Mots-clé : Fatigue

La Stratégie de l’évitement

Je suis atteint par un mal incroyable, c’est une vraie détresse en soi, j’ai aucune idée pour écrire sur ce blog (et en vrai, j’en avais déjà pas beaucoup avant).

Je réfléchis à des trucs, j’ai envie de faire plein de choses et puis paf, quand arrive le moment, c’est le vide, l’absolu, je pense plus à rien, toutes les idées s’envolent, et le poids de la fainéantise s’abat sur mes épaules comme la patte d’un chat sur une souris encore agonisante. Alors, j’ai qu’une envie c’est de dormir.

Je n’ai pas compris ce qui m’affectait alors j’ai cherché sur Doctissimo. J’en suis revenu avec un cancer de l’hypothalamus. J’ai passé un scanner, mais non. Pas ça. J’ai pensé à l’aboulie. Et non, non plus. Finalement, c’est plus dramatique encore (si, si). C’est ce qu’on appelle la « stratégie de l’évitement » : quand je dois faire quelque chose que je n’ai pas super envie de faire, c’est irrémédiable mes paupières se ferment toutes seules. Et ce n’est même pas la peine de lutter, le sommeil m’attire indubitablement.

Par exemple, chaque jeudi, je dois préparer la conférence de rédac du lendemain sur des sujets aussi captivants que « la clé de douze, sa vie, son œuvre », « le système métrique, cet inconnu » ou bien encore « les clous, oui, mais pourquoi ? ». En vrai, je travaille dans un magazine généraliste, mais comme je suis arrivé avec la caution « le mec technique », j’écope de tous les sujets sur le domaine, domaine qui s’élargit assez facilement à « tous les sujets qui n’intéressent pas » : du nucléaire à la maladie d’Alzheimer.

Eh bien quand arrive le moment de préparer la conf, j’ai les yeux qui tirent vers le bas avec l’irrémédiable envie de poser ma tête sur le revêtement froid et glacé du bureau. C’est bien le seul moment où la perspective d’écrire sur ce bloug me semble moins exténuante que d’habitude. C’est d’ailleurs pour ça que je viens de le faire.

Mais cette stratégie, je l’utilise pour tout le reste. Un programme qui m’intéresse pas à la télé, paf, je m’endors, poser une RTT pour passer à la banque, zou, une sieste pour attendre qu’elle ferme…

Le vendredi, après la conf évoquée au-dessus, en général, on prépare le bouclage du journal. Chaque semaine, on a ce qu’on appelle la Polémique de la semaine. En gros, on prend un sujet en vogue à quatre heures du bouclage et on doit trouver une question et deux intervenants, un qui dit « oui », l’autre qui dit « non ».

Quatre heures, c’est court. Très court. Et souvent, ça tombe sur ma gueule. Mais pire, il y a un catch-22 dans l’affaire. C’est que – outre un délai restreint – le sujet n’appelle que rarement un véritable opposé.

Si c’était « Mangez-vous des salsifis en toutes saisons ? », on pourrait assez facilement trouver un type qui dirait : « Ah oui, moi, je m’en bâfre toute l’année » et un autre qui raconterait : « Beurk, c’est trop crade ». Mais non, bien sûr. Nos sujets, c’est plutôt le genre : « Le radis est-il un légume ? ». Alors, on trouve un jardinier qui nous dit : « Bah… Euh… Oui ». Et là, vas-y, rame pour trouver un type qui te soutient mordicus que « non, le radis n’est pas un légume, c’est de la VIANDE ».

En général, on trouve un pauv’gars qui dit : « bah, euh, je sais pas ». Et là, paf, nous, on titre : « Le radis est-il un légume ? Machin dit : ‘NON, je crois pas’ ».

Et à chaque fois que j’ai à m’occuper de cette page, je vis les mêmes phases que pour un deuil :
1. le déni : « Non, mais y a pas de sujet, là, c’est n’importe quoi »
2. la colère : « Bon, je le fais, mais c’est VRAIMENT N’IMPORTE QUOI »
3. le marchandage : « quelqu’un a le numéro d’un jardinier dans son calepin ? »
4. la dépression – qui est en fait chez moi une grosse fatigue et une forte envie de dormir déjà évoquée ci-dessus –
5. l’acceptation, j’écris l’article.

Donc, voilà, en somme, quand je déprime, je fatigue et c’est une stratégie d’évitement qui fonctionne assez mal, puisque je fais quand même ce que je veux éviter.

(oui, je sais plus vraiment où je voulais en venir, j’espère que ça se remarque pas trop).

