Les Gauchistes du Monde
- By artypop
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- On 21 nov | '2008

En allant chez ma grand-mère la semaine dernière, j’ai farfouillé dans sa bibliothèque et j’en ai sorti La Face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen. Ne l’ayant jamais lu, je lui demande si je peux lui emprunter, « mais oui bien sûr mon chéri » et je suis reparti avec.
J’adore ma grand-mère qui est de droite jusqu’au bout des ongles. Elle a même voté Tixier-Vignancour en 1965 ce qui la placerait même un peu à l’extrême-droite, mais comprends-tu, à l’époque, elle en avait un peu gros sur la patate avec le fiasco de l’Algérie Française (« Je vous ai compris, mon cul, ouais »). Son soutien à Vignancour ne sera cependant que de courte durée puisque dans l’entre-deux tours, il appela ses électeurs à voter pour Mitterrand, et je sais pas à qui ma grand-mère a choisi de donner sa voix, mais sûrement pas à un social-traître bolchevique.
Toujours est-il que je rentrais avec La Face cachée du Monde dans le RER et, du coup, pour tromper mon ennui (« Oh, je t’ai trompée, l’ennui »), je me décide à le parcourir rapidement. Il est, j’imagine, inutile de rappeler que le journal Le Monde est moins orienté à droite que Le Figaro. Et donc, ma grand-mère lisant un livre qui traite d’un journal de gauche ne peut pas s’empêcher d’y aller de quelques commentaires acerbes dans les marges et quelques soulignages rageurs de plusieurs paragraphes.
Ainsi, page 19, elle souligne « Assuré de son invulnérabilité, Plenel peut orchestre, comme le faisait la Ligue Communiste révolutionnaire dans les années 1970 » et s’arrête là. En fait, dès que sont mentionnés les mots « communiste » ou « trotskiste », elle souligne. Et c’est écrit de nombreuses fois dans l’ouvrage. Elle a dû user plusieurs mines de crayon à papier.
Page 23, sous la conclusion de l’introduction : « Choisir son camp ? Pour ce qui nous concerne, notre choix est fait : pour Le Monde, contre ceux qui l’ont emmené là où il en est aujourd’hui. », elle ajoute « c’est-à-dire gauchiste ! communisant. ». Je ne sais pas tout à fait ce qu’elle a cherché à vouloir dire, d’ailleurs.
Mais ces mots font mouche dans son esprit car elle les renote fréquemment. Comme page 444, où après « Le Monde de Beuve-Méry, celui de Fauvet et même celui de Laurens affichaient certaines préférences dans les domaines politique ou diplomatique », elle continue la phrase par « ou communisant gauchiste ».
Ailleurs, lorsque les auteurs du livre parlent « d’un des journalistes les plus importants du pays [Plenel], écrivant dans le quotidien français le plus lu de par le monde [Le Monde] » elle invective les auteurs rajoutant : « ils oublient France-Soir, le Figaro et même Libé ». C’est-à-dire que s’ils sont tous le plus lu de par le monde, ça commence à être un peu impossible d’un point de vue logique. Mais je ne tenterais pas d’essayer de le lui expliquer.
Le livre s’achève par une longue conclusion dont la phrase : « Le Monde a davantage défendu des intérêts particuliers que ceux de la vérité » ce que ma grand-mère complète par « la vérité est-elle toujours celle de la gauche ? ».
La question reste posée. Surtout aujourd’hui.