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Catégorie : Regarder des images

La Finale

Aussitôt vu, aussitôt oublié

Sortie le jour de mon anniversaire, le 21 mars, premier jour du printemps (toute personne qui prétend le contraire est soit un de mes collègues soit une ordure, les deux se confondent facilement), La Finale est un film familiale qui nous narre les aventures de JB, un ado (joué par Rayane Bensetti) qui doit s’occuper de son grand-père, Roland, interprété par Thierry Lhermitte pendant le week-end tout ça parce que son père (à JB) s’est fait contrôlé en état d’ivresse par la police. J’aimerais vous en dire plus, mais j’avoue que j’ai vu le film il y a un long moment et j’ai totalement oublié cette partie.

Ce dont je me rappelle, en revanche, c’est que JB a, ce week-end là, une compétition de basket-ball qui peut le mener à une sélection nationale. Ça ressemble beaucoup a une pub de ma jeunesse où un ado devait participer à une compétition ultra-importante de karaté, mais son kimono était sale. Les Nuls avaient d’ailleurs réalisé la parfaite parodie de cette réclame :

Bref. Le truc un peu chiant de l’histoire, pour JB, c’est que son grand-père souffre de la maladie d’Alzeihmer. Il oublie donc tout, tout le temps. Tant que ça se passe dans la maison, les choses s’arrangent à peu près, mais JB, lui, ne compte pas rater son match. Et il a la solution parfaite : emmener son grand-père à Paris afin de ne pas se faire engueuler par ses parents pour l’avoir abandonner.

Sauf qu’en réalité, pendant tout le film, le spectateur n’a qu’une question en tête : lesquel de JB ou de Roland souffre réellement d’Alzheimer ? Je m’explique. Au cours du périple (qui passe par le train, le bus et la voiture), JB ne va cesser d’oublier que son grand-père est là. Dans le train, il le laisse tout seul avant de s’étonner qu’il n’est plus là. Il le récupère sur le quai, mais le train part. Tant pis, prenons un bus. Sauf qu’au premier arrêt sur l’aire d’autoroute, JB le laisse à nouveau tout seul. ET BOUM, Roland disparaît. Il le retrouve, ils prennent une voiture, mais voilà qu’à Paris, il laisse encore son grand-père tout seul. Et – truc de dingue auquel aucun spectateur ne pouvait s’attendre après une heure et demi à voir JB laisser son grand-père tout seul et remarquer dix minutes après qu’il a disparu – Roland se carapate. Mon verdict est sans appel, c’est le jeune qui est malade.

Soyons francs, en soi, La Finale n’a rien de catastrophique (dans quelques jours, je vais vous causer de L’École est finie et je ne serai pas aussi indulgent), mais cette répétition interminable de la même séquence focntionnerait mieux si tout le public lui-même souffrait d’Alzheimer. Personnellement, je ne crois pas être atteint encore par cette maladie, mais je reconnais que quelques jours après, j’avais déjà oublié les trois quarts du film.

J’ai quand même – par précaution – préféré consulter. A priori, ce n’est pas mon cerveau qui est atteint, mais plutôt le scénario. Ouf !

Jusqu’à la garde

Un film qui retourne le couteau

J’ai vu un paquet de films depuis Pentagon Papers. Mais je n’ai pas trouvé le temps (en raison de ma crasse fainéantise) d’en parler ici. Et puis, ça vous laisse le temps d’en voir. Ainsi j’évite de vous spoiler la moindre surprise. Mais Cannes m’a donné envie un peu de revenir sur le sujet. Parce que quand je lis ce que je lis, je me dis que je peux faire mille fois mieux sans même me forcer.

Commençons donc par un film particulièrement joyeux et guilleret qui est sorti le sept février dernier : Jusqu’à la garde.

Garde
Avouons-le : l’effet de flou autour du premier plan est dégueulasse

Cette œuvre narre les facéties hilarantes d’un père de famille qui, après avoir perdu la garde de ses deux enfants à la suite d’un divorce difficile, décide d’opérer une reconversion professionnelle comme clown d’anniversaire. La première partie du film raconte sa formation, la seconde la mise en pratique de son nouveau talent. À la fin du film, les deux enfants sont dégoûtés, car le père est devenu une célébrité dans le quartier grâce à ses animaux en ballons. Ça se termine avec le père déguisé en lapin de Pâques, ses enfants sur les genoux et tous rigolent de bon cœur tandis que la maman, finalement réconcilée avec le papa prépare un… gâteau d’anniversaire pour les dix ans du petit !

TUIIIIIIIIIIIIINNNNNNTTTTT

Vous y avez cru ? Ahahahaha ! Je me suis joué de vous comme un ventriloque de sa marionnette.

La seule chose vraie, c’est que le film débute par un homme et une femme, Antoine (Denis Ménochet) et Miriam (Léa Drucker) chez un juge en train de plaider chacun pour obtenir la garde des enfants (Julien et Joséphine) après leur divorce. Miriam accuse son ex-mari d’être violent (et reconnaissons que l’acteur a le physique de l’emploi). Hélas, la justice est aveugle (dans tous les sens du terme) et accepte la garde partagée : un week-end sur deux chez le père et la moitié des vacances scolaires. Seul Julien est concerné puisque sa sœur est majeure. Miriam, qui avait mis une certaine distance entre son ex-époux et elle, est totalement dévastée et nous avec.

Car la suite de l’histoire ne va pas aller en s’améliorant.

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Euphorie et allégresse chez la juge

Notamment parce que Julien, dont on n’arrive pas vraiment à comprendre s’il veut bien faire ou s’il se rend compte qu’il fout le bordel sciemment, va envenimer une situation déjà pourrie jusqu’à la moelle. Il veut aller à l’anniversaire de sa sœur un week-end où il est censé être chez son père. Le père accepte, mais il veut que son ex-femme le lui demande. Comme Miriam est effrayée par cet ogre, Julien n’ose pas le lui demander et raconte finalement à sa mère que son père refuse de lui concéder ce week-end.

Et alors que tout se passait merveilleusement bien, tout va empirer : Antoine va dévoiler sa vraie nature (que son physique ne cachait pas vraiment) et tout ça va se terminer par un final qui n’est pas sans rappeler Shining de Stanley Kubrick (sauf qu’il déboule chez son ex-femme avec un fusil plutôt qu’une hache, mais ça ne change pas grand-chose dans le fond) (fun fact : vous saviez qu’on dit [fuzile] ? J’ai toujours dit [fuziye] ? Eh bien j’avais tort ! Je trouve ça totalement incroyable d’apprendre encore des choses à mon âge, et encore plus de m’en souvenir, mais je digresse).

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Enthousiasme, gaieté et extase en famille

Grâce à une vieille dame acariâtre qui réside en face de chez Miriam, la police interviendra quelques secondes avant que le sombre fait divers promis n’arrive et que l’histoire ne devienne une reconstitution d’un Faites entrer l’accusé. Fin avec un générique sans musique. Et si cette absence de musique surprend, on s’aperçoit alors qu’on n’en a entendu pratiquement aucune pendant tout le film.

Une aridité générale et oppressante appuyée par une mise en scène au départ sèche (qui laisse planer toutefois une angoisse sur une possible réalisation façon documentaire de seconde partie de soirée sur France 3). Tout suinte le malaise ici.

J’ai été mal pendant une heure trente à me demander pourquoi j’étais venu et à regarder les amis qui m’accompagnaient et qui n’avaient pas l’air bien plus joyeux que moi. En sortant, je n’osais pas affronter leurs regards, craignant qu’un psychopathe taré se cache dans le groupe (et, statistiquement, c’était forcément le cas).

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Marrade générale

Et puis, là, UNE CONSOLATION. Une seule qui est arrivée comme un cadeau du ciel, comme pour dire : “Vous en avez chiés pendant tout ce film, voici un présent qui va vous consoler”. Louis Garrel a débarqué dans le même cinéma dont nous sortions (je vous raconte ça alors que je n’ai jamais été fan de Louis Garrel, je trouve qu’il ressemble à une grosse otarie affublée d’un pantalon en velours). Ça ne nous a pas enlevé le mauvais goût dans la bouche, mais on a pu éviter de parler du film qu’on venait de voir.

Louis Garrel est entré dans une salle. Il n’allait pas voir Jusqu’à la garde, mais Phantom Thread. La petite nature !

Pentagon Papers

Journaliste est-il un métier ?

Avec Les Hommes du Président,Alan J. Pakula a plus ou moins défini les codes d’un film sur le journalisme (ou journalimse, j’ai un doute) : des grands open spaces, des gens au téléphone, des discussions interminables dans le bureau d’un rédacteur en chef acariâtre, des grosses machines qui impriment des journaux et un directeur qui s’écrie à un moment donné : “Lancez les rotatives” (je vous encourage à voir sur ce sujet le très bon sketch de Seth Meyers sur le sujet).

Sans surprise, Spielberg reprend exactement la même sauce dans Pentagon Papers (je me permets un aparté : le titre original du film est The Post et fait référence au journal qui a publié ces articles, le Washington Post. Alors, quitte à changer le titre pour le public francophone, on peut se demander avec une certaine légitimité pourquoi en faire une alternative en anglais. Est-ce que “Les dossiers du Pentagone” n’aurait pas convaincu le public ? Je vous laisse seuls juges).

Mais il ajoute à cela une passion incompréhensible pour l’entrejambe de Tom Hanks qu’on voit plus que de raison. Dès que Tom doit montrer qu’il est en colère ou qu’il a une décision importante à prendre, il pose sa jambe droite sur une table devant lui et Spielberg le filme en contre-plongée pour qu’on admire au premier plan, le pli de son pantalon au niveau de son scrotum.

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Hanks joue de toute façon comme une savate, mimant l’idée qu’il se fait d’un patron de presse dans les années 60 : il fume des cigarettes, parle avec une grosse voix, gueule sur la première personne qui passe devant ses yeux et surtout, dès qu’il est debout, conserve ses mains dans les poches arrière de son pantalon pour bomber le torse et affirmer silencieusement qu’on ne la lui fait pas.

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On peut tout de même sauver la performance de Meryl Streep, une bonne chose puisqu’elle est finalement la figure centrale du film. En effet, tout le film consiste à savoir si elle acceptera de publier les Pintaguaune Payepeursse dans son journal, le Washington Post, journal qu’elle a hérité de son père et que son époux (de Meryl Streep) dirigeait jusqu’à sa mort (de son époux, pas de Meryl Streep) et dont elle a hérité (du journal) (de son époux) (mais du père) (au départ). Suivez, merde !

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J’ai absolument rien compris à la phrase au-dessus.

C’est donc le chemin initiatique d’un personnage face à une décision impossible, et qui, en la prenant (la décision), passera de femme au foyer à femme de pouvoir dans un monde férocement patriarcal (cette phrase est inutilement compliquée grammaticalement). Mais Spielberg devait tellement craindre qu’on ne comprenne pas son propos, malgré la performance de Streep, qu’il a ajouté des poncifs d’une lourdeur à faire passer un kouglof pour une mousse légère à la framboise. Ainsi, on retiendra ce plan ridicule après le procès, où Meryl Streep descend les marches du palais de justice entourée uniquement de femmes la regardant comme si elle était le Messie ou la vierge Marie. Mais c’est un peu pareil.

