Une Grande erreur du marketing corrigée

Le 2 juillet 2009 dernier, j’évoquais dans ma série (un peu à l’abandon en ce moment, on va pas se mentir) « Les Grandes erreurs du marketing » le cas « Anecoop » qui proposait « la pastèque sans pépins » avec un astérisque « Peut contenir éventuellement quelques pépins ». Fort de ma remarque, la société a élaboré une toute nouvelle race de pastèques mutantes (et surement tueuses, je n’ai pas tous les détails) qui n’aurait – cette fois-ci – pas de pépin. Comme le prouve la nouvelle campagne de pub dans le métro :

Plus de pépin

Miracle ! Plus d’astérisque ni de renvoi ! Voici enfin les VÉRITABLES pastèques sans pépin. La science vient de faire un GRAND pas. Reste une question inhérente : comment la pastèque se reproduit-elle si elle ne produit plus de graine ? Ou alors, c’est une pastèque mixée avec de l’ADN de pêche, comme ça, elle n’a plus un pépin mais un noyau ? J’en sais rien. J’avoue que je ne sais pas si je dois vraiment me féliciter de mon impact dans le sens où par ma faute, on a sûrement pratiqué des manipulations génétiques pas très orthodoxes. Ma conscience s’en remettra, mais survivrons-nous à l’invasion de ces pastèques new age ?

Les Grandes erreurs du marketing (10)

Quand on descend la rue de gaité, on passe devant un sex-shop où on lit en grandes lettres dorées : « Du distributeur au consommateur ». J’imagine que le gérant pense qu’on se dit qu’on s’y retrouve niveau fric. Est-ce que c’est vraiment vendeur pour des cabines de projections avec « un choix de 3000 films pour un euros » ? J’ai des doutes.

Mais de toute façon, aujourd’hui, je vais vous parler yaourt. C’est peu de le dire, mais s’il y a un endroit où le marketing sait faire des ravages, c’est bien dans l’industrie agroalimentaire du lait caillé. Et les yaourts sont, à ce titre, les champions toutes catégories. Et vas-y que je te fous du bidifus actif dedans et que si tu en bouffes des plâtrées entières pendant six mois, tu vas plus te reconnaître tellement t’auras la tronche d’un type qui a passé quatre ans dans Koh Lanta. Pis, y a l’autre, là, le lait ultra-concentré qui « renforce nos défenses naturelles » et qui empêche mamy d’attraper la grippe (aviaire ou pas). N’oublions pas non plus les magistrales Mousse de crème et autres Perle de lait, une véritable leçon pour faire payer plus cher pour moins de produit.

C’est fou, le yaourt, je crois que je pourrais en parler des heures si ce n’est des années.

Or, donc, et par conséquence, tout à l’heure, j’étais à mon Monoprix de Montparnasse en train de faire mes courses. Je t’ai dit ? Un jour j’y ai croisé le sosie (ou était-ce lui ?) de Domenech ! Véridique. Enfin bon, J’arrive au rayon des yaourts et là je suis comme d’habitude assommé par le choix délirant : un nombre de variétés qui se compte à mon avis par milliers.

Je m’élance tel un seul homme et me saisit d’une boîte de quatre pots d’Activia saveur Vanille. Activia, c’est Danone, c’est celui avec le bifidus actif dedans, d’ailleurs. En gros sur le côté du paquet, je lis :

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Voilà une bonne nouvelle ! Oui, parce qu’il faut savoir que si le yaourt fait autant de bien à l’organisme, il fait beaucoup plus de mal à la planète avec ses emballages poisseux et pire encore ses suremballages.

Le champion dans la catégorie, je crois que c’est Bonne Maman avec sa collection de biscuits (tartelettes, madeleines…) : chaque gâteau est minutieusement emballé sous un film plastique. Une véritable leçon de développement durable.

