Mots-clé : Ma vie

Le goût de la victoire

J’ai gagné, les mecs. Et franchement j’y croyais pas.

J’vous raconte.

Tout commence au départ par mon prêt pour acheter mon appart.

Long story short, je change de banque.

TADAM

Après six mois, je me décide enfin à fermer mon compte à la HSBC qui me coûte tout de même 8 euros par mois. Reste sur le compte 75,87 euros. J’appelle la HSBC, bonjour Monsieur, bonjour HSBC, j’veux fermer mon compte, bien sûr monsieur, comment que je récupère mon fric, bah euh… L’idée, c’est qu’on va à la banque, on leur dit : « Fermez mon compte » et paf ! Ils te filent ton fric.

J’vais donc à la HSBC (ça fait un peu L’amour est dans le pré mes abréviations, j’arrête). Je vais donc à la HSBC qui me dit :
« bien sûr monsieur, mais on a un problème.
- De quel ordre est-il ?
- On n’a pas de caisse.
- C’est pas de pot.
- Oui, donc, on peut donner que des billets, pas de monnaie.
- Et ?
- Bah on peut donner 75 euros, mais pas 87 centimes.
- Ah, c’est pas de bol.
- Non, ce sont des centimes.
- Alors on fait quoi ?
- On peut vous virer le reliquat sur votre nouveau compte.
- Ah bah oui, on peut faire ça.
- C’est quoi votre compte ?
- C’est ça.
- Ok, très bien.
- Considérez que c’est fait.
- Merci, madame HSBC. »

Trois semaines plus tard, enfin, l’argent est versé. 72,12 euros. « WTF », m’écris-je intérieurement, « c’est quoi ce manque à gagner de 3,75 euros, je vais pas me laisser faire ». Je parcours la brochure commerciale : il s’agit de frais de virement sur un autre compte.

Mon sang ne fait qu’un tour, je saisis ma plus belle plume et rédige une lettre particulièrement remontée :

Objet : Erreur lors d’une fermeture de compte

Madame, Monsieur,

J’ai été pendant plusieurs années à la HSBC, j’ai quitté votre banque dans le cadre d’un projet immobilier plus intéressant ailleurs.

J’ai donc demandé la fermeture de mon compte courant n°0091XXXX. Celui-ci était créditeur le jour de la fermeture du compte de 75,87 euros. Le compte a été fermé début juillet, et trois semaines plus tard, mon nouveau compte a été crédité d’un montant de 72,12 euros. Soit 3,75 euros de moins que ce qu’il y avait sur mon compte le jour de sa fermeture.

Or, lorsque j’ai demandé la fermeture du compte, il m’a bien été précisé qu’il n’y avait aucuns frais de clôture. D’où ma surprise. Pourquoi 3,75 euros se sont-ils perdus dans la nature ?

Une seule conclusion me semble possible : une erreur de vos services qui se sont malencontreusement trompés.

Je vous saurais donc gré de virer les 3,75 euros manquant sur mon nouveau compte en banque :
Merci par avance.

Précision : merci de ne pas me répondre qu’il s’agit de « frais de virement », car j’ai voulu récupérer la somme directement chez vous, où on m’a répondu qu’en raison des « 0,87 cts d’euros », on ne pouvait pas me donner la somme en liquide : « la banque ne dispose pas de caisse » m’a-t-on dit. Le virement était l’unique solution. Je n’ai pas à payer pour les choix politiques de votre société.

Un fax, une lettre, deux fax, deux lettres où j’explique que j’apparente cette facturation à du vol et que je suis prêt à dépenser plusieurs centaines d’euros pour obtenir gain de cause. L’emmerdeur.

Pas de réponse. Et deux semaines plus tard, sur mon mail, je reçois la réponse de ma banque :

Cher Monsieur,

Par votre courrier du 09/08/2012, vous exprimez votre mécontentement face à la facturation des 3,75 euros pour le virement que nous avons effectué suite à la fermeture de votre compte.

HSBC met à la disposition de toutes ses agences et de ses clients, une plaquette des frais que nous appliquons.

Il ne s’agit donc pas « d’un vol » comme vous le stipulez dans votre courrier, car nous vous avons envoyé un relevé détaillé suite à ce virement.

Concernant votre demande de retrait: en effet, l’agence ne possédant pas de « caisses », ceci était la seule solution.

De plus, je tiens à préciser que cette facturation n’est pas liée à votre clôture de compte, mais à un virement effectué vers une banque autre que HSBC.

Par conséquent, nous regrettons de devoir vous informer que nous ne pouvons vous rembourser ces frais, s’agissant d’une facturation dont nous vous tenons informée dans nos plaquettes, sur notre site internet ou encore dans les relevés envoyés.