Streep

Bref, comme je m’ennuyais à cent sous de l’heure pendant le film, j’en ai profité pour affiner une théorie remarquable qu’on enseignera bientôt dans les grandes écoles de journalisme (hélas, je n’ai pas le temps d’en écrire la synthèse : avec mon divorce, les enfants et le petit dernier qui fait ses dents, j’ai des nuits épuisantes) : ce qu’on retient des films sur le journalisme, c’est que ce métier consiste principalement à attendre qu’une personne légèrement inconsciente décide de prendre tous les risques pour vous fournir des dossiers ultras confidentiels. Et que le niveau d’effort à fournir pour un journaliste afin d’obtenir un scoop est nul.

Telephone
Allo oui ? Vous avez un scoop pour moi ?

Regardez Les Hommes du président : Dustin Hoffman et Robert Redford brassent du vent pendant une heure (ils courent dans la rédaction, mangent des ouiches lorraines et discutent de se taper des gonzesses (je confonds peut-être avec Le Grand détournement)) jusqu’à ce qu’un indic, “Gorge profonde”, les contacte et leur livre, clé en main, les documents impliquant Nixon. Sans cet indic, ils n’ont aucune preuve. Une fois les dossiers obtenus, les deux larrons en écrivent un digest et gagnent un prix Pulitzer. Un Pulitzer pour quoi ? Pour avoir bu des cafés et répondu au téléphone…

C’est à peu près pareil dans Pentagon Papers, où un antimilitariste convaincu décide de photocopier des dossiers ultra-confidentiels avant de les filer au New York Times, d’abord, puis au Washington Post, ensuite.

Et l’autre jour, je regardais la saison 5 de Homeland et c’était exactement pareil : la journaliste y révèle des dossiers de la CIA hackés par un informaticien de génie. Et qu’a-t-elle fait pour les avoir ? Absolument rien. Le mec les lui a filés “parce que j’aime bien votre travail”. N’importe quoi.

Cette thèse s’étend d’ailleurs semble-t-il dans la réalité. Par exemple avec les journalistes d’investigation de Médiapart qui ont sorti l’affaire Bettencourt. Si on analyse objectivement leur travail, ils n’ont fait que sélectionner des morceaux choisis d’enregistrements illégaux réalisés par le majordome de Liliane. Le scoop leur est arrivé tout cuit dans le bec. Même si j’imagine bien que Plenel leur met une pression de dingue et que ça les oblige à se créer un réseau d’informateurs pour espérer de temps à autre obtenir un truc juteux qui calmera la bête à moustache.

Finalement, la seule question de ces journalistes, c’est un choix éthique : doivent-ils publier des documents obtenus sans bouger le petit doigt ? Je ne dis pas que ce n’est pas passionnant comme interrogation, mais franchement : être célébré pour avoir patienté des heures devant son téléphone, n’est-ce pas récompenser la fainéantise ?

Star Wars : Les Derniers Jedi

Il est temps que l'Empire gagne

Comme Renault a appris que j’ai obtenu le prix Roberval en novembre dernier, prix qui récompense les meilleurs auteurs français au monde (donc moi), la firme au losange n’a pas résisté à l’envie de m’inviter à la projection du dernier Star Wars avec toute une ribambelle d’autres célébrités et saltimbanques dont Roland Domenech, Eddy Seimoun, Martin Boujenah, Jean-Paul Denisot et le chanteur d’Indochine (qui doit avoir un nom, mais je l’ai oublié). Et ça tombe bien, car je n’y serais jamais allé sans la promesse de petits fours et de champagnes après.

J’avais, bien sûr, tout oublié de l’épisode 7, donc je n’ai pas bien suivi le début de l’épisode 8, mais très vite, on comprend que l’affaire ne tient qu’à une seule question : “Est-ce la fin de la Rébellion ?” (en toute franchise, il y a également une histoire entre Rey, Luke Skywalker et Kylo Ren, mais toute cette partie est plutôt bien, et comme mon article est fondé sur de la mauvaise foi, je vais les passer sous silence.)

“Est-ce la fin de la Rébellion ?”

Voici en substance ce que raconte j’ai compris de l’épisode 8, “Les derniers Jedi”. Si vous voulez vous évitez de trop vous faire spoiler le film, cliquez ici.

La Rébellion, dont l’ensemble de la population ne dépasse pas le nombre de participants à un congrès du PC avec Robert Hue en 2007, est prise en chasse par le vaisseau amiral du Premier Ordre (le nouveau nom de l’Empire). La flotte est décimée par ce destroyer du mal, mais grâce à une forte tête, Poe Dameron, une ouverture permet à un bombardier de la Rébellion de détruire in extremis le vaisseau ennemi.

Hélas, mis à part nous occuper vingt minutes, cet exploit n’aura servi à rien : si la flotte rebelle arrive à s’enfuir en sautant dans l’hyperespace, un nouveau dispositif ultramoderne de l’Empire permet de la suivre à la trace. À peine sort-elle de l’hyperespace qu’un nouveau vaisseau amiral surgit (avec trois autres) autour d’elle.

Leia est vénère : les rebelles ont à peine assez d’essence pour refaire un saut dans l’hyperespace et la prochaine station-service est à 4 parsecs de là. Pis, de toute façon, ça ne servira à rien puisque le Premier Ordre est capable de les pister avec la précision d’une puce GPS dans un iPhone qui aurait encore de la batterie.

Une décision est prise : la flotte rebelle va continuer d’avancer en restant hors de portée des canons du vaisseau amiral ennemi. Au moins tant qu’elle aura de l’essence, soit dix-huit heure. Est-ce la fin de la Rébellion ?

Persuadé qu’il n’y a plus d’espoir, Finn, l’ex-Stormtrooper de l’épisode 7 (qui, pour une raison que j’ai oubliée, se réveille dans une chambre médicalisée), décide de fausser compagnie à la Rébellion. Mais il se fait choper par une jeune garde, Rose. Je vous abrège : Rose et Finn décident de désactiver le traqueur du Premier Ordre qui se trouve dans le destroyer. Leur chance, c’est que l’Empire ne possède qu’un traqueur, car si j’ai bien compris, il a été conçu par Apple : “C’est une technologie toute récente et extrêmement coûteuse”, explique Rose.

L’empereur Snoke en train de faire un animoji d’Andy Serkis

Sauf que… On n’entre pas dans le navire amiral comme dans un moulin ! Rose et Finn se font rancarder : il n’existe dans l’univers qu’UN seul spécialiste capable de pirater la porte ouvrant vers le SAS où a été rangé le traqueur. Ce spécialiste réside à Canto Bight, une ville casino sur une planète à quelques heures de là où se trouve la flotte rebelle. Ils prennent un vaisseau en loucedé et s’envolent vers Canto Bight. Est-ce la fin de la Rébellion ?

À croire que chaque Star Wars se doit d’avoir sa scène musicale, on a ici une énième autoparodie du Cantina Band de La Guerre des étoiles. Le premier travelling qui nous fait “découvrir” le casino est un prétexte pour montrer chaque table de jeu et son “extra-terrestre rigolo”. Les péripéties s’enchaînent et les lieux communs aussi : on apprend ainsi que “les gens s’enrichissent grâce aux guerres”, que “c’est mal de torturer des animaux”, qu’il y a “du gentil et du méchant chez tout le monde, ça dépend de son point de vue” ou que “les enfants ne doivent pas être traités comme des esclaves”. C’est de loin la pire séquence du film.

Rose et Finn finissent par débusquer la perle rare qui leur ouvrira la porte vers le traqueur. Mais tout ceci a pris énormément de temps, et alors qu’ils s’approchent du vaisseau de l’Empire, il ne reste déjà plus que deux heures de carburant. Or, pendant ce temps, la grande majorité de la flotte rebelle s’est fait exploser par l’Empire. Réduit à une portion congrue, le groupe de rebelles est en mauvaise posture. La vice-amirale Holdo décide alors d’évacuer la navette principale avec les derniers survivants. Est-ce la fin de la Rébellion ?

« J’ai une super idée. »

À nouveau, c’est un échec. L’Empire percute très vite qu’on les berne et envoie des croiseurs contre les capsules de survie. C’est un massacre. Est-ce la fin de la Rébellion ?

“Ah non. Sorry, C’est pas une super idée. My bad.”

Une infime partie du groupe de départ réussit à atterrir sur une planète proche (quelle chance !) sur laquelle se trouve une ancienne base minière et rebelle (quelle double chance !) où l’on trouve des armes (quelle méga chance !) et des speeders (non ? C’te CHANCE ! Et tout ça, juste à côté ! Ç’aurait pas pu mieux tomber).

Les vaisseaux du Premier Ordre débarquent, avec à l’intérieur Kylo Ren (le méchant). Et décision est prise d’exterminer les derniers rebelles retranchés derrière le mur d’acier fermant l’accès à la mine. C’est une occasion en or, car figurez-vous qu’il n’y a aucune issue de secours. Les rebelles se sont enfermés eux-mêmes dans leur tombeau (rire sardonique). À votre avis, est-ce la fin de la Rébellion ?

Attaque

Le carnage de rebelles continue (comme chez le boucher : “Je vous en ai mis pour 130 kilos de rebelles, je vous laisse le rab ?”). Sauf que… On ne s’en doutait pas, mais à l’intérieur de la mine, il y a des animaux rigolos : des chiens de glace (il y en a beaucoup, car le numérique permet d’en aligner des milliers pour pas cher) qui trouvent une sortie. Vous n’en croyez pas vos yeux ? Bah je vous le conseille.

Rintintin indiquant le chemin vers la sortie aux rebelles

Sauf que… Un gros éboulis obstrue la sortie. Les chiens parviennent à se faufiler, mais les gros rebelles, eux, ne peuvent rien faire. Est-ce la fin de la Rébellion (qui ne doit plus compter qu’une trentaine de partisans dorénavant) ?

Eh non ! Car Rey arrive en pilotant le Faucon Millenium, descend fissa, soulève les pierres grâce à la Force et sauve la Rébellion qui ne connaîtra donc pas encore sa fin aujourd’hui.

De son côté, Kylo Ren est particulièrement contrarié. Les rebelles s’enfuient, le Faucon Millenium passe en vitesse lumière (le traqueur a été détruit lors d’un sacrifice humain). FIN (plus ou moins).

Starwars
C’est là où je me suis rendu compte que Star Wars me lasse. Je suis sorti de l’épisode 8 en ayant rejoint le côté obscur de la Force. Dorénavant, je rêve que l’Empire gagne. Leia et les autres ont eu des tas de chances de prendre le contrôle, ils les ont laissées filer à chaque fois, mais on ne peut pas continuer de vivre dans le chaos le plus total à cause d’une bande de soixante-huitards qui prennent des substances hallucinogènes.
Je ne sais pas si on nous donne des indications temporelles (j’oublie aussi vite les Star Wars que je les vois), mais vu le coup de vieux de la princesse Leia et de Luke Skywalker, on a un peu le sentiment que ça va faire 45 ans que l’Empire tente d’écraser la rébellion. Et jusqu’ici sans le moindre succès. Alors qu’en même temps, la Rébellion s’affaiblit d’épisode en épisode.

