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Catégorie : Cours de marketing

Booking, la réservation d’hôtel sous adrénaline

Vous êtes fan de reco, big data et smart graph pour améliorer votre RIO ? Vous ne jurez que par la sérendipité psycho-cognitive qui sera le salut de votre force de vente ? Vous n’avez rien compris. Pour vendre, il n’y a que deux recettes :
– 1. la flatterie (“Je n’ai plus ce pantalon en 40, mais seulement en 36. Oui, c’est un peu serré et vous avez du mal à respirer, mais regardez votre taille de guêpe. Non, franchement, le 40, ce serait beaucoup trop grand”)
– 2. l’urgence (“C’est le dernier modèle en taille 36 de toute façon, ensuite, on arrête la collection, on brûle le magasin et on part élever des chèvres dans le Larzac, c’est l’opportunité d’une vie, ce pantalon”)

Et à ce jeu de l’urgence, le champion toutes catégories sur Internet, c’est Booking.

L’autre jour (c’était probablement un mardi), je cherchais avec des amis un hôtel à Glasgow début décembre. Glasgow en décembre, que je vous raconte, c’est froid, pluvieux, venteux et mort. Bon, j’exagère un peu, mais c’est quand même pas la destination touristique du moment. On se rend sur Booking pour épouiller les offres. Et là, nous sommes bombardés de messages qui expliquent l’URGENCE de notre situation : les chambres d’hôtel partent comme des petits pains. Ne réfléchissez pas, n’attendez pas : “Forte demande !” “Dépêchez-vous !” “Encore une réservation de faite !” “60% des hôtels sont déjà réservés pour cette ville !”… (c’est petit, mais vous pouvez cliquer sur les images) :

Forte demande !

C’est simple, je peux voir le nombre de chambres diminuer minute après minute, un peu comme la batterie de mon iPhone quand je l’utilise.

Et le troisième hôtel proposé est déjà complet. Le STRESS. Parce que personne n’a envie de roupiller dans la rue par -12°C.

Bon, évidemment, comme la majorité des gens, on sait très bien que Booking se fout de notre gueule. Il n’empêche que l’angoisse de ces pop-up et messages en permanence est vite contagieuse.

Mais comme on est plus fort que le système, on n’a rien réservé. YOLO.

En revanche, pour rigoler, on a tenté plein d’autres destinations et validé notre hypothèse que le troisième hôtel est systématiquement complet (à quoi ça sert de nous informer qu’un hôtel est complet ? à nous faire PEUR !). On tente Lyon pour mars prochain. Bingo : “Établissement réservé 18 fois ces quatre dernières minutes, dépêchez-vous, plus qu’une chambre de disponible, après ce sont des tréteaux dans un gymnase”. Troisième hôtel complet.

Urgence !

Je cherche le top 10 des villes les plus dangereuses au monde. Au hasard, je prends Ciudad Juárez au Mexique :

Viiiiiiiiiiiiiite !

“Plus que 5 disponibles sur notre site !”. Et le troisième hôtel… Bah complet, bien sûr.

On se met alors à chercher la pire ville au monde. Et l’un de notre groupe débusque un bled dont je n’avais même pas idée de l’existence : Norisl’k en Sibérie. Et Norisl’k, je vous l’assure, c’est vraiment pas l’endroit où vous iriez faire la fête (les citations en italiques proviennent de la page Wikipedia)

De la neige toute l'annéeNorilsk a été fondée parallèlement au Norillag, une branche du Goulag.

Des enfants qui rientSituée au nord du cercle polaire arctique, elle est considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale et la plus froide du monde.

Des voies rapidesLa ville et son complexe industriel polluent autant que la France entière.

Dans le bain100 000 hectares de toundra, sur un rayon de 30 km autour de la ville, sont brûlés par les pluies acides et les émanations toxiques. L’herbe y pousse très peu et les arbres sont desséchés. Les poisons industriels s’insinuent partout. En été, quantité de baies sauvages (mûres, myrtilles, cassis, groseilles…) et de champignons poussent, mais sont chargés en métaux lourds.

Ça tient encoreEn 2015, 7 % des immeubles de la ville sont insalubres, et certains s’émiettent, mais près de 1 200 familles y vivent toujours.

Une architecture rianteEn janvier, la température maximale moyenne est de -23,6°C.

Mais si vous voulez réserver un hôtel cet hiver pour l’une des trois bonnes raisons inventées proposées par Booking (“Musée, nature, balade à la campagne”, balade aux métaux lourds ?), n’attendez plus !

Vive la nature

Bref, pour faire du chiffre, amis du marketing, arrêtez de croire qu’il faut du big data et des algorithmes compliqués. Il suffit juste d’effrayer les gens : foutre des messages d’alerte à tout va, afficher au hasard trois hôtels dont un complet, et paf, vous devenez le numéro 1 dans votre domaine. Chapeau, Booking !

Les Erreurs du marketing : DON’T FEED THE TROLL (et la NSA)

Ça fait quelques mois que je veux écrire sur ce blorgue, mais j’ai une motivation proche du zéro absolu (ce qui nous fait dans les -270°C tout de même, autant dire qu’il fait un peu frisquet, je vous encourage à prendre une petite laine).

Et puis, il arrive que, parfois, quand on n’a pas d’idée, soudain l’idée vient à vous.

Ainsi, en avril dernier (c’était il y a deux posts, autant dire que je ne suis pas vraiment au taquet dans la rédaction d’articles), j’ironisais sur une offre promotionnelle organisée par Heineken et Uber. Si vous achetiez une bière Heineken, Uber vous offrait 5 euros sur une course pour rentrer chez vous. Cette offre avait pour objectif de promouvoir la consommation responsable d’alcool et surtout sur l’importance de ne pas prendre sa voiture après avoir bu.

C’est à lire ici dans son intégralité. Ce que je trouvais très drôle, c’est qu’on proposait aux gens de “se responsabiliser sur la consommation d’alcool” en leur suggérant de boire un verre. De plus, j’ai été prévenu de cette offre à la fin de ma soirée, en ouvrant l’application justement pour réserver un VTC. J’y avais vu comme une incitation à un “dernier petit coup pour la route”.

Après la publication de l’article, j’ai eu un commentaire de Raph (spécialiste de la fermentation de houblon) qui critiquait la bière en question et j’ai renchéri :

Deux commentateurs inspirés

Et puis plus rien, le monde a continué de tourner, l’offre a dû s’arrêter et j’ai repris mon petit bonhomme de chemin sur l’autoroute de la vie.

Mais voilà qu’hier, un mail m’alerte ! Un nouveau commentaire est en attente sur cette notule. J’ai d’abord pensé à du spam (souvent, quand un commentaire arrive six ans après un article, c’est pour vendre des Louboutin ou des Rolex avec une tripotée de mots-clés débiles).

Pas du tout.

C’est un “honnête lecteur” un peu surpris de ma diatribe expéditive contre deux entreprises très cool qui veulent nous aider à mieux vivre, l’une en nous abêtissant avec de la levure fermentée, l’autre en exploitant des autoentrepreneurs en quête d’ascenseur social.