Nous vous prions de croire, Monsieur, en l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Cordialement

Mon sang fait deux tours.

Et je réponds, parce que je suis joueur :

Madame, messieurs.

Non, le virement n’était pas la seule solution.

Vous auriez pu me proposer de me faire un chèque à moi-même que j’aurais encaissé dans ma nouvelle banque. Bien sûr, on a oublié de m’en parler. Or, vous m’avez demandé l’intégralité de mes moyens de paiement le jour même de mon passage en agence, ce qui m’a empêché de procéder à cette opération.

Ce n’est pas honnête, c’est tout.

De plus, excusez-moi de ne pas connaître l’intégralité de vos tarifs en vigueur. Votre plaquette fait 19 pages, j’ai d’autres choses à faire de ma vie (par exemple, vous envoyez des courriers) que de les apprendre par cœur. La personne à l’accueil le jour de la fermeture de mon compte aurait pu, me semble-t-il, me le préciser à nouveau.

Tiens. Je vous propose un petit jeu. Fermez votre plaquette et dites-moi à combien s’élèvent les frais facturés par la HSBC dans le cadre d’un ordre supérieur à 1 500 euros, mais inférieur à 2 350 euros passés sur Internet quand on possède un forfait HSBC Invest ? Vous avez 30 secondes de réflexion (1).

Mais, ce n’est pas qu’il y ait 3,75 euros de frais de virement de votre banque vers une autre qui me dérange (même si, à mon sens, cette facturation est prohibitive), c’est qu’il m’ait été obligé d’avoir recours à cette méthode pour fermer mon compte.

Et, de fait, si le virement, comme vous l’écrivez ci-dessous, est « la seule solution » lorsqu’on ferme son compte, ces frais de virements sont donc des frais induits par toute fermeture de compte !

Comme je ne savais pas que vous me répondriez, j’ai renvoyé hier un courrier à mon conseiller, au directeur de l’agence et également un courrier de réclamation à la direction générale de la HSBC, sise avenue des Champs Élysées.

Et, je pense que le temps que je vous fais perdre à me répondre coûte bien plus à la HSBC que les 3,75 euros que je réclame.

Avec toute ma considération,

Romain

(1) 0,64% du montant de l’ordre.

J’étais chaud bouillant. Autant dire que ma considération, ils pouvaient se la mettre dans le cul.

Deux jours plus tard je reçois ce courrier de consécration. Que dis-je ! La victoire des petites gens sur les grands de la Finance Internationale. Quelque part, j’ai fait tomber Madoff ! Et j’imaginais intérieurement le directeur de l’agence fulminer dans son bureau rien qu’à l’idée de devoir payer à ce connard de Romain 3,75 euros.

5dtlz

Moralité : faites chier vos banques.

J’ai – je le reconnais – jubilé. Et ce n’est pas Elizabeth qui me dira le contraire.

Déménagement en enfer

La première décision à prendre lorsqu’un déménagement se profile à l’horizon c’est de savoir si on va tanner une fois de plus ses potes pour descendre du troisième étage la machine à laver et sécher le linge, celle qui pèse quatre tonnes et demie, qu’on s’est offert avec son premier salaire afin de sortir enfin de la condition infamante de l’être humain qui amène ses vêtements au Lavomatic de la rue de Charenton ou Dugommier, suivant l’endroit où il habite dans le douzième arrondissement de Paris.

Dieu sait que j’ai sollicité plus d’une fois les bonnes volontés – tout comme elles m’ont sollicité – pour remplir un camion Europcar à moins d’un euro / jour comme le promet la pub, sauf que le jour où on le loue c’est 99 euros la demi-heure (et l’essence n’est pas comprise), avec des caisses de DVD jamais vus, de livres jamais lus, de CD jamais écoutés et une vaisselle innombrable qui n’a jamais vu la trace d’un moindre aliment.

Cette fois-ci, je m’étais imposé une contrainte : trouver dans la somme d’argent considérable que la banque comptait me prêter pour financer mon achat un fonds de soutien à la survie du petit artisanat, à savoir trouver de quoi payer un déménageur. 800 euros sur 130 000, ça devait être jouable quand même.

Ni une, ni deux, mon petit cœur ballant et moi nous sommes mis à la recherche du meilleur rapport qualité-prix et pour ce faire, j’ai appelé les seuls amis que je connaisse qui ne fussent jamais assez fortunés pour se payer le luxe de recourir au service d’un déménageur. Et voici qu’il me conseille Machin qui vient, qui est super sympa, mais qui ne transporte pas les pianos. Or, de piano, il y en a un, et je n’ai pas l’intention de le porter en raison de ma discopathie L5-S1 – Touché, il a encore coulé mon porte-avions – et de son poids.

Finalement, je me rends sur internet pour trouver un déménageur prêt à tout faire en deux temps trois mouvements.

