Marcelle, la si belle

Quand elle a posé son regard sur la grosse mouche qui était en train de lui butiner sa poche droite, Marcelle, la grosse bouse se mit un instant à réfléchir à sa condition. « Être une bouse », se dit-elle, « n’est pas une fin en soi ». Et Marcelle décida du jour au lendemain à se sortir les doigts du cul pour devenir une princesse.

Un peu gluante, encore humide, Marcelle commençait à ramper vers le bout du champ, là, à gauche, où que c’est encore joli, quand elle rencontra Patrick la pâquerette.
- Mais que vas-tu faire, Marcelle ?
- Je vais devenir une princesse, répondit l’effrontée.
- Mais enfin, Marcelle, tu ne peux pas devenir une princesse, tu n’es qu’une grosse crotte !
- Quand on veut, on peut, botta en touche, la touchante bouse.
Et Marcelle reprit son chemin frottant ses bactéries sur les brins d’herbe printanière.

Au bout du champ, juste sous la clôture électrifiée, une seconde rencontre opportune. Un cheval de l’enclos voisin s’approcha.
- Tiens, voilà Marcelle ! Alors, ma petite comment vas-tu ?
- Bien, bien.
- Tu as l’air dans le rush ?
- C’est que j’ai du boulot.
- Ah oui ? Quoi donc ?
- Je veux devenir une princesse.
Le cheval s’arrêta un instant et éclata d’un rire franc et bruyant.
- Pardon ? hoqueta le cheval ?
- Bah oui, je veux devenir une princesse ! Pourquoi ne le pourrais-je pas ?
- Tu devrais plutôt te demander comment y parvenir ?
- Mais ça, je sais !
- Et comment ?
- Je vais me trouver un beau prince qui me prendra dans ses bras et d’un baiser me transformera en une belle et jolie princesse.
- Et où que tu vas le trouver, ton prince, bichette ?
- Au château, là, répondit Marcelle, pointant une tour lointaine.
- Sais-tu que ce château est à plus d’un arpent d’ici ?
- Et ?
- Mais, petite sotte, même sur mon dos, il faudrait trois jours au bas mot pour y arriver !
- ET ?, s’énerva Marcelle.
- Mais tu n’y arriveras jamais, regarde, rien qu’en te traînant jusqu’au bout du champ, tu as perdu la moitié de ta taille !

Marcelle se retourna sur elle-même et fit le constat amer que sa matière visqueuse et légèrement collante s’était éparpillée sur le chemin qu’elle avait parcouru. « Mon Dieu ! Je… je… je ne ressemble plus à rien ! Je suis toute chétive, je n’ai plus que les eaux sous la croûte ! Jamais aucun prince ne voudra m’embrasser maintenant ! ». Le cheval se retint de remarquer qu’avant même de rétrécir, peu de princes n’aurait goûté à son charme si particulier.

« J’ai vraiment été simple d’esprit. J’ai cru que moi, une bouse des champs, j’aurais pu devenir une belle princesse des villes, j’ai pêché par mon orgueil, j’aurais dû comprendre que des filles comme moi n’ont pas d’avenir dans cette société du paraître… j’ai cru que tout m’était permis, que tout était à portée de main, j’ai pensé que mon avenir se décidait sur ma volonté, que ma vie n’était pas tracée toute droite, qu’il m’était permis de rêver, de croire que le monde est beau pour ceux qui savent voir derrière la grisaille du quotidien… ».

Alors que Marcelle se lamentait, de l’autre côté de la barrière, André Manoukian s’était arrêté pour pisser au vent et tendait l’oreille, se demandant d’où venait cette si belle mélopée qui le faisait rêver. Son regard s’arrêta alors sur la bouse qui chantonnait son mal-être. Interloquée, il écouta plus attentivement… Il s’approcha de la bouse et lui tint à peu près ce langage : « Mais quelle voix ! Tu ferais pisser les anges de bonheur, tu es un mélange d’Aretha Franklin avec le groove d’Alicia Keys, t’as un truc de malade, j’veux dire, quand je t’entends, c’est comme si Kant avait rédigé les cinq leçons sur la psychanalyse de Freud en kissant Zweig. Tu vois, c’est vraiment pour des gens comme toi que je continue de faire cette émission, c’est pour ces émotions intenses qu’on ressent quand on tombe sur une voix comme la tienne… toi, tu as vraiment ton univers ».