Son auteur Pat (le prénom a été changé), me tutoyant, s’étonne d’abord :

"Intéressant, mais c'est de la merde"

Il n’a pas l’air content, car Heineken est très certainement sa bière favorite. Moi aussi ça m’énerverait si on me disait que la London Pride à la pompe en Grande-Bretagne est dégueulasse. Je continue :

En plus, t'es con

Mais dites donc ! C’est qu’on est sacrément renseigné ! Bah moi, Pat, je n’ai pas dû aller dans un bar partenaire, j’ai eu l’information au moment où j’ai ouvert l’application. Et je n’ai pas fait des recherches pour savoir comment ça devait fonctionner en réalité. Déso, déso.

Toutefois, malgré les smileys, je sens comme un fond d’agacement de Pat. Je ne sais pas, comme s’il y avait quelque chose de l’ordre du ressenti entre lui et moi. Si ça se trouve, je lui ai fait une crasse sans même m’en rendre compte…

En tout cas, il a raison, “faire le buzz”, c’est l’objectif de ma vie. Sinon pourquoi j’aurais un blorgue avec 12 lecteurs ? (Certes, les meilleurs lecteurs de la planète, mais seulement douze quand même, alors pour ce qui est de la viralité de mon post, Pat, détend-toi) (Tu permets, je te tutoie, il semble qu’on se connaisse.)

Quant à sa réflexion sur le souhait que j’aurais émis que Uber et Heineken me paient toute la course jusqu’à chez moi, je ne sais même pas où il l’a lu. D’autant que j’écris “5 euros, c’est toujours bon à prendre”.

Pat décide donc d’enfoncer le clou :

Et tu sais pas compter

Ok. On est donc TRÈS TRÈS bien renseigné ! On fait des calculs et tout et tout. C’est beaucoup d’efforts pour un commentaire sous un post obscur qui date d’il y a six mois sur un blorgue sans lecteur !

Forcément, ça donne envie d’en savoir plus sur Pat…

Avec l’adresse IP qui a posté le commentaire, je remonte à Francfort. Malheureusement sur un serveur Cisco. Et un traceroute m’emmène sur Hetzner.de, genre d’OVH local puis vers GTT.net, une société américaine qui fournit notamment des services de VPN. Bref, une voie de garage.

Sherlock enquête

Mais heureusement, j’ai l’adresse email. Ça semble mal barré parce que c’est une lettre puis “pat” puis quelques chiffres. Même pas sûr que ce soit une vraie. Google me propose donc des liens qui vendent des licences de plaques américaines. Pas palpitant, mais deux résultats attirent mon regard. Il s’agit de liens vers le site “BuddyFetch”. Mon meilleur ami a, semble-t-il, partagé (ou s’est fait récupérer) son profil Skype sur ce site qui me donne son prénom, son âge et même son nom de famille.

Bon, ensuite, retrouver le profil Linkedin n’est qu’une formalité et… BINGO !

Mon ami Pat qui avait l’air TRÈS au courant de l’opération Uber / Heineken n’est autre qu’un type bossant au service marketing de la marque de bière et qui “se passionne toujours dans ce qu’il entreprend”. Un peu trop, parfois, ai-je envie de dire…

Une affaire rondement menée

Ça explique en tout cas sa colère pleine de smileys sur mon commentaire de consommateur averti (s’il savait que j’en achète régulièrement, parce qu’en ratio qualité / prix, c’est quand même le plus pratique, il serait FOU).

Je ne saurais dire s’il voulait avancer masqué ou pas. Si ça se trouve, il ne s’est pas douté de ce que l’on peut découvrir avec une simple adresse mail. Mais il aurait mieux fait de se déclarer officiellement de la société. Quoique ça lui aurait probablement enlevé la possibilité de poster un message passif agressif (comme on dit dans Cosmo ou Elle).

Allez, Pat. Sans rancune. Je t’offre une bière ?

Art du marketing : le bonimenteur psycho-cognitif

J’ai souvent l’impression qu’on nous prend pour des truffes, et je crois que la grande majorité du temps j’ai raison.

Donc, dans la longue liste des sociétés qui vendent de la fumée, voici Oorace. Je ne sais pas si vous connaissez, mais cette société propose un service de recommandation sur Internet. Enfin, je crois. En réalité, je n’ai pas vraiment compris. Ou plutôt, j’ai trop bien compris.

Petit laïus liminaire aux gens qui ne s’intéressent pas à la question
Quand on navigue sur Internet, des sociétés très bien intentionnées regardent sur quoi on clique, d’où on vient et où on va, et affichent de la publicité en conséquence.
Fin du laïus

Généralement, ce sont des algorithmes qui calculent très savamment quelles pubs affichées selon les recherches que vous avez effectuées et une palanquée d’autres paramètres. L’idée, bien sûr, étant que vous achetiez le produit qui est proposé (ou qu’au moins vous cliquiez sur le lien pour vous rendre sur le site de la boutique). On ne peut pas dire que ça marche génialement, mais comme je fais partie des gens qui cliquent systématiquement sur la case : “Ne regardez pas sur quoi je clique pour m’afficher vos pubs, allez, soyez sympa, merci, bisou” », peut-être que les Criteo (le leader dans le domaine) et autres respectent véritablement ma décision (LOL).

Bon, mais tout ça, c’était AVANT. Je vous présente l’avenir, l’avenir s’appelle Oorace.

Et Oorace chamboule TOTALEMENT cette technique de recommandations grâce au principe de (attention, on active tout de suite le Bullshit Generator, y a du level) « Sérendipité Psycho-Cognitive® » (oui, c’est une marque registred, un truc comme ça, on ne voudrait pas que les gens vous le piquent).

« Hiiiiiii ! Mais c’est géniâââââââl. Qu’est-ce donc ? », vous entends-je crier devant mon clavier tellement c’est révolutionnaire. C’est un truc fabuleux qui explique que pour savoir ce que vous voulez vraiment acheter, il faut attendre le moment où vous vous baladez sur Internet sans rien chercher. Mais ce sont les fondateurs d’Oorace qui en parlent le mieux :

Psychotrucmachin

Prêt à laisser votre subconscient remonter à la surface grâce à des ancres cognitives ? Bravo ! Vous avez tout compris à Oorace. Mais comment donc ça marche ? Eh bien, vous ne vous en doutiez sûrement pas, mais vos clics disent tout de vous. Et notamment ce que vous ne dites pas. Plus fort encore, ces clics génèrent un « Wow ! Effect ». Et les recommandations d’Oorace concernent donc des centres d’intérêt non exprimés par l’individu pour procurer ce « Wow ! Effect » (oui, le bullshit generator carbure à toute vitesse).

Waouhou, l'effet !

“Ce que tu n’exprimes pas te rend plus fort”, disait Lao-tseu ou Marc Lévy, je ne me rappelle jamais.

Prenons donc un exemple, car c’est toujours plus clair avec des exemples. Je me balade sur Internet sans trop de buts. Pour 90% de la population des internets, ça signifie : “Je mate des vidéos de chatons sur YouTube ou des vidéos pornos sur YouPorn”. 9% s’instruisent sur Wikipedia. Et le 1% restant fait du tourisme avec Street View.