Mes parfaits voisins

Ah, ce merveilleux monde de la presse et du journalisme. Vous aviez remarqué qu’il ne manque qu’un « a » entre « presse » et « paresse » ? De là à dire que tous les journalistes sont des fainéants, il n’y a qu’un pas que je vais m’empresser de ne pas franchir. Ainsi (oui, je sais, il n’y a aucune justification à l’emploi d’ »ainsi », mais je ne trouve aucune transition satisfaisante et puis tu m’emmerdes, c’est mon blog, à la fin). Ainsi, donc, je suis abonné à Libération depuis presqu’un an, je crois. Et depuis trois semaines, mon journal disparaît régulièrement de ma boîte aux lettres. Au début, j’accusais sans trop savoir ces salauds de grévistes qui veulent le beurre, l’argent du beurre, le cul de la fermière et son fouet avec. C’était déjà arrivé six mois auparavant, mais ma boîte aux lettres ne fermait pas et j’avais pensé que certains habitants de mon appartement me le fauchaient. Mais depuis un joli cadenas fermait son ouverture et donc rien n’y personne ne pouvait choper mon courrier.

Sauf que. Sauf que le gentil livreur de Libération qui passe vers les six heures trente va très vite et le journal a une tendance à dépasser. Un petit malin pouvait très bien récupérer le journal s’il passait avant moi avec deux doigts assez fin

Au bout du troisième « oubli de livraison » ou « vol aux deux doigts », je me suis dit : « nom de nom, ça suffit bien maintenant ». Et j’ai préparé mon plan. Première étape : envoyer un mail au service abonnements du journal et demander poliment à ce que le livreur pousse un tout petit peu le Libé dans la boîte. Seconde étape : recherche d’empreinte. J’ai fait venir NCIS et CSI, mais ils n’ont pas été foutu de retrouver d’autres empreintes que les miennes. « Toutefois », note le rapport, « on décèle des traces d’ADN animal en cours d’identification ». Mais moi, j’ai autre chose à foutre que d’attendre qu’un laboratoire fasse des tests. J’ai donc décidé d’agir et de vérifier a. mes allégations et b. y a pas de b.

J’ai installé une mini caméra en face de ma boîte aux lettres et j’ai découvert ce qui se passait : tous les matins, vers 7h30, un voisin d’un bâtiment concurrent, le A, (il y a trois bâtiments dans l’immeuble où j’habite et une guerre latente entre chaque) arrive dans la cage d’escalier avec sur les épaules un chimpanzé dressé. L’homme se penche à droite et à gauche des casiers pour vérifier que personne ne le surveille et alors son chimpanzé prend le relais.

« Ouistiti », on l’entend dire, « prends le Libération dans la boîte aux lettres du beatnik et tu auras une banane ». Et Ouistiti se dirige vers mon casier, en extirpe le Libération et le donne à son propriétaire qui s’en saisit et se casse avec.

L’enfoiré, je me suis dit. Et j’ai élaboré ma revanche. J’ai attendu six heures trente, j’ai vu le livreur, j’ai pris le journal et j’ai glissé à l’intérieur une tapette à souris. Ensuite, j’ai remis très délicatement le Libé dans la boîte aux lettres, le laissant ostensiblement dépassé. Je me suis caché dans le local à poubelle pour prendre mon voleur sur le fait. Quand 7h30 est arrivé, j’étais excité comme une puce. je scrutais par la porte-fenêtre et d’un coup, j’ai vu le chimpanzé arriver. L’homme était derrière, un chapeau et un long imperméable. L’homme a demandé à Ouistiti de lui prendre le journal, le singe s’est approché de la boîte aux lettres, il a reniflé le journal, il avait l’air méfiant, il a touché le journal, une alarme a retenti, j’ai sauté hors de ma cachette en pointant un doigt accusateur vers le voisin-voleur quand mes pieds ont d’un seul coup décollé du sol, je me suis envolé à trois mètres de hauteur, attrapé dans un filet. J’ai alors vu tous les habitants du bâtiment A sortir. Ils ont fait basculer le filet et m’ont attaché les mains avec une grosse corde d’alpiniste.

Puis l’un d’eux, le leader ?, a saisi un mégaphone : « Hey ! Vous autres du bâtiment C, on a chopé l’un de vos résidents ! Si vous voulez le revoir, il faudra cracher ! »

- C’est qui que vous avez chopé ?, a répondu une voix de l’autre côté de la cour.
- Le mec du rez-de-chaussée.
- Celui de droite ou de gauche ?
- De gauche.