Mais comment voulez-vous qu’un gouvernement stable se constitue s’il est sans arrêt saboté par un groupe d’anarchistes en goguette, pas foutu de mener à bien le moindre putsch ?

Il faut que ça cesse. Tout comme Daesh se fait laminer au Moyen-Orient, la Rébellion doit disparaître. Car oui, j’ose ce parallèle audacieux : la Rébellion n’est ni plus ni moins qu’une organisation terroriste. Elle veut convertir la galaxie à sa cause, cause qui décemment ne passionne plus grand monde quand on voit la quantité d’hommes et de femmes qui sont sous la coupe du Premier Ordre. D’ailleurs, la scène où un vaisseau rebelle fonce sur un destroyer du Premier Ordre n’est pas sans rappeler la tragédie de septembre 2001.

Pire encore : avec le peu de moyens à sa disposition, la Rébellion tente de recruter les esprits les plus faibles, les enfants, en leur promettant une vie meilleure. Sérieusement, j’aurais entendu “Allahu akbar” à la fin du film à la place de la musique de John Williams que ça ne m’aurait pas vraiment surpris.

Quoi ? J’exagère ? Je débloque ? Oh, mais taisez-vous. J’écrirais la même chose dans les Inrocks, vous en tomberiez de votre chaise.

Bref, s’il te plaît Kylo Ren, dans le prochain épisode, anéantit la Rébellion. Bien sûr, tu n’arriveras pas à contenter toute la galaxie avec ton gouvernement, mais honnêtement, est-ce que Macron satisfait 70 millions de Français ? Est-ce que Trump convient aux 300 millions d’Américains ? Theresa May est-elle plébiscitée par 60 millions de Britanniques ? Non. La politique, c’est 10% d’imbéciles heureux et 90% de mécontents permanents. C’est comme ça, et ce n’est pas pour autant qu’on monte tous dans des navettes spatiales pour tirer sur le Bundestag ou la Maison-Blanche.

120 battements par minute

Histoires arythmiques

Écrire sur 120 Battements par minute est un exercice un peu casse-gueule. Alors avant de commencer, précisons tout de suite : ce film est salutaire, devait être fait et mérite d’être vu (bien au-delà des homos ou de ceux qui s’intéressent à l’histoire de la lutte contre le VIH). J’ajoute que j’ai beaucoup aimé et que je n’ai pas vu les deux heures vingt (ce que je craignais beaucoup).

Accessoirement, il va me permettre de tester ma toute nouvelle balise “Spoiler” pour mon blorg, et ça, ça n’a pas de prix.

C’est pas génial, sérieusement ?

(Il faut cliquer pour voir ce que j’ai écris juste avant.)

Mais pourquoi est-ce casse-gueule d’écrire dessus ? Parce que le film oscille en permanence entre le documentaire et la fiction. Et on ne sait jamais sur quel pied danser.

Si l’on s’en tient à l’aspect documentaire des réunions, les “anciens” d’Act-Up confirment que le film touche juste. Rien de surprenant : le réalisateur Robin Campillo est un ancien membre de l’association lui-même. Mais si l’on penche vers la fiction, je dois avouer que je ne comprends pas bien le projet. Ça donne à mon sens un film plutôt bancal.

(Si vous n’avez pas vu le film, vous prenez le risque de connaître toute l’histoire en lisant la suite. Bon. En même temps, on ne va pas se mentir : un film sur des malades du SIDA au début des années 90 se finit rarement bien.)

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Il y a donc deux façons de raconter le film.
1. Le documentaire. Inspiré par Act-Up New York, un groupe de tout horizon forme Act-Up Paris, association de lutte contre le VIH et reprend les mêmes méthodes musclées pour tenter de se faire entendre face à un gouvernement plus sourd que Beethoven.
2. L’histoire d’amour. Sean, séropositif, milite à Act-Up. Nathan, séronégatif, rejoint l’association. Nathan tombe amoureux de Sean. Sean tombe de plus en plus malade. La fin n’est pas gai.

Le film passe une grande première partie sur les réunions d’Act-Up où se préparent les actions militantes du groupe. Leur objectif numéro 1 : mettre les mains sur les résultats d’une molécule (une antiprotéase) en cours de test par un grand laboratoire pharmaceutique. Mais le laboratoire refuse de les livrer et entend les publier uniquement d’ici un an, lors de la conférence mondiale contre le SIDA.

Sur cette partie, on retiendra que l’aspect documentaire est particulièrement bien restitué, tout en évitant l’ennui que pourraient susciter de longues discussions stériles, même ponctuées d’engueulades. Mais entre les très bons / bonnes acteurs / actrices et la mise en scène, le rythme ne se relâche pas. Il y a tout de même un petit “mais” : sur les sept ou huit réunions qu’on voit, une bonne moitié d’entre elles répètent systématiquement la même chose, comme si le texte de ces scènes se basait en grande partie sur un seul compte-rendu. Et je crois avoir rarement entendu dans un seul film aussi souvent “Les gays, les toxicos, les étrangers, les prostitués, les hémophiles et les gens en prison” dans la même phrase. Comme s’il ne fallait jamais en oublier un seul.

Exemple :
– Il faut faire une action militante !
– Oui, il faut la faire pour les gays, les toxicos, les étrangers, les prostitués, les hémophiles et les gens en prison.
– Je suggère qu’on aille jeter du sang sur la tête du président des labos Machin-Chose.
– Bonne idée, on ira avec les gays, les toxicos, les étrangers, les prostitués, les hémophiles et les gens en prison.
– Oui, car on n’entend pas dans ce pays la voix des gays, des toxicos, des étrangers, des prostitués, des hémophiles et des gens en prison.
– Ah ça ! Rien n’est fait pour les gays, les toxicos, les étrangers, les prostitués, les hémophiles et les gens en prison.

J’exagère un peu (et je tiens à préciser que je parle du style, pas du fond : je sais bien qu’à l’époque, le gouvernement se fichait totalement de la santé des gays, des toxicos, des étrangers, des prostitués, des hémophiles et des gens en prison).

En dehors de ce petit bémol, franchement, c’est passionnant et c’est aussi glaçant de voir à quel point les pouvoirs publics se moquaient totalement du sort de toute une frange de la population et comment cette population a concentré une telle colère que la seule façon de l’exprimer était dans des actions coups de poings salutaires.

En revanche, l’histoire d’amour : bof. Limite, elle gâche le reste. Oh, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : oui, il est mignon ce petit couple Sean et Nathan qui se fait des bisous et qui couche ensemble. Mais alors quand SPOILER ALERT la maladie va commencer à emporter Sean, on passe de 120 battements par minute à 120 minutes par battement (cette blague pourrait vous être offerte par Le Masque et la plume). D’ailleurs, d’une façon générale, dès qu’on quitte les actions et les réunions, le réalisateur manque singulièrement d’originalité. Le ralenti quand un personnage tombe dans les pommes, je ne vais pas dire qu’on a vu ça mille fois, mais quand même : on a vu ça mille fois. D’ailleurs cette “idée” du ralenti est reprise trois fois dans le film…

Et, SPOILER ALERT TOUJOURS, quand Sean meurt, on va passer près pratiquement toute la fin du film sur la veillée funèbre. L’histoire entre Sean et Nathan balaye alors d’un coup tout le pan documentaire.

Que s’est-il passé avec le fameux laboratoire contre lequel Act-Up est entré en guerre ? Quand les résultats sur la molécule sont-ils sortis ? A-t-elle été efficace ? A-t-elle soigné des gens d’Actu-Up ? Silence total. Tout comme le générique sans musique (palme de l’inattendu).

Mais peut-être que ce qu’il me fallait, c’était justement ça : du documentaire. Alors, je vous recommande chaudement How To Survive A Plague. C’est sur l’histoire d’Act-Up aussi, mais Act-Up New York. Sa formation, son mode de fonctionnement, comment ses membres ont lutté pour obtenir des molécules pour les soigner, comment ils se sont engueulés entre eux parce que certains trouvaient que le groupe n’était pas assez radical. Je suis surpris de n’avoir lu ça nulle part, mais c’est la même histoire que le film de Robin Campillo : il y a des séquences dans une grande salle où tous les membres se réunissent, il y a des histoires d’amour, il y a des manifestations, des actions militantes, des personnages principaux qui meurent. Sauf qu’ici tout est composé de films d’archives de l’époque. Et surtout, on a une conclusion. On sait ce que la molécule qu’ils ont obtenue a apporté, et il y a même un petit exercice critique à la fin. Les militants de l’époque commentent leurs actions et en regrettent même certaines.

Dunkerque

Si c'est beau, c'est bien ?

De toutes les critiques élogieuses reçues par le film Dunkerque (ou Dunkirk, comme disent les Anglo-saxons), c’est Le Figaro qui résume le mieux ce que j’en pense (même si ça n’a pas été écrit dans le sens de mon interprétation) : “Le spectateur sort de la salle avec une question en tête : comment ont-ils pu tourner un tel film ?”.

J’ai choisi l’affiche allemande pour rire un peu

Comment Christopher Nolan a-t-il pu tourner, et accessoirement écrire, un tel film ? Il n’y a honnêtement aucune réponse possible. En nous racontant l’évacuation des troupes anglaises en juin 1940, alors cernée par l’armée hitlérienne, Nolan a décidé de produire un magnifique livre d’images en reproduisant à la perfection (je n’ai absolument pas vérifié ce que je vais écrire, mais je suis certain d’avoir raison) le moindre bateau ou avion de l’époque. Tout est soigné méticuleusement. Rien n’est laissé au hasard. Comme un gamin sur sa balançoire qui réclame l’attention de sa mère, chaque plan du film hurle à la face du spectateur : “Regardez-moi, regardez-moi comme je suis bien filmé !”

Notez que cet épisode de la Seconde Guerre mondiale va jusqu’à diviser le critique des Inrocks qui le qualifie d’abord “d’un épisode marquant” dans le chapeau de son article avant de se raviser trois lignes plus loin pour en dire qu’il s’agissait là d’un “épisode crucial, mais relativement méconnu”.

Le film débute sur l’image d’un soldat anglais (Tommy, l’un des rares personnages nommés dans le film), qui rêve de s’enfuir le plus vite possible de la plage de Dunkerque où lui et des dizaines de milliers de soldats attendent qu’on vienne les chercher. Bizarrement, ils sont tous en rang d’oignon, perpendiculaires à la mer, le premier de la ligne se baigne ainsi jusqu’à la taille dans de l’eau froide. Je ne perçois pas l’intérêt vu qu’aucun navire ne point à l’horizon.

Direction ensuite la Grande-Bretagne où un plaisancier britannique embarque avec deux jeunes garçons pour venir récupérer les “boys” de la Nation à la demande du gouvernement.

D’autres séquences se passent sur un ponton où Kenneth Branagh interprète le commandant Bolton scrutant la mer du Nord (il semble dormir carrément ici). Sur ce même ponton, des milliers de soldats attendent.

Enfin, on suit des batailles aériennes entre pilotes britanniques et allemands.

Voici tous les éléments du film qui s’entremêlent sans aucune raison : une séquence avec Tommy, une séquence sur le ponton, une séquence avec le plaisancier et des navires qui se font bombarder, une séquence dans les airs et ainsi de suite.