Et André prit la bouse dans sa main, l’embrassa… et à défaut de se transformer en princesse, Marcelle devint Nouvelle Star.

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Des vœux qui dénoncent

Il arrive de temps à autre que les autorités gouvernementales soient obligées d’affirmer des prises de positions sévères et parfois radicales. Elles ne doivent pas se laisser freiner par des gouvernements étrangers qui dicteraient grâce à des leviers commerciaux, par exemple, les points de vue politiques de notre pays. La ville de Paris a ainsi cette année décidé de taper du poing sur la table. Il suffit, on va voir ce qu’on va voir. Décision a été prise de confirmer l’importance de la liberté d’opinion à travers le monde et même si cela froisse certains pays. C’est ainsi qu’on a reçu en grande pompe (oui, bon, presqu’en grande pompe) le Dalaï Lama l’année dernière. Ahah !

Et pour la nouvelle année, la ville de Paris s’est dit : « on ne peut pas s’arrêter là ! ». C’est vrai que le peuple de la capitale est pour ainsi dire une extension radicale de la ligue des droits de l’homme. Alors, dans les coulisses des réunions de la ville, on a eu cette idée somme toute géniale :

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Voilà ! C’est dit ! Paris s’engage pour la liberté « de tous les otages dans le monde ». Quel qu’il soit, quoi qu’il défende, on s’engage. Et si les otages des uns sont les bourreaux des autres, on s’en fout, nous, on soutient.

Et l’année prochaine, Paris s’engagera pour la dégustation de tous les fromages du monde : aussi bien le gouda que le gruyère de Fribourg. C’est là qu’on se dit que la France n’est pas impunément le phare de la planète depuis le siècle des Lumières.

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Le Chat, cet animal dangereux

Il y a en ce bas monde des monstruosités de la nature qu’une erreur de jugement a stupidement réhabilité au rang d’animaux de compagnie. Ainsi, par une indemnité négociée de haute volée sous la dynastie d’un quelconque pharaon égyptien, le chat est depuis considéré comme l’exemple de la perfection animal. Or, voici trente ans et un peu plus que j’observe le félin louche, et l’évidence est claire : les chats ne sont pas les douces créatures qu’ils prétendent être. Ainsi, j’en suis arrivé à lister les cinq grands malentendus autour de cet animal qui, par ses pouvoirs hypnotiques a réussi à convaincre une majorité non négligeable de la population mondiale qu’il valait mieux que de la chair à Kebab.

Idée reçue numéro 1 : Le chat est propre
Non, le chat n’est pas propre. Le chat est flemmard, il n’a pas envie de sortir pour pisser ou chier et encore moins de courir (sauf si on est au milieu de la nuit et que vous dormez sur le canapé du salon où il a élu son territoire). Il veut donc faire ses besoins à la maison. Mais comme il a vite compris que salir le joli plancher en bois des propriétaires de la maison allait être difficile, il s’est décidé à tout faire au même endroit. Comme le propriétaire ne s’enthousiasme pas à l’idée de nettoyer toutes les trente minutes, il a placé une litière. Comme le chat est très chiant, autant il en avait rien à foutre de chier au milieu de rien, mais depuis qu’il a une litière, il veut qu’on la lui change tous les deux jours (oui, le chat, malgré toute sa superbe, ne sait pas changer sa litière). Et que fait un chat si la litière est salle ? Il la renverse. Ajoutez à cela que le chat ne sais pas se retenir et vous aurez un tableau parfait.

