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Catégorie : Tout moi

Toute ma vie résumée dans un blog

Coming Out

La journée passait comme un charme ; les cours s’étaient finis sans encombre, même mon 3 en Espagnol n’avait pas réussi à m’attrister. Enfin, je crois. De l’année de ma terminale, les souvenirs ne se bousculent pas. Le seul événement notable qui me revienne, c’est le prof de maths qui fut arrêté en janvier. On ne savait pas pourquoi. Certains disaient qu’il avait un cancer. D’autres disaient qu’il avait le sida. Parce qu’il était efféminé, avec une large barbe taillée. Alors, il devait être pédé. Pédé. L’insulte était tellement fréquente avec les copains que, faussement, je n’y prêtais aucune attention, mais à chaque fois qu’on me traitait, je craignais que mon secret fut découvert. Ce secret, c’était une souffrance sourde et amère. Un foyer incandescent qui brûlait mes entrailles chaque fois que je me masturbais en rêvant à des garçons couchants ensemble. L’année précédente, Canal+ avait diffusé sa première nuit gay. En catimini, j’avais enregistré le programme sur une cassette VHS que je cachais sous mon lit. Profitant de l’absence de mes parents, ou tard la nuit, lorsque je les imaginais endormis, je la regardais avec excitation. Et puis revenait ma bestiole : la honte. L’atroce honte de préférer ça aux films de cul devant lesquels mes copains se pognaient. De rage, un jour, j’ai pris la cassette et j’ai tiré la bande jusqu’à en faire un monticule devant moi. J’allais me libérer de cette malédiction.

C’est le mois de mars. Mardi soir, pas loin de mon anniversaire. J’ai encore seize ans. « Cette connerie d’être pédé, c’est une phase, c’est sûr, ça va passer. Ce n’est pas possible autrement, je flippe juste parce que je ne mate pas les filles comme les autres, mais ça va venir, ça va venir, c’est obligé ». Ce soir-là, Arte diffuse Fame. Le film d’Alan Parker. J’adore Alan Parker depuis que j’ai vu Midnight Express, loué dans le vidéoclub du village dans une version anglaise sous-titrée anglais. Dans sa prison, le héros tombe sous le charme d’un détenu suédois. Je crois même m’être branlé en pensant au moment où ils font du sport ensemble. Fame, je n’ai jamais vu, mais je connais la série. Alors, j’ai envie de le regarder. Et au milieu du film, je fonds en larme. Le rouquin, qui deviendra le docteur Romano dans Urgences, va chez son psy. Il explique qu’il est homosexuel et raconte : « J’ai toujours pensé que c’était une phase, que ça passerait, mais ça ne passe pas ». Horreur. Ça ne passera donc pas ? Le reste du film, je ne le vois pas. Je suis tétanisé. Au quatrième cercle de l’Enfer. Je serais… gay ?

La journée passait comme un charme ; l’été approchait, les révisions du bac aussi. Avec les copains, nous préférions barboter dans l’eau plutôt que de potasser les cours. Alors ma mère me faisait les gros yeux. « Elle sait ». Ce jour-là, je rentrais des cours, et jetais mon sac sur le lit de ma chambre. Ma mère entra. Elle semblait moins fière que moi de mon 3 en Espagnol. « Qu’est-ce qui se passe, Romain ? Tu sais que tu as le bac à la fin de l’année ? Tu crois que tu vas l’avoir avec des notes pareilles ? » « Ça va, c’est une option, m’en fous, rien à battre ». « Romain, qu’est-ce qu’il se passe ? » Ma tête flancha sur le côté, lestée par ma bestiole, la honte, qui m’accablait depuis tant d’années déjà. Un torrent de larmes retenues tout ce temps se déversa le long de mon visage. « Ça… Ça ne va pas, non ». « Dis-moi ? ». « J’ai peur, j’ai peur que tu me rejettes ». « Jamais ». La cohorte de sanglots étouffait ma voix. « Je crois que j’aime les garçons, maman, mais je ne veux pas être comme ça, je ne veux pas, je t’en prie, aide-moi, je ne veux pas être comme ça ». « Ce n’est pas grave, je t’aime quand même, je vais t’aider ». « J’ai peur que ça ne passe jamais et que je sois comme ça toute ma vie, ça me fait peur, je t’en prie, je ne peux pas vivre comme ça, c’est trop horrible, maman ».

À cet instant, je crois m’être effondré par terre, tremblant de tous mes membres, j’ai dû pleurer encore, j’imagine. Je ne sais pas vraiment. J’ai oublié.

Quelque temps après, ma mère m’a emmené voir un psychologue pour adolescents. Je pensais qu’il allait me « changer », je n’ai jamais su si ma mère fondait le même espoir. Le jour où je suis entré dans son cabinet la première fois, je me suis assis à l’opposé de lui. Il m’a regardé et m’a demandé pourquoi j’étais là. J’ai pleuré. Et j’ai répété mon texte : « Je crois que j’aime les garçons et je ne veux pas vivre comme ça, je vous en prie, changez-moi ». L’homme m’a regardé. Doucement, il a pris son temps, je pleurais sans bruit, un mouchoir roulé en boule dans ma main. « Romain, il faut que tu saches absolument ça : je ne peux pas te changer, personne ne peut. Mais je peux t’aider à t’accepter ».

Ma mère vint me chercher et nous restâmes silencieux tout le chemin du retour. Arrivé dans ma chambre, j’ai pleuré encore et encore, persuadé que j’allais mettre fin à mes jours, la douleur était si forte, insoutenable.

Malgré mon 3 en Espagnol, j’ai eu mon bac. Je suis parti faire des études dans la grande ville. J’ai encore vu l’homme plusieurs fois, c’était douloureux, sa lucidité m’avait détruit et je le détestais intérieurement. Et puis, je suis parti plus loin et il a disparu de ma vie. Je ne me suis pas accepté tout de suite, ça a été une longue lutte, encore aujourd’hui.

De cet homme, je ne sais plus rien. Je me souviens vaguement de sa tête. Mais je n’ai qu’un seul regret : celui de ne jamais pu lui avoir dire « Merci ».

Le Secret de la pizza quatre fromages

Ma vie est une longue complainte, depuis le premier cri au sortir du ventre de ma mère, jusqu’à avant-hier où je me suis cogné le petit doigt de pieds sur le montant du lit.

