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Après Robocop, Photocop [recyclage]

En 2004, j’avais déjà un beulogue, et voilà ce qu’on pouvait y lire (genre, je recycle pour faire du contenu neuf, c’est pitoyable). Je suis pas tout à fait sûr de comprendre ce que je voulais exprimer, d’ailleurs.

Un drame peut vite arriver

Surgissant de derrière la fange de l’obséquieuse normalité qui parsème nos sombres journées d’un ennui mortel, la moindre anicroche au sein d’une entreprise dynamique et responsable provoque irrémédiablement une réaction en chaîne qui entraîne invariablement la paralysie totale de la société. Voici une démonstration en trois actes.

Photocopieuse

Acte I

Au départ, rien ne laissait présager de l’horreur dont allait être témoins, impuissants, le cul dans leur vomi, les quatre-vingt sept salariés du troisième étage de cette immeuble à la frontière de Paris et d’Issy-Les-Moulineaux.

Tout a commencé par un réparateur qui arriva ce matin pour remettre des consommables dans l’imprimante / photocopieuse Xerox. Thomas, fidèle à son poste depuis trois ans, débarque comme à l’accoutumée par la porte de service, c’est un vieux routier de la boîte, un gros bonnet. Il décortique la photocopieuse, relève les compteurs grâce à son ordinateur de poche et s’attelle au changement des rouleaux. Connaissant par coeur les rouages subtiles et mécaniques de la Xerox, il ne lui faut pas plus d’une demi-heure pour achever son ouvrage. Il referme l’appareil et s’en va vers de nouvelles aventures.

Cri de terreur

Acte II

C’est alors que le drame arrive, tapi dans l’ombre, sournoisement.

Catherine, récente employée de la boîte en CDD est promise à un bel avenir de CDIste dès la rentrée de Noël. Assise devant son bureau, elle lance une impression couleur destinée à être traitée par le photocopieur capricieux. Quelques minutes après avoir exécuté sa tâche, elle se rend vers la Xerox où la mention : « Impossible d’imprimer : des consommables doivent être changés ». Aucune impression n’est sortie de la gueule béante de la Xerox.

Ne sachant trop que faire, Catherine panique : si elle appelle sa supérieure pour lui expliquer le problème, il y a toutes les chances qu’elle se retrouve accusée d’avoir sciemment bousillé la photocopieuse pour partir deux heures plus tôt afin de rejoindre Luc, son petit ami, au spectacle de danse de Maurice Béjart. D’autant qu’au début de l’année, suite à une histoire stupide, Catherine avait cassé la vitre de la Xerox alors qu’elle tentait pour une raison douteuse de photocopier son vagin sous plusieurs angles. À l’époque, elle avait expliqué à sa chef de service qu’en raison d’horaire de bureau trop contraignant, elle n’avait plus le temps de se rendre chez son gynécologiste et que ce dernier lui avait demandé de faxer des photos de son anatomie intime afin qu’il puisse pratiquer un examen routinier et visuel par téléphone.

De même, si Catherine se tait et fait comme si de rien n’était, ses collègues risquent de lui demander pourquoi elle n’a toujours pas imprimé les dix-huit pages du dossier « Berthier ». Catherine, face à ce choix cornélien, décide de prendre un café à la machine D8, parce que, hier, elle a bien remarqué que le gars qui change les filtres à café avait mis de jolis gobelets de Noël. Et puisqu’elle a perdu son pot à crayon, voici une occasion en or d’avoir un objet décoratif et utile sur son bureau.

Alerte

Acte III

« L’imprimante est en panne ». La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Au bout d’une vingtaine de minutes, la quasi totalité de l’étage est au courant, sauf Pascal installé dans les toilettes de la salle du fond.

Plusieurs personnes sont autour du photocopieur, prêts à bondir sur le moindre technicien de la hotline informatique. Deux jeunes assistantes suffoquent, allongées par terre, l’une d’entre elles expliquent à Marc de la compta, qu’elle ne veut pas mourir vierge, qu’elle veut des enfants. Marc lui répond qu’elle en aura, qu’elle ne s’en fasse pas, qu’ils vont s’en sortir. Paul, dont les tendances de Naked Streak étaient bien connues depuis le pot de fin d’année du service Gestion, s’est déshabillé et entreprend une course tout autour des couloirs en hurlant à la mort avant de se défenestrer.

La panique est générale, les gens crient dans chaque bureau, d’autres s’abandonnent à la boisson quand l’alarme à incendie retentit. Trois personnes sont écrasées sous les pieds de la foule en furie. Alors que Jean-Patrick et André tentent de fermer le tiroir de leur bureau, un pompier débarque. « Il faut évacuer, vite, la photocopieuse peut exploser à n’importe quelle moment ! » leur crie le combattant du feu. Jean-Patrick devient fou, se saisit d’un cendrier sur son bureau et le jette à la tête du pompier. « Je dois fermer le tiroir de mon bureau, j’ai toutes les archives du dossier de la Cofrep, c’est une bombe, je vous dis, une bombe ». Le pompier, sonné, croit comprendre qu’une bombe est à l’intérieur du bureau de Jean-Patrick, le ceinture à la taille, saisit le tiroir, l’arrache et le jette par la fenêtre. Jean-Patrick hurle à la mort et se précipite à la suite du tiroir pour essayer de récupérer chaque page de son dossier si précieux. Il s’écrase comme une merde sur le bus 39 qui passait en bas de la rue. L’anarchie règne, le bureau est évacué. Six personnes y ont laissé leur vie.

Épilogue

Assis sur le trottoir, je regarde mes collègues tous hébétés. Comment a-t-on pu en arriver là ? se demande l’un deux. J’entends quelqu’un répondre qu’il ne sait pas. La rue est bouclée, le service d’intervention de Xerox vient d’arriver. Trois hommes dans des combinaisons ignifugés entrent dans le bâtiment. Douze minutes passent qui me semblent durer des heures. Les trois hommes ressortent tenant au bout de leurs pinces en acier inoxydables deux toners décédés de la photocopieuse. L’un deux enlève son masque et tente de se faire entendre : « Le photocopieur est réparé. Il n’y a plus rien à craindre, vous pouvez rentrer dans votre bureau ». « Et si ça recommence ?» hurle le gars à ma droite. Une dizaine de personnes applaudissent. « Ouais ». « Et si ça recommence ? ». « Je suis pas payé pour risquer ma vie ». « Mesdames, messieurs, une double sécurité a été appliquée en sus du remplacement de la cartouche, il n’y a plus aucun risque, je vous assure ». Les gens finissent par se calmer et remontent les uns après les autres dans leur bureau, enjambant les cadavres et les feuilles volantes. Je reste assis sur le trottoir, doutant de ma motivation.

D’un seul coup, une déflagration énorme se fait entendre. Un bruit assourdissant au troisième étage du bâtiment. Je vois une pluie d’organes humains. Des pieds, des doigts, des mains, des chips. De véritables platrées de sang recouvrent subitement le bitume de la rue. Tout le bâtiment est en flamme.

J’en étais sûr : le bureau de Jean-Patrick était miné.