Et je tombe sur la société Niagara Déménagement (en fait, ce n’est pas Niagara, ce sont d’autres chutes fort célèbres). J’appelle et rendez-vous est pris avec M’sieur Guéridon, commercial de son état, speed de nature, qui – hop, hop, hop – estime à 20 le cubage à la louche. La négo commence, et j’arrive à 1100 euros pour le transport du bazar avec le piano. On discute sur le « portage », opération qui consiste à estimer le nombre de mètres que les déménageurs doivent parcourir pour se rendre depuis le logement jusqu’au camion, je l’informe qu’il y a un ascenseur, mais que le piano ne rentre pas dedans. « Pas de problème, monsieur, on part sur une base formule éco, ça vous fait 1096 euros parce qu’aujourd’hui, on fait promo sur les cartons donc je vous les compte pas », « c’est bien aimable à vous », que j’y réponds.

En une petite demi-heure, l’affaire est bouclée, il s’en va dans sa petite Twingo avec mon joli chèque de 30% à la commande. Et ne reste plus qu’à attendre.

Le 2 avril, trois semaines plus tard, c’est le grand jour, tout est dans les cartons. J’avais appelé trois fois Guéridon, mais d’un coup, depuis qu’on avait conclu le biz, je le sentais lointain, plus le pote à la vie à la mort du jour de la signature. J’y demande : « Alors, faut que j’emballe les meubles qui rentre pas dans les cartons que vous m’avez donné ? » « Non, les déménageurs s’en occuperont », qu’il me dit, histoire de me rassurer.

Ok, ok.

7h00.

On sonne à la porte.

C’est Mamar. Il n’a pas inventé le fil à couper le beurre, en même temps, ce n’est pas pour ses compétences intellectuelles qu’il est ici. Un dialogue d’une haute portée philosophique s’installe entre nous :

- Bonjour m’sieur, on est les déménageurs.
- Sans blague. Vous êtes tout seul ?
- Ah, ah. Non, mes collègues sont dans le camion, mais moi, j’ai pris le métro, je suis arrivé avant eux du coup.
- D’accord.
- Alors, y a quoi à prendre ?
- Bah… Tout ce qu’il y a dans l’appartement.
- Ah oui, très bien. Je peux utiliser vos toilettes ?
- Oui, ils sont là.
- Merci, m’sieur.

Dix minutes plus tard, la chasse d’eau est tirée et l’homme en sort avec un air soulagé (tandis que dans les chiottes, l’air est chargé).

Bon, bon, bon…

Une demi-heure passe.

- Ils ne vont pas arriver vos collègues ?
- Si, mais y a de la circulation.
- En même temps, c’est souvent comme ça à Paris, le matin.
- C’est ça le piano qu’on doit prendre ?
- Oui.
- Et, comment que je veux dire, y a un ascenseur ?
- Oui, mais le piano ne rentre pas dedans.
- Vous êtes sûr ?
- Je crois oui.
- Vous n’êtes pas vraiment un spécialiste.
- Non, mais vu qu’il ne supporte qu’une charge de 250 kilos et que le piano en pèse 300, je pense que ce n’est pas la bonne idée d’essayer.
- On verra.
- Vous verrez.
- Bon, je vais commencer à sortir les cartons.
- Bonne idée. J’ai un diable si vous voulez.
- Un diable ? Ah non, on fait tout à la main, nous. On bosse pas pour Darty ! (il rit)

Ça doit être une blague de déménageurs.

- Comme vous voulez. C’était juste pour vous dire.
- Faites le voir quand même.

Et le voilà qu’il sort trois cartons par trois cartons grâce à mon super diable quand ENFIN ses collègues arrivent.

Là, donc, faut imaginer, le premier qui était là, Mamar, c’est une grosse boule, grosse masse, petit cerveau. Le second qui arrive ressemble à un champion de kickboxing, c’est le chef. Et il est boxeur. Le troisième larron, c’est le professeur. Lui, il est sec comme un haricot et a des lunettes. Voici donc mon équipe de choc de déménageurs. Et là, l’enculage commence en profondeur : d’abord on lubrifie, ensuite on pousse la merde.

- Salut ma couille, tu bosses pour Darty ?, dit le boxeur à La Boule qui continue ses allers / retours avec mon diable. (Tous rient)
- Ah, t’es con. Voilà, c’est le m’sieur qu’on déménage, mais attends, c’est Guéridon qui a fait le deal.
- P’tain, Guéridon, c’est un vrai connard.
- Il a dit qu’il y avait 20 m3.
- Jamais de la vie. Y a au moins 5 m3 de plus.