Mais dura lex, sed lex, et malgré le peu d’envie qui m’anime, j’ai décidé de parler de ce problème (dont je pensais avoir déjà parlé, mais en fait, j’ai juste pensé que je l’avais fait, et souvent, quand je pense à quelque chose, j’ai l’impression que je l’ai fait, par exemple, je me lève, et je décide d’aller faire du sport et finalement, quand je me couche le soir, j’ai pas fait de sport, mais comme j’y ai pensé, je me dis : « Pas mal, le sport, aujourd’hui, j’ai bien fait de penser à en faire, j’y retournerai demain », alors qu’en fait, si vous avez compris mon charabia, j’ai pas fait de sport).

(Depuis que je travaille dans un journal où je dois vulgariser à longueur de journée et expliquer des trucs super simples à des abrutis qui ne comprennent rien, je me dis que j’ai bien le droit d’être incompréhensible quelque part, et cet endroit, c’est ici).

(Après tout, je paie moi-même mon serveur pour héberger mon blog, si j’ai envie de faire des fautes de français, je vois pas pourquoi je devrais m’en empêcher, non, mais sérieux, vous êtes quoi ? des communistes pour faire vos grammar-nazis à longueur de journée ? Get a life, les mecs)

C’est bon ? J’ai perdu mes trois lecteurs ? Bien, continuons.

Chaque été, à la mer, on organise des pizza party (PARRRRRTTTTTYYYYYYY). On s’achète des pizzas et on les mange sur la plage. C’est le mercredi, une fois par semaine. Et on boit du rosé. J’avoue ne pas me souvenir de quand date cette tradition, mais elle aussi vieille que le monde (enfin, que « mon monde » au moins, sauf le rosé, avant je buvais du coca, mais maintenant, je bois du rosé).

À ce stade pas très avancé de l’histoire, il convient de préciser une chose. Je ne bois pas du rosé parce que c’est bon, seulement pour supporter les gens qui m’entourent à ce moment précis de mon existence : la vieille conne de la maison d’à-côté et ses petites-filles « âbsolûûûmaaaaââânt géniâââââles », l’autre vieille conne qui pue de la bouche avec son petit-fils « qui est difficile, mais le pédiatre m’a dit que c’était un génie », les enfants des autres qui courent partout, te jettent du sable à la gueule et dont les parents te font : « il est adorable, hein ? ». NON, IL EST PAS ADORABLE TON GOSSE, CE SERAIT UN CHIEN, IL AURAIT UNE PUTAIN DE CHAÎNE ET ON L’EMMÈNERAIT SE FAIRE PIQUER.

Reprenons.

Donc, on est une vingtaine sur la plage et on prend les commandes. Il y a trois types de familles : les pinces qui prennent une pizza pour quatre, les gros qui prennent quatre pizza pour un, et moi qui n’aime pas le fromage « mais sur la pizza, ça va, quand il y en a pas trop » (le chieur).

Et là, c’est SYSTÉMATIQUE, il y a toujours la moitié des gens qui dit : « On prend une quatre fromages ? ». Irrémédiablement, un autre dit : « Ah oui, c’est une bonne idée, mais une pizza, c’est trop, on n’aura qu’à la partager avec quelqu’un, Romain, tu prends quoi ? ». Systématiquement, je réponds : « Une reine ». L’intermédiaire reprend : « Ah bah alors, c’est bon, on prend une reine et une quatre fromages et on la partaaa… »

Je lève la main. Le silence s’impose par la seule présence de mes cinq doigts en l’air. Le ciel s’ombrage. Les parasols se ferment d’autorité. La température s’effondre. Je plisse les yeux, je regarde froidement toute l’assemblée et d’une voix abyssale je tranche : « Mais je ne partage pas ».

« Il est pas commode, ton fils », dit-on alors à ma mère, « pourquoi qu’il veut pas partager ? Tout le monde, il aime partager, non ? Regarde, ma fille, ma fille ? T’aimes partager ? Pas vrai que tu aimes partager ? Oui ? Eh oui ! Tu vois, tout le monde, il aime » (cette précédente phrase est à lire avec l’accent de Marthe Villalonga, si tu es trop jeune pour connaître, clique ici).

Alors, tel Jésus prenant la main de Marie, sa mère, avant de monter sur les chaffauds (un chaffaud, c’est le mot scientifique de la structure qui forme la croix sur laquelle on grimpe pour se faire crucifier) (true story), je déclame ma prophétie :

« Vous voulez des pizzas quatre fromages. Bande de sots. Chaque fois, vous répétez la même erreur, et vous n’apprenez jamais rien. Comme des chiens en cage, vous cherchez à attraper votre queue, devenant fous de n’y parvenir. Mais vous ignorez tout. Cette crasse indigence qui vous recouvre sera votre tombeau. Voyez. Écoutez ce que je dis. Entendez la prophétie du Prophète. Vous allez acheter des pizzas quatre fromages, mais vous allez vous ruer sur toutes les autres avant. Quand votre estomac sera plein, vous couperez la pizza quatre fromages. Et vous allez en manger une minuscule part, laissant le reste flotter sur les lagunes de votre indifférence ».

– Qu’est-ce qu’il dit ?, répond l’autre débile avec son accent pied-noir.
– I DIT QUE VOUS ALLEZ FAIRE COMME D’HAB, QUE VOUS ALLEZ BOUFFER NOS PIZZAS ET VOS QUATRE FROMAGES À LA CON, VOUS ALLEZ LES FOUTRE À LA POUBELLE, crie-je et m’étrangle-je (oui, c’est fait exprès, ça m’amuse de mal l’écrire).

Les pizzas arrivent. Vingt personnes, douze pizzas, six quatre fromages et MA reine.

On les distribue. J’ouvre mon carton, les autres avec les pizzas quatre fromages commencent à ressembler à des loups affamés, j’entends les conspirations s’ourdir, tel un escadron de moustiques ordonnant une attaque contre une artère fémorale. « J’ai pris une quatre fromages, mais je peux te prendre un morceau de ta paysanne ? Mais tu pourras prendre une part de la mienne avant ».

Les parts de pizza s’échangent, se monnayent même parfois : « j’achèterai un beignet à ton fils demain, si tu me laisses te prendre un croque dans ta napolitaine ».

Le festin s’achève enfin, le rosé a remplacé mon sang dorénavant, j’ai gardé un quart de ma reine. Comme des grosses mouches attirées, leurs yeux globuleux s’approchent de mon carton, c’est la dernière part qui n’est pas une quatre fromages. Des quatre fromages, il y en a encore deux entières que personne n’a touchées. Je les vois, je vais leur baygonner la gueule à ces connasses de mouches.