Mais revenons à mes yaourts : Activia supprime ainsi ses suremballages « sur les lots par 4 ». « À la bonne heure », je me dis, « la pratique du suremballage permettait principalement aux gens de ne pas découper les yaourts pour n’en prendre que deux et demi, ils ont dû se dire que ce n’était plus la peine, mais bon ils les laissent sur les paquets de huit, quand même, on est jamais trop prudent : des fois qu’un con ne casse un paquet de huit pour en faire un six et un deux ». Ma réflexion faite, je glisse le lot dans ma panière et je jette un œil rapidement sur le renvoi en fin d’annonce après le « 4 ». Et je lis :

* Sauf sur les lots conservant leurs suremballages

Les bras m’en sont tombés, Monsieur Jourdain. Activita supprime les suremballages de ses lots de quatre sauf quand elle ne les supprime pas. L’intérêt de cette précision dépasse à mon sens l’entendement de l’intelligence humaine et il faut être ou très con ou s’appeler Morandini pour que cela puisse ne serait-ce que sembler un minimum pertinent. Mais, ça ne s’arrête pas là. Juste après, une seconde précision tout aussi utile :

* Sauf sur les lots conservant leurs suremballages et sur les lots existants déjà sans suremballage.

On ne saurait mieux dire. Si cette précision a très certainement une raison d’être légale, on se dit que l’enfonçage de portes ouvertes à ce point de connerie n’est probablement pas donné à tout le monde. Et je comprends mieux pourquoi il faut faire de grandes écoles prestigieuses et ô combien coûteuses pour pouvoir atteindre ce nirvana de la réflexion et toucher du doigt ce Walhalla du marketing : la joie de prendre le reste de la planète pour des abrutis.

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Les Grandes Erreurs du Marketing (9)

Je ne suis pas le seul à m’en être aperçu, je me demandais juste si c’était réellement une erreur. Ça me paraissait trop gros. Voyez donc cette très belle image promo du Petit Nicolas :

Petit Nicolas

Voilà, alors comme ça, on se dit que le décorateur a fait un joli boulot de reconstitution, qu’il n’y a pas le moindre doute que nous sommes dans une jolie France ripolinisée qui sent bon le formica et de Gaulle quand soudain un détail attire notre regard : la plaque d’immatriculation « 708 JXJ 75″.

D’abord, même dans les années soixante, je ne vois pas trop où ils ont trouvé ce genre de pavillons de banlieue à Paris, mais bon après tout peut-être que le papa du Petit Nicolas a préféré s’immatriculer à la capitale pour finalement vivre à Palaiseau ou au Vésinet ou peut-être est-ce une voiture d’entreprise, que sais-je encore ?

Ensuite, une autre question turlupine le connard que je suis : y avait-il déjà des plaques minéralogiques à trois lettres à l’époque ? C’est fort possible vu que je ne suis vraiment pas un expert sur le sujet, mais certains sont très très calés, eux. En cherchant un peu sur internet (parce qu’il semblerait que décemment je n’ai rien d’autre à foutre de mon samedi matin), on tombe sur des fous furieux : une association de collectionneurs de plaques d’immatriculation, Francoplaque.

Et sur leur site où l’on trouve un historique de la nomenclature française. Si c’est pas ma chance, ça ! Alors, en fouillant plus en détail, on apprend qu’à partir des années cinquante, les plaques sont numérotées sous la forme de chiffres (de un à trois pour tous les départements sauf Paris où la plaque pouvait être composée de quatre chiffres – les choses évoluent par la suite) puis de lettres (une, deux puis trois – à ce moment là, on revenait à un maximum de trois chiffres pour ne pas avoir plus de huit caractères sur la plaque) et enfin du département (une foule de détails captivants est à découvrir sur leur site). Mais la grande question restait : quand donc à Paris a-t-on eu la première plaque avec trois chiffres et trois lettres ? Et ce merveilleux site m’a fourni la réponse dans une autre page qui répertorie pour chaque année la première immatriculation par département (des fous, je vous dis).

Bingo : la circulaire qui autorise l’immatriculation à trois lettres date du 3 janvier 1972, et à en croire un tableau soigneusement renseigné, c’est entre 1974 et 1975 qu’apparaît le premier 1 AAA 75 (qui fait suite au 9999 ZZ 75). Si on poursuit l’investigation (digne d’un Derrick), c’est entre 1992 (341 JSP 75) et 1993 (319 KEK 75) qu’a pu être donné un tel numéro à une plaque minéralogique. Puisque théoriquement, les histoires du Petit Nicolas se déroulent à partir de 1959, « dans une France de la petite bourgeoisie du début des années soixante », on peut sans se tromper en conclure avec un plaisir inouï et un sourire ravi qu’il s’agit bien d’une grosse bourdasse de l’accessoiriste et ranger cete photo dans ma collec’ des grandes erreurs du marketing.

Bon… et si j’allais faire quelque chose de ma vie, maintenant ?

