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Les Grandes erreurs du marketing (14) : le packaging

Amis du bon goût, bienvenue ! La semaine dernière (c’était pas du tout la semaine dernière, c’était il y a une éternité maintenant et en plus j’ai déjà posté la photo sur Twitter, mais je pense qu’il est nécessaire que j’en fasse un post pour ce blog moribond), j’ai acheté du thé. Oui, je vous vois venir : « on s’en fout », criez-vous derrière votre ordinateur alors que vous buvez un Benco avarié. Eh bien, dans ce cas, coupez le son de ce blog ! Oui, allez-y ! Pas de quoi avoir peur ! Vous savez : le monde ne s’écroulera pas(*).

Bref, donc, pour ceux qui sont restés, j’ai acheté une boîte de thé au Carrefour Market en face du boulot (où – miracle sur la 42e rue – je n’ai toujours pas été viré). Je la trouvais bizarre cette boîte, son packaging ne me semblait pas correspondre à la promesse que j’attends d’une boîte de thé, mais c’était du Tetley avec les sachets à tirettes qui permettent de vider toute l’eau du filtre et c’est quand même bien pratique du coup, malgré ma réticence à l’acheter, j’ai quand même craqué.

Revenu au bureau, j’ai mis la boîte de Tetley sur le rebord de mon bureau, histoire de voir ce qui allait se passer. Est-ce que j’étais le seul à m’être fait des idées ou bien y avait-il de la part de TATA (la firme qui commercialise le thé Tetley) une véritable erreur de packaging ?

Tetley

Ça n’a pas raté : deux personnes sur trois est venue me demander pourquoi j’avais acheté des tampons périodiques. Et il faut reconnaître qu’on peut facilement s’y tromper :

Tampax

J’imagine comment ils en sont arrivés à cette merveilleuse idée :

- Bon, les mecs, faut plancher sur le nouveau packaging de notre boîte de thé.
- Ouééééé !
- Alors, le thé c’est une boisson de… ?
- GONZESSES !
- Ouééééé !
- Pas con !
- Carrément !
- Les mecs y boivent du CAFÉ !
- Et de la bière !
- Ouééééé !
- Bon, et qu’est-ce qu’elles aiment les gonzesses ?
- …
- …
- Le thé ?
- Maurice, t’es con.
- Les tampons hygiéniques ?
- Elles… aiment ?
- En tout cas, elles en achètent !
- Pas con…
- Donc, si… on fait une boîte…
- Comme celle des tampons…
- Peut-être qu’elles auront l’impression…
- Que c’est pour elles ?
- Carrément !
- Et en plus, si ça se trouve, elles croiront acheter des tampons !
- Et on double nos parts de marché !
- LA CLASSE !
- TROP FORT !
- Ok et sur la boîte, à côté de notre pictogramme de la tirette, on met en gros : « EXTRA ABSORBANT ».

Bravo les gars. C’est très réussi.

(*) sauf si vous lisez ce post le 21 décembre 2012, là, je ne garantis rien.

Une Grande erreur du marketing corrigée

Le 2 juillet 2009 dernier, j’évoquais dans ma série (un peu à l’abandon en ce moment, on va pas se mentir) « Les Grandes erreurs du marketing » le cas « Anecoop » qui proposait « la pastèque sans pépins » avec un astérisque « Peut contenir éventuellement quelques pépins ». Fort de ma remarque, la société a élaboré une toute nouvelle race de pastèques mutantes (et surement tueuses, je n’ai pas tous les détails) qui n’aurait – cette fois-ci – pas de pépin. Comme le prouve la nouvelle campagne de pub dans le métro :

Plus de pépin

Miracle ! Plus d’astérisque ni de renvoi ! Voici enfin les VÉRITABLES pastèques sans pépin. La science vient de faire un GRAND pas. Reste une question inhérente : comment la pastèque se reproduit-elle si elle ne produit plus de graine ? Ou alors, c’est une pastèque mixée avec de l’ADN de pêche, comme ça, elle n’a plus un pépin mais un noyau ? J’en sais rien. J’avoue que je ne sais pas si je dois vraiment me féliciter de mon impact dans le sens où par ma faute, on a sûrement pratiqué des manipulations génétiques pas très orthodoxes. Ma conscience s’en remettra, mais survivrons-nous à l’invasion de ces pastèques new age ?

Les Grandes erreurs du marketing (13bis)

Quoi de mieux que de se reposer sur les autres pour me filer des idées pour mon blog ? Bah voilà. Grâce à lafillelabas, je peux vous offrir un nouvel épisode de notre célèbre série des Grandes erreurs du marketing. Et à l’heure des soldes, amusons-nous encore avec les plus belles traductions de notre enfance grâce au géant de l’ameublement, non pas Ikea, l’autre (qui est aussi détenu par Ikea remarquez), Habitat.

