacieux, mais j’aimerais bien gagner la carte « Sofinco – Rachat des crédits » afin de réduire mes mensualités et me permettre de prendre un nouveau départ dans la vie : je devrais toucher assez vite le RSA, mais mes mensualités actuelles sont bien supérieures à ce que je vais toucher.
*BOUUUUUUUUH*
- Ah non ! Romain ! Pas de misérabilisme : ne misez pas tout sur le RSA ! Vous entendez le public ?
*BOUUUUUUUUH*
- On est tous le pauvre de quelqu’un, Romain, allez, un autre cadeau.
- Bah, euh, alors… Y a pas grand chose… Vous faites pas gagner de l’argent ? Un truc dans le genre ? Non, parce que ça m’arrangerait plus que la machine à laver le linge, par exemple ?
- Ah ah ! Romain, on voit bien que vous débutez en pauvreté. Allez, le public, on l’aide : qu’est-ce qui est le plus handicapant pour un type sans travail ?
*L’ODEUUUUUUUUUUUUR*
- Eh oui, c’est l’odeur ! Grâce à cette machine à laver le linge proposée par notre partenaire Bosch, vous aurez toujours des vêtements propres !
- Oui, enfin bon, on m’a coupé l’électricité…
- Ah… Dans ce cas, si vous remportez la machine à laver le linge, nous vous offrons ce magnifique groupe électrogène à pédalier !
*APPLAUDISSEMENTS*
- Grâce à notre groupe électrogène à pédalier Krups, non seulement, vous aurez de la lumière, mais en plus vous aurez le jarret musclé et qui sait ? peut-être que ce sera le début d’une géniale carrière de cycliste ? Vous n’aurez qu’à faire le tour de France l’année prochaine et en terminant premier vous obtiendrez l’argent nécessaire à vous relancer dans les affaires ! Car ici, on ne gagne pas de l’argent, mais de l’espoir… Bon, alors vous jouez pour la machine à laver le linge ?
- Bah… oui, j’ai pas bien le choix, non ?
*LA MACHINE LA MACHINE LA MACHINE*
- Alors, Romain, écoutez-moi bien, pour gagner cette machine à laver le linge, il vous suffit de répondre à la question contenue dans cette enveloppe. UNE seule question, oui, Romain, c’est bien vrai, UNE bonne réponse et la machine est à vous !
- …
- Alors, je décachète l’enveloppe… Et je vous lis la question… Écoutez bien… « Dans la partie andine du bassin du Haut Madeira en Amazonie, quel a été le taux de précipitation pour l’année 2002 à 10 mm près ? »

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- …
- Je répète : « Dans la partie andine… du bassin du Haut Madeira… en Amazonie… quel a été le taux de précipitation… pour l’année 2002 à 10 mm près ? »
- …
- Vous n’avez que jusqu’à la fin de la musique.
- Je ne sais pas…
- Dites un chiffre ?!
- 700 ?
- … Et non !
*OOOOOHHHHHHHHHH*
- Je suis désolé, Romain, la bonne réponse était 6384 mm de précipitation sur l’année 2002. Vous auriez peut-être dû mettre à profit votre période de chômage pour vous instruire, ça ne vous aurait probablement pas fait de mal !
- C’est le jeu, mais c’était pas facile.
- Qui le savait dans le public ? … Regardez, Romain, regardez tous les gens qui le savaient et qui en levant la main soulignent votre ignorance crasse ?
- Vous êtes obligé d’être insultant ?
- Non, mais ça me fait plaisir. Et bien Romain, désolé, vous ne remportez pas la machine à laver le linge, vous repartez donc les mains vides, la sortie, c’est par ici et tout de suite, nous recevons notre nouveau candidat, et on se dépêche car j’apprends dans mon oreillette que vous êtes de plus en plus nombreux à avoir le droit de participer à…
*BIENVENUE CHEZ LES PAUVRES !*

Le Mystère de la disparition de la poubelle perdue (II)