Idée reçue numéro 2 : Le chat est indépendant
C’est ça. Arrêtez de donner à bouffer à votre chat pendant un jour et demi et vous allez vite découvrir comment l’indépendance du chat s’arrête devant sa gamelle vide. Le chat n’est pas indépendant, le chat est con et imbu de sa personne. Il pense être « tellement différent » alors qu’il est juste débile. Il pense être « siiiii spécial » alors qu’il est juste niaiseux. En revanche, les propriétaires sont généralement acquis à la cause de l’animal, et font passer n’importe quelle stupidité du chat pour une œuvre d’art. Le père d’un ami rentrait chez lui où vivait cinq chats, il se déchausse pour enfiler ses chaussons, et figurez-vous que les chats avaient les uns et les autres à tour de rôle rempli le dit-chausson de pisse. Oui parce que le chat ne peut faire ses besoins que dans un truc qui a vaguement la forme d’une cuve. Le père a gueulé : « putain, mais j’en ai marre de ces cons de chats », et la mère, dont le cerveau était contrôlée par les chats grâce à leur pouvoir télékinésique rétorqua : « tu n’as qu’à pas laisser traîner tes chaussons n’importe où ».

Idée reçue numéro 3 : Le chat est intelligent
Exemple typique de l’intelligence d’un chat : celui de mon père s’était réfugié (?) derrière la machine à laver le linge. Après trois jours à l’appeler et le chercher partout, je finis par le débusquer. Je tire la machine à laver le linge, tente de l’en sortir (mais évidemment, il me fout des coups de griffes) ; quand j’arrive à le saisir je l’extirpe de sa prison et le pose sur le carrelage de la cuisine ; le chat se lèche les pattes pendant que je repousse la machine à laver le linge, je me retourne alors, et le chat fait deux tours sur lui-même, court et se jette à nouveau derrière la machine. Et qu’on vienne pas me tanner avec le chat de Shrödinger : c’est Shrödinger qui était le malin de l’histoire, son chat, lui, n’arrivait pas à sortir d’une boîte.

Idée reçue numéro 4 : Le chat est affectueux
Si la marque d’affection du chat, c’est de foutre des coups de pattes quand on passe à proximité de ses griffes, alors effectivement, un chat est affectueux. Sinon, on me permettra de douter de cela. Chez des amis, je marchais tranquillement en train de répondre au téléphone, quand, d’un coup, leur chat (qui pesait somme toute 18 kilos et qui était « particulièrement caractériel ») se jette sur moi, me plante ses griffes dans le mollet (j’ai encore les cicatrices). Ce qui me laisse penser [la suite de la phrase a été effacée par un Tonkinois Afghan particulièrement retors]

Idée reçue numéro 5 : J’aime les chats
Au cas où vous ne vous en soyez pas aperçu : je n’aime pas les chats. Merci de rectifier.

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Appendice au jeudi

Si j’en crois les commentaires du post précédent, vous êtes nombreux à ne pas croire à la fin de l’histoire. Alors, précisons un instant : sur ce blog, certes j’y raconte des choses qui me sont généralement arrivées, mais il y a forcément des entorses à la réalité. Par exemple, je pense que j’ai quand même bu plus qu’une bière et de deux pastis et demi avant de m’écrouler. Et puis j’occulte certains passages ou j’en invente d’autres à des fins humoristiques (plus ou moins réussies, je vous le concède). Par exemple, je n’ai pas mentionné la cellule de dégrisement et le flic qui m’a cassé quatre dents avec sa matraque (je déconne, c’est pas vrai, arrêtez de tout prendre au premier degré, merde).

Bref, puisqu’il semble quand même que ma liberté sur la fin de l’histoire ait provoqué l’ire de mes contemporains, revenons à cette sortie de taxi. Donc, viré par le taxi, m’apercevant qu’il ne me reste rien, je m’abrite sous un porche, je m’assois dessous et j’attends que ça aille mieux. Ça met probablement du temps, mais j’avais pas de montre pour le vérifier. Au bout d’un moment, ça ne va pas mieux, mais je me lève quand même et je pars à la recherche d’une indication pour savoir où je me trouve et comment me rendre chez mon copain qui est la personne à qui j’ai laissé un double de mes clés (je suis bien inspiré par moment) pour des raisons évidentes qu’il ne me semble pas nécessaire de développer plus en détail, mais vu que vous êtes des enquiquineurs et que vous voulez tout savoir, je vais donc développer.