Il n’y a aucune histoire, on ne sait rien de personne, la plupart des protagonistes sont crédités au générique sous la forme de “Grenadier”, “Soldat” ou “Officier”. Ils se ressemblent tous (et les acteurs jouent mal). On se moque comme de l’an 40 (façon de parler) de savoir s’ils vont s’en sortir ou pas, bien que le film s’évertue à créer le suspense le plus artificiel possible à coups de plans interminables sur des gens qui marchent le long du sable, de bateaux qui se font bombarder et qui coulent et des gens qui nagent pendant des heures vers un autre bateau qui va se faire irrémédiablement couler juste avant l’enchaînement des quatre séquences iconiques du film.

En somme, tout nous indiffère.

Et le pire (car il y a pire, oui !), c’est que ce suspense en bois est entretenu par l’atroce musique de Hans Zimmer. QU’ON LUI DÉBRANCHE SES CLAVIERS BONTEMPI, PUTAIN. Aucun thème, aucune mélodie (Zimmer n’a ni les capacités intellectuelles ni le talent pour composer autre chose que des accords plaqués sur un synthétiseur).

Comme le scénario, la musique n’est que du rien.

Alors, pour tenter pitoyablement de faire grimper le curseur de l’angoisse (“Mon Dieu ! Ce personnage dont je me fous va-t-il réussir à nager pendant quatre minutes vers ce navire en train de se faire bombarder ?”), il utilise deux méthodes éculées :

  1. La sonate sur une note en ré qui consiste à répéter inlassablement la même note plus ou moins rapidement :


(C’est moi qui vient de composer cette mélodie, filez-moi dix millions de dollars.)

  1. Les gammes de Shepard (que j’ai découvertes pour l’occasion) qui consistent à vous faire croire artificiellement qu’on monte une gamme sans jamais s’arrêter, comme si elle était de plus en plus aiguë (alors qu’en réalité on joue toujours les sept mêmes notes) :

Il y a aussi une troisième méthode qui est celle de nous faire écouter le tic-tac d’une montre, mais je ne pense même pas qu’on puisse définir ça comme de la musique.

Cette horreur musicale a tout de même eu les honneurs de la critique cinématographique, ainsi Le Monde la qualifie de “partition omniprésente et une fois de plus remarquable d’Hans Zimmer tendant vers la musique industrielle”.

Je suggère qu’on laisse la critique musicale à ceux dont c’est le métier et qu’on interdise dorénavant à Nolan et Zimmer : 1. de collaborer ensemble, 2. de collaborer tout seul.

L’Amant double

Un film au ventre mou

François Ozon appartient à la longue liste des réalisateurs dont j’entends tellement parler que j’ai l’impression de connaître tous ses films. En réalité, je n’en ai plus vu depuis Potiche (c’était en 2010, mon Dieu, je vais bientôt mourir).

Avec L’Amant double, Ozon raconte comment Chloé, 25 ans, souffrant d’une douleur abdominale depuis sa naissance ou presque, espère se soigner en suivant une psychanalyse avec Paul, un psychanalyste. Mais le transfert freudien les conduit à tomber amoureux l’un de l’autre. Tout se passe sans trouble jusqu’au moment où Chloé découvre que Paul a un frère jumeau, lui aussi psychanalyste, et que les deux cachent un sombre secret…

– Ça va, Paul ?
– Non, j’ai des sushis avec mon frère !

L’histoire s’inspire d’un livre, Lives of the Twins (jamais entendu parler) et le film d’Ozon, lui, est un genre de gloubiboulga de références cinématographiques. On pense tout de suite à Faux-semblants de David Cronenberg (notons d’ailleurs que la scène d’ouverture bien alléchante met en scène un spéculum dans une séquence chez le gynécologiste qui rappelle furieusement la profession des deux jumeaux du film de Cronenberg), mais aussi aux longs-métrages de Brian De Palma (là, j’ai moins de titres en tête, mais on a du split-screen donc on a du De Palma) en passant par une séquence inspirée d’Alien (maux de ventre = Alien, c’est tellement prévisible). Et puis, pas modeste pour deux sous, il va même jusqu’à convoquer Orson Welles et La Dame de Shanghaï dans la scène finale (originalité quand tu nous tiens !).

Bref, impossible de savoir où le réalisateur veut en venir. D’ailleurs, je pense qu’il ne voulait en venir nulle part. Ça pue le film torché par un mec un peu trop sûr de lui et dont personne n’ose remettre en cause les choix douteux (comme la scène d’ouverture).

Bon, je n’irai pas jusqu’à vous affirmer qu’on s’ennuie, ce ne serait pas vrai, mais il y a un petit air de : “Tout ça pour ça ?” lorsque le film s’achève qui n’est clairement pas le signe d’un chef-d’œuvre.

Enfin, dans le genre “les trucs qui me gonflent au cinéma” : Chloé est censée avoir vu tous les médecins de la planète pour soigner ses maux de ventre avant de franchir la porte d’un psy, mais (attention, je divulgâche dans 3… 2… 1…), une simple échographie dix minutes avant le générique révélera le pot aux roses (j’allais écrire “le pot-au-feu”, je crois que j’ai la dalle).

Pourquoi les médecins n’ont-ils pas réclamé une échographie à une patiente qui s’est plainte pendant 25 ans de douleurs à l’estomac ? La seule raison crédible, c’est que Chloé n’avait pas les moyens de se payer l’examen et que L’Amant double est, en réalité, une grande fable allégorique sur la généralisation du tiers payant.

Alien: Convenant

C'est du pipeau

À part le tout premier Alien, celui de 1979, je crois que je n’ai jamais bien compris le reste de la saga. La reine dans Aliens, la prison dans Alien 3 ou les clones dans le quatre, j’avais déjà du mal, mais avec Prometheus, j’ai définitivement lâché l’affaire.

Par exemple, je suis persuadé que les équipages qui se succèdent pour se faire empaler par un Alien vont toujours sur la même planète. En fait, non. Elle change de nom : elle s’appelle LV-426 dans Alien, Fiorina 161 dans Alien 3, LV-223 (c’est une lune) dans Prometheus et j’ai oublié son nom dans Alien: Covenant, mais il s’agit encore d’une autre. Et pourtant, il y a toujours le même vaisseau planté là, à moitié écrasé sur le sol. Je crois que Prometheus est censé avoir expliqué ça, mais je refuse de faire des efforts pour comprendre.

Le film débute par un loooooooong prologue assez chiant où l’on découvre David, un androïde très méchant qui joue du piano.

David, le méchant.

Puis nous filons à l’intérieur d’une grande navette spatiale où deux mille colons en hibernation partent pour Origae-6, une lointaine planète qui présente toutes les qualités pour devenir une nouvelle Terre. Hélas, à cause d’une tempête de neutrinos, le vaisseau se retrouve en cale sèche.

On notera au passage que le neutrino étant une particule neutre, comme son nom l’indique, elle n’interagit quasiment pas avec la matière, il est donc fort improbable qu’une tempête de neutrinos provoque quoi que ce soit. Mais je ne suis pas là pour faire mon chieur.

À bord, Walter, un androïde gentil qui ressemble comme deux gouttes d’eau à David (spoiler alert : le même acteur joue les deux rôles) réveille l’équipage, soit la dizaine de personnes qui va mourir au cours des deux prochaines heures.

Walter, le gentil.
Le Nostromo a la douleur de vous faire part du décès de toutes les personnes présentes sur cette photo.

Et d’ailleurs, ça ne traîne pas : le capitaine est brûlé vif quand un court-circuit touche sa capsule d’hibernation. Hop, au suivant. Sa femme qui était aussi membre de l’équipage pleure à chaudes larmes, puis l’oublie aussi vite qu’elle fut éplorée. Ridley Scott tente de nous rendre la scène triste avec de la musique mélancolique, mais vu qu’on ne sait pas qui sont ces gens, on s’en fout un peu (comme ce sera le cas quasiment tout le long du film).

Pour réparer le vaisseau, l’un d’entre eux sort dans l’espace et intercepte une communication provenant d’une planète proche. Très intelligemment, le nouveau capitaine (du nom d’Oram) décide d’aller la visiter parce que, figurez-vous, qu’elle a l’air aussi bien qu’Origae-6 qui est encore à des centaines d’années-lumières de là.

Une fille de l’équipage tente tout de même un timide : “On a étudié Origae-6 pendant dix ans, vous êtes vraiment sûrs qu’on doit aller sur cette planète qu’on connaît depuis dix minutes ?”, mais tout le monde s’accorde à trouver que c’est une pisse-froid.

Là-bas, l’équipage découvre le fameux vaisseau spatial gigantesque (le vaisseau de “l’Ingénieur”, celui qu’on voit dans tous les films de la saga, mais jamais sur la même planète). En chemin, deux d’entre eux reniflent des champignons hallucinogènes qui les infectent et transforment leur corps en utérus artificiel à aliens. Ils meurent assez rapidement (on découvre alors que l’un des deux, Hallett, était en réalité un gros pédésexuel avec un autre membre de l’équipage, ça n’avait jamais été mentionné auparavant, et on en reparlera plus jamais après) (à ce niveau, c’est de l’ordre du placement de produit).

Puis la fille qui était la petite amie d’Oram meurt aussi, mais à cause de l’explosion du vaisseau spatial qui les a amenés sur la planète. On commence alors à comprendre que tout le monde est en couple. Les petits cochons !

Là-dessus, les membres de l’équipage sont attaqués par une palanquée d’aliens, mais heureusement Obi-Wan Kenobi David débarque et vient les sauver en les emmenant dans une ville-cimetière.

Or, souvenez-vous David est très méchant. Et après une (très) longue séquence homoérotique où il apprend à son double Walter à jouer de la flûte tout en déclamant un monologue lénifiant sur les capacités des androïdes à créer, il entraîne Oram dans une cave sombre et boueuse et le capitaine se fait bouffer la gueule par un bébé Alien qui lui pond dans le bide comme dans le film original.

On apprend ainsi que David est en réalité le créateur des gros œufs gélatineux qui crachent la bestiole (le facehugger) qui féconde les estomacs. Je n’ai toujours pas saisi en quoi ce mode de reproduction était plus pratique que des minuscules spores de champignons, mais bon, je ne suis pas là pour juger les hobbies d’un androïde.

La suite, c’est du classique : l’alien les poursuit jusque dans le vaisseau spatial où il tue pas mal de monde (dont un autre couple qui baise dans une douche à l’italienne), puis il finit par être expulsé dans l’espace par un gros courant d’air. Deux membres de l’équipage, Daniels et Tennessee réchappent tout de même à ce massacre.

Petite info technique : quand vous passez juste derrière un réacteur avec une corde d’escalade, vous avez 99% de chances de crâmer. Sauf dans les Alien.
“C’est le flexible de la douche que je sens ?”

Ils décident alors de poursuivre le chemin vers Origae-6, le projet initial, avec les deux mille colons et au moment d’entrer en hibernation, Daniels découvre que David, l’androïde méchant, a en réalité pris la place de Walter, l’androïde gentil, mais c’est trop tard : elle est enfermée dans sa capsule et ne peut plus rien faire. Fin.