« Bzzzzzz. Bzzzzzzz. Bzzzzzz. Romain, il t’en reste ? Je peux te prendre ta dernière part ? Non, parce que j’ai pris une quatre fromages, mais j’en peux plus, là ». Je regarde ces grosses mouches. Elles s’approchent, j’ai peur qu’une ne me ceinture avec ses pattes gluantes. Je récolte du sable avec mes mains, je les positionne en cône au-dessus de mes restes. Les mouches s’arrêtent, elles ont peur, elles savent que je suis prêt à tout.

Mes mains s’entrouvrent, le sable glisse le long de ma paume et choit sur la pizza. Je regarde les mouches une dernière fois.

« Plutôt crever ».

Je me lève, je fous du sable encore, je prends le carton, je le déchire en plus petits morceaux qu’une offre de crédit Sofinco reçue par la poste, je jette tout ça à la poubelle, je torche mon verre, je suis bourré, je fais la bise de loin à tout le monde, je monte dans ma caisse, je démarre et en repassant, je lance en bon faux-cul : « Allez ! Bonne soirée ! C’était super ! Et les enfants étaient trop gentils ! On se refait ça la semaine prochaine ? ».

Tas de cons.

La Fnac sans garantie

Il y a peu de temps (c’était hier), je décidai d’aller à la Fnac, cette sympathique échoppe qui vend des biens de consommation aussi divers que des robots ménagers, des bigoudis électroniques, des guides du routard et des DVD de Zumba.

Lorgnant sur un tout nouvel ordinateur portable pour remplacer mon fringuant MacBook de 2008 qui commençait à montrer des signes de fatigue, je vais voir le vendeur et lui tins à peu près ce langage.

– Mon brave monsieur, je souhaiterais vous acheter cet ordinateur de la marque Apple.
– Mais bien sûr, me rétorque le monsieur propre sur lui et bien sous tout rapport. Lequel voulez-vous ? Celui avec 128 Go de disque dur, 256 Go ou 512 Go.
– Celui de 256 Go.
– Bien monsieur.

Tapant alors sur son ordinateur, il finit par me répondre :

Little Britain

« Damned », me dis-je à moi-même et au vendeur.

– Mais vous voulez pas celui avec 128 Go.
– Bah, que j’y dis, chépatrop. Vous savez, je voulais celui de 256 Go.
– Mais mon brave monsieur, vous vous faites duper par Apple, là. C’est pareil, du kif-kif bourricot ! 128 Go, c’est bien suffisant, vous prendrez un petit disque dur, ce sera super tellement bien et génial.
– Bon, ok, ok. Ça fait toujours 200 euros de moins.
– Eh oui, 200 euros de moins. C’est du super matériel en plus. Bien fini, joli, magique. Ça va multiplier par dix votre productivité.

Il tapote sur son clavier. Retapote et retapote.

– Vous voulez la garantie ?
– Euh… Je sais pas trop.
– Alors, je vais vous dire, c’est vraiment indispensable. Ça coûte 379 euros, et si votre ordinateur tombe en panne, on vous le remplace par un neuf pendant trois ans.
– Mais j’ai déjà une garantie de deux ans avec Apple ?
– Non. Un an seulement chez Apple. Et en plus, vous amenez la machine, il vous la garde six mois et encore s’il vous la rende jamais.

Bon, je sais que la garantie est de deux ans et ayant eu affaire au service clientèle d’Apple, je sais bien qu’il me ment. En plus, l’AppleCare est à 279 euros, 100 euros de moins.

« Non merci, je vais m’en passer », dis-je avec courtoisie.

Et là, tout s’arrête. C’est limite si je peux plus acheter la machine et le vendeur commence à me prendre la tête.

– Imaginez, monsieur, je dis ça pour vous. Imaginez que votre ordinateur, il tombe en panne. Nous, on vous le remplace direct, sans poser de questions. Vous allez payer 1300 euros une machine, c’est super cher, vous pourriez acheter une machine bien moins chère ! Alors franchement, vous pensez pas que ça vaut l’investissement de la garantie ?
– Bah, ça fait beaucoup de sous.

Il lance son simulateur et m’explique que 30 euros par mois en plus, c’est rien. « Surtout que vous pouvez être sûr que vous allez revenir ! »

– Comment ça ? demandé-je. J’ai un MacBook de 2008, j’ai jamais eu un problème.
– Ah oui, mais ça, c’était avant ! Maintenant, les Mac, c’est plus ce que c’était ! C’est de la vraie camelote.
– De la camelote vendue si chère ?
– Les gens les achètent ! Mais je vais vous dire : 57% des machines qu’on vend reviennent en réparation. 57% ! Pas plus tard que la semaine dernière, une étudiante est venue avec sa machine qui était en panne avec tous ses cours dessus. On lui a changé pour une neuve car elle avait pris la garantie, et elle m’a remercié !
– Mais elle a tout perdu alors ?
– C’est pas ça, ce que je veux dire. Ce que je veux dire, c’est que sans la garantie, sa machine, elle pouvait la jeter.
– Pourquoi elle pouvait pas la réparer ?
– Une réparation chez Apple, ça coûte plus cher que de changer de machine, c’est l’obsolescence programmée !
– Non, mais écoutez, ça ne m’intéresse pas.
– Nous, si on fait des garanties, c’est pas pour nous, c’est pour les clients.

Prends-moi pour un gros con pendant que tu y es. Genre « On vend des garanties à perte ».

– Je vous dis non. Mais du coup, j’hésite, est-ce que ça vaut le coup que j’achète si cher une machine qui est si nulle et si peu fiable. Autant que je prenne un truc à 300 euros.
– C’est vous qui voyez.

Bah ça va être vite vu, mec, si tu continues à te la jouer Chevalier et Lasaplès, ta machine, tu vas te la mettre dans le cul, pensé-je intérieurement, seulement parce que je suis poli.

– Ecoutez, je suis désolé, mais je ne veux pas.
– Sinon, il y a la garantie à 195 euros. C’est bris, casse, vol et oxydation. C’est important, ça l’oxydation, surtout quand on s’essuie mal les mains comme certaines ou qu’on sue des doigts ! Je vous mets celle-là ?
– Non.

Il reprend sa table de calcul pour me dire combien ça me fera en plus. Il commence sérieusement à m’agacer…

– Alors, je vous la mets ?
– Non, mais non. Je ne veux pas de garantie.
– Bon. Alors pas de garantie.
– NON.

Ça fait déjà une demi-heure que je suis à la Fnac. J’ai envie de pleurer.