« Bien », reprit Cherloque en posant sa pipe bourrue, « Permettez, monsieur Pashley que je résume cette affaire. Vous avez, dans la soirée de vendredi dernier décidé de jeter votre sac poubelle, mais en revenant chez vous non seulement le sac poubelle, mais également le seau qui contenait le sac avaient disparu. Vous nous avez raconté – pour expliquer votre état un peu fébrile et l’absence de détails qui caractérise cette aventure – avoir été renversé par une calèche la semaine précédente après une soirée d’anniversaire. Comme vous vous doutiez que personne ne pourrait jamais venir dans le XIVe arrondissement de Paris sans être souillé à jamais, vous m’avez apporté des peintures scrupuleusement réalisées par votre nièce de trois ans afin que je m’imprègne de la scène du crime. Je peux donc vous dire que votre enquête est résolue, mais j’ai peur que vous n’apprécierez pas beaucoup mon explication. Préférez-vous que j’invente une théorie futile qui vous rassurera ou bien que je vous livre ce que je pense être la vérité ? »

Pashley suait à grosses gouttes et bredouilla : « Je… je vais préférer la théorie futile, je crois ».

- Fort bien, je ne suis pas payé par un client pour dire du mal de lui ! Et bien voilà. Vatsonne, vous n’êtes pas sans savoir qu’en France les organismes publics passent chaque année pour les étrennes et réclament aux usagers de payer pour un calendrier avec des chats, des chiens ou des grands brûlés, calendrier qu’on facture au prix fort pour s’assurer une qualité de service tout au long de l’année et qu’on jette au feu rapidement. Ainsi, le postier – c’est bien connu – qui n’a pas eu de belles étrennes, a l’habitude par la suite de remplir la boîte aux lettres du mauvais payeur de fientes de pigeon. L’histoire est sue de tous. Or, Pashley que voici, est pingre, cela se remarque au bout carré de ses chaussures qui n’ont pas vu une noix de cirage depuis au moins sept ans. Il est évident que lorsque les éboueurs sont passés pour leurs étrennes, Pashley n’a pas dû leur donner plus de six sous
- Trois exactement, précisa Pashley, toujours tremblant.
- Trois ? Vraiment ? Quoi qu’il en soit. Je ne suis pas là pour juger
- Attendez, je tiens à préciser que chaque année, nous payons 120 francs de taxe pour les ordures. Je ne vais quand même pas payer deux fois le même service !
- À votre guise. Mais voilà ce qui s’est passé, car c’est l’évidence pure : les éboueurs échaudés par ce gougnafier ont voulu se venger. Ils l’ont suivi à La Défense et attendu qu’il sorte du bar où il était avec ses amis. Lorsque notre ami Pashley a traversé la rue, la calèche des éboueurs s’est élancée et l’a renversé. Vous êtes rentré chez vous un peu choqué par votre aventure. Et les éboueurs en ont profité. Le jour où vous avez retiré le sac de votre poubelle, vous êtes parti la jeter à 120 mètres de chez vous, laissant la porte ouverte, c’est tout à fait remarquable que votre nièce ait pu repérer ce détail et le reproduire aussi fidèlement dans ses peintures. Les éboueurs qui vous espionnaient ont profité de ces quelques minutes pour prendre le seau de votre poubelle et s’esbigner avec. Il va sans dire que la demande de rançon vient d’eux et que vous n’avez qu’à payer pour récupérer votre bien.
- Mais c’est au moins trois fois son prix !
- Alors rachetez-en une !
- Je me disais que vous pourriez peut-être me signer un papier à fournir à mon assurance afin que j’obtienne un remboursement.
- Monsieur Pashley. Je ne compte pas me parjurer. Pour votre plaisir, je vous rappelle que je vous ai exposé ici ce que j’ai intitulé « la théorie futile ». Voulez-vous ma véritable opinion ?

Cherloque foudraya du regard le jeune homme qui n’eut guère d’autres choix que de se replier sur lui-même. Il ne lui resta plus qu’à prendre son chapeau et déguerpir au plus vite sous les yeux inquisiteurs de mon grand compagnon Olmz.