Avec un outil de recommandation traditionnel, on vous proposerait de la bouffe pour chaton, un lien vers un sex-shop, une encyclopédie Larousse ou bien des tickets d’avion. Nul. Nul. Nul. Grâce à Oorace, on peut ainsi voir une pub pour une promo boudin blanc chez Leclerc parce que l’algorithme aura compris dans votre absence de clics sur des photos de boudin blanc que vous aviez faim ou bien un lien vers l’achat d’une Lamborghini en 12 mois sans frais parce qu’au fond de vous, c’est votre rêve secret.

Mais attention, il est indispensable pour que l’achat se concrétise que la pub apparaisse au bon moment (c’est la contrepartie du « Wow ! Effect » et la « pierre angulaire du principe de Sérendipité Pyscho-Cognitive® »). Pour cela, Oorace propose deux modes. Le mode « push » qui déclenche « la décision d’achat grâce à une recommandation sous forme d’un slider » -> ORIGINALITÉ ET EFFET SURPRISE INSIDE. Et le mode « retargeting » qui « favorise le retour raisonné vers l’achat ».

Le bon moment

J’imagine la réunion au service marketing d’Oorace :
Jean-Baptiste : What does this bullshit mean ?
Jean-Daniel : I don’t know and I don’t give a fuck. But it sounds great.
Frédéric Beigbeder : Yeah, it sounds fucking great. Why are we speaking in English ? Let’s sniffe some cocaïne.
Jean-Yannis : Because, everything sounds better in English. And this cocaïne is amaaaaaaaaazing.

En réalité, le truc le plus déprimant de toute cette entourloupe digne d’une arnaque nigériane, c’est que des sociétés croient réellement à cet amas de foutaises et dépensent des centaines de milliers d’euros pour des bandeaux publicitaires générés aléatoirement (pardon “des bandeaux publicitaires inattendus et liés à un centre d’intérêt non exprimé par le visiteur qui générera une émotion, car elle s’adressera à son subconscient”).

Y a des ancres cognitives dans la gueule qui se perdent…

Les Grandes erreurs du marketing (19) : boire, c’est Uber

Hier soir, j’étais en train de boire un verre avec quelques amis quand, le temps passant si vite, je me mis en quête de rentrer en mon logis.

“Par la malpeste !”, m’écriais-je, “Déjà minuit ?! Zut de zut, et ce RER en grève… Comment vais-je pouvoir retrouver mon lit ?”

Ni une, ni deux, mes amis me rassurent immédiatement : “N’as-tu donc jamais entendu parler d’Uber ?”. Mais bien sûr ! En plus, j’ai l’appli sur mon iPhone (dans vingt ans, cette phrase n’aura aucun sens puisque les mots “appli” et “iPhone” n’existeront plus).

Je tapote sur l’icône de l’application. Uber me propose un chauffeur, une course et une estimation du prix. Puis, soudain !, une fenêtre s’affiche et m’explique qu’Uber est une société responsable et qu’elle a à cœur de participer à mon bien-être.

“Uber et Heneken s’associent pour promouvoir la consommation responsable d’alcool et lancent une opération de prévention à Paris pendant un mois”, lis-je. “Cette campagne sensibilise les parisiens sur l’importance de ne pas prendre le volant après quelques verres. À cette occasion, Heineken offre 5 euros sur votre prochaine course Uber, pour un retour au départ de 50 bars partenaires.”

Uber, l'offre super

Intérieurement, je trouve ça un peu con-con : si tu es venu en voiture à Paris, tu ne vas pas lancer l’application Uber, donc tu ne seras pas au courant de cette offre promotionnelle. Et si tu n’es pas venu en voiture (ce qui a quand même statistiquement énormément de chance d’être le cas), je ne vois pas trop en quoi ces 5 euros vont te sensibiliser sur “l’importance de ne pas prendre le volant” ivre.

Mais bon, 5 euros, c’est toujours bon à prendre ! Alors comment fais-je pour y avoir droit ?

Facile :

Picoler plus pour être responsable

Je résume : pour nous sensibiliser sur la consommation responsable d’alcool, Uber et Heineken nous incitent à boire un verre de plus que tous ceux qu’on a déjà bus depuis le début de la soirée. Car évidemment, on ne lance pas l’appli d’Uber en arrivant dans le bar, mais lorsqu’on en repart, donc potentiellement avec un coup dans le nez.

Comment l’idée d’associer un “dernier verre pour la route” avec “consommer avec modération” a-t-elle germé dans l’esprit de la cellule communication et partenariat d’Uber et Heineken ? Aucune idée. Mais si ce trait de génie n’illustre pas tout l’art du marketing, rien ne le fera.

 

Les Grandes erreurs du marketing (18) : parler de son métier

Dans ma série titanesque des grandes erreurs du marketing, je voudrais m’arrêter aujourd’hui un instant non pas sur une pub foireuse, mais sur un domaine où les gens du marketing sont imbattables : le bullshit talking. C’est quoi le bullshit talking ? C’est donner l’impression que ce qu’on dit est hyper pointu parce qu’on empile tout un tas de mots (anglais) les uns après les autres comme d’autres enfilent les perles. Avec le résultat final que : a. ça ne veut rien dire ; b. tu noies le poisson pour justifier ton salaire à quatre zéros.

J’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt l’interview “e-commerce” du directeur marketing d’un site internet qui vous loue des chambres d’hôtel. Cette interview existe, on la trouve sur le web, promis je n’invente rien, et je vais peu commenter, car elle parle d’elle-même. J’ai mis tout de même les passages importants en bleu grâce à un stabilo (mais je pense que plus personne ne sait ce qu’est un stabilo).

Bullshit Talking 1

On s’étouffera déjà dans la question de l’emploi du gérondif “impactant”, anglicisme qui heurte mes oreilles. On se demande pourquoi employer ce mot tout moche, car ce n’est pas comme si on manquait de nuances pour exprimer la même chose en français (au hasard : “la tendance la plus marquante, frappante, influente, forte…”). Mais c’est la réponse qui donne à réfléchir, surtout le premier point qui ne veut absolument rien dire (“plus de frontière online / offline, les brick et mortar”)

Bullshit Talking 2

Purée, mais quelle originalité, mec ! Ça, c’est sûr que citer Apple, c’est vraiment quelque chose d’assez puissant. Je dirais même que c’est impactant. Les deux premières phrases de la réponse, ça passe encore. Mais alors, sans arrogance aucune, le mec s’autopose des questions (“Pourquoi ?”) et y répond avec du bullshit talking de haut niveau avant de préciser sa propre pensée (c’est vrai qu’elle était remarquablement complexe) par une superbe transition “J’entends par là”. Et le plus génial, c’est que la précision faite n’est destinée qu’à embrouiller totalement le lecteur. La réalité, c’est que c’était trop clair et que le mec s’est dit qu’il fallait absolument rajouter une couche de merde avec une phrase imbittable pour donner l’impression de surfer au-dessus des autres.

Bullshit Talking 3

Ou alors, le mec, il fait un bingo avec ses potes : “C’est bon, j’ai placé Apple, ADN, ROI et Tailor Made, j’ai gagné !”. Au passage je ne sais pas si c’est l’auteur de l’interview ou si le gars a vraiment parlé comme ça, mais il manque de nombreux mots de liaison pour que sa dernière phrase veuille dire quelque chose d’un simple point de vue grammatical.