– Le prenez pas comme ça.
– Je le prends comme je veux, monsieur, ça va bien maintenant. Vous me la vendez cette machine que je ne souhaite pas acheter ?
– Sans la garantie alors ?
– Sans la garantie. Désolé.
– Oh, ne soyez pas désolé, ça me fait plaisir, vous savez : je sais déjà que je vais vous revoir. Voici votre papier, passez en caisse et vous pourrez récupérer votre machine au retrait des marchandises.

Je lui arrache le papier des mains. « Merci », dis-je. Et je me barre.

Inutile de dire qu’à peine avais-je le fameux bon de commande, je me suis empressé de le foutre dans une poubelle.

Secret de polichinelle

Ça ne semble rien comme ça, je sais, mais je tape intégralement cet article avec le seul pouvoir de ma pensée. Balèze, non ? Mais enfin, ce n’est pas pour déblatérer sur mes compétences paranormales et psychiques que j’ai décidé d’écrire ce post, mais pour un sujet beaucoup plus sérieux : la tragédie de Ferguson.

Non, je déconne.

Je pourrais en parler, hein, mais en fait, j’ai pas trop suivi. Moi, je croyais que le coupable c’était celui qui était mort, je comprenais pas trop pourquoi on le jugeait du coup. Peut-être pour avoir fait obstacle à la balle du policier ? En langage juridique, ça s’appelle : « entrave à la progression d’un projectile d’arme à feu d’un calibre inférieur à 20 mm ». C’est sûrement ce que j’aurais dit si BFM TV m’avait appelé en tant qu’expert sur le sujet (bien sûr, je ne suis pas expert, mais BFM TV n’est pas à cheval sur le concept des experts).

D’ailleurs, sur la porte d’entrée de BFM, il est écrit : « Entre ici, expert en n’importe quoi, ceux qui vont t’écouter dire n’importe quoi te saluent ». Je le sais, car c’est mon père qui a gravé cette plaque. Oui, mon père est graveur, je vois pas en quoi ça vous dérange.

J’en étais où ? Ah oui. BFM et les experts. L’autre jour, ils interviewaient un expert sur le message de l’otage français dont on savait pas encore si c’était vraiment lui ou pas. Et l’expert répétait ad nauseam qu’il ne pouvait rien expertiser, car on n’était même pas sûr que ce soit un otage français sur la vidéo. Et le journaliste de BFM de répondre : « Oui, mais bon, vous avez pensé quoi la dernière fois que vous avez mangé une charlotte aux fraises ? Parce que finalement, c’est un peu pareil ». Et l’expert a fait semblant de ne pas comprendre. La petite enflure.

Parlant de l’État islamique (ou n’en parlant probablement pas, j’en sais rien…), hier, j’ai aidé deux extrémistes à se rendre à La Courneuve. J’ai longuement réfléchi s’ils avaient une bombe sur eux, mais la seule chose qu’ils avaient c’était un vieux sac plastique. Ça m’a pas semblé possible que ce soit une bombe. Ou alors une toute petite. Une bombinette. Et puis, l’un d’eux s’est gratté le cul, je me suis dit qu’ils étaient beaucoup trop détendus pour être des terroristes.

Ça me fait penser à un truc qui n’a rien à voir, mais vous ne trouvez pas que le site des Inrocks publie beaucoup trop de vidéos d’extraits télé. On y poste même des extraits des émissions de Ruquier. Non, mais sérieusement, quand c’est Télé Star ou Loisirs, je comprends, mais Les Inrocks ?! Seriously ? Ils essaient d’être le nouveau Melty ?

Je le supporte pas des masses le directeur de Melty, le mec qui fait semblant d’être cool, là, avec sa calvitie galopante. Oh putain, ça me rappelle que je dois racheter du shampoing. Demain, j’ai piscine et ça me rend les cheveux tout secs. Le coiffeur, l’autre jour, a été bien sympa, il a fait semblant de pas voir que j’étais chauve. Il a dit : « Non, vous les perdez à peine, on voit presque rien », tout en brossant une touffe derrière mon oreille vers l’avant de mon front. J’ai quand même acheté sa lotion capillaire à 18 euros. Pour un mec qui n’a pas de cheveux, c’est assez stupide comme démarche.

Vous saviez que John Cleese n’a jamais aimé le sketch sur le Ministère des démarches à la con ? J’ai appris ça en regardant un docu de UKTV. Dingue, non ?

Oui, je sais : on n’y comprend rien à cet article de blog, c’est chiant, ça passe d’un sujet à l’autre, y a rien de constant ni de construit. C’est complètement zinzin. Mais n’ayez pas l’air surpris, je vous l’ai dit dès le début : je le tape avec le pouvoir de ma pensée, c’est donc exactement comme si vous étiez dans ma tête. Alors, c’est chiant, mais, vous, au moins, vous avez de la chance : vous pouvez arrêter dès que vous le voulez.

Il est temps de se remotiver

Je ne sais pas si c’est de vieillir, mais en ce moment, tout m’agace sur Internet. Les vidéos crades (comme celle du mec qui se fait retirer des larves de mouche dans les oreilles), les photos de chats quelles que soit leur mignonerie (la mignonerie, c’est la capacité d’être mignon), les gens qui répondent pas à mes mails (et ceux qui y répondent aussi), les militants de tous bords (après les LGBT, ma découverte de l’Inter LGBTIQ m’a estomaqué au plus profond de mon vécu tout comme les cris d’orfraie de groupes féministes contre le scientifique et sa chemise pourrie), les gens qui cherchent à faire des débats sur Twitter (à toi, connard à qui je pense, j’ai un scoop : 140 caractères ne suffisent pas à expliquer un concept ou détailler un point de vue), les listes (qui me donnent toujours envie de les imprimer par ramette entière et de les enfoncer dans la bouche du rédacteur qui les a pondues), Facebook et ses amitiés sociales totalement inutiles et futiles (si j’avais *réellement* 350 amis, je serais sûrement moins aigri), Google et son moteur de recherche qui se croit systématiquement plus malin que moi (« Voici les résultats pour le truc que vous n’avez pas tapé, mais je pense que c’est ce que vous vouliez écrire »). Et puis les blogs, tous les blogs, le mien, ceux des autres et surtout ceux où les auteurs racontent leur vie en détail, de la couleur du caca du matin jusqu’à la quantité en millilitre de l’éjaculation du soir.

