Dans ma grande série « Puisqu’on ne me demande pas mon avis, je le donne[1] », je suis allé voir Valérie Lemercier hier au Palace et je bous d’impatience à l’idée de livrer mon compte-rendu sur mon beulogue (c’est-à-dire ici).
Je suis un garçon ponctuel. À Paris, c’est un véritable problème en réalité. Car tu attends irrémédiablement des plombes que ton rendez-vous arrive (quand il n’annule pas à la dernière minute). Alors, je me suis adapté. Maintenant, j’attends chez moi l’heure du rendez-vous et je pars. J’arrive donc systématiquement avec une demi-heure de retard, « à la parisienne ».
Le rapport avec Valérie Lemercier ? C’est qu’il y a bien un endroit où théoriquement on se doit d’être ponctuel, c’est le théâtre car il est rare qu’en coulisses, les comédiens regardent par le rideau et en voyant ma place vacante disent au régisseur : « Non, non, on attend : Monsieur Pop n’est pas encore arrivé ».
Alors, oui, dans les concerts de musique de jeunes, comme les musiciens se tapent des meufs dans leurs loges en sniffant de la coke sur leurs seins, il y a toujours une attente d’une trentaine de minutes avant le début du spectacle qui sert aux roadies à checker le matériel : « one, two, one two ».
Revenons à Valérie, car je m’éloigne, je le vois bien. Je suis donc arrivé à 19h45 et me suis installé (j’ai même filé 2 euros à l’ouvreuse, ouais, je suis comme ça, le cœur sur la main). J’étais au premier rang en plein milieu (place A1 : « coucou, je te vois ! »). J’ai tout de suite remarqué avec quelle mesquinerie les nouveaux propriétaires du Palace avaient décidé de rapprocher les fauteuils de chaque rangée le plus près possible de la rangée suivante. Pour ma part, j’avais donc les genoux à la hauteur du menton et les tibias qui cognaient contre le bas de la scène. Autant le dire, j’étais dans d’excellentes dispositions pour voir le spectacle.
À vingt heures, les invités et spectateurs qui dégustaient des coupes de champagne se décidèrent à regagner leur fauteuil. Plus de quatre cents personnes facilement. C’était long. Très long. À 20 heures 20, le spectacle n’avait toujours pas commencé bien que les gens fussent à peu près installés. À 20 h 30, enfin !, la diva arrive.
Une demi-heure de retard, les gars. Une demi-heure pour une fille seule sur scène qui a pour toute tenue un pantalon noir, une veste noire et un foulard rouge. Pfiout ! Si jamais Lemercier se décidait à jouer dans une comédie musicale à New York, il faudrait à peu près 18 heures de préparation.
Bref, c’est donc sous le charme de cette première partie passée entre mes jambes et la scène que j’ai essayé de goûter le premier sketch qui aura eu la particularité de ne pas me faire rire du tout. De toute façon, j’avais un tout petit peu trop mal aux genoux pour que cette histoire d’attachée de presse bloquée à l’aéroport d’Alexandrie avec Georges Moustaki en train de brieffer sa nièce par téléphone pour l’arrivée d’un groupe de rock depuis Glasgow appelle le moindre intérêt à mes yeux.
Au bout de vingt minutes où je faisais sérieusement la tronche, jettant des regards noirs à Valérie Lermercier sur scène pour tenter de lui faire comprendre que son retard était inadmissible à mes yeux, elle a fait un sketch d’une atroce écolo qui descend pour se plaindre de ses voisins qui ne trient pas correctement les piles. Et là, miracle, j’ai ri.
Bravo, Valérie, tu as réussi là un grand exploit. J’ai presque fini par te pardonner cette faute de goût inadmissible de nous avoir fait poireauter une demi-heure.
Bon, je mentirais si je disais que j’avais compris tous les sketchs. Notamment les one-liner qu’elle déclame en traversant la salle. Rien pigé. Mais ça avait l’air drôle. En tout cas, des gens riaient.
Le plus marrant fut, comme souvent, les réactions du public. Par exemple, ceux qui sont écroulés dès qu’elle dit un mot inhabituel ou inusité comme « chicorée » ou quand elle joue la bourgeoise et qu’elle appelle sa fille « Marie-Arielle, s’il te plaît, laisse Albéric tranquille ». Et alors, les gens qui rigolent se sentent obligés de glisser à leur voisin en étouffant un autre rire : « Humpf, humpf, elle a dit ‘chicorée’, t’as vu ?, t’as vu ? Humpf, humpf ‘chicorée’, nan mais trop drôle, nan ? », ouais trop drôle. Et puis, à l’un des derniers sketchs où elle interprète un homme à l’enterrement de sa femme en train d’expliquer à son gosse dans ses vingt ans comment il trombinait sa mère, au moment du noir, un mec derrière moi dit à sa copine : « dis, donc, c’est un peu osé quand même ! ». Ouhlala. Ah oui, c’est osé. C’est sûr que c’est pas aussi distingué que Bigard et son lâcher de salopes ! N’en dites pas plus, messieurs les germanopratins !
Bref, en substance, j’ai pas adôôôôôôré, j’ai bien aimé, j’ai pensé que c’était un peu surestimé, j’ai trouvé qu’une demi-heure de retard, c’était exagéré, j’ai jugé que les sièges étaient trop rapprochés, j’ai estimé que la durée du spectacle était suffisante, j’ai patienté pour sortir de la salle sans me plaindre (et pourtant on m’attendait dehors), et de tout ça le monde entier s’en fout alors que si j’étais critique au Masque et la Plume, on boirait mes paroles.
Que Jérôme Garcin aille se faire foutre, tiens.
[1] Je pense que je vais éditer toutes mes chroniques chez JC Lattès. Et le monde ne pourra plus s’en passer.