J’interviens :
- Il y a le piano aussi.
- Ah non, le piano, on nous l’avait pas dit, me répond le chef boxeur.
- Bah euh si. C’est marqué sur mon devis.
- Oui, mais on doit le monter par l’ascenseur.
- Bah, je ne crois pas qu’il va rentrer dedans.
- Ah, je vais me le faire ce Guéridon. C’est vraiment un connard de première. Il veut l’affaire, il brade le prix et après c’est à nous de galérer pour rien.
- Euh…
- Il vous a dit que ça coûterait combien ?
- 1096 euros.
- L’enfoiré. Et en plus, il y a du portage.
- Je sais, mais il l’a écrit : 30 mètres au départ, 40 mètres au retour.
- Moi, on m’a rien dit.
- Mais sur mon devis, c’est écrit.
- Non, mais ça n’a pas de valeur, ce devis.
- Ah.

Une certaine vague de chaleur commence à me monter sur le bord de la figure. Tandis que je discute avec le patron, les autres s’activent pour commencer à ranger le camion. Quand soudain, un meuble les interpelle.

- Mais, vous l’avez pas protégé, le meuble là ?
- Bah non. (Et j’ajoute d’une voix presqu’éteinte) Guéridon m’a dit que vous vous en chargiez.
- Mais vous savez, c’est la formule éco que vous avez prise. Nous, on prend les cartons et on les jette dans le camion. Bon, allez, comme vous avez été sympa avec Mamar, je vous l’emballe, mais ça coûte au moins deux fois plus cher.
- Juste pour un meuble ?
- Oui. Mais franchement, là, y a un souci. On nous avait pas prévenus du piano et du portage et le cubage est plus élevé qu’il n’a été estimé.
- Et ça se passe comment, alors ?
- Je vais vous expliquer : moi, si y a un truc qui n’est pas comme on m’a dit, je dois appeler mon patron, mais alors il vous charge très très cher.

Ok. Donc, il va falloir rallonger la sauce. Je suis de mauvaise humeur intérieurement, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre pour que le déménagement se passe bien et que je n’y perde pas la moitié de mon mobilier.

- Mais je ne veux pas payer plus.
- C’est comme ça, me dit Mamar « la Boule », c’est la faute à Guéridon.
- Non, mais laisse tomber, ma caille, Guéridon, j’vé m’le faire, reprend le boxeur, sa litanie favorite semble-t-il, en même temps qu’il tape son poing dans sa paume opposée.

J’ai super chaud. Et pourtant, je ne bouge pas.

- Non, mais, c’qu’on peut faire, comme Mamar, il m’a dit que vous étiez sympa, c’est s’arranger entre nous, voyez.

Je vois super bien.

À ce moment de l’histoire, il convient de préciser que dans un élan de générosité, j’avais prévu 60 euros de remerciements aux déménageurs.

- Donc, votre piano, là, vous savez combien ça coûte de le transporter tout seul ?
- Bah oui, je sais, j’ai un transporteur pour le piano d’habitude, c’est 300 euros en gros.
- Voilà, c’est 300 euros. Minimum.
- Mais, moi, il est marqué sur le devis, le piano, je vais pas le repayer !
- Non, mais le devis, c’est de la merde. Vous voulez que le déménagement se passe bien, non ? En plus, on a emballé un meuble, et ça c’est la formule luxe et vous avez payer que l’éco.
- Oui, bon, mais je veux bien vous donner un peu, mais je n’ai pas grand chose.
- Combien vous pouvez ?
- Euh… 150 euros ?

Ça me semblait déjà totalement déraisonnable, mais puisqu’ils avaient emballé un meuble…

- Mamar, dit le boxeur, le monsieur il nous insulte, là. Il veut nous donner 150 euros.

Puis il se retourne vers moi.

- Je veux que vous compreniez que c’est pas pour moi, on va partager ça à trois. C’est pas un arrangement entre moi et vous, vous comprenez ?
- Je comprends, oui, oui.

Mamar « La Boule » répond au boxeur, l’air écœuré :

- C’est toi le chef, tu décides si c’est assez.

Le chef se retourne vers moi et j’en mène pas des masses au milieu des cartons. Tous les scénarios passent dans ma tête : ils cassent mes affaires, ils partent avec, ils reviennent fracturer mon appartement – c’est facile, ils savent où j’habite -, eh merde, pourquoi je me fais toujours baiser par la terre entière ? Mon ancêtre, c’est pas homo sapiens, c’est homo credulus, ça fait chier à la fin.

Je tente un timide : « 200 ? »

Ça calme la bête qui était déjà en train de monter sur le ring pour m’exploser le beignet.

- Ok, les gars, on termine, conclut le chef.

Rapide calcul dans ma tête : c’est quasi 20% de plus que ce que je devais payer.

- Vous m’excuserez, je dois aller au distributeur bancaire.
- Comme vous voudrez, m’sieur.