Faut que je me calme, je crois que je suis en train de m’énerver.

Bullshit Talking 4

Le mec a écrit “Tarif garanti” et promet de rembourser la différence. WAOUHOU. En gros, il reprend le slogan de Carrefour dans l’hôtellerie de luxe. Certes, il reconnaît “ne rien inventer”, mais putain, si c’est ça qui lui a permis de “booster son taux de conversion”, alors je vois pas bien à quoi ça sert d’aller dans une école à 15 000 boules l’année comme HEC pour pondre des conneries pareilles. D’ailleurs, je me demande sérieusement si, dans ces écoles, ils ont des cours de bullshit talking : “Comment cacher que vous êtes un tocard en six phrases clés et vingt mots-valises”. Je devrais faire un MOOC, tiens.

Et si quelqu’un a compris la dernière phrase (où le type marque 100kUSD, non mais sérieusement ?), je veux bien qu’il me l’explique. Rien pigé. Pourquoi une seule réponse (surtout aussi nulle que la sienne) ferait un trou dans le budget de l’intervieweur (à moins que le mec attende réellement 100 000 $ pour avoir eu l’idée géniale de rembourser la différence ?). L’intervieweur : “Merci, c’est fini”. Le mec : “Et mes 100kUSD$, y sont où ?”. Le pire, c’est que c’est bien possible…

PS Je tiens à préciser que je n’ai rien contre ce monsieur, j’ai juste une dent contre le cliché qu’il représente.

Les Grandes erreurs du marketing (17) : juxtaposition foireuse

L’autre soir (c’était hier), je regardais ma compilation de publicités de la journée (j’enregistre systématiquement toutes les pubs chaque jour et je me les regarde pour le plaisir, comme dirait Johnny Hallyday). J’aime bien découvrir les nouvelles réclames, c’est toujours un moment de bonheur où mon cerveau se liquéfie en smoothie framboise melon banane. À chaque fois, je suis sidéré par le talent des publicitaires. Faire parler des animaux pour vendre de l’Orangina : quel génie ! Confondre Schweppes et sexe : quelle subversion ! Déguiser un type en biscuit : quel brio !

Et donc hier, je découvre la nouvelle pub pour le nouveau soin correcteur de Lancôme, baptisé “Visionnaire”. Rien que ça. Une femme est filmée de face avec des tas d’effets récupérés d’une vieille version de Final Cut Express tandis qu’un homme nous parle de ce soin incroyable tout simplement “fondamental”.

Et le texte est un vrai bijou qui ne veut absolument rien dire : “Nouveau soin correcteur visionnaire. Un soin nouvelle génération conçu pour la perfection augmentée. La peau est transformée en temps réel. Rides, pores, texture de peau sont corrigés”. J’ai cru que Lancôme venait de racheter Photoshop.

Du vrai n’importe quoi. Vas-y que je te fous deux mots l’un à côté de l’autre, je ne sais même pas ce que ça veut dire, ça fait classe. Dans la liste proposée par l’agence de pub, il y avait aussi : “Le soin nouvelle génération conçu pour l’élégance aiguisée”, “le glamour velu”, “la sublimité audacieuse”, “la plénitude gaufrée”, “le charme majoré”. Mais c’est “Perfection augmentée” qui a gagné parce que c’était parfait pour cette pub nouvelle génération conçue pour la connerie masturbée.

Les Grandes erreurs du marketing (16) : le mail qui fait mal

C’est mal de se moquer, je sais, et je n’oserais jamais faire ce type de boulot de peur de me planter, mais c’est drôle. En tout cas, moi, ça m’a fait rire.

Voici donc TextMaster, une entreprise spécialisée dans la correction et la traduction de textes qui a lancé LOOP : “une solution novatrice de traduction et de correction d’emails par des professionnels”. D’où une grande campagne d’emailing que je reçois donc. Dans le mail et le PDF associé, on apprend que TextMaster a commandé une étude et que “le constat est alarmant : 90% des emails envoyés par les entreprises à leurs clients contiennent au moins une faute d’orthographe”. C’est dire. Surtout que c’est “un manque à gagner réel en termes d’image et de compréhension du point de vue du client”. Tu m’étonnes…

Juste après, on insiste encore : “une seule faute d’orthographe peut avoir des effets catastrophiques sur la réalisation d’une vente ou d’un partenariat, et plus généralement sur l’image de l’entreprise”.

Bref, la solution pour éviter cela, c’est LOOP, donc, même si ça coûte des ronds et qui fonctionne comme suit : on crée une adresse chez eux, on envoie le texte à faire corriger et “le contenu est automatiquement soumis à la communauté des 42 000 auteurs professionnels de TextMaster pour être renvoyé, traduit ou corrigé, après quelques heures, à l’adresse de l’expéditeur”. Le prix ? “Par mot, ce service est facturé 1 cent pour une correction et 2 cents pour une traduction”.

Alors bien sûr, quand on envoie un mail de ce genre pour vendre un service de ce genre, il vaut mieux se blinder. Sinon, ça fait tache :

textmaster_cor

Autant dire que ces “enemies” ont incité nombre de destinataires à répondre à l’émissaire de ce mail (une boîte de com, pas TextMaster elle-même, heureusement) pour faire remarquer la faute d’orthographe. Et donc, on a eu le droit à “ERRATUM” constitué du message corrigé avec en introduction cette petite phrase :

“Les ennemies”, comme vous avez été plusieurs à le remarquer, prennent bien entendu 2 “n”… pour les autres distraits, adoptez LOOP pour un sans-faute dans l’envoi de vos mails (ou communiqués).

Remarquez, je ne jette pas la première pierre : s’ils avaient utilisé le service LOOP, ça leur aurait coûté 6 euros…

Les Grandes erreurs du marketing (15) : le packaging

Amis du bon goût, bienvenue ! La semaine dernière (c’était pas du tout la semaine dernière, c’était il y a une éternité maintenant et en plus j’ai déjà posté la photo sur Twitter, mais je pense qu’il est nécessaire que j’en fasse un article pour ce blog moribond), j’ai acheté du thé. Oui, je vous vois venir : “on s’en fout”, criez-vous derrière votre ordinateur alors que vous buvez un Benco avarié. Et bien, dans ce cas, coupez le son de ce blog ! Oui, allez-y ! Pas de quoi avoir peur ! Vous savez : le monde ne s’écroulera pas(*).

Bref, donc, pour ceux qui sont restés, j’ai acheté une boîte de thé au Carrefour Market en face du boulot (où — miracle sur la 42e rue — je n’ai toujours pas été viré). Je la trouvais bizarre cette boîte, son packaging ne me semblait pas correspondre à la promesse que j’attends d’une boîte de thé, mais c’était du Tetley avec les sachets à tirettes qui permettent de vider toute l’eau du filtre et c’est quand même bien pratique. Du coup, malgré ma réticence à l’acheter, j’ai quand même craqué.

Revenu au bureau, j’ai mis la boîte de Tetley sur le rebord de mon bureau, histoire de voir ce qui allait se passer. Est-ce que j’étais le seul à m’être fait des idées ou bien y avait-il de la part de TATA (la firme qui commercialise le thé Tetley) une véritable bourde de packaging ?