Bilan : l’obstination de Papy Scott à vouloir nous raconter les origines de cette bestiole dégueulasse est totalement vaine. Elle complifie (du verbe complifier : rendre complexe et difficile une chose simple) à l’extrême une histoire débile d’un monstre qui tue tout le monde. C’est d’autant plus risible que Ridley Scott n’a jamais écrit une ligne du scénario du premier film. Par ailleurs, l’auteur du script original, Dan O’Bannon, mort en 2009, n’a jamais participé aux suites.

Alien: Covenant, qui est censé faire le pont entre Prometheus et Alien (1979) à la manière d’un grand écart de Van Damme dans Full Contact me laisse donc totalement de marbre.

Alors, cher Ridley Scott, range ta caméra, sérieusement. Ta réalisation est naze, on a l’impression de retourner dans les pires heures des années quatre-vingt (la scène d’amour sous la douche est d’une nullité absolue) (et puis qui filme encore des pieds qui se touchent pour symboliser une relation sexuelle ?). Ton film semble écrit par un malade d’Alzheimer qui oublie toutes les cinq minutes ce qu’il vient de raconter.

De plus, comme à aucun moment tu ne nous racontes qui sont les membres de l’équipage et pourquoi il faudrait qu’on les aime, on se moque totalement de les voir se faire dézinguer de la manière la plus crade possible les uns après les autres. C’est le zéro absolu de l’empathie.

Et franchement, deux heures pour nous expliquer que les aliens ont été créés par un putain d’androïde qui joue de la flûte, c’est un camouflet à notre sens critique.

Get Out : Mais les bons films existent ?

Mercredi sort le film Get Out, et je suis assez emmerdé parce que ce qui fait le sel de mes petites chroniques ciné ici, c’est que je vais voir des mauvais films et que j’en dis du mal.

Pas de chance : Get Out m’a bien plu. En plus, tous les critiques adôôrent, je ne voudrais pas me mettre cette corporation à dos. Et pire encore, il est difficile d’en parler parce que le film se spoile très facilement.

Une jeune fille très WASP, Rose, vit depuis quelques mois avec Chris, un photographe noir. Elle l’invite à passer le week-end chez sa famille qui vit au sein d’une superbe et grande demeure bourgeoise.

Chris est réticent, mais Rose le convainc qu’il n’y a pas moins raciste que sa famille (« Ils auraient voté pour Obama une troisième fois s’ils avaient pu »).

Pourtant, au cours du week-end, Chris va découvrir que leur comportement très (très) avenant est bien trop louche pour être honnête.

Contrairement aux Inrocks qui – comme d’habitude – divulgâchent le film dans les premiers 6% de leur critique (je n’ai lu que ça, le site me réclame de l’argent pour les 94% restants) (non, mais LOL), je n’en dirai pas plus.

Enfin, juste que je le conseille (et si vous détestez, bah tant pis, c’est le jeu).

(J’ai oublié de le préciser, mais j’ai vu ce film en avant-première parce que je suis une journalope qui travaille pour un merdia, mais dimanche prochain, tout va changer avec Marine, no stress.)

La Jeune fille et son aigle

Télé-réalité en Mongolie

Sur le papier, ce documentaire sur une jeune Mongole de 13 ans qui décide de suivre les traces de son père pour devenir chasseresse d’aigle avait pas mal d’arguments pour me plaire : un pays lointain, des costumes traditionnels, des paysages désertiques et des animaux. Mais c’était sans compter l’excellente idée du réalisateur Otto Bell de filmer ça comme un épisode des Kardashian. Ou pour être plus exact comme une télé-réalité de NRJ12.

Ainsi, Aisholphan, la jeune fille, doit traverser 3 étapes initiatiques. 1. Capturer un aigle ; 2. Remporter une compétition de chasseurs d’aigle ; 3. Capturer un renard grâce à son aigle. Et à chaque fois qu’elle relève l’un de ces défis, on a trois / quatre minutes d’action, puis un long plan de son père recouvert de peaux de bêtes d’apparat, installé en haut d’une montagne, qui nous répète ce qu’on vient de voir.

Exemple : pendant la compétition, le père lance l’aigle depuis une colline et l’aigle doit se poser sur le bras de sa fille en contrebas qui tient un morceau de bidoche pour l’attirer. Séquence 1 – on voit le père sur la colline avec l’aigle. Séquence 2 – le père, face caméra, devant le soleil couchant, raconte : « Quand j’ai lancé l’aigle vers Aisholphan, j’ai eu peur qu’elle n’arrive pas à l’attraper. » Séquence 3 – l’aigle s’envole et sa fille l’attrape. Séquence 4 – le père : « Mais elle a réussi. C’était un sentiment incroyable ». Retour sur la compétition, le père court vers sa fille : « Je suis très fier de toi. » Retour en haut de la montagne : « J’étais très fier d’elle. » Retour sur la compétition, la fille : « J’étais très fier de moi et de mon père. » et ainsi de suite.

À cela s’ajoute des inserts d’une maison avec « les anciens » qui commentent également : « Chasseur d’aigle, ce n’est pas un métier pour les filles. » Un contrepoint qui pue la séquence scriptée.

Enfin, un élément assez important : un aigle vole haut et même un téléobjectif ne peut pas faire de miracle. Toutes les images de l’aigle semblent plates et sans profondeur. Ce n’est guère impressionnant. Alors, Otto tente de foutre de la grosse musique pour créer une ambiance et du suspens. Autant vous le dire, ça ne marche absolument pas.

Your Name : Un film ruiné par la critique

Je n’y connais pas grand-chose en dessin animé japonais. J’ai vu Princesse Mononoké (et pas jusqu’au bout, car c’était une séance en plein air à la Villette et que 1. je me pelais et 2. j’allais rater mon métro), c’est à peu près tout.

Mais comme il me restait un ticket acheté au CE qui expirait le 31 décembre 2016, il était impératif que j’aille au cinéma avant cette date fatidique. Et donc, Your Name.

L’histoire, c’est celle de deux ados, un garçon qui habite Tokyo, une fille de la campagne, qui échangent leur esprit sans raison aucune. Ça donne des situations cocasses (mais franchement digne d’une sitcom, genre le garçon touche ses seins quand il est fille, la fille touche son zizi quand elle est garçon) et évidemment, ils tombent un peu amoureux l’un de l’autre sans le savoir. Ça, c’est le côté chiant.

Heureusement, il y a toute une histoire SF très réussie sur le pourquoi du comment de ce phénomène qui permet de s’affranchir de la comédie romantique un peu niaise. Et au-delà de l’histoire, les dessins sont époustouflants, l’animation superbe. Bref, c’était très bien (enfin, la bluette amoureuse exceptée).

Sauf que ce film est devenu l’emblème de toute une population que je conchie, à savoir le service cinéma des Inrocks qui non seulement spoile le film dans sa critique (je ne l’ai lue (la critique) qu’après l’avoir vu (le film)) (ne cliquez pas si vous n’avez jamais vu le film), mais surtout décrit Your Name comme une grande œuvre sur « la question queer ou transgenre ».

Les bras m’en tombent. Sérieusement ? Je ne sais même pas comment ça a pu leur traverser l’esprit… Faut se creuser la cervelle à la petite cuillère. Parce que vraiment, il n’y a aucun enjeu transgenre dans le film. Le ressort comique de changement de sexe n’a rien de nouveau et n’est même pas traiter ici avec une grande finesse. Et je doute que quand le film Victor Victoria (1982) est sorti au cinéma, quiconque ait pensé qu’il s’agissait là d’un grand film sur la question transgenre. Ça me saoule de lire ce genre d’idioties crasses qui sont là juste pour se raccrocher à l’actualité de façon si stupide, niaise et surtout paresseuse.

Car si le même film avait été produit par Disney ou DreamWorks (et ç’aurait tout à fait été possible, c’est une grosse comédie romantique quand même), là, les gags dont je parlais seraient devenus forcément le signe de la fin des temps et une horreur intellectuelle. J’imagine déjà la critique des Inrocks : « Alors que la question transgenre est au cœur des débats nationaux, ce film américain renie l’altérité de l’autre et démontre une LGBTphobie inadmissible avec des blagues potaches d’un sincère mauvais goût. Dans l’Amérique de Donald Trump, cette production est à vomir. » (à lire avec la voix de Jean-Marc Lalanne, c’est tordant).

Bref : faites comme moi, ne lisez jamais les critiques.

John Wick 2 : Un vrai film casse-tête

Jusqu’ici, ma vie s’était particulièrement bien accommodée de mon ignorance totale de l’existence de la série John Wick. Mais, l’autre soir, un pote me dit : « Tu connais pas John Wick ? Ahlalala ! C’est un vrai film de badass comme on n’en fait plus ! D’ailleurs, j’ai trop envie d’aller voir John Wick 2 qui vient de sortir. Allez, accompagne-moi ! »

Pris par la boisson, j’accepte. Toutefois, craignant de ne pas comprendre les tenants et aboutissants scénaristiques et les enjeux psychologiques, je m’encourage au préalable à mater rapidement le premier épisode.

Dans John Wick 1, Keanu Reeves incarne… Le terme est un peu fort. Keanu joue… Non, c’est trop aussi… Keanu fait semblant (oui, c’est mieux) d’être un ancien tueur à gages, reconverti dans le macramé. Vivant pépouze avec sa femme, cette dernière meurt d’une longue maladie. Avant de passer l’arme à gauche, elle lui offre un petit chien. Pas de bol, le fils de son ex-employeur tue ce chien (et vole sa voiture). John Wick n’a alors plus qu’une idée : se venger.

Ensuite, pendant une heure et demie, ça canarde plus que dans une partie de Counter-Strike. À la fin, tout le monde est mort. Sauf John Wick qui se trouve un nouveau chien.

Remis à niveau, j’appelle mon pote : « C’est bon, je suis prêt à aller voir John Wick 2. »

Cette fois-ci, Wick découvre que, des années avant John Wick 1, lorsqu’il avait quitté le monde du banditisme, il avait contracté « une dette » envers un mafieux italien. Il doit donc l’honorer. Mais comme il refuse, le rital lui brûle sa maison (son chien est sauf, rassurez-vous). John Wick n’a alors plus qu’une idée : se venger.

J’en avais des nœuds au cerveau.

Ensuite, ça canarde encore plus que dans John Wick 1 (si c’était Dieu possible) (a priori, ça l’était). Les balles fusent, les protagonistes tombent et roulent dans des escaliers en pierre de taille, se tirent dessus dans des couloirs de métro aux heures de pointe, se démontent la tête dans le Forum Magnum, s’empoignent dans des catacombes romaines, se mitraillent à Central Park…

Que vous dire ? C’est é-pui-sant. Le ratio mots prononcés/nombre de balles tirées est quasi nul. Les acteurs sont mauvais : une limande a plus d’expressions faciales que Keanu Reeves et les situations sont grotesques. Classique de ce genre de film : les méchants arrivent toujours par salve de deux ou trois, les autres attendant bien sagement à côté que leurs acolytes se fassent buter pour se jeter dans la mêlée et connaître le même sort.

Mais il y a bien une chose qu’on ne puisse pas retirer à John Wick : c’est un vrai film de badass comme on n’en fait plus.