Dans ce marasme, dans cette noirceur à faire passer l’espace intersidéral pour un arc-en-ciel de Skitties, il m’arrive d’écrire des trucs sur des bouts de feuille, de commencer à rédiger un bidule, le lire vite fait, me dire : « C’est vraiment de la merde » et appuyer sur le bouton de la corbeille. Outre le fait que ces articles n’ont généralement aucun intérêt (tout comme celui-ci), que ce n’est pas drôle et que ça n’intéresse personne, ça me renvoie à ma propre médiocrité, mon absence viscérale d’intelligence et de talent. Bref, ça me fait du mal à mon petit cœur d’artichaut. Mais le constat que tout le monde n’a pas la même exigence que moi me donne souvent envie de reprendre la plume et d’écrire de la merde. Surtout quand je vois que, malgré la nullité crasse de leurs textes et l’absolue stupidité abyssale de leurs propos, ça leur permet de remporter des chèques cadeaux Jambon d’Aoste ou des invitations à tester la première classe d’Air France.

Alors, traitez-moi de vendu peut-être, mais à partir d’aujourd’hui, fini la quête de l’article intelligent et pertinent, je vais pondre des conneries par camions entiers. Et vous allez en chier.

PS Inutile dorénavant de me faire des remarques sur mon orthographe ou ma grammaire, vous n’en faites pas aux autres, alors lâchez-moi les burnes.

Pas à pas

Chez Ikea, il y a un truc que je trouve particulièrement génial (et qui pourrait occuper la moitié de mon temps passé dans le magasin si je n’avais pas à faire trois allers-retours dans les entrepôts pour trouver la référence 14.235.458-8), ce sont les machines qui font subir aux produits de la marque des tests effrénés pendant des heures et des heures. Cette première phrase était longue, mais je suis sûr qu’avec un peu d’attention vous devriez pouvoir en comprendre le sens. Bande de cons.

Au-dessus, il y a un vieux compteur moisi avec des gros bâtons rouges qui nous informe du nombre de fois qu’une porte a été ouverte ou fermée, qu’un poids de 80 kilos a été écrasé l’assise d’un fauteuil ou qu’un tiroir a été tiré et poussé. Bref, c’est génial. Sauf que très souvent, malgré la promesse d’une durabilité de plusieurs centaines de milliers d’actions, les tiroirs / armoires / fauteuils souffrent de ces tests. Et souvent, les tiroirs ne s’ouvrent plus, le fauteuil est défoncé et la porte de l’armoire est de guingois.

Le Test du placard

Bon, mais si je raconte ça, c’est pas DU TOUT pour vous parler d’Ikea parce que – soyons francs – j’en ai autant à foutre d’Ikea que vous de cet article. C’est ce qu’on appelle une situation « win-win ». Gagnant-gagnant, c’est du vocabulaire de gros bonnet de l’industrie, tu peux pas test.

En fait, c’est parce qu’aujourd’hui, j’ai lancé une application qui compte le nombre de mes pas. Et bien en une journée d’utilisation, j’ai marché 14 181 pas. Je n’ai aucune idée de comment c’est possible de savoir que je marche ou que je prends le métro, mais le résultat est là : 14 181 pas. Et encore, j’ai pas gardé le téléphone quand je suis allé faire caca. Ça se trouve, j’en ai fait 15 000 ! Dingue, non ?

Marche

Ça veut dire que chaque jour, la tête de fémur de chacune de nos jambes roule à l’intérieur de notre hanche 7 500 fois. Depuis mes vingt ans, ce mouvement est arrivé 73 millions de fois. Non, mais attends quoi, 73 millions de fois. Moi, ça m’a un peu fait mal au cœur parce que j’aime pas trop savoir comment le miracle de notre corps fonctionne. Du coup, j’étais un peu dégouté par toute la machinerie mise en branle pour faire ces onze bornes et quelques.

Mais le plus important de l’histoire, c’est que si on était fabriqué par Ikea, on ne tiendrait pas six mois.

Hipster la tête

Réflexion faite, ce post, je l’ai cogité pas mal de temps, de semaines et tout ça, mais en fait, je me rappelle plus de comment je voulais commencer, comment j’allais développer mon idée et où j’allais m’arrêter. Et quel dommage, pourtant, car tout était écrit, finement ciselé dans mon esprit à l’instant où j’ai eu envie d’écrire.

Mais non.

Le cerveau a ses voies que la raison ignore.

Le mien adore me donner plein d’idées et me raconter de multiples anecdotes savoureuses, plus hilarantes et magistralement racontées les unes que les autres, avec des bons mots en veux-tu en voilà. C’est comme si il y avait une carcasse de dindon et que mes neurones étaient autant de fourmis rouges qui rongeaient les os de la dépouille en moins d’une minute. Comme dans les documentaires animaliers avec la voix de Pierre Arditi qui dit : « en quelques secondes, la carcasse disparaît sous les mandibules féroces de ces redoutables guerrières. Un festin royal dont il ne restera rien ! ».

Antz

Et puis la minute d’après, quand je vais me décider à raconter ces délicieux moments d’humour, ou tout simplement si on me demande d’avoir une idée, mais concrètement, alors là, et c’est systématique, mon cerveau est très clair :

Calme

Parfois pour m’agacer encore plus, j’ai le droit en fond sonore à « Call me maybe » de l’autre pouilleuse du Colorado qui j’espère s’étouffera rapidement dans son vomi.

Bref. Tout ça pour dire.

Ce blog a vu le jour le 20 mai 2005. Nous sommes le 8 septembre 2012. 648 articles publiés. Ce qui nous fait en moyenne sept ans et un article tous les quatre jours. Et même pas dix depuis 2012. À cela deux raisons : d’abord, le temps, ensuite les idées. Et puis mes plus nombreux lecteurs sont dorénavant mes collègues de bureau. Or, l’anonymat me manque singulièrement. Surtout depuis que des militaires veulent me massacrer à cause de ma chronique de Forces spéciales.

Et puis, en relisant l’autre jour mon contrat de travail, j’ai découvert ce paragraphe pour le moins ridicule (qui m’a rappelé celui de Fluctuat où j’étais informé que ma prose leur était réservée « dans l’univers entier ») :

Contrat

Toute mon activité et tous mes soins doivent être consacrés à la gloire du JOURNAL qui m’a engagé. Ce jour-là, j’ai un peu été en panique. Comme j’écris souvent de la merde, je me suis demandé si je pouvais aller faire caca où si ça relevait d’une activité professionnelle anonyme et par conséquent interdite sans l’accord de ma direction générale. Je suis allé la voir.

« Ma qué bien sour vous pouvez aller à lé toilettes ! », m’a-t-on répondu.