Tetley

Ça n’a pas raté : deux personnes sur trois sont venues me demander pourquoi j’avais acheté des tampons périodiques. Et il faut reconnaître qu’on peut facilement s’y tromper :

Tampax

J’imagine comment ils en sont arrivés à cette merveilleuse idée :

– Bon, les mecs, faut plancher sur le nouveau packaging de notre boîte de thé.
– Ouééééé !
– Alors, le thé c’est une boisson de… ?
– GONZESSES !
– Ouééééé !
– Pas con !
– Carrément !
– Les mecs y boivent du CAFÉ !
– Et de la bière !
– Ouééééé !
– Bon, et qu’est-ce qu’elles aiment les gonzesses ?
– …
– …
– Le thé ?
– Maurice, t’es con.
– Les tampons hygiéniques ?
– Elles… aiment ?
– En tout cas, elles en achètent !
– Pas con…
– Donc, si… on fait une boîte…
– Comme celle des tampons…
– Peut-être qu’elles auront l’impression…
– Que c’est pour elles ?
– Carrément !
– Et en plus, si ça se trouve, elles croiront acheter des tampons !
– Et on double nos parts de marché !
– LA CLASSE !
– TROP FORT !
– Ok et sur la boîte, à côté de notre pictogramme de la tirette, on met en gros : “EXTRA ABSORBANT”.

Bravo les gars. C’est très réussi.

(*) sauf si vous lisez ce post le 21 décembre 2012, là, je ne garantis rien.

Une Grande erreur du marketing corrigée

Le 2 juillet 2009 dernier, j’évoquais dans ma série (un peu à l’abandon en ce moment, on va pas se mentir) “Les Grandes erreurs du marketing” le cas “Anecoop” qui proposait “la pastèque sans pépins” avec un astérisque “Peut contenir éventuellement quelques pépins”. Fort de ma remarque, la société a élaboré une toute nouvelle race de pastèques mutantes (et sûrement tueuses, je n’ai pas tous les détails) qui n’aurait — cette fois-ci — pas de pépins. Comme le prouve la nouvelle campagne de pub dans le métro :

Plus de pépin

Miracle ! Plus d’astérisque ni de renvoi ! Voici enfin les VÉRITABLES pastèques sans pépins. La science vient de faire un GRAND pas. Reste une question inhérente : comment la pastèque se reproduit-elle si elle ne produit plus de graine ? Ou alors, c’est une pastèque mixée avec de l’ADN de pêche, comme ça, elle n’a plus un pépin; mais un noyau ? J’en sais rien. J’avoue que je ne sais pas si je dois vraiment me féliciter de mon impact dans le sens où par ma faute, on a sûrement pratiqué des manipulations génétiques pas très orthodoxes. Ma conscience s’en remettra, mais survivrons-nous à l’invasion de ces pastèques new age ?

Les Grandes erreurs du marketing (14) : le retour de la traduction

Quoi de mieux que de se reposer sur les autres pour me filer des idées pour mon blog ? Bah voilà. Grâce à lafillelabas, je peux vous offrir un nouvel épisode de notre célèbre série des Grandes erreurs du marketing. Et à l’heure des soldes, amusons-nous encore avec les plus belles traductions de notre enfance grâce au géant de l’ameublement, non pas Ikea, l’autre (qui est aussi détenu par Ikea remarquez), Habitat.

Par exemple, comment traduiriez-vous “Love Your Home” ? Hein ? C’est une question. Habitat répond avec habileté : “Love Your Home” se traduit par… mais regardez plutôt :

loveyour.jpg

Voilà. On le traduit par “Love Your Home par Habitat”. Si ce n’est pas l’application claire et nette de la loi Toubon, je ne sais pas ce que c’est.

Mais Habitat nous offre un peu plus encore. On pense que les textes sont relus en France, mais pas du tout. En fait, ils sont moulinés dans le traducteur automatique de Google et ça nous donne un beau résultat :

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“Vous êtes entre de bonnes mains”, nous promet-on, “Le site web Habitat vous permet, en un seul clic, d’acheter de beaux et innovants produits”. Je suis fan des innovants produits pour ma part. L’encart Chèque Cadeau est lui aussi magnifique :

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Un chèque ? Une chèque ? Mon cœur balance et celui du rédacteur avec.

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On appréciera tout particulièrement l’absence d’accent sur le “Montage a domicile”, et les répétitions sympathiques (“montage” / “monter”, “aide” / “aide”…), avant d’admirer les “Retours” qui sont gratuits “selon les conditions générales présentent sur le site web pour”. C’est un peu comme si on avait voulu écrire une phrase puis qu’on avait passé les mots dans un mixer géant.

Sur ce, vous laisse je, vos parents amitiés mes à.

Les Grandes erreurs du marketing (13) : la traduction audacieuse

Comme je suis un être pur qui milite en faveur de toutes les ONG au monde, je suis bien évidemment contre le trou dans la couche d’ozone, contre la déforestation de l’Amazonie, contre la malnutrition (en Afrique exclusivement), contre le travail des enfants, contre la disparition des grands pandas de Chine et, par extension (cherchez pas), contre la malbouffe.

Conclusion : moi au MacDonald’s ? Et pourquoi pas violer un chaton mort avec des vers qui sortent du museau ? (Je trouve cette image très forte au petit déjeuner.)

Tout le monde n’a pas mon humanisme et j’ai même des amis qui vont manger dans des fast-foods de la porte de Champerret. On ne m’y prendra pas.

Bref.

En ce moment, chez MacDo (putain, vous ne pouvez pas imaginer comme ça me file faim de parler de ça à 6 heures du matin), il y a (ça ouvre à quelle heure le MacDo ?) une opération (il y en a un à Denfert, c’est à dix minutes) promotionnelle (on peut y aller en slip ?) pour gagner des cadeaux (je vais prendre trois MacDeluxe) et notamment des trucs gratuits (et des nuggets) comme des hamburgers ou une grande boisson (c’est bon, ça, les nuggets) dans le cadre de l’achat (ou le KFC ?) d’un double menu géant (un bucket ?).

Donc, c’est une carte à gratter qui ressemble à ça (photos © krstv qui m’a envoyé ce scoop) :

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“Monopoly Reload” lit-on. Vous le savez, en France, on n’a pas le droit depuis au moins Toubon et peut-être même avant, d’écrire en langue étrangère dans un message publicitaire sans astérisquer (quoi ? tu connais pas ? c’est le verbe dérivé du nom, c’est très commun, merde, sors de devant ton ordi !) le vocable exotique pour le traduire en bon français bien de chez nous. C’est ce qui fait que les pubs pour Eurodisney pour un public touristique sont bardés de renvois hexagonaux en bas de page.

Chez MacDo, on se plie à cette obligation de bonne grâce. Société internationale de 400 000 employés à travers le monde (sans compter probablement les franchises), la firme sous-traite sa com à The Marketing Store qui “ne vise pas des consommateurs” mais qui “est inspiré par eux”. Et l’inspiration a été (très) grande pour traduire “reload” :

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“Reload” est devenu “re-booster”. Non seulement, la traduction n’est pas bonne, mais en plus, ils utilisent un autre mot anglais(*).