***

« Voyez-vous, mon cher Vatsonne », commença à me raconter Olmz une fois l’importun disparu. « Voyez-vous », reprit Cherloque s’apercevant qu’une fois de plus, je le taquinai en le coupant par écrit. « Vatsonne : votre gueule, s’il vous plaît. Voyez-vous, donc, parfois la vérité est trop brutale pour être acceptée ».
- Comment cela ? demandai-je.
- Allons, mon brave, vous n’allez pas me dire que vous avez besoin d’une explication !
- Et comment ! tonnai-je, un peu exaspéré par l’attitude condescendante de mon camarade.
- Ne vous énervez pas. Il me semblait juste qu’après presque dix ans passées près de moi, vous aviez fini par mettre à profit mes conseils. Comme je vous l’ai déjà dit : quand il ne reste plus qu’une explication possible à une histoire, même si elle est invraisemblable, cela ne peut être que la bonne. Or, le mensonge que j’ai raconté en guise de justification à la mésaventure de Pashley ne tient pas un instant. Personne n’est assez sot pour perdre une semaine de travail afin de gagner bien piteusement 150 francs qu’un pingre comme Pahsley ne lâchera jamais !
- Mais alors que s’est-il passé ?
- La vérité est tellement banale… Lorsque ce monsieur est arrivé, vous n’avez pas pu ignorer qu’il portait une attelle au bras gauche et qu’il avait huit points de suture au crâne. Qu’en avez-vous déduit ?
- Ma foi, rien ! Si ce n’est ce que vous venez de constater.
- Allons, Vatsonne ! Un brin de réflexion tout de même ! Pashley nous explique « avoir bu une bière » et « s’être fait renverser » mais n’en avoir gardé que « quelques contusions »…
- Vous voulez dire que ses blessures sont dues à son accident de la semaine précédente ?
- Quelle autre explication ? Pashley a souhaité minimiser ses plaies mais elles étaient trop apparentes pour qu’un œil exercé comme le mien ne les note pas…
- Mais alors ?
- Le reste coule de source : l’homme était beurré comme un petit beurre (qui n’irait boire « qu’une bière » dans un bar à la Défense, cela frise quand même l’indécence !), il a traversé la rue sans prendre garde et s’est peut-être fait renversé ou a-t-il chuté tout seul, que sais-je encore ? Toutefois les blessures à son bras laissent penser qu’il a été tiré sur plusieurs mètres. Mais soit ! Disons qu’un vélo l’a évité, qu’il a trébuché et qu’il est tombé. Contrairement à ses affirmations, il s’est fait bien mal et s’est rendu à l’hôpital. La plaie au front me laisse penser qu’il a subi ce que vous appelez, vous autres médecins, un traumatisme crânien. Bénin puisqu’il a pu venir en Angleterre aujourd’hui seul, mais tout de même. Une semaine plus tard, il est parti jeter sa poubelle et encore choqué par son accident, il a tout bonnement mis le seau en oubliant de retirer le sac. Les peintures de sa nièce (si c’est bien sa nièce qui les a faites, je reste dubitatif sur le sujet) le confirment et savez-vous pourquoi ?
- Je dois avouer que non, mais vous me stupéfiez une fois de plus !
- Élémentaire, mon cher Vatsonne. Pashley est un grand consommateur de thé, cela se remarque à ses dents qui sont légèrement tâchées par la théine. Or, lorsqu’on jette des feuilles de thé dans une poubelle, elles ont la mauvaise habitude de continuer à dégorger de l’eau… S’il avait retiré le sac du seau, nous aurions tout le long du trajet vers le local à poubelle des petites gouttes au sol. Mais il n’en est rien, le couloir est propre comme un sou neuf. Il est donc parti aux ordures avec le sac et le seau. Il est venu me consulter uniquement avec l’idée en tête de faire marcher son assurance tant il est avare. L’imbécile a préféré payer un voyage en Angleterre pour repartir bredouille. Il en sera pour ses frais, je m’en moque bien !
- Cherloque, je dois avouer que vous venez de résoudre cette enquête avec brio.

Mon Olmz s’installa sur son fauteuil en cuir, m’attrapa par la taille et me souffla à l’oreille : « Et maintenant, mon brave Vatsonne, voudriez-vous jouer de mon pipeau ou préférez-vous retourner auprès de votre épouse ? ». Je ne pus m’empêcher de rougir.