ALERTE ALERTE ALERTE
EXPLICATION DE BLAGUE
J’ai écrit ci-dessus : « Comme j’écris souvent de la merde ». C’était pour la blague. Je ne considère pas du tout que j’écrive de la merde. Je préfère tout de suite l’expliquer, parce que sinon, on va encore croire que je suis sérieux.
/EXPLICATION DE BLAGUE
/ALERTE /ALERTE /ALERTE

Voilà. La raison pour laquelle j’ai une sévère envie de déserter ce blog, c’est ce qui vient de se passer. J’écris une bêtise et paf, je suis obligé de m’interrompre moi-même pour expliquer que c’était une blague. C’est un peu gavant à force.

Alors, je me dis qu’après tout ce temps, peut-être qu’artypop a vécu. Sept ans, c’est peu pour un blog, c’est beaucoup pour un humain. Peut-être faut-il s’en aller. En rouvrir un autre ailleurs, recommencer à se marrer dans l’ombre, juste pour moi. Et continue de saccager l’ordre mondial (qui, malgré la crise, continue) à coups de petits octets cinglants et rageurs.

Le seul truc qui me fait chier, c’est que je n’ai toujours pas terminé de résumer Wagner.

Déménagement en enfer

La première décision à prendre lorsqu’un déménagement se profile à l’horizon c’est de savoir si on va tanner une fois de plus ses potes pour descendre du troisième étage la machine à laver et sécher le linge, celle qui pèse quatre tonnes et demie, qu’on s’est offert avec son premier salaire afin de sortir enfin de la condition infamante de l’être humain qui amène ses vêtements au Lavomatic de la rue de Charenton ou Dugommier, suivant l’endroit où il habite dans le douzième arrondissement de Paris.

Dieu sait que j’ai sollicité plus d’une fois les bonnes volontés – tout comme elles m’ont sollicité – pour remplir un camion Europcar à moins d’un euro / jour comme le promet la pub, sauf que le jour où on le loue c’est 99 euros la demi-heure (et l’essence n’est pas comprise), avec des caisses de DVD jamais vus, de livres jamais lus, de CD jamais écoutés et une vaisselle innombrable qui n’a jamais vu la trace d’un moindre aliment.

Cette fois-ci, je m’étais imposé une contrainte : trouver dans la somme d’argent considérable que la banque comptait me prêter pour financer mon achat un fonds de soutien à la survie du petit artisanat, à savoir trouver de quoi payer un déménageur. 800 euros sur 130 000, ça devait être jouable quand même.

Ni une, ni deux, mon petit cœur ballant et moi nous sommes mis à la recherche du meilleur rapport qualité-prix et pour ce faire, j’ai appelé les seuls amis que je connaisse qui ne fussent jamais assez fortunés pour se payer le luxe de recourir au service d’un déménageur. Et voici qu’il me conseille Machin qui vient, qui est super sympa, mais qui ne transporte pas les pianos. Or, de piano, il y en a un, et je n’ai pas l’intention de le porter en raison de ma discopathie L5-S1 – Touché, il a encore coulé mon porte-avions – et de son poids.

Finalement, je me rends sur internet pour trouver un déménageur prêt à tout faire en deux temps trois mouvements.

Et je tombe sur la société Niagara Déménagement (en fait, ce n’est pas Niagara, ce sont d’autres chutes fort célèbres). J’appelle et rendez-vous est pris avec M’sieur Guéridon, commercial de son état, speed de nature, qui – hop, hop, hop – estime à 20 le cubage à la louche. La négo commence, et j’arrive à 1100 euros pour le transport du bazar avec le piano. On discute sur le « portage », opération qui consiste à estimer le nombre de mètres que les déménageurs doivent parcourir pour se rendre depuis le logement jusqu’au camion, je l’informe qu’il y a un ascenseur, mais que le piano ne rentre pas dedans. « Pas de problème, monsieur, on part sur une base formule éco, ça vous fait 1096 euros parce qu’aujourd’hui, on fait promo sur les cartons donc je vous les compte pas », « c’est bien aimable à vous », que j’y réponds.

En une petite demi-heure, l’affaire est bouclée, il s’en va dans sa petite Twingo avec mon joli chèque de 30% à la commande. Et ne reste plus qu’à attendre.

Le 2 avril, trois semaines plus tard, c’est le grand jour, tout est dans les cartons. J’avais appelé trois fois Guéridon, mais d’un coup, depuis qu’on avait conclu le biz, je le sentais lointain, plus le pote à la vie à la mort du jour de la signature. J’y demande : « Alors, faut que j’emballe les meubles qui rentre pas dans les cartons que vous m’avez donné ? » « Non, les déménageurs s’en occuperont », qu’il me dit, histoire de me rassurer.

Ok, ok.

7h00.

On sonne à la porte.

C’est Mamar. Il n’a pas inventé le fil à couper le beurre, en même temps, ce n’est pas pour ses compétences intellectuelles qu’il est ici. Un dialogue d’une haute portée philosophique s’installe entre nous :

– Bonjour m’sieur, on est les déménageurs.
– Sans blague. Vous êtes tout seul ?
– Ah, ah. Non, mes collègues sont dans le camion, mais moi, j’ai pris le métro, je suis arrivé avant eux du coup.
– D’accord.
– Alors, y a quoi à prendre ?
– Bah… Tout ce qu’il y a dans l’appartement.
– Ah oui, très bien. Je peux utiliser vos toilettes ?
– Oui, ils sont là.
– Merci, m’sieur.

Dix minutes plus tard, la chasse d’eau est tirée et l’homme en sort avec un air soulagé (tandis que dans les chiottes, l’air est chargé).

Bon, bon, bon…

Une demi-heure passe.

– Ils ne vont pas arriver vos collègues ?
– Si, mais y a de la circulation.
– En même temps, c’est souvent comme ça à Paris, le matin.
– C’est ça le piano qu’on doit prendre ?
– Oui.
– Et, comment que je veux dire, y a un ascenseur ?
– Oui, mais le piano ne rentre pas dedans.
– Vous êtes sûr ?
– Je crois oui.
– Vous n’êtes pas vraiment un spécialiste.
– Non, mais vu qu’il ne supporte qu’une charge de 250 kilos et que le piano en pèse 300, je pense que ce n’est pas la bonne idée d’essayer.
– On verra.
– Vous verrez.
– Bon, je vais commencer à sortir les cartons.
– Bonne idée. J’ai un diable si vous voulez.
– Un diable ? Ah non, on fait tout à la main, nous. On bosse pas pour Darty ! (il rit)

Ça doit être une blague de déménageurs.

– Comme vous voulez. C’était juste pour vous dire.
– Faites le voir quand même.

Et le voilà qu’il sort trois cartons par trois cartons grâce à mon super diable quand ENFIN ses collègues arrivent.