C’eut été drôle, mais The Marketing Store n’est pas connue pour son humour, qu’un autre astérisque nous renvoie vers une autre traduction, genre “Re-booster = re-increase” et ainsi de suite.

Notons que sur le site US de McDonald’s, la promo, c’est : “Monopoly is back! and the odds are better than ever”. Aucune mention de “reload” nulle part. Acclamons donc le Dieu du marketing capable de tels miracles d’approximation.

Bon, et il est sont où mes burgers ?

PS : En rédigeant cet article et pour des raisons complètement stupides, j’en suis venu à vérifier les infos trouvées et j’ai découvert que MacDonald’s a son siège social “1 McDonald’s Plaza” dans l’Illinois (salut Sufjan). Dingue, non ? Je ne résiste pas à vous montrer le bâtiment principal qui me fait rêver :

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(*) Certes, je concède que “booster” est dans le Robert depuis longtemps mais avec les définitions : “synchrotron injecteur d’un accélérateur de particules”, “Propulseur externe auxiliaire destiné à accentuer la poussée des engins spatiaux” et “amplificateur accroissant la puissance d’un autoradio” avec pour chaque définition une recommandation officielle en français.

Les Grandes erreurs du marketing (12) : l’autopromo masquée

Disclaimer : ce post est long et chiant (et non y a pas de contrepèterie ici).

Il y a bien longtemps, alors que la majorité des gens sur Twitter aujourd’hui tétaient leur biberon à la térébenthine, j’étais déjà sur Internet à arpenter les arcanes du savoir universel. On allait sur les forums de discussions, les “newsgroups”, pour discuter avec ses potes autour d’un sujet de conversation donné : les animaux, la musique, la littérature, la langue anglaise… Moi, j’étais sur fr.rec.cinema.discussion, le newsgroup consacré au cinéma. Il y avait une ribambelle de connectés et nous devisions brillamment des œuvres majeures du septième art et ces milliers d’octets de discussions sont dorénavant perdus à jamais dans les limbes de l’internet. Inception staïle.

Un peu comme sur Twitter aujourd’hui, il y avait les cadors, ceux qui parlaient beaucoup plus fort que les autres et qui avaient une cour versaillaise derrière eux prête à mordre le jarret des importuns. Et, comme on n’était pas vraiment limité à 140 caractères les conversations s’éternisaient et les citations intégrales s’accumulaient jusqu’à ce que — par ras-le-bol — on ne lâche l’affaire.

L’un d’eux, particulièrement prolixe et qu’on appellera YR pour se prévenir des potentiels référencements malencontreux, pouvait tanner quelqu’un des heures pour avoir osé dire qu’il appréciait un film que lui-même considérait comme nul. La demi-mesure n’existait pas dans son vocabulaire et il a mis son talent d’emmerdeur professionnel au service de la grande littérature : les essais cinématographiques.

Jusqu’ici, il en a rédigé deux. Le premier sur Woody Allen “dans un style simple et clair”, le second sur la mise en scène au cinéma “dans un style simple et précis” (il a été invité la semaine dernière sur Radio Courtoisie pour en parler) :

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Je ne vous les conseille pas, mais ce n’est pas vraiment là où je veux en venir.

Ses livres sont disponibles sur Amazon. Et dans les jours qui suivirent la sortie de son premier opus sur Woody Allen en 2006, trois commentaires particulièrement élogieux sont apparus, l’un de l’éditeur et deux d’internautes dithyrambiques :

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“Ouvrage pertinent” et “à marquer d’une pierre blanche”. Je connais le bonhomme, c’est un peu improbable, mais après tout, il a ses fans. Et même si Jean Lomi et Gédéon Parmesan n’ont jamais écrit qu’un commentaire chacun, rien n’indique qu’il s’agisse d’YR dans un geste d’autopromotion de seconde catégorie.

Depuis, plus rien n’avait été écrit sur ce bouquin. Mais un internaute, face à une telle logorrhée, s’est décidé à l’acheter (je ne sais pas qui c’est) et la semaine dernière, il le commente sur Amazon pour se dire “très déçu” :

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Le même jour débarque un certain Zelig — qui avait jusque là publié sept commentaires (dont une descente en flamme d’Un Prophète) (et qui devait probablement faire de la veille quotidienne sur ce livre en particulier) — pour assassiner le malheureux lecteur :

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Puis Zelig se dit qu’il est temps de pondre un autre commentaire dans un style “simple et clair et précis” et bien sûr, il va sur la page de l’autre livre d’YR et nous sort une analyse fracassante :

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Évidemment, on se demande si ce Zelig ne pourrait pas être lui-même l’auteur du livre, ce fameux YR. Mais comment en être sûr ? C’est peut-être un défenseur des grands essais de génies incompris après tout. Alors, en regardant les sept autres commentaires de Zelig, on tombe sur celui-ci :

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qui ressemble étrangement à la chronique de la même vidéo sur un journal musical en ligne et signé par… YR lui-même :

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Le mec qui s’auto-félicite de sa propre production en se faisant passer pour un internaute lambda et qui en profite pour insulter le goujat qui n’a pas su apprécier son œuvre, je dis : “grande classe”.

Les Grandes Erreurs du Marketing (11) : Orange, le réseau tout pourri

Dans ma série des grandes erreurs du marketing, je ne sais pas si vous avez vu cette grande campagne d’affichage dans les rues pour le réseau 3G+ d’Orange. On voit un panneau noir (classique) et au centre en lettres orange (re-classique), on lit : “Youpi !”. Un petit astérisque sur le côté explique la raison de cet émerveillement (et Dieu sait qu’il y a de quoi !), c’est qu’Orange a été élu meilleur réseau en France pour la 3G par l’ARCEP, l’autorité de régulation des téléphones que l’État contrôle, tout comme (encore un peu) Orange. Bon, le PDF en lien ci-joint n’a strictement aucun intérêt puisqu’à base de formules compliquées qui font mal au crâne, mais le bilan est là : comme par HASARD, Orange est le MEILLEUR opérateur et en a tiré sa campagne de pub : “Youpi ! Nous sommes les meilleurs”. Orange a même envoyé un SMS à tous ses clients : “Vous avez raison de préférer Orange. Nous offrons le meilleur réseau mobile en couverture et en qualité de service en France métropolitaine selon l’ARCEP”. Genre.

Chez moi, à Paris, dans mon appartement, on ne capte pas en 3G et à peine en EDGE. Pire : quand le réseau bascule de 3G à EDGE, on perd systématiquement la communication. Pratique ! Orange accuse les murs qui bloquent la toute gentille 3G qui veut passer. Ok, ok, soit. Mais pendant mes vacances, j’étais sur la terrasse d’une maison dans un bled “100% couvert” selon le site même de couverture d’Orange. Pour le coup, qu’on ne vienne pas m’arnaquer avec les murs. Et avec mon iPhone 3GS chez Orange, je ne captais rien tandis que le même téléphone chez SFR affichait un insolent “cinq barres” en 3G. Bref. En hommage à cette campagne de pub et ce réseau de daubasse pourri à la pisse de chat d’Orange, j’ai fait une compil’ de la qualité du réseau qu’on a chez Orange quand on est couvert en 3G “à 100%” selon l’ARCEP. Enjoy.

