Bon, j’ai mon milk-shake vanille-banane à côté du clavier, un thé en train de se préparer, le Daily Show en fond sonore, je suis prêt à écrire sur mon lundi soir, histoire de faire rager ceux qui n’y étaient pas et de tracer mon sillon dans l’histoire. Que dis-je ? L’Histoire, ouais, celle avec un grand H. Dans quelques années, je serais d’ailleurs pas étonné que Patrice Gélinet Jr. ne présente un « 3 000 ans d’histoire : aujourd’hui la Blogothèque ». Mais je vais pas commencer à m’égarer dès le premier paragraphe, quand même.

Ma première rencontre avec la Blogothèque date d’il y a un an maintenant, en août dernier, pour la première Soirée à Emporter. Gros succès d’ailleurs. J’avais pas mal conspué à l’époque sur les videurs de la Flèche d’Or et l’attente interminable pour une soirée ouverte à tous. C’était donc un peu sans y croire que j’ai envoyé mon courrier par mail épistolaire suite à la note qui invitait à venir écouter Bon Iver et Vandaveer dans une Soirée de Poche (oui, oui : « une soirée de poche de la blogothèque » et pas « un concert de poche de la blogosphère », comme j’ai eu l’intelligence de dire à Vincent Moon qui s’est bien moqué de moi par la suite).
Ce lundi, j’arrive aux alentours de Montmartre, pas très loin du funiculaire, et pousse la porte d’un immeuble ancien – parce que le concert a lieu dans un appartement. À l’entrée, je rencontre pour la première fois Sskizo, je lui dis pas qui je suis parce qu’elle est très occupée à gérer la caisse. Le groupe Bon Iver descend alors avec Vincent Moon et se lance dans une improbable version acoustique de For Emma a capella sous le porche. C’est là que les premiers frissons dans le dos ont commencé de traverser mon tee-shirt, ils n’arrêteront pas de se manifester tout le reste de la soirée. Les habitants de l’immeuble entrent les uns après les autres, surpris de voir cette assemblée attentive, alors que « c’est même pas aujourd’hui la réunion des copropriétaires ». Ça frise le surréel Buñuelien.

Après cette mise en bouche, on monte quatre à quatre les marches de l’escalier pour arriver au cinquième étage dans un superbe appartement mis à la disposition de la Blogothèque. Dans le salon nu, une jeune femme tatouée vêtue d’une robe rose discute avec un garçon barbu aux yeux verts perçants. Je me cache dans un coin pour attendre le début de concert, l’appareil photo au creux de la main.

Assez vite, le barbu (Mark Charles) s’installe après l’accordage de sa guitare, et la demoiselle en rose – sa sœur – s’assoit à ses côtés. Commence le premier concert : Vandaveer. Découverte de mon côté, je n’en avais jamais entendu parler. Dans cette forme épurée, je me laisse charmer par les yeux du chanteur-compositeur-guitariste (ouah il est trop beau) et sa musique folk lorgnant country.

Avec ses pieds, il bat la mesure, comme frappant sur une batterie virtuelle. En face de moi, la propriétaire de l’appartement regarde à chaque coup sur le sol son parquet maltraité et s’inquiète tout en levant les yeux au ciel de la future réaction des voisins (qui finalement ne diront rien).
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Le set durera près d’une heure. J’aurais bien acheté leur disque, mais ils n’en avaient pas de dispo. Merde : il aurait pu le dédicacer.

Après une large pause de 45 minutes, qui aura permis de dégommer quelques bières (pas chères) et de me présenter à Sskizo, de rencontrer Pixie et Peach ainsi que Gromain et sûrement d’autres dont j’ai oublié le nom, Chryde de la Blogothèque prend un atroce xylophone pour nous prévenir de l’arrivée imminente de Bon Iver et qu’ils comptent « utiliser l’espace ». On attend quelques minutes et voilà que le groupe débarque par le balcon, traverse le salon et s’installe sur trois sièges couleur vert-pomme avant de se lancer dans un enchaînement de titres excellents, le public prostré et réjouit. Et puis, les lumières sont éteintes, on installe des bougies et le concert repart.

On est tous heureux, assis là, pour ma part à un pied de Justin Vernon sous sa guitare. Une vague envie que l’instant s’éternise, c’est juste magique, si simple et si intense. Je ne sais plus pour quelle chanson, Justin Vernon explique qu’il l’a écrite à un moment difficile de sa vie et qu’il est ému de la jouer dans une atmosphère si intime, la caméra de la blogothèque est posée à côté de moi, je demande pas, je la prends et filme, j’ai un peu peur qu’on vienne me dire : « Oh, toi, on te connait pas, repose ça tout de suite », mais non, on me laisse faire, c’est cool de rencontrer des gens comme ça, avenants et agréables.

Sans faire dans le mystique, l’atmosphère frise une apothéose sentimentale à la fin du concert, les gens se serrent alors les uns contre les autres, c’est juste touchant et en harmonie avec le reste de la soirée.

Et puis, à 23h30, on descend dans la rue, Liz Green à la guitare joue devant nous et s’arrête dans des endroits impromptus : sous un lampadaire, en bas d’un immeuble, sur les marches d’un manège. On finit dans un rade du quartier où les poivrots du coin ne nous attendaient pas et vont être surpris par notre arrivée. L’un d’eux sort : « vous êtes des gauchistes ? ».

Pour ma part, je dois rentrer, je fais la bise à quelques gens que j’ai découvert, je reprends le métro avec Pixie. On se dit au revoir en chemin mais on se revoit : Bon Iver joue au Trabendo.
Le concert du lendemain n’aura rien à voir, puisqu’électrique. Avec Pixie, on crânera devant les bouseux qu’étaient pas là, la veille, enchaînant les regards complices et les : « rhalala, c’est bien, mais ça n’a rien à voir, y’a pas la même émotion ». Pour une fois que je peux me vanter, je vais me gêner, tiens.
Après Bon Iver, y’avait Tunng, mais j’ai pas vraiment écouter, faut que je reconnaisse.
Enfin, voilà. J’espère qu’une vidéo du concert pourra être proposée parce que je meurs d’envie de revivre ce petit moment de magie, la Sparkle Touch de la Blogothèque.
Merci à toute la Blogothèque, je ne sais pas si vous lirez ce texte, mais je crois que vous avez vu le plaisir dans les yeux mouillés des happy few qui ont eu la chance d’être avec vous lundi.
Many thanks.
Quelques autres photos sont visibles par ici.