Il y a quelques semaines, dans un geste de défiance face à la crise (et face à mon portefeuille), j’ai décidé de m’abonner à Libération. Et après vingt jours, je me dis que ça va être dur de me motiver pour continuer.
Parce qu’en fait, Libération, ça me fait penser à un journal de presse quotidienne régionale « qu’on achète pour voir si on est dedans » comme le remarquait lowblogging. Bon, alors, on me rétorquera (et on aura raison) que ce n’est pas un « régional » Libé. Et pourtant…
Pour l’exemple, prenons le portrait de la dernière page. Hier, c’était celui de Stéphane Bourdoiseau, chef de rang des « producteurs indépendants ». Dans l’encadré, il y avait ses sept « dates clefs ». Les Sept Points qui font que c’est Cet Homme qui est Dans Libé :
1968 : Naissance à Neuss (Allemagne).
1998 : Création de Wagram Music.
Bon, jusque là, rien que de très normal. Mais ensuite, ça dérape :
2000 : Naissance de sa fille Marion.
2004 : Naissance de son fils Thibault.
Note bien, je suis très content que Stéphane Bourdoiseau ne tire pas à blanc et ravi d’apprendre qu’il est un papa heureux. Ceci étant, je ne vois pas bien en quoi ça me concerne. Surtout que bon, son portrait c’est en rapport avec la loi antipiratage. À moins que ses enfants ne téléchargent illégalement ? Mais à huit ans, j’ai des doutes.
De la presse régionale, donc, mais d’une région sans frontière où gît une caste d’happy few qui se parlent entre eux et qui offrent au bon peuple le résultat de leurs propos divaguants. Comme aujourd’hui où Libération laissait ses pages à une pléiade d’écrivains en raison de l’inauguration du Salon du Livre. Bonne idée, je me dis : il y a même Umberto Eco dedans (malheureusement son texte – intéressant – m’a semblé traduit un peu rapidement). Et puis, là, je tombe sur le texte de Véronique Ovaldé, pompeusement intitulé Reportage.
Véronique Ovaldé, je ne la connais pas, je n’ai rien lu d’elle, je n’ai aucun préjugé. La littérature contemporaine m’intéresse peu, mais surtout parce que je me suis promis de ne m’y lancer qu’à partir du moment où j’en aurais fini avec la littérature ancienne et classique.
Véronique Ovaldé, donc, a rencontré Thomas Dutronc « avant et après son récital ». Oui, parce que Dutronc, il ne donne pas des concerts, mais des récitals. Un peu comme pour le portrait, on sent bien que c’est écrit pour une personne (en l’occurrence Dutronc) et offert à la masse des lecteurs.
Chartres. Le 4 mars 2009. Il fait un froid polaire dans cette gare. Le chef de gare nous indique que Thomas Dutronc sera dans le prochain train. Je suis impressionnée. Je me demande si les chefs de gare s’appellent pour se donner ce genre d’info.
C’est donc ça la littérature contemporaine. Je comprends mieux pourquoi je ne la lis pas. Quand on se demande comment les chefs de gare s’informent entre eux, on n’est pas écrivain, on est bloggueur. Bon, Thomas arrive sur le quai de la gare, il claque la bise à Véro.
Il aimerait bien être au chaud avant qu’on commence à nous filmer. Il est un brin crispé. Et puis il est content de dire que ça lui déplaît. C’est la première fois qu’il y arrive. En général, il n’ose pas, il accepte d’attraper la crève pour une interview. Il est fatigué.
Comment cet article est tout simplement passionnant. Je suis esbaudi par tant de beauté littéraire. Non, je pige rien, en vrai. Trop poétique. Trop littéraire. Moi, j’ai besoin que ça sente la faute d’accord pour m’intéresser, que ça respire la mauvaise grammaire…
Ce matin il est allé à l’Assemblée soutenir la loi sur le téléchargement illégal sanctionné (face à la proposition de licence globale), et la veille ils se sont eux-mêmes un peu ennuyés pendant le concert, c’était un public d’« abonnés » (« Heureusement que tu n’es pas venu hier »).
Rzzzzzzz… Rzzzzzzz… Rzzzzzzz… Hein ? Quoi ? Ah ! Dutronc à l’Assemblée, c’est tout simplement lénifiant. Et puis les abonnés, ces connards qui paient un *forfait* pour aller au concert, me foutent la gerbe. Car jusque dans ses récitals, il est contre la licence globale, Dudu.
Il a lu 130 pages de mon livre, il est désolé de ne pas l’avoir encore terminé, et il n’en revient pas que j’y ai utilisé le verbe gésir.
A priori, il n’est pas le seul à ne pas en revenir puisque Ovaldé, elle en parle encore et encore. « Et vous avez vu ? J’ai écrit gésir ? Et vous savez pourquoi ? Parce que chuis écrivain ». Qui ça intéresse de savoir que Véro a utilisé le verbe gésir dans son livre ? Personne. I rest my case.
Nous voilà tout confits dans notre timidité, il parle à un écrivain et moi à un musicien en tournée.
Et je tire à la ligne, et je pêche des dorades, et je mange avec mes doigts, et je souris au soleil, et la lune me répond… C’est que c’est long deux colonnes à rédiger…
[Dans les loges] Ça rigole, ça picole, ça surveille la salle. Et le spectacle commence. Un vrai spectacle, pas un enchaînement de morceaux.
Ça, c’est quand même la grande phrase du texte : un vrai spectacle, ce n’est pas un enchaînement de morceaux. Clap, clap, clap.
Comme un vrai texte, ce n’est pas un enchaînement de banalités crasses torchées à la va-vite d’une seule main, pas vrai Véro ?
T’as vu mon titre ? T’as vu mon titre comment il est trop génial avec le super jeu de mots dedans ? T’as vu ? Non, t’as pas vu ? Et en plus, j’ai utilisé le verbe gésir !