J’hésite à appeler Guéridon. Mais, j’ai peur qu’il ne soit de mèche avec eux. Genre : « Ouh là, c’est cinq cents euros de plus, mon brave homme ! ». Ou bien, pire, il appelle le chef qui rappelle les déménageurs. Et là, je vois déjà mes cartons en miette dans la cour de l’immeuble, en train de brûler dans un grand feu de joie. Mon imagination est parfois un peu handicapante.

« Fais le dos rond, Romain, le dos rond », me dis-je.

Enfin, le chargement est effectué. Mamar « La Boule » revient avec mon diable : « On peut vous le prendre ? ». Sans aucun sens de l’humour, je lui réponds : « Pourquoi ? Vous bossez chez Darty ? »

Une fois arrivée sur le lieu de la livraison, la loi de Murphy, implacable, continue sa route.

- Non, mais ils avaient pas dit qu’il y avait six marches dans le portage !, s’agace le boxeur.
- Encore un coup de Guéridon, dit la boule.

L’intello, lui fume des clopes sur le trottoir. Comme il en a plus, il me demande si je peux aller lui en acheter. Il me file vingt euros pour ça. J’ai envie de pleurer. Quand je reviens avec ses trois paquets. Je lui rends ses vingt euros. Qu’est-ce que ça peut changer, finalement ?

Enfin, les cartons arrivent dans le nouvel appartement. ENFIN, putain. Enfin, je vais bientôt être libéré de ses tortionnaires. Joie, joie, joie.

Tout se passe bien quand arrive le gros morceau : le piano. Les mecs ne savent pas du tout porter un piano. La boule veut le soulever toute seule. Elle refuse de prendre les sangles et termine au bout de deux marches rouges comme une pivoine. Le chef l’engueule : « Tu vas te briser la colonne, ma caille ! » Ça peste contre ce connard de Guéridon qui avait dit que ça passait par l’ascenseur (ou pas, je finis par ne plus trop savoir de qui est-ce la faute), je me retiens de leur dire que « Non, je lui avais dit que ça passerait pas par l’ascenseur ».

Voilà.

Tout y est.

Le boxeur me dit : « Bon, c’est pas que je veuille abuser » (parce que t’appelais ça comment avant ?), « mais bon, si vous pouvez donner un peu plus, rapport au piano qu’était vraiment lourd ».

Je donne 220 euros de « supplément ». « C’est tout ce que je peux faire », réponds-je avec forte lassitude, « maintenant partez ».

- M’sieur, pour le réglementent du solde…, commence le boxeur.
- Ah oui, je vais vous faire un chèque.
- Oui, rapport au chèque…
- Oui, eh bien ?
- Mon chef ne veut que des chèques sans bénéficiaire.

WHAAAAAT THE FUCKKK ?

- Pardon, j’ai pas compris ?
- Oui, vous ne mettez pas pour Niagara Déménagements dessus.
- Mais, euh… pourquoi ça ?
- C’est comme ça qu’on fait dans les déménagements. C’est votre premier, non ?
- Euh, oui, enfin, non, mais quoi qu’il en soit, je vois pas le rapport.

Et là, le boxeur me sort dix chèques qu’il avait récoltés tout au long de la semaine, aucun n’a de bénéficiaires.

- C’est ma meilleure garantie : regardez, tous les chèques sont comme ça.

Je reste sans voix. Je rédige le mien. Qu’ils partent, c’est la seule chose que je veux, là, tout de suite.

Mais vite.

- Alors, euh… Je vous laisse le remplir ?
- Voilà.
- Vous me donnez un papier comme quoi j’ai payé ?
- Bah ? Pourquoi faire !
- Bon, attendez.

Je sors le devis, j’écris : « Réglé pour solde de tout compte la somme de 767 euros », je signe et réclame au chef boxeur : « Vous pouvez signer ? ». « Pourquoi ? » « Parce que je vous le demande s’il vous plaît ».

Il signe, prend mon chèque, ses compagnons s’approchent de la porte, le calvaire va prendre fin, je veux me jeter par une fenêtre, appeler Guéridon, insulter le monde entier de mon insolente crédulité, quand le boxeur m’achève : « Au fait, mes gars et moi, on fait des petits boulot à côté : si vous refaites un déménagement, plutôt que de passer par la société, on peut s’arranger entre nous. Il y a eu un bon feeling entre nous, non ? On vous laisse notre numéro ? »

Je m’étrangle intérieurement, sors mon portable. « Alors, oui, bien sûr, je vous écoute ».

Obsessions

Souffrant de troubles obsessionnels du comportement, ou plus simplement étant particulièrement casse-bonbon, j’épanche chaque semaine sur le divan d’un fumeur de pipe (pour 41 euros la demi-heure) les problèmes DRAMATIQUES de mon existence. Un psy, en fait.