Mon propriétaire m’a laissé deux clés pour la porte d’entrée. Tant que j’étais célibataire, le double était dans le tiroir de mon bureau (bureau que je n’ai plus, d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire). Mais depuis que je suis en couple, même si nous avons chacun notre appartement, il arrive que l’un ou l’autre dormions chez l’autre ou l’un. Comme le matin, nous n’avons pas forcément les horaires, j’ai laissé un double de ma clé à mon copain afin qu’il puisse partir quand bon lui semble les soirs où il dort chez moi.

Dormir : c’est une obligation quasi physiologique de l’être humain. Elle est récurrente – sensiblement toutes les 16 heures – et dure en moyenne 8 heures formant un cycle de 24 heures soit une journée.

Journée : concept décrivant la période temporelle passée pendant que la terre a effectué un tour sur elle-même.

Bref.

Alors, donc, mon copain – figurez-vous – habite à cent mètres de l’Autobus, mais il préparait un examen pour son vendredi, j’avais donc jugé que débarquer chez lui tout bourré aurait été malvenu (d’où la raison de mon ambition à vouloir rentrer chez moi).

Dans ma retraite boulevard Marcel, je cherche une manière de revenir d’où je viens et je monte dans le premier Noctilien que je croise. Quelle chance : il va à Fille du Calvaire (à côté de l’Autobus). J’arrive donc dans sa cage d’escalier, je frappe à sa porte (j’ai pas idée de l’heure, je le rappelle), mais il ne répond pas. Du coup, j’attends debout, puis assis, devant sa porte qu’il sorte.

À un moment donné (je ne sais quand), je tente à nouveau de frapper à la porte, et là, il l’ouvre et pense voir un désœuvré, et referme sa porte d’un coup sec. Heureusement, j’arrive à glisser ma main, mais celle-ci se trouve écrasée contre le battant de la porte. Je perds deux doigts, le sang gicle sur le sol et c’est du parquet, alors merci bien pour le ménage, hein. Finalement, il m’a rendu ma clé, filé un pansement pour mes doigts et m’a laissé dormir un peu pendant qu’il partait passer son examen.

Voilà, vous savez tout, je crois que je n’oublie rien, bande de pervers. Je n’accepte plus aucune réclamation sur le sujet et le déclare par conséquent clos.

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Un jeudi sans histoire

Est-ce que je devrais raconter ma soirée de jeudi qui a commencée à l’Autobus et qui a finie dans l’autobus (de nuit) ? Oui ? Non ? La question était encore chaude à mon esprit quand je suis allé voir l’autre jour Mother et il m’est apparu que je devais me la jouer coréen sur le coup : faire silence quelle que soit la question que l’on me pose.

Pour ceux qui n’ont pas vu Mother, c’est l’histoire d’un mec un peu foiré au démoulage qui a besoin de se frotter les tempes entre deux heures et quatre ans pour se souvenir de sa liste de courses. Heureusement, sa maman-poule veille sur lui, et pendant qu’il se frotte les tempes, elle assène des Mawashi Geri (回し蹴り) sur la gueule de ses assaillants (et après, lui, il castagne ceux qui le traitent de débile, mais je vais pas spoiler tout le film non plus).

Enfin, là où je veux en venir, parce que j’ai bien conscience que je m’éparpille (mais c’est pour combler un peu aussi le vide intersidéral de ma pensée en ce moment même), c’est qu’à chaque fois qu’on demande quelque chose (où se trouve la gare ? et pourquoi les géants sont plus grands que les nains ? aimeriez-vous que votre enfant soit homosexuel ? et ainsi de suite) à quelqu’un dans le film, la réponse est éloquente : « … ». Oui, le silence complet. Donc, si on me demande ce qui s’est passé jeudi dernier, c’est simple : méthode coréenne, le silence.

Encore que…

Même si j’avais envie de la raconter cette soirée, je ne saurais pas bien comment m’y prendre. Parce que finalement, il n’y a pas grand-chose à en dire.

Elle débute lorsque j’arrive à l’Autobus donc, un bar à côté du Cirque d’Hiver. Je dis « Bonsoir » à Delgoff, Abstrait≠Concret et quelques autres. Je prends une bière et puis A≠C dit : « les mecs, ici, faut boire du pastis, c’est le meilleur ratio bourrage de gueule / prix ». Bon, bin, allez un pastis alors. Pierrot, le barman, sort trois grands verres (un pour A≠C, un pour Delgoff, un pour moi), jette deux glaçons dans chaque et remplit à 99% le verre d’anis alcoolisé.