Et quelque part, heureusement…

Moonlight : de l’émotion et encore de l’émotion (et parfois trop)

Je sais que vous pensez que je sélectionne scrupuleusement les pires films de la planète pour les chroniquer (avec talent), ici ou là, au gré de là où le vent me mène. Mais parfois, je vais voir de bons films. Et donc hier, je suis allé voir La La Land. Non, je déconne. Je disais être allé voir un bon film, et c’est donc de Moonlight que je vais parler (assez moche, cette construction grammaticale).

Chiron, jeune noir Américain d’une dizaine d’années, vit l’enfer : à l’école, les autres élèves le traitent de tapette et l’agressent, sa mère célibataire se drogue et se prostitue. Mais heureusement, il y a toujours un petit rayon de soleil dans le pire des enfers : un caïd de la rue (et fournisseur de came du coin) le prend sous son aile pour lui apprendre les bonnes manières. Et aussi qu’être homosexuel, ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est qu’on t’insulte.

Le film suit donc Chiron sur trois périodes : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. La première (dont j’ai raconté les grandes lignes au-dessus) développe l’histoire. La seconde mène au climax. Brillantes grâce aux deux jeunes acteurs qui interprètent Chiron à 9 et 14 ans, elles souffrent juste d’un problème : elles sont très prévisibles, comme si le réalisateur et le scénariste avaient lu « Le film indépendant » dans la collection « Pour les nuls » et s’évertuaient à cocher toutes les cases : milieu sordide, mère droguée, père absent, plans avec effet de lumière sur l’eau, élèves méchants, enfant taiseux, caméra à l’épaule qui bouge, découverte de son homosexualité, drame qui change à jamais sa vie, couleurs saturées… Il faut de l’émotion, de l’émotion, de l’émotion.

Arrive la troisième période où la crevette des deux premiers épisodes sort de sa chrysalide (c’est débile, les crevettes ne connaissent pas de chrysalide, je vous emmerde). Chiron est devenu une grosse racaille bodybuildée avec protège-dents en or. Passé l’effet de surprise, cette dernière partie est de loin la plus réussie. Je ne veux pas spoiler, mais c’est superbe, touchant et émouvant avec des acteurs incroyables qui jouent tout en retenue et pudeur. Bref, j’ai été conquis.

Mais j’ai même pas pleuré, parce que bon, ça va, je suis pas un pédé.

La Vallée des loups : Un Jour sans fin

Nous sommes dimanche et comme tous les week-ends vous ne savez pas quoi faire de vos mômes qui font chier, qui gueulent et qui vont encore passer la journée devant la tablette. Alors, vous vous dites : “Bon, il fait un temps de merde, je vais les emmener au cinéma, au moins ça les changera du salon”.

Vous zieutez Allociné et là, votre bonne vieille conscience de bobo-écolo-de-gauche, enterrée par l’achat d’un 4×4 en plein Paris, remonte à la surface : vous allez les emmener voir La Vallée des loups, L’INCROYABLE histoire d’un documentariste animalier qui filme des loups dans leur habitat naturel. Très très bonne idée. Surtout si vos enfants sont hyperactifs, vous allez sacrément déguster.

Parce que ce que nous apprend ce film, c’est que réaliser un documentaire animalier est un travail long. Très long. Il a fallu 3 ans à Jean-Michel Bertrand pour pister cette meute de loups et ce sont ces trois ans qu’il nous propose de vivre in extenso.

À savoir, il part de chez lui avec son barda, se retourne, dit au revoir à Mimine, monte dans la vallée où il installe des caméras automatiques, se poste dans une tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort, se lève, va regarder si quelque chose a été filmé par les caméras (90% du temps : rien), puis retourne dans sa tente et recommence. On se croirait dans Un Jour sans fin.

Au bout d’une heure de film (où il est rentré après 2 mois sans avoir filmé quoi que ce soit, puis il est reparti l’été suivant, etc.), ÇA Y EST, les caméras automatiques ont filmé les loups. Il installe donc un nouveau campement, avec cette fois-ci une grosse caméra, se poste dans sa tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort, se lève, etc. Au bout de plusieurs semaines, il détient enfin cinq à dix minutes de film avec des loups (et c’est très beau). Il décide alors de rester un peu plus pour les voir encore. Nous, on aimerait qu’il rentre chez lui, mais non. Et voilà qu’il se poste dans sa tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort et se lève pendant dix jours de plus.

Hélas, les loups sont partis. Et vos gamins aussi.

Les Animaux fantastiques : C’est le zoo

Depuis mon retour d’Écosse (c’était génial), j’ai décidé de regarder et de lire tous les Harry Potter (car ça se passe en Écosse). Ce que je n’avais jamais fait et c’est très sympa, mais vous devez le savoir puisque vous les avez forcément vus et lus depuis belle lurette.

Et comme quand je fais un truc, je m’y mets à fond (un jour, j’appliquerai cette devise au boulot), je suis aussi allé voir Les Animaux Fantastiques qui est une espèce d’histoire “dans l’univers” de Harry Potter, c’est-à-dire avec des sorciers et des sorcières.

Cette fois-ci, un sorcier Britannique débarque aux États-Unis avec une valise pleine d’animaux fantastiques (d’où le titre du film). Malheureusement, certains de ces animaux s’enfuient et c’est la catastrophe en ville.

Toute cette partie de l’histoire est drôlement chouette (bon, je ne vais pas vous dire que ça casse forcément trois pattes à un canard) (remarquez, vu le bestiaire, il y aurait pu en avoir un) (de canard à trois pattes), les effets spéciaux sont réussis (enfin, je n’étais pas fan de l’hippopotame) (j’arrête avec les parenthèses), c’est marrant et imaginatif pendant une heure quarante. Bref, j’étais content.

Et puis, patatras !, ça devient indigeste comme un kouglof aux amandes. Une histoire parallèle devient principale et on est parti pour vingt minutes d’explosions interminables dans le métro, façon blockbuster de super-héros, qui s’enchaînent avec un quart d’heure de conclusions inutiles autour des quatre personnages principaux au cours desquelles on sait exactement ce qui va se dire à la virgule près.

Malgré ma déception sur la fin du film, en rentrant chez moi, j’ai décidé de terminer le sixième épisode de la saga du petit sorcier… Et Dumbledore meurt ?!? WHAT ? J’ai chialé toute la nuit.

Star Wars Rogue One : la tour de l’ennui

Dans la vie, il y a les bons films et puis il y a Star Wars. Eh oui, je ne vous l’avais pas dit, car j’ai du respect pour vous, mais je suis allé voir Star Wars Rogue One.

Attention, je vais divulgâcher sévèrement.

Mis à part la mort de tous les personnages (mais depuis que Game of Thrones est passée par là, ce n’est plus vraiment subversif), c’est un vrai film Disney. À savoir : un seul et unique objectif TOUT DU LONG. Et cet objectif, on SAIT qu’il est réussi avant même le début du film puisqu’il s’agit d’envoyer les plans de l’étoile noire, la terrible arme de l’Empire, à la Rébellion. Or, ces plans sont ceux cachés dans R2D2 au tout début de La Guerre des étoiles : Un Nouvel espoir par la Princesse Léïa en 1977. Ça NE PEUT PAS rater, donc on allonge la sauce et on l’allonge et on l’allonge comme ce texte.

Et tous les prétextes sont bons. Ainsi, les plans sont sur un disque dur qui se trouve dans une tour radar dotée d’une gigantesque parabole sur son toit. L’héroïne va dans la tour, mais pour y entrer, il faut que son pote branche un câble. Le pote court brancher le câble, mais DAMNED ! Le câble est trop court, il doit faire le tour par l’autre côté. Ça pétarade dans tous les sens, mais dix minutes plus tard, il branche le câble (ouf). Il meurt.

Elle entre dans la tour. Là, le disque dur avec les plans est caché dans une gigantesque armoire à disque dur cylindrique de plusieurs centaines de mètres. Elle s’installe devant le centre de commande et fouille grâce à un bras automatisé TOUS les disques durs les uns après les autres.

Vingt minutes passent (au cours desquelles les stormtroopers débarquent par paquet de dix) avant qu’elle ne le trouve ! BINGO ! Rha, mais ZUT ! QUELLE GUIGNE ! Le bras automatisé vient de se casser. C’est ballot… Elle doit donc escalader l’armoire pour le récupérer.

Ça y est, elle l’attrape ! Il ne reste plus qu’à le mettre dans le lecteur pour transmettre les informations grâce au radar. Sauf que l’appareil qui fait ça (et qui devrait en toute logique se situer dans le même centre de commande où elle était), bah il est touuuuuuuut en haut de la tour. CROTTE ! Elle monte donc à la force de ses bras, sort sur la plateforme extérieure, va juste sous la parabole où elle débusque l’emplacement marqué : « Système d’envoi de plans cachés dans un disque dur par radar » (voir l’image en en-tête). Elle y glisse le disque dur, ça compute et là, CARAMBA !, il faut calibrer le radar. Et le calibrage du radar n’est évidemment pas au même endroit que le système d’envoi, non. Le bouton est à l’autre bout de la plateforme sur une putain de poutrelle qui donne dans le vide (voir l’image ci-dessous).

Non, mais qui a conçu cette tour radar ???

Elle y va et juste après avoir appuyé sur le bouton de recalibrage, elle doit repartir à l’opposé pour appuyer sur le bouton de transfert. Sauf que le grand méchant arrive et on est parti pour quinze minutes de palabres stériles. Bon, sans surprise, il meurt, elle retourne devant le bouton et appuie ENFIN. Les plans sont transmis ! Whouwhou ! Elle meurt. À ce moment, j’ai sabré le champagne.

Et ça a pris combien de temps ? 2h20 de ma vie ? Un beau gâchis.

Le Hobbit 3 : Les cinq armées, c’était pas ma bataille

[tldr : Qui sont vraiment les orques ? Quels sont leurs réseaux ?]

Il y a un film à petit budget qui va sortir dans quelques jours (le 10 décembre exactement). C’est le troisième volet d’une grande fresque sociale et humaniste qui prône l’amitié entre les peuples et offre de beaux sous-entendus homosexuels, je veux bien sûr parler de Le Hobbit 3 : La bataille des Cinq Armées. Pas trop de spoilers à suivre (surtout si vous avez déjà lu le livre).

Résumé des épisodes précédents :

Un hobbit, Bilbo, est engagé par un magicien, Gandalf, pour aider un nain, Thorin à redevenir le roi d’une montagne, Erebor, qui abrite un trésor inestimable surveillée par un dragon, Smaug.

Eh bien, croyez-moi si vous voulez, mais avec ces deux lignes, Peter Jackson, le réalisateur, a réussi à faire trois films de trois heures chacun. Le talent, coco. Le talent (mais aussi beaucoup de ralentis). La conséquence, c’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans chaque film. Dans l’épisode 1, ils traversaient une forêt, dans l’épisode 2, ils échappaient à des orques et voici donc l’épisode 3 où ils vont se battre.

Nous avions donc laissé Bilbo, Thorin et ses acolytes en haut de la fameuse montagne juste après avoir chauffé les oreilles de Smaug qui était parti se calmer en allant faire du shopping en ville, à Bourg-du-Lac.

Ça me rappelle (ça n’a rien à voir, mais je vous raconte ça pour le plaisir) quand mon beau-père était en colère après moi : il s’enfermait dans sa voiture et écoutait du Véronique Sanson. Bon, ben, Smaug, c’est la même chose, sauf qu’en plus il crache du feu.