J’ai commencé à le voir en 1997. Je n’ai jamais réussi à arrêter. Pas par besoin, juste parce que je n’arrive pas à lui dire : « bon, je crois que ça suffit, maintenant ».

J’ai essayé une fois.

J’y ai dit : « Bon, je crois qu’on a fait le tour, là ? » (j’étais un peu lassé de répéter pour la millième fois la même chose et de constater avec beaucoup de tristesse qu’il me confondait avec un autre de ses clients). Et là, imadi : « Ouh là ! Pas tout de suite. Il y a encore beaucoup de choses à régler ». J’y ai dit : « Quoi ? ». Imadi : « La demi-heure est écoulée, on verra ça la semaine prochaine ».

J’ai fini par inventer des trucs tellement je ne savais plus quoi dire.

Finalement, il a pris sa retraite, et j’ai cru qu’enfin, ce serait fini. Mais non, il n’a pas décidé d’arrêter. Sûrement que j’avais trop de problèmes, il ne pouvait pas me lâcher comme ça, dans la nature. Ce serait comme envoyer un car de pédophiles dans une école maternelle.

Il a acheté un appareil auditif parce qu’il devenait sourd comme un pot (ce qui m’a fait comprendre que je parlais dans le vide depuis plusieurs années, mais je m’en doutais quand même un peu quand j’étais resté une fois devant la porte pendant dix minutes, car il ne m’entendait pas appuyer sur la sonnette – il a accusé la sonnette de ne pas bien fonctionner) et a décidé de prendre plus de vacances si c’était Dieu possible.

L’autre jour, j’étais sur son divan donc (relativement confortable, du coup, j’aime bien) avec, au programme, mon incapacité à prendre des décisions, mes difficultés à rester éveillé passé 21 heures, la peur au ventre quand je vais au boulot, la certitude d’être un fumiste et l’achat de mon appartement.

J’allais pour signer, lui racontais-je, quand d’un coup, je n’ai plus voulu le faire. Quitter Paris, le crédit, le déménagement, les travaux. C’était trop. Comme si le Concordia venait de s’échouer sur mes chaussures. Mais, finalement, j’ai apposé mon nom avec réticence en bas du document.

Autant dire que c’était totalement palpitant à écouter (et sûrement à lire, bravo si vous en êtes arrivé là).

Ensuite, lui ai-je dit, je suis allé visiter l’appartement.

Et je raconte que deux prises dans la cuisine ne sont pas à la même hauteur. Et que j’ai pété un câble et que j’ai fait chier tout le monde pour qu’on dise à l’électricien de mettre ses deux prises au même niveau.

Passant du coq à l’âne (c’est le but, chez le psy, ça s’appelle l’association d’idées, j’t'explique), j’ajoute que j’ai également été pris d’un coup de colère intérieur en constatant que mon petit copain (qui lit ce blog, coucou mon amour, je t’aime) avait mis un sac-poubelle noir dans la poubelle alors que les sacs-poubelle prévus pour notre poubelle sont des sacs-poubelle blancs et que j’ai fait exprès de cacher tout au fond du placard les sacs poubelles noirs et que j’ai mis en évidence les sacs-poubelle blancs. Et pourtant mon petit copain a QUAND MÊME utilisé un sac-poubelle noir dans la poubelle (mon amour, je t’aime, tu peux mettre le sac que tu veux dans la poubelle). TEMPÊTE DANS MON CERVEAU.

C’est dire à quel point je n’ai plus rien à raconter tout de même.

Bref, le psy m’a regardé (façon de parler vu qu’il est dans mon dos) et m’a dit : « Tu te compliques quand même bien la vie ».

« Je sais », j’y réponds.

Et là, il ajoute, comme une découverte : « Tu es un peu obsessionnel, non ? ».

MERCI DU SCOOP, CONNARD.

Vilain petit canard

Quand j’étais gamin ce qui commence à dater du siècle dernier mine de rien, je jouais du piano.

Comme on a déménagé, j’ai eu une tripotée de profs dont un certain nombre que je détestais copieusement. Jusqu’au jour où j’ai rencontré Mme Dumont à mes 15 ans. La prof. Elle avait tous les élèves de la ville qui allaient a l’école privée du coin (et qui n’étaient pas au conservatoire) et elle organisait tous les 2 ans des auditions.

J’en ai jamais fait qu’une seule d’audition. C’était pour mes 17, je venais d’avoir mon BAC (WHOUHOU J’AI EU MON BAC). De toute façon, je l’ai eue que deux ans et demi cette prof alors tu vois j’aurais pas pu en faire plus de toute façon alors ferme ton claque merde.

