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Catégorie : Voyage

Comment j’ai été spolié du commentaire le plus élogieux jamais écrit sur Airbnb

Cette histoire est inspirée de faits réels. Toutefois, certains événements ont été modifiés à des fins de dramatisation.

En novembre dernier, avec un ami, j’ai fait un superbe voyage en Écosse : j’en ai déjà parlé quand on cherchait un logement sur Booking. Au cours de notre périple, nous nous sommes arrêtés à Glasgow. Nous avons loué là-bas un appartement avec Airbnb (puisque tout était complet chez Booking) dans un quartier très sympa, pas très loin de la cathédrale.

Le soir de notre arrivée, après avoir récupéré les clés et discuté avec notre hôte, Rachel, nous partons dîner. Au milieu du repas, je reçois un texto de Rachel : “Il y a le feu dans l’immeuble au 5e étage, ça va ?”. Je réponds qu’on va bien et je demande ce qu’il se passe. Elle vient d’apprendre qu’il y a eu un incendie dans une boîte à fusible. On continue d’échanger pendant la soirée, je lui explique qu’on est au pub, mais que je peux aller voir ce qu’il se passe si elle veut. Elle me répond : “Non, j’ai contacté un voisin. Je suis désolée de ce qui vous arrive, mais contente que vous alliez bien, tenez-moi au courant”.

On rentre sans problèmes, les pompiers étaient partis.

Le lendemain, tandis que je prends ma douche, mon pote descend acheter de quoi se sustenter pour le petit déjeuner. Et là, une sirène retentit. “C’est quoi, cette connerie ?”, me demandé-je, la figure pleine de savon. Je finis par me dire que ça va s’arrêter tout seul : “Ça doit être un test après le feu d’hier. Pour sûr, Arthur”.

Je sors de la douche, je me sèche, je m’habille – jusqu’ici, c’est passionnant -, mais ça continue. Et je commence à être vaguement agacé par ce “TUUUUUUT” permanent qui me vrille les oreilles. Je passe une tête dans le couloir, je ne vois personne. “Bon, alors, ils vont le stopper, ce test ?”

Inutile de vous dire que je ne me presse absolument pas, mais je me demande où a bien pu partir mon ami si longtemps pour acheter deux croissants et une boîte de thé. “Ça fait plus d’une demi-heure, quand même, le supermarché est juste en bas…”

Je regarde alors mon téléphone, il m’a envoyé un SMS : “Il y a encore le feu !”

Non, mais il me prend pour une buse ? Je réponds direct : “Je ne suis pas sourd, mec : j’entends l’alerte.”

Mon portable émet un nouveau bip : “Bah sors !”

Soudain, je réalise ! Ah ah ah ! Mais bien sûr ! Il n’a pas compris comme moi qu’il s’agissait simplement d’un exercice d’alerte pour voir si tout marchait bien après l’incendie d’hier ! Je m’apprête à le prévenir qu’il peut remonter sans crainte sur la seule foi de mon intelligence supérieure, mais en réalité, j’enfile un pull et je sors de l’appartement pour le retrouver au rez-de-chaussée. Et juste avant de partir, une petite voix me souffle à l’oreille : “Si ça se trouve, tu ne pourras peut-être pas remonter.” Je retourne à l’intérieur et je prends en plus une veste et mon portefeuille.

Car c’est seulement quand je vois les trois camions de pompiers, des tas de résidents dehors, des badauds qui regardent la police bloquer la route et mon ami m’attendre de l’autre côté des barrières de sécurité que je me dis que la grosse buse, en fait, bah c’est moi.

À aucun moment, je n’ai paniqué, je n’ai même pas réfléchi que j’avais le moindre risque de me retrouver coincé par les flammes.

“Ah mais, excuse-me, but I didn’t know : I need to go back to take some stuff”, dis-je au soldat du feu à côté de l’entrée, surpris de voir qu’il y avait encore des habitants dans l’immeuble, parce que je n’ai même pas pris le guide de la ville. “Sorry, sir, you can’t go back to your flat.” En fait, toute la résidence est condamnée et nous sommes contraints de rester dehors, moi, mon copain et les courses du petit déjeuner, jusqu’à ce que l’incendie soit maîtrisé. Il est 10h20 et à ce moment-là, nous ne sommes même pas certains de pouvoir rentrer le soir (finalement, on pourra).

Je préviens Rachel qui n’en revient pas “Deux feux en 24 heures ? Je n’en ai jamais vu un et ça fait trois ans que j’habite ici !” Et tout au long de cette journée, j’ai passé mon temps à lui envoyer des SMS, en restant très cool, toujours zen et compréhensif, pour la tenir au courant de ce que nous disaient les pompiers et des actions en cours (nous sommes même allés à la mairie où les autres habitants de l’immeuble étaient bien remontés contre le bailleur).

Bref, j’ai été parfait (si on excepte que j’ai manqué brûler vif).

Quand on part, Airbnb nous demande de lâcher un com’ sur le profil de Rachel. On ne fait évidemment aucune mention des deux incendies :

Et c’est là que tout bascule. C’est mon pote qui rédige le commentaire, car c’est lui qui a réservé le logement depuis son compte. Mais comme la batterie de son téléphone était en rade, j’ai assuré la logistique avec mon portable en me faisant passer pour lui. Je m’aperçois que Rachel est depuis le début en plein mindfuck : elle est persuadée qu’elle lui parle ! SAUF QU’EN VRAI, C’EST MOI !