Au bout d’une demi-heure pendant laquelle Smaug crame la moitié de la ville (« On m’avait dit que c’était les 7 jours en or du Printemps et y a pas de promo sur Hugo Boss ? Je suis fort courroucé, je vais tout brûler »), Bard, un type plus malin que les autres, l’achève en lui tirant une herse dans le bide. « Parfait », se dit le spectateur, « mais bon, il reste deux heures de film. Que va-t-il bien pouvoir se passer ? ». Des milliers de trucs.

D’abord, comme dans le livre, Thorin et ses amis vont récupérer le trésor. Parmi toutes les richesses qu’il contient, l’une d’elles intéresse particulièrement Thorin, l’Arkenstone. Mais genre, il est pas-sion-né. S’il avait été au collège avec moi, mes potes se seraient tous bien foutus de sa gueule avec sa passion pour les cailloux, soit dit en passant, parce qu’on est cruel quand on a quatorze ans. Comme y avait pas Thorin, c’est de moi dont on se moquait. Je pleure encore des larmes chaudes et bouillonnantes quand j’y repense.

Bilbo la trouve avant Thorin et la garde. Là-dessus, les habitants du Bourg-du-Lac viennent voir les nains pour réclamer l’aumône afin de réparer leur ville (qui s’est faite détruire par un dragon, restez concentré s’il vous plaît). Bard explique : « Avec la crise du logement à Bourg-du-Lac, les promoteurs nous assassinent : les devis de Bouygues Immobilier et Vinci sont exorbitants, soyez chics, filez-nous un peu de votre or ».

Mais Thorin refuse. S’ensuit un grand nombre d’embrouilles dans laquelle l’Arkenstone jouera un rôle important quand, finalement, les orques menées par leur chef Azog débarquent façon “On n’attend pas Patrick ?”.

(petite entorse à la mythologie de Tolkien, au passage, puisque normalement, dans le livre, c’est Bolg, le chef, fils d’Azog, justement, je dis ça, je dis rien). Donc, les orques débarquent et attaquent les nains, les humains et les elfes (qui étaient là aussi, mais juste pour faire jolis avec leurs oreilles pointues).

Sans surprise, le combat va être long et douloureux (comme ma b…). Car comme le dit Gandalf (ou un autre je ne sais plus) : « Ces orques sont des soldats redoutables, car ils ont été élevés pour combattre ». Eh bien figurez-vous que ces REDOUTABLES GUERRIERS tombent comme des mouches en pleine épidémie d’Ebola : un coup d’épée, ils décèdent ; une flèche, ils passent l’arme à gauche ; une tape de marteau, ils clamsent ; et – plus surprenant encore – ils trépassent également s’ils reçoivent sur la tête une toute petite pierre jetée par Bilbo. Contre toute attente, ce hobbit a une force impressionnante. Mais regardons plutôt cette table de comparaison et rions ensemble :

Comparaison de taille

Bref la bataille dure Longtemps, d’accord, mais comment cela peut-elle s’étendre sur une heure et demie ? Grâce à deux effets totalement stupéfiants.

Le premier, c’est le ralenti. Peter Jackson en colle partout. Un type meurt, paf, ralenti sur l’arme qui frappe, ralenti sur l’homme qui tombe, ralenti sur le méchant qui se félicite, ralenti sur les yeux de la victime, ralenti sur la paupière qui se ferme. Forcément, ça rallonge le film d’une bonne demi-heure.

Le second, ce sont les retrouvailles. Imaginez la scène. Un gigantesque champ de bataille (en fait, exactement le même que celui du Retour du Roi, avec un peu moins de monde peut-être).

Grosse baston

Un gigantesque champ de bataille, donc, avec des elfes, des humains, des nains et un gros paquet d’orques (il faut dire que les orques sont très nombreux, j’ai pas les chiffres, mais on parle de 10 000 selon la police, 100 000 selon la cellule de communication des orques). Oui, ça ne fait que quatre armées, mais il y a une armée surprise (la même que dans le Retour du Roi, d’ailleurs, mais son arrivée est encore plus inattendue). Soudain, un nain retrouve son cousin sur la zone de combat. Le cousin vient de décimer une centaine d’orques REDOUTABLES en se mouchant. Il y en a encore des centaines d’autres autour d’eux. Mais on s’en fout. Les deux nains taillent une bavette :

– Oh ! Cousin Machin ! Ça fait plaisir de te voir, et alors tu deviens quoi ?
– Bah ça va bien ! J’ai repris la forge du pater. Je tape sur du métal et ça me va bien. Je m’en sors pas mal, ça paie bien. Et toi, la famille ?
– Ça pousse, ça pousse. Ma dernière commence à faire ses dents, on ne dort pas trop, c’est pour ça que je suis arrivé à la bourre pour me battre, mais ça va passer.
– Faudrait qu’on s’organise une bouffe un de ces jours.
– Mais carrément ! On en parle après que j’ai tué ces milliers d’orcs en me grattant le doigt de pied ?
– Nickel. La bise à Durdinval.
– Merci, et on n’attend pas la prochaine bataille pour se voir, hein !

Je n’invente rien.

Le combat s’achève enfin après tout un pataquès à peine compréhensible (les orques ont fait une terrible ruse imbittable pour le spectateur, les nains se séparent en deux groupes, mais en fait restent au même endroit, j’ai rien compris).

Une amitié particulière

Et là, c’est le drame : Gubeva zrheg. (Non, je n’ai pas subitement parlé en orque, mais comme c’est un spoiler si vous n’avez pas lu le livre, je l’ai mis en ROT13, n’allez pas plus loin si vous n’êtes pas familier avec l’histoire du Hobbit).

Ralenti sur sa blessure, sa chute au sol, Bilbo qui court vers lui, Bilbo qui lui prend la main, Bilbo qui pleure, Thorin qui ferme les yeux, Bilbo qui regarde le ciel en hurlant : « Naaaaaaaaaan, pas lui ! ».

Retour au campement. Bilbo parle à un elfe, je crois.

– Vous êtes triste Bilbo ?
– Oui. Je suis tellement triste d’avoir perdu mon Thorin.
– Mais qu’est-ce qu’il était pour vous ?
– C’était… C’était mon… *sanglots étouffés* *silence*

Mais vas-y, Bilbo, crache-le morceau : vous étiez amants. Et pendant la longue traversée du Gondor, ça n’a pas sucé que de l’herbe à pipe, si tu vois ce que je veux dire.

Revenant chez lui, le cœur gros comme un camion, Bilbo reprend la même discussion avec Gandalf.

– Ça va aller Bilbo, pas trop triste ?
– Si, un peu quand même. Thorin, c’était… C’était mon…
– C’était votre quoi ?
– C’était… C’était mon…
– Votre quoi ?
– Mon… MON AMI. MON AMI. JUSTE mon ami. Pas mon amant. Arrêtez de me faire cette réputation dans tout le Comté, enfoiré de Gandalf. Je sais que le mec qui vous interprète est gay, mais vous ne me pervertirez pas avec vos pouvoirs d’homosexuels.
– Calmos, Bilbo. Calmos. Je demandais simplement. Si on a plus le droit de parler, je retourne dans ma carriole avec mon bâton magique et mes pétards. Venez me rejoindre, ça va être… explosif.

Explosion

Spring Breakers : la critique s’emballe-t-elle ?

On ne va pas se mentir, les critiques ont mouillé pour Spring Breakers, le nouveau film de Harmony Korine. Les Inrocks ont même consacré leur couverture au phénomène :

Inrocks

Avouons que sur ce film, Les Inrocks se sont dépassés, soutenant le film depuis la Mostra de Venise où il était comparé à du “Terrence Malick sous ecstasy”. Cette première critique du film avait au moins le bon goût de garder une certaine retenue : “[On peut] s’agacer de la façon dont Korine botte en touche, portant un regard à la fois critique et séduisant sur la violence de la gangsta weltanshung. Mais au final, ses twists ironiques, son humour noir, son énergie de série B, sa verve formelle, sans oublier la plastique superbe de ses actrices emportent le morceau”.

Aucune retenue lorsque le même auteur a écrit sa critique lors de la sortie officielle de Sping Breakers comparant cette fois-ci le film à du “Godard boosté au Red Bull” : “Korine filme cette débauche de formes et de couleurs avec une énergie folle, variant ses cadrages, balançant des décharges de montage en cut-up, bombardant les mots Spring Break comme un mantra” avant de conclure, superbe : “Derrière le rêve illusoire du Spring Break, les fractures ethnico-sociales et la violence de l’Amérique rôdent toujours. Korine déchire la carte postale floridienne et déniaise le Spring Break.”

Une autre “plume” des Inrocks officiant sur les ondes du Masque et la plume, vivant mal que le film n’ait pas été retenu par un Jérôme Garcin inspiré, a tenu à en parler lors des conseils à la fin de l’émission ajoutant à cette pandémie d’onanisme intellectuel : “C’est une critiqueuh de l’état terminale de la sociaytay du spayctacle qui va vraymant vayrs sonne apocalypse, mays cette apocalypse, i en fayt une sorteuh de feuh de joâ et c’est hein film totalemant jubilatoâre à la fois fayroce et trés trés drôlay”.

[mejsaudio src=”http://www.artypop.com/wp-content/uploads/2013/03/springbreakers.mp3″]

On aura bien sûr compris que si Les Inrocks ont beaucoup apprécié le film, c’est qu’il leur permettait, sous le vernis “œuvre d’auteur”, de foutre des meufs en bikini sur la couverture, s’assurant de surcroît, grâce à la présence de Vanessa Hudgens et de Selena Gomez, un effet viral évident et une probable augmentation subtile des ventes en kiosque. D’ailleurs, j’ai trouvé la couverture des Inrocks en question sur le site de Selena French Web. Quand je pense ce qu’était ce journal, j’ai mal à ma mémoire.

Je me moque des Inrocks parce que je suis un connard jaloux, mais ce sont loin d’être les seuls à s’être branlés la nouille devant Spring Breakers : Les Cahiers du cinéma, Elle, Télérama et Paris Match ont, semble-t-il, été tout aussi émoustillés par ses jeunes filles en fleur et en bikini pendant 99% du film :

Critique

Pourquoi une telle unanimité ? Parce que c’est pas tous les quatre matins qu’ils vont voir un film qui peut se vendre auprès du public comme “film d’auteur” (parce que c’est Harmony Korine qui l’a réalisé, le GÉNIE qui a pondu en deux semaines le scénario de Kids, qui a filmé l’ovni Gummo et le très radical Julien Donkey Boy, qu’il est sorti avec Chloë Sevingy, qu’il a pris des drogues, qu’il a bu de l’alcool, qu’il a été très malheureux et qu’il adore le cinéma français depuis ses douze ans) où quatre filles passent leur temps à poil et où le nihilisme du scénario est un support à toutes les interprétations fumeuses propre au plaisir du critique de cinéma.

Et concrètement ? Spring Breakers est une belle grosse bouse. C’est une tentative de réhabilitation maladroite et désespérée d’un type paumé qui ne vit que sur cette gloire éphémère qu’ont été les cinq premières années de son travail. Korine refait du Gummo, pour ainsi dire, en moins extrême et surtout avec des stars pour s’affirmer bankable. Un statut soutenu artificiellement par des critiques en mal d’émotions.