Par exemple, comment traduiriez-vous « Love Your Home » ? Hein ? C’est une question. Habitat répond avec habileté : « Love Your Home » se traduit par… mais regardez plutôt :

loveyour.jpg

Voilà. On le traduit par « Love Your Home par Habitat ». Si c’est pas l’application claire et nette de la loi Toubon, je ne sais pas ce que c’est.

Mais Habitat nous offre un peu plus encore. On pense que les textes sont relus en France, mais pas du tout. En fait, ils sont moulinés dans le traducteur automatique de Google et ça nous donne un beau résultat :

habit_1.jpg

« Vous êtes entre de bonnes mains », nous promet-on, « Le site web Habitat vous permet, en un seul clic, d’acheter de beaux et innovants produits ». Je suis fan des innovants produits pour ma part. L’encart Chèque Cadeau est lui aussi magnifique :

habit_2.jpg

Un chèque ? Une chèque ? Mon cœur balance et celui du rédacteur avec.

habit_3.jpg

On appréciera tout particulièrement l’absence d’accent sur le « Montage a domicile », et les répétitions sympathiques (« montage » / « monter », « aide » / « aide »…), avant d’admirer les « Retours » qui sont gratuits « selon les conditions générales présentent sur le site web pour ». C’est un peu comme si on avait voulu écrire une phrase puis qu’on avait passé les mots dans un mixer géant.

Sur ce, vous laisse je, vos parents amitiés mes à.

Les Grandes erreurs du marketing (13) : la traduction audacieuse

Comme je suis un être pur qui milite en faveur de toutes les ONG au monde, je suis bien évidemment contre le trou dans la couche d’ozone, contre la déforestation de l’Amazonie, contre la malnutrition (en Afrique exclusivement), contre le travail des enfants, contre la disparition des grands pandas de Chine et par extension (cherchez pas) contre la malbouffe.

Conclusion : moi au MacDonald’s ? Et pourquoi pas violer un chaton mort avec des vers qui sortent du museau ? (je trouve cette image très forte au petit déjeuner)

Tout le monde n’a pas mon humanisme et j’ai même des amis qui vont manger dans des fast-food de la porte de Champerret. On ne m’y prendra pas.

Bref.

En ce moment, chez MacDo (putain, vous pouvez pas imaginer comme ça me file faim de parler de ça à 6h du mat), il y a (ça ouvre à quelle heure le MacDo ?) une opération (il y en a un à Denfert, c’est à dix minutes) promotionnelle (on peut y aller en slip ?) pour gagner des cadeaux (je vais prendre trois MacDeluxe) et notamment des trucs gratuits (et des nuggets) comme des hamburgers ou une grande boisson (c’est bon, ça, les nuggets) dans le cadre de l’achat (ou le KFC ?) d’un double menu géant (un bucket ?).

Donc, c’est une carte à gratter qui ressemble à ça (photos © krstv qui m’a envoyé ce scoop) :

mdo_1.jpg

« Monopoly Reload » lit-on. Vous le savez, en France, on n’a pas le droit depuis au moins Toubon et peut-être même avant, d’écrire en langue étrangère dans un message publicitaire sans astérisquer (quoi ? tu connais pas ? c’est le verbe dérivé du nom, c’est très commun, merde, sors de devant ton ordi !) le vocable exotique pour le traduire en bon français bien de chez nous. C’est ce qui fait que les pubs pour Eurodisney pour un public touristique sont bardés de renvois hexagonaux en bas de page.

Chez MacDo, on se plie à cette obligation de bonne grâce. Société internationale de 400 000 employés à travers le monde (sans compter probablement les franchises), la firme sous-traite sa com à The Marketing Store qui « ne vise pas des consommateurs » mais qui « est inspiré par eux ». Et l’inspiration a été (très) grande pour traduire « reload » :

mac2.jpg

« Reload » est devenu « re-booster ». Non seulement, la traduction n’est pas bonne, mais en plus, ils utilisent un autre mot anglais(*).

C’eut été drôle, mais The Marketing Store n’est pas connue pour son humour, qu’un autre astérisque nous renvoie vers une autre traduction, genre « Re-booster = re-increase » et ainsi de suite.

Notons que sur le site US de McDonald’s, la promo, c’est : « Monopoly is back! and the odds are better than ever ». Aucune mention de « reload » nulle part. Acclamons donc le Dieu du marketing capable de tels miracles d’approximation.

Bon, et il est sont où mes burgers ?