Bref donc cette prof c’est la première qui m’a fait comprendre la dure loi qui existe entre le rêve et la réalité. J’aimais tellement aller à ses cours que je me suis mis en tête de travailler dans la musique. Et quoi de mieux que de devenir chef d’orchestre puisque c’est quand même le truc le plus ultime. Alors je le lui dis et elle me répond: « je crois que vu ton niveau et ton âge ça va pas être possible ». The biatch.

La prof avait trois grands élèves et tous étaient meilleurs que moi : y avait d’abord sa fille contre laquelle il était impossible de rivaliser (comment on rivalise avec la fille de la prof ? Non mais sérieux, si tu avais été dans la même classe en CM2 que la fille de l’institutrice, tu saurais toi que ce n’est pas la peine d’essayer d’être meilleur), y avait une fille, Emmanuelle (devenue photographe depuis), et puis y avait mon ennemi juré : Bertrand. Lui, sérieux, IL M’ÉNERVAIT. Il avait tout : il était le fils du médecin, il était futur médecin, il avait commencé à 12 ans (moi à 5) et la prof le prenait toujours en exemple tant il était doué. Tou-jours.

« Ah, Bertrand, il n’aurait jamais fait cette erreur comme toi, là. Tu vois Bertrand, il est super fort. Tu sais ce que Bertrand a fait ? Il a tout appris la partition en une heure ! Il est très très fort. Quand il se trompe, Bertrand, il est capable de faire comme si c’était Schubert qui avait écrit ça. Et il n’en fait que depuis cinq ans ! ».

Bref.

Alors arrive le jour de l’audition. Donc, comme je suis pas assez bon, je passe en dernier des « petits ». Sauf que bon, j’ai genre dix ans de plus. « Mais », la prof m’explique, « tu comprends : c’est pour équilibré, je commence la seconde partie avec Emmanuelle, puis Bertrand et ma fille ». Et moi, bah avec les gosses. Voilà la tronche des deux têtards qui m’ont précédé :

Eleve1

Eleve2

J’étais un peu vert, mais moi quand je suis vert, je fais un grand sourire et je dis merci.

Le jour de l’audition, donc, y avait un papa qui filmait avec son caméscope à la demande de la prof. Il a filé in extenso toutes les prestations des charmants bambins que nous étions. Tous sauf UNE. La mienne. Je sais pas, je devais être sur sa liste noire de quelqu’un, mais en tout cas, il n’était pas prévu qu’on me filme. Je devais être trop une merde.

Finalement, je sais pas trop pourquoi, le type a dû trébucher, il m’a quand même filmé, mais juste le milieu de la partition (et ce con arrête au moment où ça devenait funky, blaireau). Dans la vidéo, on voit ma tête d’ado avec un menton à faire pâlir les frères Bogdanoff, derrière des lunettes totalement improbables. Comment mes parents ont pu me permettre d’acheter des lunettes aussi moches ? Faudra que j’interroge un psy, je pense.

Ma pudeur voudrait que je m’interdise de mettre ma prestation ici. Surtout que vous connaissant, ça va être une bonne occasion de vous foutre de ma gueule, mais ça me fait bien marrer, et je regarde ça avec une certaine nostalgie. Et puis, a. je pense pas que vous regarderez (c’est assez chiant quand même), et b. vous savez aujourd’hui, la pudeur avec les internets, hein…

Je pourrais aussi mettre la vidéo de mon ennemi juré, mais franchement ça me ferait mal au cul. Surtout qu’il joue vraiment très bien, ce bâtard.

Lessive de table

J’étais à mon bureau en train de me demander ce qui était le plus urgent : finir un article réclamé il y a six mois ou me curer les ongles en regardant Dexter ou changer le design de mon blug ou comater sur le canapé en attendant des jours meilleurs (je suis sûr que quelqu’un finira par composer mon numéro par erreur pour me proposer du travail très bien payé) quand la vérité m’est apparue devant les yeux et il m’a semblé impossible de la garder pour moi, il fallait que je m’épanche sur Internet pour en faire profiter la terre entière et plus probablement les gens qui viendront ici en tapant des requêtes moisies dans Google comme « mange ses tartines sans les mains » (et je mets au défi quiconque de trouver un article dans ce bolg qui s’y rapporte).

J’ai couru alors sur mon clavier et j’ai commencé à taper un texte et là, j’en suis à la six ou septième ligne. Dingue.

Donc, le point où je voulais en venir est le suivant.

Avez-vous déjà acheté des trucs chez ED l’épicier ? Personnellement, tant que je n’étais pas chômeur, non. Mais maintenant que la corde est à mon cou au lieu d’être autour de ma bourse, je me suis résigné à pousser la porte de la franchise du HARD DISCOUNT (l’autre chose qui m’a poussé à y aller, c’est que c’est la grande surface la plus proche de chez moi, et on a beau être chômeur, ce n’est pas POUR AUTANT qu’on n’est pas un gros flemmard).