Le mystère de la disparition de la poubelle perdue (I)

« Voyez-vous, mon cher Vatsonne », me dit mon ami Cherloque, alors que nous étions allongés sur une couche romaine le long de la cheminée tandis que j’avais pris congé de ma délicieuse femme avec qui par moment je trouvais l’ennui. « Voyez-vous », reprit Cherloque, constatant que je l’avais interrompu de manière un peu cavalière ce que je comprenais (bien que je le trouvais quand même un peu limite sur ce coup-là). « Voyez-vous », commença à s’énerver mon grand ami Cherloque à l’instant où il constata que j’étais parti pour le couper à chacune de ses phrases. « Voyez-vous, mon cher Vatsonne, je pense qu’il est temps que vous cessassiez de m’emmerder ».

Toujours allongé sur ma peau d’ours fétiche, je me retournai pour regarder droit dans les yeux mon compagnon Cherloque – avec lequel je tiens à le préciser, je n’ai absolument jamais couché, notre relation étant purement amicale – pensant qu’il allait me conter une histoire dont il avait le secret.

« Je ne serais pas surpris », reprit-il, « qu’une affaire n’arrive bientôt ». Il reposa son shoot de cocaïne et attendit un instant quand – surprise – un homme frappa à la porte.

« Comment diable avez-vous pu le deviner ? », m’exclamai-je tout en me dirigeant vers l’entrée. « Peuh, l’évidence, mon cher Vatsonne : l’homme qui arrive m’a envoyé un télégramme ce matin pour m’informer de sa visite ».

Une fois de plus, j’étais stupéfait par les capacités de déduction de mon compagnon d’aventure. Notre logeuse poussa le loquet et fit entrer le monsieur que Cherloque attendait de pied ferme.
Bien habillé et bien fait, un bel homme d’une trentaine d’années arriva d’un pas sûr et décidé. Je le pris un instant pour un dément et m’interposai entre lui et mon délicieux compère aux traits livides. « Et bien, jeune homme, en voici des manières ! » m’exclamai-je, « peut-on savoir qui vous venez voir de la sorte ? ».

« Excusez-moi, monsieur, vous devez être Cherloque Olmz ». « Non » répondis-je, « il est ici », désignant mon tendre et doux assis nonchalamment sur son rocking-chair.

Cherloque se leva et dit à l’homme : « ne vous inquiétez pas, Vatsonne est jaloux, mais son avis m’est précieux, venez-en au fait, pourquoi venez-vous me voir ? ».

- C’est une bien drôle d’histoire, reprit le monsieur.
- Allez-y, nous vous écoutons.
- Fort bien. Laissez-moi d’abord me présenter : je m’appelle Pashley, j’habite en France, à Paris. Et tout a commencé la semaine dernière, pour être tout à fait honnête, je vais essayer de vous raconter cette histoire totalement folle sans omettre le moindre détail.
- Le détail, voilà ce que je traque !
- Je fêtais l’anniversaire d’un ami dans un quartier à l’extérieur de la périphérie de Paris. Près de Puteaux.
- Je connais bien.
- Voilà. Quoi qu’il en soit, nous buvions avec plaisir un verre de bière lorsque le pub vint à fermer. L’hôtelier nous pria de partir et nous quittions l’établissement lorsqu’une calèche me renversa au moment où je traversais la rue. J’en sortis indemne avec quelques contusions. Rentrant chez moi, un peu assommé par l’événement, je m’endormis telle une souche. Le lendemain matin, je me levai groggy, ma tête résonnait encore de l’accident. La semaine passa quand vendredi soir, je pris la décision de jeter le sac plastique de ma poubelle.
- Au fait ! Au fait !
- J’y viens. Je pris le sac et son contenu, l’entourai de la ficelle et je le retirai du contenant, un large pot en plastique d’une contenance de 30 litres. Je partis le déposer aux ordures et revins rapidement chez moi. Fatigué, je décidai de me reposer en jouant au Mahjong. Mon esprit était comme ailleurs, j’avais l’impression d’avoir été drogué à l’insu de mon plein gré. ‘Finalement, un bon sommeil me fera du bien’, me dis-je, tout en allant me coucher. Le lendemain matin, croyez-moi si vous le voulez, mais le large pot avait disparu. Il fallait se rendre à l’évidence : ma poubelle s’était évaporée.
- Que diantre ! Voilà une affaire à la hauteur de mon esprit d’analyse, Vatsonne.
- Je ne suis guère fortuné, voyez-vous, et mon appartement n’est qu’une piaule minable dans un quartier lamentable de Paris. Délabré pour ainsi dire. Je fouillai l’appartement sens dessus dessous sans retrouver ma poubelle. Je repris alors le chemin qui mène de l’appartement aux ordures, espérant trouver un indice qui expliquerait la disparition de celle-ci, mais je n’en découvris aucune trace.
- Vatsonne, si jamais l’envie vous prend d’écrire une histoire sur ce mystère, nous le noterons sous le nom du ‘mystère de la disparition de la poubelle perdue’.
- C’est entendu.
- Qu’avez-vous fait par la suite ?
- Rien, j’ai pris la décision de vous voir le plus rapidement possible espérant que vos déductions pourraient m’offrir quelques lumières bien utiles. Ceci dit, en partant, j’ai ouvert ma boîte aux lettres et…
- Vous avez reçu une demande de rançon, n’est-ce pas ?
- Diable ! Comment avez-vous pu le savoir sans que je vous le dise ?
- Élémentaire, mais nous y reviendrons.
- Oui, voici la lettre que j’ai reçue en partant pour votre logis.