La voix s’est tu et on a entendu les bouteilles de champagne se déboucher. Le leader s’est penché vers moi : « eh bien dis donc, toi, tu sais te faire apprécier ». Et j’ai senti mon sang couler.

Cavale sans issue

Hier, j’étais en train de faire mes comptes (parce que je venais de recevoir ma facture de gaz et comme je suis mensualisé, c’était la facture de complément pour l’année écoulée et alors que j’avais payé 400 euros sur les dix derniers mois, le complément est de 480 euros à cracher en octobre et je suis super content), je regardais mes tickets de carte bleues de la semaine. Et j’en trouve deux qui datent de samedi dernier.

Samedi dernier, j’étais à la soirée de départ de Nora, et j’avais retiré de la fraîche (j’ai toujours rêvé de vivre dans un film écrit par Michel Audiard) avant d’aller rejoindre le bar situé rue de la Folie-Méricourt dans le 11e. On picole, on discute, on rigole et à 2 heures, le bar ferme, on s’en va. Là, j’ai un peu un flou dans mon esprit, je retire à nouveau de l’argent, je prends un taxi et je rentre chez moi.

Voilà ce dont je me rappelle.

J’avais pas spécialement réfléchi, mais je pensais quand même avoir retiré aux alentours du bar avant de repartir. C’est somme toute ce qui me paraissait le plus crédible.

Or, en regardant de plus près mes tickets de CB, ce n’est pas tout à fait ce qui s’est passé. Si j’ai bien retiré vers la Folie-Méricourt, le second, c’est cinq kilomètres plus loin : rue Marcadet.

Distance

Comme j’habite à l’opposé, il est peu probable d’avoir marché cinq bornes dans le mauvais sens avant de décider de prendre un taxi. Je me suis alors demandé comment (et surtout pourquoi), je suis allé dans le 18e. J’ai eu un début de réponse en faisant le lien avec une discussion avec Misspress lundi dernier : après la fermeture du bar, la soirée a continué je ne sais où rue Marcadet dans le 18e. Et Misspress y était, mais elle ne m’y a pas vu.

Conclusion digne de la vie privée de Sherlock Holmes : j’ai suivi les gens jusqu’à la rue Marcadet ; arrivé là, j’ai dû m’embrouiller avec quelqu’un ou (plus probable) je me suis endormi dans le taxi qui nous y a emmenés (j’accorde le participe passé, là ?) et on a dû me conseiller de rentrer (ou j’ai décidé de rentrer ?). Là, les souvenirs reviennent : je trouve une BNP, je retire de l’argent et je rentre chez moi.

Il semblerait donc que ce n’est pas uniquement quand je suis avec Delgoff que je fais n’importe quoi. La piste de l’alcool est envisagée.

Ainsi, pour finir, désolé si j’ai fait chier du monde et comme j’en ai marre de m’excuser de faire chier du monde, je vais arrêter de sortir. Ce sera beaucoup plus simple.

Il a un peu ni queue ni tête ce post.

Une bien belle soirée

Alors, hier soir… comment dire ?

D’abord, j’ai pris un verre, ensuite, j’en ai pris un autre, après, je suis allé dans un autre bar, là-bas, j’ai bu un verre, puis un autre, puis un autre et je crois bien encore un autre. Après, j’ai fumé des clopes, et j’avais la gorge sèche alors j’ai repris un verre. Ensuite, j’ai harcelé Twitter pour trouver quelqu’un avec qui coucher, mais ça n’a pas marché (comme toujours), alors, j’ai encore pris un verre puis après, j’ai un peu parlé, et puis les gens sont partis parce que le bar fermait. Là, j’ai plus trop bien fait gaffe, mais je devais aller dans un autre bar et celui qui devait m’accompagner a disparu. Alors, j’ai marché, j’ai pris un premier vélib, je me suis planté lamentablement une dizaine de fois, j’ai reposé le vélib, j’en ai repris un autre (parce que c’était forcément la faute du vélib et pas la mienne), j’ai essayé de répondre à un twitt en même temps que je décrochais le vélo, c’est là que mon iPhone est tombé par terre et que la vitre s’est brisée. Ensuite, j’ai roulé avec le vélib, mais j’étais crevé, je suis arrivé pas loin du Luxembourg, je me suis dit : « tiens je vais sauter par dessus les grilles super hautes et je vais piauter sur un banc », mais la grille était vraiment trop haute, alors, j’ai dormi sur un banc du côté de la rue. À 3 heures, je me suis réveillé, j’ai pris un taxi et je me suis couché.

C’est la deuxième fois que ça m’arrive cette année, et à chaque fois c’est avec Delgoff. Je me demande s’il ne me drogue pas au GHB.