Orange, le réseau de merde

Mon conseil : si jamais un jour vous voulez un téléphone portable avec la 3G, évitez Orange.

Les Grandes erreurs du marketing (10)

Quand on descend la rue de Gaîté, on passe devant un sex-shop où on lit en grandes lettres dorées : « Du distributeur au consommateur ». J’imagine que le gérant pense qu’on se dit qu’on s’y retrouve niveau fric. Est-ce que c’est vraiment vendeur pour des cabines de projection avec “un choix de 3000 films pour un euros” ? J’ai des doutes.

Mais de toute façon, aujourd’hui, je vais vous parler yoghourt. C’est peu de le dire, mais s’il y a un endroit où le marketing sait faire des ravages, c’est bien dans l’industrie agroalimentaire du lait caillé. Et les yaourts sont, à ce titre, les champions toutes catégories. Et vas-y que je te fous du bidifus actif dedans et que si tu en bouffes des plâtrées entières pendant six mois, tu vas plus te reconnaître tellement t’auras la tronche d’un type qui a passé quatre ans dans Koh Lanta. Pis, y a l’autre, là, le lait ultra-concentré qui “renforce nos défenses naturelles” et qui empêche mamie d’attraper la grippe (aviaire ou pas). N’oublions pas non plus les magistrales Mousses de crème et autres Perles de lait, une véritable leçon.

C’est fou, le yoghourt, je crois que je pourrais en parler des heures, si ce n’est des années.

Or, donc, et par conséquent, tout à l’heure, j’étais à l’intérieur du Monoprix de Montparnasse en train de faire mes courses. Je t’ai dit ? Un jour j’y ai croisé le sosie (ou était-ce lui ?) de Domenech ! Véridique. Enfin bon, j’arrive au rayon des yaourts et, là, je suis comme d’habitude assommé par le choix délirant : un nombre de variétés qui se compte à mon avis par milliers.

Je m’élance tel un seul homme et me saisit d’une boîte de quatre pots d’Activia saveur Vanille. Activia, c’est Danone, c’est celui avec le bifidus actif dedans, d’ailleurs. Sur le côté du paquet, écrit en très gros, je lis :

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Voilà une bonne nouvelle ! Oui, parce qu’il faut savoir que si le yaourt fait autant de bien à l’organisme, il fait beaucoup plus de mal à la planète avec ses emballages poisseux et pire encore ses suremballages.

Le champion dans la catégorie, je crois que c’est Bonne Maman avec sa collection de biscuits (tartelettes, madeleines…) : chaque gâteau est minutieusement emballé sous un film plastique. Une véritable leçon de développement durable.

Mais revenons à mes yaourts : Activia supprime ainsi ses suremballages “sur les lots par 4”. “À la bonne heure”, je me dis, “la pratique du suremballage permettait principalement aux gens de ne pas découper les yaourts pour n’en prendre que deux et demi, ils ont dû se dire que ce n’était plus la peine, mais bon ils les laissent sur les paquets de huit, quand même, on n’est jamais trop prudent : si ça se trouve, un con pourrait casser un paquet de huit pour en faire un de six et un de deux”. Ma réflexion faite, je glisse le lot dans ma panière et je jette un œil rapidement sur le renvoi après l’annonce, juste derrière le “4”. Et je lis :

* Sauf sur les lots conservant leurs suremballages

Les bras m’en sont tombés, Monsieur Jourdain. Activita supprime les suremballages de ses lots de quatre sauf quand elle ne les supprime pas. L’intérêt de cette précision dépasse à mon sens l’entendement de l’intelligence humaine et il faut être ou très con ou s’appeler Morandini pour que cela puisse ne serait-ce que sembler un minimum pertinent. Mais, ça ne s’arrête pas là. Juste après, une seconde précision tout aussi utile :

* Sauf sur les lots conservant leurs suremballages et sur les lots existants déjà sans suremballage.

On ne saurait mieux dire. Si cette précision a très certainement une raison d’être légale, on se dit qu’atteindre ce degré de connerie dans l’enfoncement de portes ouvertes n’est pas donné à tout le monde. Et je comprends mieux pourquoi il faut faire de grandes écoles prestigieuses et ô combien coûteuses pour atteindre ce nirvana de la réflexion et toucher du doigt le Walhalla du marketing : la joie de prendre le reste de la planète pour des abrutis.

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Les Grandes Erreurs du Marketing (9)

Je ne suis pas le seul à m’en être aperçu, je me demandais juste si c’était réellement une erreur. Ça me paraissait trop gros. Voyez donc cette très belle image promo du Petit Nicolas :

Petit Nicolas

Voilà, alors comme ça, on se dit que le décorateur a fait un joli boulot de reconstitution, qu’il n’y a pas le moindre doute que nous sommes dans une jolie France ripolinisée qui sent bon le formica et de Gaulle quand soudain un détail attire notre regard : la plaque d’immatriculation “708 JXJ 75”.

D’abord, même dans les années soixante, je ne vois pas trop où ils ont trouvé ce genre de pavillons de banlieue à Paris, mais bon après tout peut-être que le papa du Petit Nicolas a préféré s’immatriculer à la capitale pour finalement vivre à Palaiseau ou au Vésinet ou peut-être est-ce une voiture d’entreprise, que sais-je encore ?

Ensuite, une autre question turlupine le connard que je suis : y avait-il déjà des plaques minéralogiques à trois lettres à l’époque ? C’est fort possible vu que je ne suis vraiment pas un expert sur le sujet, mais certains sont très très calés, eux. En cherchant un peu sur internet (parce qu’il semblerait que décemment je n’ai rien d’autre à foutre de mon samedi matin), on tombe sur des fous furieux : une association de collectionneurs de plaques d’immatriculation, Francoplaque.

Et sur leur site, on trouve un historique de la nomenclature française. Si c’est pas ma chance, ça ! Alors, en fouillant plus en détail, on apprend qu’à partir des années cinquante, les plaques sont numérotées sous la forme de chiffres (de un à trois pour tous les départements, sauf Paris où la plaque pouvait être composée de quatre chiffres – les choses évoluent par la suite) puis de lettres (une, deux puis trois – à ce moment-là, on revenait à un maximum de trois chiffres pour ne pas avoir plus de huit caractères sur la plaque) et enfin du département (une foule de détails captivants est à découvrir sur leur site). Mais la grande question restait en suspens : quand donc à Paris a-t-on eu la première plaque avec trois chiffres et trois lettres ? Et ce merveilleux site m’a fourni la réponse sur une autre page qui répertorie pour chaque année la première immatriculation par département (des fous, je vous dis).