99% les mecs. J’oscillais entre le sourire et les larmes.

Je bois ultra-mini gorgées par ultra-mini gorgées mon verre. Quand j’arrive au bout, A≠C paie sa tournée. Là, c’est trop, je demande à Pierrot si on peut avoir une carafe d’eau. Je sens que je me fais pas un ami. Il finit par accepter, mais je l’obtiens à l’arrachée. Ce second verre, j’ai l’impression de mettre un temps infini à le boire. Probablement moins que ce que je crois. Quand il est terminé, Delgoff nous fait « Bon, c’est ma tournée ».

Je regarde mon troisième verre de pastis, j’y vois une longue descente en enfer, je ne me trompais guère. Je regarde autour de moi d’un air dépit, incapable de me décider à tremper mes lèvres dans ce breuvage qui est devenu une immondice. Je sens l’odeur de l’anis partout : sur mes lèvres, sur mes doigts, autour de moi, que dis-je, je suis anis. Ma raison défaille, mon inconscient prend sa place.

- Et après ?, demande le lecteur impatient (si, si, tu es impatient, ne nie pas).

Après rien. Le vide, le néant, l’absolu détresse du non-tout. Un résultat étonnant pour 9 euros (c’est 3 euros le pastis, c’est vrai que c’est pas cher).

Non, mais quand je dis rien, c’est ***rien***. Pas un flash, pas un souvenir, pas un moment un peu plus clair qu’un autre.

Donc, rupture dans l’espace-temps et la vie reprend un peu plus tard, un peu plus loin, ailleurs, dans une autre dimension.

Un taximan au fort accent asiatique me secoue et me hurle dessus : « BON MAINTENANT, ÇA SUFFIT, VOUS SORTEZ ! », il me tire et me fout dehors.

Oh bin, c’est qu’il fait pas chaud. Bon, alors, où je suis ? Rha merde, j’ai pas mes lunettes, je vois rien. Bon, ok, j’avance. Oups, c’est que ça tourne devant moi, attention la voiture ! Alors, le trottoir, il est où ? Ah, il est là. Ok, on va faire simple, un pied, un autre, on les alterne, c’est pas compliqué, putain quand même ! Bon, bon. Alors, il est quelle heure ? Ah bah tiens, j’ai pas mon portable. Ah bah tiens, j’ai pas mon sac. Ah bah tiens, j’ai pas mes cartes. Ah bah tiens, j’ai pas ma clé.

Hum… pas cool… donc, en fait, j’ai plus rien, quoi. Dis donc, c’est que ça tourne sacrément encore. Merde, il pleut. Tiens, je vais m’abriter sous ce porche. Bon, alors, recommence Pop, fouille toutes tes poches. Dans le pantalon ? Rien. Dans le blouson ? Rien. Dans le sweat ? Rien. Alors, ça c’est ballot. Mais putain, je vais trouver où je suis ? Je m’approche d’un panneau, je plisse des yeux comme tout bon myope sans lunettes : « boulevard Saint-Marcel ». C’est loin de Montparnasse, ça. De toute façon, je suis pas foutu de me diriger avec un plan, alors sans…

- La fin de l’histoire ?, réclame la foule en liesse !

La fin de l’histoire, c’est qu’il n’y en a pas. Après une partie de la nuit dans le froid, je chope un Noctilien qui me ramène devant le bar, alors fermé, je récupère le double de mes clés quelques heures plus tard, je rentre chez moi et après avoir fait opposition à ma carte bleue, Delgoff m’appelle pour me dire qu’il l’a récupérée dans le bar. Quelques jours après, j’ai reçu une enveloppe avec la grande majorité de mes papiers. Mes lunettes étaient accrochées à mon tee-shirt. J’ai dû racheter un portable. Et j’ai quand même fait changer la serrure. On n’est jamais trop prudent.

- La morale, alors !, insiste la horde de lecteurs m’incitant à ajouter de l’anecdote sensationnelle.

La morale, c’est qu’à partir de ce jour, si tu m’offres un pastis, je te vomis dessus sans sommation.

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