Vilain petit canard

Quand j’étais gamin ce qui commence à dater du siècle dernier mine de rien, je jouais du piano.

Comme on a déménagé, j’ai eu une tripotée de profs dont un certain nombre que je détestais copieusement. Jusqu’au jour où j’ai rencontré Mme Dumont à mes 15 ans. La prof. Elle avait tous les élèves de la ville qui allaient a l’école privée du coin (et qui n’étaient pas au conservatoire) et elle organisait tous les 2 ans des auditions.

J’en ai jamais fait qu’une seule d’audition. C’était pour mes 17, je venais d’avoir mon BAC (WHOUHOU J’AI EU MON BAC). De toute façon, je l’ai eue que deux ans et demi cette prof alors tu vois j’aurais pas pu en faire plus de toute façon alors ferme ton claque merde.

Bref donc cette prof c’est la première qui m’a fait comprendre la dure loi qui existe entre le rêve et la réalité. J’aimais tellement aller à ses cours que je me suis mis en tête de travailler dans la musique. Et quoi de mieux que de devenir chef d’orchestre puisque c’est quand même le truc le plus ultime. Alors je le lui dis et elle me répond: « je crois que vu ton niveau et ton âge ça va pas être possible ». The biatch.

La prof avait trois grands élèves et tous étaient meilleurs que moi : y avait d’abord sa fille contre laquelle il était impossible de rivaliser (comment on rivalise avec la fille de la prof ? Non mais sérieux, si tu avais été dans la même classe en CM2 que la fille de l’institutrice, tu saurais toi que ce n’est pas la peine d’essayer d’être meilleur), y avait une fille, Emmanuelle (devenue photographe depuis), et puis y avait mon ennemi juré : Bertrand. Lui, sérieux, IL M’ÉNERVAIT. Il avait tout : il était le fils du médecin, il était futur médecin, il avait commencé à 12 ans (moi à 5) et la prof le prenait toujours en exemple tant il était doué. Tou-jours.

« Ah, Bertrand, il n’aurait jamais fait cette erreur comme toi, là. Tu vois Bertrand, il est super fort. Tu sais ce que Bertrand a fait ? Il a tout appris la partition en une heure ! Il est très très fort. Quand il se trompe, Bertrand, il est capable de faire comme si c’était Schubert qui avait écrit ça. Et il n’en fait que depuis cinq ans ! ».

Bref.

Alors arrive le jour de l’audition. Donc, comme je suis pas assez bon, je passe en dernier des « petits ». Sauf que bon, j’ai genre dix ans de plus. « Mais », la prof m’explique, « tu comprends : c’est pour équilibré, je commence la seconde partie avec Emmanuelle, puis Bertrand et ma fille ». Et moi, bah avec les gosses. Voilà la tronche des deux têtards qui m’ont précédé :

Eleve1

Eleve2

J’étais un peu vert, mais moi quand je suis vert, je fais un grand sourire et je dis merci.

Le jour de l’audition, donc, y avait un papa qui filmait avec son caméscope à la demande de la prof. Il a filé in extenso toutes les prestations des charmants bambins que nous étions. Tous sauf UNE. La mienne. Je sais pas, je devais être sur sa liste noire de quelqu’un, mais en tout cas, il n’était pas prévu qu’on me filme. Je devais être trop une merde.

Finalement, je sais pas trop pourquoi, le type a dû trébucher, il m’a quand même filmé, mais juste le milieu de la partition (et ce con arrête au moment où ça devenait funky, blaireau). Dans la vidéo, on voit ma tête d’ado avec un menton à faire pâlir les frères Bogdanoff, derrière des lunettes totalement improbables. Comment mes parents ont pu me permettre d’acheter des lunettes aussi moches ? Faudra que j’interroge un psy, je pense.

Ma pudeur voudrait que je m’interdise de mettre ma prestation ici. Surtout que vous connaissant, ça va être une bonne occasion de vous foutre de ma gueule, mais ça me fait bien marrer, et je regarde ça avec une certaine nostalgie. Et puis, a. je pense pas que vous regarderez (c’est assez chiant quand même), et b. vous savez aujourd’hui, la pudeur avec les internets, hein…

Je pourrais aussi mettre la vidéo de mon ennemi juré, mais franchement ça me ferait mal au cul. Surtout qu’il joue vraiment très bien, ce bâtard.