Bingo : la circulaire qui autorise l’immatriculation à trois lettres date du 3 janvier 1972 et, à en croire un tableau soigneusement renseigné, c’est entre 1974 et 1975 qu’apparaît le premier 1 AAA 75 (qui fait suite au 9999 ZZ 75). Si l’on poursuit l’investigation (digne d’un Derrick), c’est entre 1992 (341 JSP 75) et 1993 (319 KEK 75) qu’a pu être donné un tel numéro à une plaque minéralogique. Puisque théoriquement, les histoires du Petit Nicolas se déroulent “dans une France de la petite bourgeoisie du début des années soixante”, on peut sans se tromper en conclure avec un plaisir inouï et un sourire ravi qu’il s’agit bien d’une grosse bourdasse de l’accessoiriste et ranger cette photo dans ma collec’ des grandes erreurs du marketing.

Bon… et si j’allais faire quelque chose de ma vie, maintenant ?

Les Grandes Erreurs du Marketing (8)

Non, je veux bien les mecs, mais c’est quoi le problème ? Vous faites un concours pour être cités dans cette rubrique ? Je ne suis pas à ce point influent, pourtant.

Moi, je croyais quand on faisait une pub pour un produit qu’il fallait insister sur le truc qui fait la vraie différence avec la concurrence.

Par exemple, si j’avais trouvé un moyen de cultiver des pastèques sans pépins, je pense que c’est la chose que j’aurais mise en avant. J’aurais fait une pub comme ça, en somme :

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Maintenant, si mes pastèques ont des pépins, je ne pense pas que l’accroche forte de ma pub serait “Pastèques sans pépins”. Je ne sais pas, j’aurais cogité et trouvé un autre truc : son goût, sa couleur, son origine, sa fabrication, le plastique qui l’emballe… Parce que le coup de l’astérisque qui renvoie au bas de l’affiche pour expliquer que la pastèque sans pépins, elle en a quand même, c’est limite du gros foutage de gueule.

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Les Grandes Erreurs du Marketing (7)

Aujourd’hui, au boulot, c’était pack shooting. Ouais, c’est du langage de journaliste, laisse tomber, tu peux pas comprendre ; enfin, en vrai, du langage d’éditeur pour dire qu’on fait des photos à la chaîne en essayant tant bien que possible de conserver une certaine qualité (bon, tout le monde n’a pas la même définition du mot “qualité”, mais bref, je suis pas là pour pouiller sur mes collègues, et en plus, je ne suis pas le meilleur, donc je la ferme) et surtout sans payer de photographe, parce que c’est tellement facile que les rédacteurs peuvent bien s’en occuper.

Aujourd’hui, on m’amène un appareil : un lecteur CD très haut de gamme ; genre qui doit coûter pas loin de 4 000 euros. Et là, je regarde la télécommande, et clairement celle-ci venait de la glorieuse nation du Kazakhstan. Un truc magnifique. Quatre centimètres de haut vingt centimètres de long et à peu près un kilo et surtout pleins de touches.

Comparaison

Prise en main

épaisseur

Alors, je ne sais pas si dans le service marketing de la marque ils se sont dit que “putain, c’est la classe quand même”, peut-être même qu’ils ont trouvé ça joli. Ou peut-être est-ce pour justifier le prix de l’appareil ? J’hésite, j’hésite…

Les Grandes Erreurs du Marketing (6)

Quand même, il y a des agences de communication qui ne se font pas chier. Comparons ainsi :

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Si j’étais Denny Crane, je te ferais un de ces procès retentissants, tiens ! Ça ne ferait pas un pli.

Les Grandes Erreurs du Marketing (5)

En mars dernier, Barclays rachète pour 745 millions de dollars une banque russe, Expobank, afin de développer sa présence sur les marchés émergents. Expobank, ce n’est pas une banque d’affaires, c’est une banque pour les particuliers comme, je sais pas moi, le Crédit Coopératif. En un peu plus grand, toutefois. C’est la dixième sur le territoire de la Russie.

Bref, on se félicite, on se congratule et on va signer les papiers. Les grands pontes de la Barclays, parapluie et haut-de-forme en avant, débarquent donc à Saint-Pétersbourg, viennent dire bonjour aux chefs d’Expobank, mangent du caviar, boivent du champagne, et comment va la petite ? Et votre femme ? Et l’hiver est rude, non ?

Quand enfin les contrats sont signés, les dirigeants d’Expobank offrent alors aux Britanniques de la Barclays un cadeau très gentil à leurs yeux : un calendrier réalisé en interne avec en photo les conseillères clientèle, les cheftaines d’agences et les secrétaires d’Expobank — et pas les plus moches. Surprise ! Ces dernières ne sont pas sottement en tailleur Chanel à répondre au téléphone, mais dans des poses lascives et en petites tenues. Tout ceci est accompagné par des slogans pour le moins incitants à la débauche la plus totale. Quelques extraits :

Miss Janvier Maria Guterman, Manager Senior, Miss Janvier

Miss Février Yevgenia Trusilova, Commercial, Miss Février
(slogan : Nous répondons à toutes vos demandes personnelles)

Miss Mars Chef économique pour les clients VIP, Anna Pogodina, Miss Mars

On peut voir pratiquement toutes les photos ici. Le projet a été proposé par le directeur général de la banque, Kirill Yakubovskiy (orthographe approximative) et c’est sa femme, photographe professionnelle, Elena Broksa qui a pris les photos.

La réaction des employées de la banque est à découvrir aussi sur le site du Daily Mail, la plupart étaient « ravis », même si certaines ne savaient pas qu’il y aurait leur nom et leur fonction notés sur la photo.

En tout cas, ça a créé un mini-scandale en Angleterre, même si cela semble être assez classique en Russie. Cela dit, je vois pas qui pourrait faire ça dans ma société…

Et je remercie mon copain de la Barclays qui m’en a parlé ce matin.

Les Grandes Erreurs du Marketing (4)

Je me demande combien de têtes pensantes chèrement payées par ma société se sont mises ensemble pour réussir à accoucher de ce nouveau logo ainsi que de ce magnifique slogan qui, l’un comme l’autre, honorent notre régie publicitaire.

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Plus encore, je me demande bien qui a donné l’accord pour le déploiement de cette œuvre qui rappelle les pires heures du marketing français des années quatre-vingts. Outre la laideur du graphisme (non sérieusement, est-ce que ce style de coche en forme de racine carrée évidée est encore acceptable ailleurs que dans un fichier Excel ?) soulignée par le choix de la couleur censée être “or” (c’est raté), est-ce qu’en 2008 un slogan comme “La régie partenaire de votre succès” est acceptable ? Pourquoi pas “La synergie-conseil au profit de votre média management support” tant qu’on y est ?

Ô vacuité de l’esprit humain des élèves de l’ISG, quand auras-tu fini de me faire souffrir ?

Les Grandes Erreurs du Marketing (3)

Quand on passe à la station de métro Balard, on peut voir cette publicité pour un restaurant indien, le Kamalâ-Inde.

Kamalâ

Il semblerait que c’est un endroit délicieux, où on y mange vraiment très bien comme le dit d’ailleurs le chanteur national Carlos :

Carlos adore

Oui, bien que mort, il adore y revenir.

La seule explication que je vois : Carlos est devenu un mort-vivant et au Kamalâ-Inde, on sert de la chair humaine bouillie au curry.

Ou alors ils n’ont pas modifié leur pub depuis la mort du fils de Dolto, mais je préfère mon hypothèse précédente. Elle me paraît largement plus sensée et nettement moins loufoque.