Là, donc, faut imaginer, le premier qui était là, Mamar, c’est une grosse boule, grosse masse, petit cerveau. Le second qui arrive ressemble à un champion de kickboxing, c’est le chef. Et il est boxeur. Le troisième larron, c’est le professeur. Lui, il est sec comme un haricot et a des lunettes. Voici donc mon équipe de choc de déménageurs. Et là, l’enculage commence en profondeur : d’abord on lubrifie, ensuite on pousse la merde.

– Salut ma couille, tu bosses pour Darty ?, dit le boxeur à La Boule qui continue ses allers / retours avec mon diable. (Tous rient)
– Ah, t’es con. Voilà, c’est le m’sieur qu’on déménage, mais attends, c’est Guéridon qui a fait le deal.
– P’tain, Guéridon, c’est un vrai connard.
– Il a dit qu’il y avait 20 m3.
– Jamais de la vie. Y a au moins 5 m3 de plus.

J’interviens :
– Il y a le piano aussi.
– Ah non, le piano, on nous l’avait pas dit, me répond le chef boxeur.
– Bah euh si. C’est marqué sur mon devis.
– Oui, mais on doit le monter par l’ascenseur.
– Bah, je ne crois pas qu’il va rentrer dedans.
– Ah, je vais me le faire ce Guéridon. C’est vraiment un connard de première. Il veut l’affaire, il brade le prix et après c’est à nous de galérer pour rien.
– Euh…
– Il vous a dit que ça coûterait combien ?
– 1096 euros.
– L’enfoiré. Et en plus, il y a du portage.
– Je sais, mais il l’a écrit : 30 mètres au départ, 40 mètres au retour.
– Moi, on m’a rien dit.
– Mais sur mon devis, c’est écrit.
– Non, mais ça n’a pas de valeur, ce devis.
– Ah.

Une certaine vague de chaleur commence à me monter sur le bord de la figure. Tandis que je discute avec le patron, les autres s’activent pour commencer à ranger le camion. Quand soudain, un meuble les interpelle.

– Mais, vous l’avez pas protégé, le meuble là ?
– Bah non. (Et j’ajoute d’une voix presqu’éteinte) Guéridon m’a dit que vous vous en chargiez.
– Mais vous savez, c’est la formule éco que vous avez prise. Nous, on prend les cartons et on les jette dans le camion. Bon, allez, comme vous avez été sympa avec Mamar, je vous l’emballe, mais ça coûte au moins deux fois plus cher.
– Juste pour un meuble ?
– Oui. Mais franchement, là, y a un souci. On nous avait pas prévenus du piano et du portage et le cubage est plus élevé qu’il n’a été estimé.
– Et ça se passe comment, alors ?
– Je vais vous expliquer : moi, si y a un truc qui n’est pas comme on m’a dit, je dois appeler mon patron, mais alors il vous charge très très cher.

Ok. Donc, il va falloir rallonger la sauce. Je suis de mauvaise humeur intérieurement, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre pour que le déménagement se passe bien et que je n’y perde pas la moitié de mon mobilier.

– Mais je ne veux pas payer plus.
– C’est comme ça, me dit Mamar « la Boule », c’est la faute à Guéridon.
– Non, mais laisse tomber, ma caille, Guéridon, j’vé m’le faire, reprend le boxeur, sa litanie favorite semble-t-il, en même temps qu’il tape son poing dans sa paume opposée.

J’ai super chaud. Et pourtant, je ne bouge pas.

– Non, mais, c’qu’on peut faire, comme Mamar, il m’a dit que vous étiez sympa, c’est s’arranger entre nous, voyez.

Je vois super bien.

À ce moment de l’histoire, il convient de préciser que dans un élan de générosité, j’avais prévu 60 euros de remerciements aux déménageurs.

– Donc, votre piano, là, vous savez combien ça coûte de le transporter tout seul ?
– Bah oui, je sais, j’ai un transporteur pour le piano d’habitude, c’est 300 euros en gros.
– Voilà, c’est 300 euros. Minimum.
– Mais, moi, il est marqué sur le devis, le piano, je vais pas le repayer !
– Non, mais le devis, c’est de la merde. Vous voulez que le déménagement se passe bien, non ? En plus, on a emballé un meuble, et ça c’est la formule luxe et vous avez payer que l’éco.
– Oui, bon, mais je veux bien vous donner un peu, mais je n’ai pas grand chose.
– Combien vous pouvez ?
– Euh… 150 euros ?

Ça me semblait déjà totalement déraisonnable, mais puisqu’ils avaient emballé un meuble…

– Mamar, dit le boxeur, le monsieur il nous insulte, là. Il veut nous donner 150 euros.

Puis il se retourne vers moi.

– Je veux que vous compreniez que c’est pas pour moi, on va partager ça à trois. C’est pas un arrangement entre moi et vous, vous comprenez ?
– Je comprends, oui, oui.

Mamar « La Boule » répond au boxeur, l’air écœuré :

– C’est toi le chef, tu décides si c’est assez.

Le chef se retourne vers moi et j’en mène pas des masses au milieu des cartons. Tous les scénarios passent dans ma tête : ils cassent mes affaires, ils partent avec, ils reviennent fracturer mon appartement – c’est facile, ils savent où j’habite -, eh merde, pourquoi je me fais toujours baiser par la terre entière ? Mon ancêtre, c’est pas homo sapiens, c’est homo credulus, ça fait chier à la fin.

Je tente un timide : « 200 ? »

Ça calme la bête qui était déjà en train de monter sur le ring pour m’exploser le beignet.

– Ok, les gars, on termine, conclut le chef.

Rapide calcul dans ma tête : c’est quasi 20% de plus que ce que je devais payer.

– Vous m’excuserez, je dois aller au distributeur bancaire.
– Comme vous voudrez, m’sieur.

J’hésite à appeler Guéridon. Mais, j’ai peur qu’il ne soit de mèche avec eux. Genre : « Ouh là, c’est cinq cents euros de plus, mon brave homme ! ». Ou bien, pire, il appelle le chef qui rappelle les déménageurs. Et là, je vois déjà mes cartons en miette dans la cour de l’immeuble, en train de brûler dans un grand feu de joie. Mon imagination est parfois un peu handicapante.

« Fais le dos rond, Romain, le dos rond », me dis-je.

Enfin, le chargement est effectué. Mamar « La Boule » revient avec mon diable : « On peut vous le prendre ? ». Sans aucun sens de l’humour, je lui réponds : « Pourquoi ? Vous bossez chez Darty ? »

Une fois arrivée sur le lieu de la livraison, la loi de Murphy, implacable, continue sa route.