Exclusif : il neige

Vous ne vous en rendez pas compte, là comme ça, parce que j’arrive à super bien donner le change et personne ne pourrait vraiment se douter de ce qui se passe, mais telle que vous ne me voyez pas, j’ai a. pas la moindre idée de ce que je peux écrire ces temps-ci (et pourtant clairement, j’ai que ça à foutre), b. une vie sociale qui se résume à une télécommande et un canapé (et ça, c’est mal, mais il fait froid, c’est l’hiver et le quartier est triste et moche), c. sacrément les jetons des prochains jours, des prochains mois, des prochaines années.

En attendant, je pourrais écrire un livre sur les meilleures solutions pour perdre son temps. Je suis en train de devenir expert en la matière.

De quoi faire trois billets (au moins)

Depuis hier, j’ai le trapèze du côté droit qui a décidé de se froisser et j’ai une latitude de mouvement de la tête d’environ 3 degrés horizontalement.

« De quoi faire un billet ? », me demande un certain NV. Je vais me gêner.

Le trapèze est un muscle de la loge postérieure de l’épaule, de la nuque et du tronc. Ce crétin a pour fonction de permettre entre autre à la tête de tenir droite et d’autoriser sa rotation (ou son pivotement, peut-être). Il prend son nom de par sa forme (qui est en fait un losange, mais ça devait faire con dans les salles de musculation de dire : « je vais me travailler les losanges, vérifie que personne touche à mon sac »).

Dans ma salle de bain, j’ai découvert une araignée grosse comme ça. Depuis, je n’ose plus aller me doucher. J’ai aspergé tout ce que j’ai pu de pesticides (prends ça dans la tronche, le réchauffement climatique !). Je pense qu’il y a une relation de cause à effet entre mon muscle froissé et l’araignée si j’en juge par le bond que j’ai réalisé en la voyant le long du mur avec ses grosses pattes velues en train de préparer un mauvais coup comme les araignées ont l’habitude de faire, les salopes.

« De quoi faire un billet ? », questionne à nouveau ce monsieur NV. Je vais me gêner.

L’araignée est une saloperie de l’ordre des arachnides. Elle se régale d’insectes, de rongeurs ou de petits chatons mais comme elle est flemmarde comme ce n’est pas permis, elle capture ses proies en restant à côté d’une toile qu’elle tisse dans les recoin des appartements et des maisons où il paraît totalement invraisemblable qu’un insecte puisse passer (et à plus forte raison un rongeur) ce qui nous amène à penser que l’araignée est bête comme ses pieds ce qui voudrait dire qu’elle est très intelligente puisqu’elle a huit pattes ce qui est contraire à la démonstration de haute volée que je suis en train d’exécuter et donc nous en reviendrons au postulat de base que l’araignée est peut-être très intelligente mais elle reste une sacré fainéante et que si elle fait sa toile entre deux coins de murs super rapprochés ce n’est pas pour capturer des insectes mais juste « parce qu’ils sont près l’un de l’autre et pfff, j’ai un peu la cosse, là ». L’araignée est donc fourbe puisqu’elle tend des pièges et parfois même bondit sur ses proies (moi, en l’occurrence) qu’elle enroule dans un cocon de soie. J’ai eu de la chance, je l’ai eue avant qu’elle ne m’attaque. Mais je l’ai échappé de peu…

Aujourd’hui, j’ai fait un gâteau avec beaucoup de beurre et très peu d’amour.

« De quoi faire un billet ? », interroge avec la constance d’un métronome le NV pré-cité. Je vais me gêner.

Prenez 200 grammes de sucre, 200 grammes de farine, une quantité non négligeable de beurre mais non mesurée, deux œufs. Faites fondre le beurre, renversez le tout dans un bol trop petit, utilisez un fouet électrique trop puissant (parce qu’il paraît totalement ridicule d’utiliser un fouet à main vu la douleur lancinante derrière la nuque du côté droit en raison de la luxation du trapèze sus-nommé), appuyez sur la vitesse minimale. Logiquement la farine et le sucre s’envolent tandis que le beurre gicle sur votre nouveau tee-shirt que vous aurez eu la bonne idée de mettre juste avant de faire la cuisine. Versez le reste de préparation dans un moule que vous aurez préalablement beurré et placez dans un four préchauffé à 250°. Une croûte se forme rapidement à l’extérieur. Sortez le gâteau avant que la croûte ne soit trop foncée. Normalement l’intérieur du gâteau n’est pas cuit. C’est comme ça que c’est le meilleur.