PS : En rédigeant cet article et pour des raisons complètement stupides, j’en suis venu à vérifier les infos trouvées et j’ai découvert que MacDonald’s a son siège social « 1 McDonald’s Plaza » dans l’Illinois (salut Sufjan). Dingue, non ? Je ne résiste pas à vous montrer le bâtiment principal qui me fait rêver :

gmap.jpg

(*) Certes, je concède que « booster » est dans le Robert depuis longtemps mais avec les définitions : « synchrotron injecteur d’un accélérateur de particules », « Propulseur externe auxiliaire destiné à accentuer la poussée des engins spatiaux » et « amplificateur accroissant la puissance d’un autoradio » avec pour chaque définition une recommandation officielle en français.

Les Grandes erreurs du marketing (12) : l’autopromo masquée

Disclaimer : ce post est long et chiant (et non y a pas de contrepèterie ici).

Il y a bien longtemps, alors que la majorité des gens sur Twitter aujourd’hui tétaient leur biberon à la térébenthine, j’étais déjà sur Internet à arpenter les arcanes du savoir universel. On allait sur les forums de discussions, les « newsgroups », pour discuter avec ses potes autour d’un sujet de conversation donné : les animaux, la musique, la littérature, la lange anglaise… Moi, j’étais sur fr.rec.cinema.discussion, le newsgroup consacré au cinéma. Il y avait une ribambelle de connectés et nous devisions brillamment des œuvres majeures du septième art et ces milliers d’octets de discussions sont dorénavant perdus à jamais dans les limbes de l’internet. Inception staïle.

Un peu comme sur Twitter aujourd’hui, il y avait les cadors, ceux qui parlaient beaucoup plus forts que les autres et qui avaient une cour versaillaise derrière eux prêt à mordre le jarret des importuns. Et, comme on n’était pas vraiment limité à 140 caractères les conversations s’éternisaient et les citations intégrales s’accumulaient jusqu’à ce que – par ras-le-bol – on lâche l’affaire.

L’un d’eux, particulièrement prolixe et qu’on appellera YR pour se prévenir des potentiels référencements malencontreux, pouvait tanner quelqu’un des heures pour avoir osé dire qu’il appréciait un film que lui-même considérait comme nul. La demi-mesure n’existait pas dans son vocabulaire et il a mis son talent d’emmerdeur professionnel au service de la grande littérature : les essais cinématographiques.

Jusqu’ici, il en a rédigé deux. Le premier sur Woody Allen « dans un style simple et clair », le second sur la mise en scène au cinéma « dans un style simple et précis » (il a été invité la semaine dernière sur Radio Courtoisie pour en parler) :

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Je ne vous les conseille pas, mais ce n’est pas vraiment là où je veux en venir.

Ses livres sont accessibles sur Amazon. Et dans les jours qui suivirent la sortie de son premier opus sur Woody Allen en 2006, trois commentaires particulièrement élogieux sont apparus, l’un de l’éditeur et deux d’internautes dithyrambiques :

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« Ouvrage pertinent » et « à marquer d’une pierre blanche ». Je connais le bonhomme, c’est un peu improbable, mais après tout, il a ses fans. Et même si Jean Lomi et Gédéon Parmesan n’ont jamais écrit qu’un commentaire chacun, rien n’indique qu’il s’agisse d’YR dans un geste d’autopromotion de seconde catégorie.

Et voilà que depuis, plus rien n’avait été dit sur ce bouquin. Mais un internaute, face à une telle logorrhée, s’est décidé à l’acheter (je ne sais pas qui c’est) et la semaine dernière, il le commente sur Amazon pour se dire « très déçu » :

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Le même jour débarque un certain Zelig – qui avait jusque là publié sept commentaires (dont une descente en flamme d’Un Prophète) (et qui devait probablement faire de la veille quotidienne sur ce livre en particulier) – pour assassiner le malheureux lecteur :

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Puis Zelig se dit qu’il est temps de pondre un autre commentaire dans un style « simple et clair et précis » et bien sûr, il va sur la page de l’autre livre d’YR et nous sort une analyse fracassante :

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Évidemment, on se demande si ce Zelig ne pourrait pas être lui-même l’auteur du livre, ce fameux YR. Mais comment en être sûr ? C’est peut-être un défenseur des grands essais de génies incompris après tout. Alors, en regardant les sept autres commentaires de Zelig, on tombe sur celui-ci :

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qui ressemble étrangement à la chronique de la même vidéo sur un journal musical en ligne et signé par… YR lui-même :

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Le mec qui s’auto-félicite de sa propre production en se faisant passer pour un internaute lambda et qui en profite pour insulter le goujat qui n’a pas su apprécier son œuvre, je dis : « grande classe ».