– Non, mais ils avaient pas dit qu’il y avait six marches dans le portage !, s’agace le boxeur.
– Encore un coup de Guéridon, dit la boule.

L’intello, lui fume des clopes sur le trottoir. Comme il en a plus, il me demande si je peux aller lui en acheter. Il me file vingt euros pour ça. J’ai envie de pleurer. Quand je reviens avec ses trois paquets. Je lui rends ses vingt euros. Qu’est-ce que ça peut changer, finalement ?

Enfin, les cartons arrivent dans le nouvel appartement. ENFIN, putain. Enfin, je vais bientôt être libéré de ses tortionnaires. Joie, joie, joie.

Tout se passe bien quand arrive le gros morceau : le piano. Les mecs ne savent pas du tout porter un piano. La boule veut le soulever toute seule. Elle refuse de prendre les sangles et termine au bout de deux marches rouges comme une pivoine. Le chef l’engueule : « Tu vas te briser la colonne, ma caille ! » Ça peste contre ce connard de Guéridon qui avait dit que ça passait par l’ascenseur (ou pas, je finis par ne plus trop savoir de qui est-ce la faute), je me retiens de leur dire que « Non, je lui avais dit que ça passerait pas par l’ascenseur ».

Voilà.

Tout y est.

Le boxeur me dit : « Bon, c’est pas que je veuille abuser » (parce que t’appelais ça comment avant ?), « mais bon, si vous pouvez donner un peu plus, rapport au piano qu’était vraiment lourd ».

Je donne 220 euros de « supplément ». « C’est tout ce que je peux faire », réponds-je avec forte lassitude, « maintenant partez ».

– M’sieur, pour le réglementent du solde…, commence le boxeur.
– Ah oui, je vais vous faire un chèque.
– Oui, rapport au chèque…
– Oui, eh bien ?
– Mon chef ne veut que des chèques sans bénéficiaire.

WHAAAAAT THE FUCKKK ?

– Pardon, j’ai pas compris ?
– Oui, vous ne mettez pas pour Niagara Déménagements dessus.
– Mais, euh… pourquoi ça ?
– C’est comme ça qu’on fait dans les déménagements. C’est votre premier, non ?
– Euh, oui, enfin, non, mais quoi qu’il en soit, je vois pas le rapport.

Et là, le boxeur me sort dix chèques qu’il avait récoltés tout au long de la semaine, aucun n’a de bénéficiaires.

– C’est ma meilleure garantie : regardez, tous les chèques sont comme ça.

Je reste sans voix. Je rédige le mien. Qu’ils partent, c’est la seule chose que je veux, là, tout de suite.

Mais vite.

– Alors, euh… Je vous laisse le remplir ?
– Voilà.
– Vous me donnez un papier comme quoi j’ai payé ?
– Bah ? Pourquoi faire !
– Bon, attendez.

Je sors le devis, j’écris : « Réglé pour solde de tout compte la somme de 767 euros », je signe et réclame au chef boxeur : « Vous pouvez signer ? ». « Pourquoi ? » « Parce que je vous le demande s’il vous plaît ».

Il signe, prend mon chèque, ses compagnons s’approchent de la porte, le calvaire va prendre fin, je veux me jeter par une fenêtre, appeler Guéridon, insulter le monde entier de mon insolente crédulité, quand le boxeur m’achève : « Au fait, mes gars et moi, on fait des petits boulot à côté : si vous refaites un déménagement, plutôt que de passer par la société, on peut s’arranger entre nous. Il y a eu un bon feeling entre nous, non ? On vous laisse notre numéro ? »

Je m’étrangle intérieurement, sors mon portable. « Alors, oui, bien sûr, je vous écoute ».

Le Cauchemar de Babette

Le cerveau est une machine formidable. J’avais déjà évoqué il y a bien longtemps, quand j’avais du temps pour écrire sur ce zloug (c’est le nouveau nom des blogs en 2012), mes deux neurones, Pilaf et Jerry. Ils sont taquins.

Car depuis quelques semaines, j’ai retrouvé une belle sensation que je n’avais pas éprouvée depuis mes 19 ans quand j’ai commencé de passer mes concours de prépa.

À l’époque, on avait une quinzaine de concours en trois semaines. Et il fallait être particulièrement concentré pour se lancer dans une épreuve de quatre heures de maths à coups d’équations différentielles, de démonstrations si le sous-groupe est ouvert, de théorème de Bolzano-Weierstrass. Et j’en passe. De toute façon, j’ai tout oublié. Ce qui est dommage vu comme j’en ai chié pour apprendre toutes ces conneries.

Or, pendant ces concours, du matin au soir, j’avais systématiquement ça dans la tête en boucle :

C’est une chanson de West Side Story, et c’est pas la meilleure.

Eh bien, croyez-moi, au bout de deux heures à réfléchir sur des sujets aussi captivants que la mécanique des fluides ou la physique quantique avec ces 30 secondes musicales dans la tête, ça donne juste envie de s’enfoncer son stylo dans l’oreille pour se lobotomiser à moindres frais.

Dès que les concours ont été finis, j’ai totalement oublié la chanson jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que ça fait trois semaines que j’ai un souvenir dans ma tête qui revient sans cesse. C’est dans un épisode des Simspon : Homer rentre chez lui, il va dans la cuisine, et là, Bart et Lisa discutent ensemble. Et Bart dit à Lisa : « Alors, là, je dis à Babette, je lui dis… » et il se tait.

Ça m’a toujours fait beaucoup rire, mais j’aurais bien du mal à expliquer pourquoi. Toujours est-il que depuis trois semaines, donc, dès qu’on me parle, j’ai Bart dans ma tête qui pollue toutes les informations qu’on me transmet avec son « Alors, là, je dis à Babette, je lui dis… ». Et plus ce qu’on me dit est important, plus j’entends Bart.

C’est particulièrement compliqué au boulot où on me parle beaucoup pour me donner moult indications sur les articles que je dois écrire. Et j’ai beau me dire « p’tain, mais merde, concentre-toi », j’ai irrémédiablement Bart qui dit à Lisa : « Alors, là, je dis à Babette, je lui dis… ».

Mais le plus frustrant de l’histoire, c’est qu’en vingt saisons et un peu plus, on a jamais su ce que ce CONNARD de Bart avait dit à Babette.

Surchargé

Bonjour,

vous êtes bien sur le blog de Romain.

Je ne suis pas là pour le moment, mais si vous le souhaitez, vous pouvez me laisser un message. J’y répondrai dans les plus brefs délais.

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