Les doigts fibreux d’argile d’Olmz prirent la lettre entre eux et la malaxèrent rapidement, puis il l’a lue à haute voix :
« Nous avons votre poubelle, pour la récupérer, merci de laisser 150 livres sous le banc du Square George Brassens avant demain midi. Sinon, vous ne la reverrez jamais plus. Ne prévenez pas la police, nous sommes la police ».
- Inquiétant, qu’en dites-vous, Vatsonne ?
- J’en dis que voilà une sacré affaire qui nous tombe tout cuit au moment où nous allions nous glisser dans notre lit !
- Ne deviez-vous pas retrouver votre femme, ce soir ?

Je rougis. « Ah si. En effet ». Je l’avais complètement oubliée depuis six mois maintenant. Tous comme mes clients. « Prenez votre manteau Vatsonne, nous partons pour… où déjà ? ». Pashley reprit : « Le quatorzième, vers Montparnasse ».

Le visage de Cherloque se referma en une fraction de seconde, il blanchit, la lettre tomba de ses doigts, il se laissa aller en arrière pour s’asseoir sur son fauteuil, regarda telle une furie notre nouveau client, prit sa pipe et se redressa : « Monsieur Pashley, je suis prêt à beaucoup pour une affaire qui se promet d’être intéressante, je peux partir où je veux en Angleterre, j’ai même un abonnement mensuel avec les chemins de fer nationaux, mais il n’est absolument pas question de ma vie que je foute les pieds à Montparnasse, JA-MAIS. Alors, soit vous déménagez, soit vous ne me faites pas perdre mon temps ». Je n’avais jamais vu mon délicieux Cherloque dans un tel état de colère. Même la fois où j’avais critiqué son jeu de violon, il n’avait pas été énervé de la sorte. Pashley blêmit un instant et se reprit en bafouillant : « Monsieur Cherloque… je me doutais bien que vous ne viendriez pas à Paris, c’est pourquoi j’ai pris la liberté de demander à ma petite nièce de trois ans qui est très douée en dessin de peindre chaque lieu de l’affaire afin que vous n’ayez pas à vous déplacer aussi loin ».

Olmz se releva, les joues roses comme un bébé, le regard doux – c’est dans ces moments là qu’il m’est impossible de résister à son charme -, et s’enthousiasma de la prévoyance de notre nouvel ami : « Mais dans ce cas, tout est possible, permettez ? ». Il se saisit des peintures exquises de la jeune nièce de Pashley pour faire ce que personne ne sait faire comme lui : analyser. Au bout d’un quart d’heure d’expertise pendant lequel j’avais entrepris de lui masser les pieds, il jeta un œil vers notre client : « Vous savez qu’elle a du talent, cette petite, je lui promets un bel avenir ».
- Certes, mais pour mon affaire ?
- Quelle affaire ?
- Celle du mystère de la disparition de la poubelle perdue ?
- Peuh, je l’ai résolue il y a déjà bien longtemps !

Pashley et moi étions ébahis par tant d’assurance. Le français se releva et demanda ce qui me semblait impossible : « Mais comment diable ! Racontez-nous ! ». Olmz, fier de son effet, reposa les toiles : « Bien sûr, mais avant, une bonne pipe ! ».

à suivre (mais quel suspense !)