Les Grandes Erreurs du Marketing (8)

Non, je veux bien les mecs, mais c’est quoi le problème, vous faites un concours pour être cités dans cette rubrique ? Je suis pas à ce point influent.

Moi, je croyais quand on faisait une pub pour un produit qu’il fallait insister sur le truc qui fait la vraie différence avec la concurrence.

Par exemple, je sais pas si j’avais trouvé un moyen de cultiver des pastèques sans pépins, je pense que c’est la chose que j’aurais mise en avant. J’aurais fait une pub comme ça, en somme :

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Maintenant, si mes pastèques ont des pépins, je pense pas que l’accroche forte de ma pub serait « Pastèques sans pépins ». Je sais pas, j’aurais cogité et trouvé un autre truc : son goût, sa couleur, son origine, sa fabrication, le plastique qui l’emballe… Parce que le coup de l’astérisque cheap qui renvoie au bas de l’affiche pour expliquer que la pastèque sans pépins, elle en a quand même, c’est limite gros foutage de gueule.

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Des L pleins la tête (de mouton)

Lorsque j’étais jeune et insouciant, j’avais un ami qui habitait dans le quatorzième à côté de la rue Daguerre. Oui je sais : rive gauche. Je reste encore profondément marqué par l’air que j’y ai respiré. Depuis que j’habite Montparnasse, j’ai appris à connaître un peu mieux ces gens, moi l’enfant du 12ème, et même – parfois – à les comprendre.

Quoi qu’il en soit, le samedi, on faisait un peu la fête entre compagnons de bonne compagnie et il n’y avait un peu que la rue Daguerre où l’on pouvait trouver un bar potable. Et surtout, il y avait la Bélière.

La Bélière, c’était un bar ouvert toute la nuit le samedi soir. Il y avait un vieux piano, souvent des concerts miteux de jazz et à partir de deux heures des crétins bourrés qui hurlaient à qui mieux mieux, tapant sur les touches usées du Sauter et réclamant toujours plus de vin et de bières à la patronne, une dame d’un certain âge qui gueulait « vous vous taisez maintenant » tous les quart d’heure.

Je me rappelle vaguement qu’une nuit, bourré à trois ou quatre heures du matin et m’endormant sur un siège devant la porte, elle m’avait foutu dehors : « Bon, toi, tu sors, maintenant ». Mes copains vinrent me rejoindre. On se regarde : « qu’est-ce qu’on fait ? », « Bah, on y retourne ». Alors nous repoussâmes la porte de la Bélière avec un tonitruant : « Salut la compagnie ». Nous ne sommes pas restés longtemps cette seconde fois, bien sûr.

Ça n’a pas dû être drôle tous les jours pour elle, d’ailleurs. Elle n’a pas dû se faire que des amis avec les voisins.

La Bélière

Enfin, bref, c’est pas pour vous raconter de vieux souvenirs d’enfance que je parle de la Bélière, mais parce que j’y repasse régulièrement. Or la patronne a vendu son bar et les nouveaux propriétaires en ont fait un resto-bar-branchouille de merde comme on sait si bien le faire dans le 14ème (je vois dans cet arrondissement le plus moche arrondissement que Paris connaisse et j’accuse fortement Chirac d’en avoir fait un terrain en jachère pour ses copains bétonniers – d’ailleurs, à chaque fois que je passe devant un de ces horribles immeubles, le siège du CNP ou la grande tour, je me demande toujours comment les architectes, les entreprises de travaux publics et la mairie de Paris ont pu en regardant les plans se dirent : « putain, les gars, ça c’est quand même classe, banco, on y va ! »).

Oui, alors revenons à la Bélière. Les nouveaux propriétaires ont collé partout la mention « Bélière Welcome ». Pourquoi Welcome ? Parce que Bienvenue, ça faisait probablement un peu trop téléphoné avec la station de métro à côté (Montparnasse-Bienvenüe, n’est-ce pas, mes amis de la province). Bon, en vrai, j’en sais rien. Sûrement qu’ils ont pensé que ça faisait classe d’écrire en anglais et que ça valorisait le restaurant pour tous les touristes qui marchent sur les pavés usés. Mais n’est pas anglais qui veut.

WelcoLme

Je me demande ce qu’ils attendent pour la refaire ou alors il y a un super jeu de mot caché qui m’échappe totalement.