Subjuguée par mon sang-froid, mon flegme et ma gentillesse (ainsi que mes nombreux SMS pour la tenir au courant), elle publie alors sur le profil de mon compagnon de voyage le commentaire le plus élogieux que je n’ai jamais lu sur Airbnb. Le commentaire qui t’assure qu’aucun hôte ne pourra plus jamais te refuser un logement sans se faire bannir par Airbnb. Ce commentaire qui m’était destiné et dont mon ami m’a honteusement spolié (même s’il m’a sauvé des flammes).

Quant à Rachel, elle ne saura jamais que l’homme “superb”, c’était moi.

Les Musées de l’Horreur (II) : La Pâte Alimentaire

Mon premier post sur le sujet ayant été largement plébiscité (on compte d’ores et déjà un commentaire et il n’est même pas de moi), je reviens pour un second épisode de ma série intitulée : “Les Musées de l’Horreur”.

Aujourd’hui, découvrons ensemble le Musée de la Pâte Alimentaire à Rome ou plutôt le Museo Nazionale delle Paste Alimentari (je parle couramment l’italien littéraire).

Oui, on distingue clairement les musées consacrés à la pâte alimentaire de ceux qui s’intéressent à la pâte non alimentaire. Avec la pâte non alimentaire, on construit des baraquements pour les SDF. Avec la pâte alimentaire, on fabrique des pâtes à limes en terre (magistral jeu de mot pourri). Suis un peu, cher lecteur, parce que cet article promet d’être âpre, aride et intense.

Musée de la Pâte Alimentaire

Le musée donne sur la Piazza Scanderberg. On y entre par une porte (remarque le souci du détail) vitrée automatique et il y a même une petite rampe pour les handicapés, parce que de l’aveu même de la caissière, ce serait dommage qu’ils ne puissent pas y avoir accès. Celle-ci informe le chaland qu’il y a deux visites possibles : la rapide qui ne consiste qu’en deux demi-étages et la grande où l’on peut accéder à tous les étages (et malheureusement, précise-t-elle, cette visite n’est pas accessible aux handicapés, et c’est quand même bien dommage, parce que c’est là que c’est le plus beau).

Le prix est de 10 euros pour la complète (jambon, œuf, fromage) ou 5 euros pour la réduite. Obligation est faite de prendre l’audioguide, je comprendrai mieux pourquoi une fois à l’intérieur.

Je me décide pour la version courte, parce qu’en même temps, je sens déjà que ça va pas être super et j’ai été lâché par tous les autres touristes qui ont trouvé que c’était de la connerie sans nom d’aller visiter ce musée alors qu’il y a un peu mieux à faire d’un point de vue culture à Rome.

Je chausse donc mon audioguide et pousse la porte du musée après avoir donné mon ticket à la fille de la caisse qui a retiré son costume de caissière pour endosser celui de guide. Je suis seul dans le musée, chic, je vais pouvoir voler des trucs. Mais en fait non : la caissière-guide va me coller aux basques tout le long de mes pérégrinations.

musee_1.jpgLa visite commence par la “Salle du blé” qui présente du blé (hum) à différents stades de sa pousse. D’abord sous forme de graines, puis sous forme de tiges et enfin sous forme d’épis.

Fascinant.

Des coupes de terrain montrent le genre de terre dans lequel il est le plus propice à pousser.

La pièce suivante dévoile une machine qui fabrique les pâtes et notamment comment les différentes formes sont obtenues. Un schéma au mur (qui ressemble à s’y méprendre à celui qu’avait réalisée ma classe de quatrième au retour du voyage scolaire en Angleterre sous le préau de l’école) explique pourquoi les pâtes al dente sont plus digestes.

L’audioguide s’avère un précieux atout pour s’attarder dans la pièce sinon, en moins de trois secondes, on se serait cassé.

Comme j’ai choisi la visite rapide, je n’ai pas le droit de traverser tout un pan du musée où l’on apprend pêle-mêle les raisons des formidables qualités nutrionnetlles des pates, les ustensiles nécessaires à la fabrication de pâtes chez soi et surtout une magnifique chaîne de production ininterrompue.

musee_4.jpgDans la salle industrielle archéologique, on peut découvrir un large mortier dans lequel on écrasait le blé il y a cent cinquante ans. Il consiste en réalité en une énorme baignoire en pierre. J’ai l’esprit qui part à la renverse devant tant de beautés.

Dans la salle Travaglini, quelques gravures montrent des italiens du seizième siècle en train de pétrir le blé pour faire écho à la machine industriel ultra-sophistiquée que je viens de découvrir juste avant.

J’arrive enfin à ce qu’il est commun d’appeler le clou du musée. La salle Valeriani. C’est pour ainsi dire la raison qui pousse tous les visiteurs à venir découvrir ce musée.

Qu’est-ce donc ?

C’est une collection extraordinaire de photographies de personnalités du cinéma hollywoodien en train de manger des pâtes, dans des films ou dans la vie. Avec des légendes tout simplement renversantes comme sous cette photo de Marlon Brando : “Marlon Brando alias Don Corleone mange des Fusilli à la Roquette dans Le Parrain de Francis Ford Coppola” ou bien encore “Steve McQueen déguste des Tagliatelles avant de reprendre le tournage de Bullit“. Le tout est accompagné par l’audioguide : “Découvrez dans cette salle la plus grande collection de photographies de stars en train de rendre hommage à la nourriture italienne”.

Et c’est là que mon cerveau a explosé.

Photo de l’entrée du musée trouvée sur flickr.