Anyway.

Alors, voilà, je pousse la porte battante (qui se trouve être une porte automatique et pas du tout battante, mais je doute que vous alliez vérifier) et entre dans ce temple de la consommation low cost.

Comme j’ai encore un peu de savoir-vivre, je n’y achète pas de produits alimentaires (enfin pas beaucoup) et je me dirige d’un pas alerte et néanmoins assuré vers le rayon de l’entretien.

Un jour, ma mère m’a dit : « le seul truc bien chez LIDL, ce sont les produits ménagers ».

Oui, si je vous l’explique pas, vous ne pouvez pas comprendre pourquoi c’est ce rayon qui m’a interpelé.

On y retourne, donc.

Me voilà dans la travée et je tombe sur une offre d’exception, un truc qu’on ne peut pas rater : un maxi-pack éco de lessive liquide Skip 2-en-1 Cajoline, du genre à pouvoir te tenir tout le temps d’une guerre. Et c’était pas cher, franchement, ç’aurait été trop dommage de rater ça. Donc, me voici avec mon billet de trois euros, je passe en caisse, c’est trois euros, merci madame, je vais pouvoir faire au moins quatre-vingts lessives avec ce machin.

À la sortie du supermarché, je charge ma brouette et rentre cahin-caha dans mon appartement. Fier de mon affaire, je me décide à faire une lessive et prends les vêtements sales qui jonchent le sol de mon logis, glisse tout dans la machine et lance un cycle court à 30°.

Je m’arrête parce que je vous sens exalté par ce récit et j’aime ménager le suspense et mes effets.

Pendant ces trente minutes, je regarde à travers le hublot la lessive mousser et mousser et mousser encore. La demi-heure passe, je sors le linge, prêt à l’étendre quand je suis pris d’un haut-le-cœur incontrôlable. Je sens la chemise qui vient de baigner dans l’eau tiédasse de la machine et je me rends à l’évidence : ça pue sévèrement. Un truc de malade, quoi. C’est-à-dire que j’avais l’impression que mon linge était plus sale qu’avant de le nettoyer.

Je remets le linge dans la machine, refous une dose de lessive, et c’est reparti pour un bon vieux geste de protection de l’environnement : une seconde machine des mêmes affaires.

Trente minutes repassent et je pars étendre le linge, mais c’est pire encore. Comme si j’avais trempé mes fringues dans une cuve de sueur d’obèses de la NAAFA, la National Association to Advance Fat Acceptance (le truc américain pour qu’on arrête de dire du mal des gros).

Écœuré à l’excès, je vomis dans les toilettes à côté de la salle de bain, et je retrouve du gel douche Monsavon que j’avais acheté au même endroit et finalement laissé de côté, me souviens-je, en raison d’une forte odeur de noisettes (et qui dit « noisettes » dit « pourriture »).

Mon sang ne fait qu’un tour : deux produits de « grandes marques » qui arborent tous les quatre matins un sticker « élu produit de l’année » et qui – quand on les achète chez un gros discounteur – puent ? Une seule explication possible : ils le font exprès ces gros bâtards.

Chez Skip, dans le laboratoire de préparation des lessives testées sur des baleines, y a José, le scientifique corse qui aime tellement l’air marin qu’il a renversé vingt-cinq litres d’eau de mer dans la machine et Roger lui a dit : « Nan, mais t’inquiète pas José, on va coller une étiquette ‘Pas cher’ et on va le refourguer fastoche ». Voilà qu’ED débarque, avec ses poches trouées, et il dit à Roger : « Bon, alors, c’est combien ta lessive ? Hum. C’est cher… T’as pas moins ? » et Roger de répondre : « Si, y a bien ça là-bas, mais c’est de la super-lessive, on ose pas trop la mettre sur le marché ». Alors ED reprend : « Et tu me fais une ristourne dessus ? ». « Ouais », qui dit Roger, « et c’est déjà conditionné en 12 litres ». Pis après, Roger part se marrer avec José du bon tour qu’ils viennent de jouer à ED.

Ni une, ni deux, ED se casse avec ses vingt palettes et super fier, il dit à ses vendeurs : « Les mecs, j’ai fait une affaire, c’est de l’or ». Sauf que les vendeurs d’ED, ils ont l’habitude que le patron se fasse entuber comme un bleu, mais comme ce sont tous des couilles-molles, personne ne dit rien.

Et voilà comment je me retrouve avec un jerrican de lessive inutilisable.

Je vais tout jeter dans l’évier et m’en servir pour vendre de l’essence à la sauvette. Pourvu que la pénurie dure.