Une Mix-Tape qui va s’arracher
Je viens d’une famille de droite tendance pure souche. Genre qui croyait que les chars russes allaient envahir la place de la Concorde lorsque Mitterand (qu’on appelait « mitrand ») a été élu Président de la République.
À sa tête, mon grand-père – décédé il y a plus de quinze ans, maintenant – gros manitou d’une entreprise qui fabriquait de la ouate pour les sièges de voiture et qui a périclité lorsque les fabricants d’automobiles se sont aperçus qu’ils pouvaient la remplacer par de la mousse synthétique, moins bien, certes mais surtout beaucoup moins cher. Genre qui traite ses employés comme des enfants en bas âge, avec paternalisme et tradition.
À ses côtés ma grand-mère (que j’adore) qui n’a toujours pas digéré la rétrocession de l’Algérie à son peuple et qui continue de la décréter française.
À eux deux, ils ont eu quatre enfants. Deux garçons, deux filles. Dont un qui a viré UDF dans les années soixante-dix, lorsque Raymond Barre était premier ministre. Ça a provoqué, nous raconte-t-on, des drames et des discussions sans fin dans la demeure familiale.
Sur les quatre, tous ont travaillés quelques années. L’aîné a dirigé une compagnie qui vend des adoucisseurs d’eau, le second s’est lancé dans une carrière d’ingénieur-conseil. L’aînée – mamôman – s’est vouée à une carrière de professeur de danse. La cadette l’a copiée.
Mais depuis le décès de mon grand-père, trois d’entres eux sont devenus rentiers, à s’éclater le bide sur des transats, pendant que les petits-enfants ont commencé à apprendre l’âpreté de la vie.
Pourquoi je raconte tout ça ? D’abord, parce que je le fais bien (je suis brillant). Ensuite, parce que, lorsqu’en mai dernier, j’ai décidé – une fois de plus – de glisser un bulletin qui n’était pas aux couleurs bleues de l’UMP, j’ai cru que j’allais provoquer une crise nationale à faire passer la venue de Kadhafi en France pour le vol d’une hirondelle au cœur d’un ciel légende d’automne (je suis poète à mes nombreuses heures perdues, je crois que ça se remarque).
Chaque jour, ma sœur, ma mère, ma cousine, ma grand-mère ou mon oncle me téléphonait pour me demander si j’étais bien sûr de mon choix, que, quand même, une femme au pouvoir, ce n’est pas sérieux, de quoi être la risée de l’Europe et que, de toute façon, si Ségo passait, alors là, c’était même pas la peine que j’imagine touché un sou de mon héritage – déjà parce que ces salauds de communistes allaient tout nationaliser ainsi que confisquer les biens privés et aussi parce que je serais la honte de la famille. Moi et mon petit bulletin de vote.
Ma conviction n’a guère été ébranlée par leurs arguments populistes, tandis qu’aux miens étaient rétorqués, façon bravache : « ah ouais ? et la gauche, elle a fait quoi quand elle était au pouvoir, elle, hein ? ».
Mais le comble du ridicule a été probablement atteint le soir où la victoire du schtroumpf a été officialisée. Je recevais alors de nombreux coups de fil pour me hurler aux oreilles des « ON A GAGNÉ » et qui s’achevaient irrémédiablement par un « Maintenant, avec Sarko, tu vas voir ce que c’est que de travailler. Fini les RTT, les congés payés, ta carte de presse, tes avantages sociaux, pfrrrrt ».
Non, parce que quand des gens qui ne font sensiblement rien d’autres que de regarder pousser les jonquilles de leur jardin en dilapidant leur fortune personnelle me disent que je vais comprendre ce que c’est que de travailler, j’ai comme qui dirait une sacré envie de pouffer de rire.
Alors pour Noël, j’ai décidé de me venger. Mon cadeau est unique et ne m’a pas coûté cher (mais déjà trop). C’est un CD gravé que je vais dupliquer et offrir à toutes ces charmantes personnes qui me courent sur le haricot depuis six mois maintenant. Avec un discours de campagne du schtroumpf sus-nommé, Je Suis Pour de Sardou, La Chapelle de Harlem de Jeanne Manson, La France de mon Enfance de l’affreux Enrico, Que je t’aime du peroxydé Hallyday, Ya Rayah de Faudel, Les Filles de mon Pays du même zygoto Macias, On va s’aimer de Gillou Montagné, Mille Colombes de Lou Ravi Mireille Mathieu ainsi que son tube La Marseillaise que j’ai récupéré sur la vidéo YouTube qui circule du concert, le discours d’intronisation à la présidence de la république, Quelqu’un m’a dit de la nouvelle première dame de France et enfin, en bonus track même pas caché, Il a neigé sur Mykonos de la provençale à la coupe au bol.
Il ne me reste plus qu’à torcher une pochette bien pourrie et trouver un titre pour cette superbe compil’.
Je vais en faire des heureux, moi, cette année, tiens…