Alors, oui, certains se pâment devant le montage “cut-up” comme ils l’appellent eux-mêmes, fascinés par l’idée de montrer quelques plans d’une séquence avant qu’elle n’arrive dans le scénario, idée liée par des bribes de dialogues. Ainsi, l’une des jeunes filles va se faire tirer dessus, on voit trois plans d’elle avec du sang sur le bras, avant même qu’on ne nous ait montré la balle le traverser (son bras). D’autres s’extasient devant les répétitions des dialogues (appelons ça “remplir le vide”) “totalement jubilatoires” pour reprendre le critique du Masque et la plume. Par exemple, ce dialogue répété une quinzaine de fois :

  • On va le faire ?
  • Tu as la trouille ?
  • Je suis sûre que tu as la trouille…
  • Oui, je suis le plus grand trouillard de la planète…
    (dix secondes de pause)
  • On va le faire ?
  • Tu as la trouille ?
  • Je suis sûre que tu as la trouille…
  • Oui, je suis le plus grand trouillard de la planète…
    (dix secondes de pause)
  • On va le faire ?
  • Tu as la trouille ?
  • Je suis sûre que tu as la trouille…
  • Oui, je suis le plus grand trouillard de la planète…
    (dix secondes de pause)
  • On va le faire ?
  • Tu as la trouille ?
  • Je suis sûre que tu as la trouille…
  • Oui, je suis le plus grand trouillard de la planète…
    (dix secondes de pause)

Mais si voir des culs et des seins comble vos appétits cinématographiques, comme cela semble être le cas pour la critique française, alors un seul mot : foncez.

La mer à boire (la tasse)

Aujourd’hui, pour le boulot, je suis allé voir un super film, un chef d’œuvre comme le cinéma ne nous en livre que rarement et qui est de plus avec Daniel Auteuil, dont il faut bien reconnaître que les derniers films n’étaient pas tous à la hauteur. Mais celui-là, ATTENTION, il carbure au sans-plomb 98. Protégez-vous les mirettes, mettez des lunettes de soleil.

Meraboire

(bon peut-être de plus jolies que lui, mais faites gaffe quand même).

Le synopsis du film tient en deux phrases dans le dossier de presse : “Georges, un patron de chantier naval, est lâché par sa banque. Il devra se battre jusqu’au bout pour tenter de sauver l’entreprise qu’il a passé sa vie à construire”.

Ça débute tout doux donc avec Georges Pierret, fabricant des bateaux Pierret, des yachts luxueux, mais comme le budget ne prévoyait pas de véritables yachts luxueux, le réalisateur s’est contenté de filmer de vieux rafiots.
Ainsi, quand un riche footballeur de l’OM débarque pour venir voir son FABULEUX yacht, voici ce que les entreprises Pierret ont construit pour lui :

Bateau

Avec ça, s’il ne fait pas bisquer Anelka, c’est à n’y rien comprendre.

D’ailleurs dans le dossier de presse, le réalisateur insiste sur le fait qu’il voulait mettre en scène un film qui se passe dans le milieu des yachts bling-bling. Une réussite.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, d’ailleurs Georges vient de faire rénover l’usine de montage et compte bien en faire de même avec celle de moulage (et là, t’as tous les salariés qui crient comme un seul homme “WHAOUUUUUUUU”) comme il le dit dans une grande soirée de célébration pour fêter une vente d’un bateau, soirée qui se termine d’ailleurs avec son meilleur pote, Claude, le menuisier avec lequel il bosse depuis vingt ans, rond comme un ballon qu’il est obligé de ramener.

Dans cette soirée, le jeune Luis – fraîchement divorcé – rencontre Jessica, une pharmacienne qui a tourné le dos à une carrière derrière les comptoirs pour devenir menuisière (car elle “aime travailler avec ses mains”). Le dialogue est tout bonnement superbe :

Luis : Les mecs à l’atelier, y disent que t’es bonne.
Jessica : Ah bon ?
Luis : Bonne en menuiserie.
Jessica : Viens.

Et ils s’en vont dans la nuit sombre (et sauvage, comme le dit la chanson).

De son côté, George arrive chez la femme de son pote, Claude. Là, sa femme lui annonce que Claude, en ce moment, ça va pas fort.

En fait, on apprendra le lendemain que la société de menuiserie de Claude est en cessation de paiement. Lorsque la liquidation judiciaire arrivera environ vingt minutes plus tard, l’homme ira s’immoler dans l’entrée de la chambre de commerce et de l’industrie locale.

Georges, lui, est rentré chez lui, seul. Il regarde sa piscine, puis son salon. Là, il se souvient de Mathilde, sa femme, morte depuis quelques années, dans une soirée avec des amis. Ô temps suspend ton envol. Il est triste, le Georges. Le lendemain, il a rendez-vous avec la banque. Mais le banquier, Louis (oui, Luis, Louis, même pour les prénoms, les scénaristes n’avaient aucune imagination), est un salopard. Il contraint Georges a se débarrasser de l’atelier de moulage, JUSTEMENT celui qu’il voulait rénover. Tu parles d’une chance.

Georges prend la décision de passer son salaire au smic (car LUI AUSSI fait des sacrifices), appelle le CE, comme dans les vrais, et annonce sa décision qui fait beaucoup de bruit on s’en doute.

Arrive le volet social du film. Luis, bien sûr, est l’un des salariés de l’atelier de moulage, il monte avec Hassan (le chef du CE) des barricades pour se plaindre des indemnités de licenciement proposées par la direction : 2000 euros. Après l’occupation de l’usine et une négociation de haut vol (vécu in extenso par le spectateur), les salariés licenciés obtiennent… 18 000 euros. Mais ils en veulent 50 000. Conclusion, Georges, patron au grand cœur est contraint de faire intervenir les CRS pour désoccuper l’usine. Trop dur.

Luis, lui, va chez sa copine Jessica, et décide de préparer des lasagnes. Mais il fait tomber le plat qui se casse sur le sol de la cuisine. Sans qu’on comprenne vraiment pourquoi (d’ailleurs dans l’ensemble rien  n’explique pourquoi les personnages agissent comme ils le font), mais particulièrement consterné, le spectateur regarde – désemparé et embarrassé – Luis renverser la table et les chaises puis se tirer. Lorsque Jessica arrive chez elle, elle appelle Luis pour lui demander si c’est lui qui a foutu ce bronx. Nouveau dialogue d’une grande richesse. Luis est avec un pote en train de regarder un match de foot.

Luis : Allo ?
Jessica : Luis ?
Luis : Ué ?
Jessica : C’est toi qui a foutu le bazar dans ma cuisine ?
Luis : Ué.
Jessica : …
Luis : Au fait. Je t’aime plus, je te quitte.

Il raccroche.

Là, dans la salle, on s’est tous regardé avec un gros air de d’incompréhension : pourquoi ce film ? pourquoi est-on venu ?

Mais tout cela n’est rien.

Le pire ennemi de Georges, c’est Louhis (non, je déconne, j’ai oublié son nom), le Afflelou de la marine : il fait de la merde pour pas cher et veut s’acheter le prestige de la marque Pierret. On le comprend : qui ne voudrait pas d’un bateau comme ça ?

Bateau

Sauf que Georges, pour rien au monde ne veut vendre à Louhis. Je vous laisse deviner le dénouement que je vais spoiler dans cinq minutes.

Bref. Où j’en étais dans ce ramassis de clichés moisis ?

Ah oui. Donc, Georges fête finalement une nouvelle vente : celle d’un bateau à un millionnaire russe bien évidemment véreux (on va pas s’embarrasser avec des poncifs, hein) qui lui propose d’investir dans sa société et de venir à Moscou pour discuter des arrangements.

Voilà donc notre Georges qui part en Russie et qui rencontre une charmante interprète. Mais comme le millionnaire russe était véreux (je crois que je l’ai déjà dit), sa société est liquidée le jour de l’arrivée de Georges qui finalement passe son week-end avec l’interprète dont il va tomber éperdument amoureux.

Revenu en France, Georges a une super idée : a. il va vendre sa maison, b. il va construire le plus beau bateau du monde, un 70 pieds, c. il va repartir en Russie rejoindre l’interprète et la faire venir en France.

Au salon nautique de Paris, le bateau de Georges est un succès : il a trois commandes fermes ! Il appelle sa nouvelle copine, lui dit avoir un ticket d’avion pour Moscou, et voilà que patatras, tout s’écroule : son ennemi juré a réussi à être actionnaire majoritaire de sa boîte (je vous passe la signature chez le notaire pour la finalisation des actes de vente des parts de la société, vécue elle aussi in extenso).

Georges part sur les berges de la Seine et sans qu’on comprenne vraiment pourquoi déchire son ticket d’avion . Il faut croire que se faire rembourser aurait été trop intelligent.

Fondu au noir.

Georges a quitté l’entreprise : on le comprend parce que d’habitude, il est en costume et là, il est en jean basket avec des sacs en plastique ED L’épicier. Il vit sur son petit bateau. Pris d’un rhume, il se rend à la pharmacie et là, c’est Jessica, l’ébéniste du début, qui le sert : eh oui, la société a déménagé son activité en Bretagne et elle a été contrainte d’abandonner son rêve pour devenir pharmacienne. LA TUILE. On ne sait pas comment elle a vécu sa séparation avec Luis, ça fait bien longtemps qu’on s’en fout, en réalité. Comme de tout le film depuis le début d’ailleurs.

Georges repart sur le port et voit un yacht qu’il a fabriqué à la grande époque. Il demande à monter dedans, le propriétaire en est ravi et, très fier, propose à Georges de faire un petit tour : “c’est la moindre chose que je puisse faire pour le fabricant de ce chef-d’oeuvre”, dit-il. En mer, Georges se laisse aller : “Ce volant, c’est Claude qui l’a fait”. L’homme répond : “Ah ! Vous lui direz bravo pour moi”. Georges : “Il est mort”. L’homme : “Comme quoi on peut être un super ouvrier et un pauvre type !”. Oui, c’est à peu près incompréhensible comme phrase.

Alors, Georges, là, il devient VÉNÈRE. Dire que Claude est un pauvre type, c’est TOO MUCH. Il prend un couteau posé là à côté d’un poisson (?) derrière le poste de pilotage et plante le mec. Et blam, bain de sang. Tout simplement. À ce moment, je me suis dit : “bon, ok, il est en train de rêver”. Mais pas du tout. Méthodiquement, façon Dexter, il jette le corps à l’eau, allume une clope et conduit SON bateau pendant environ 2 minutes et là, contre toute attente (mais avec soulagement) : FIN.

J’étais tellement surpris par ce grandiloquent final inattendu que je me suis précipité sur le dossier de presse de ce grand film social présenté comme une “comédie dramatique” (la partie comédie m’a particulièrement échappé). Et on peut lire que le réalisateur avait une toute autre conception du dernier plan : “[le plan qu’on avait prévu n’a pas pu être tourné, car] il y avait trop de vent et qu’on ne pouvait installer la grue. On a donc improvisé ce qui est devenu le dernier plan du film : Daniel qui fume en conduisant son bateau sur fond de crépuscule”. Mais voilà ! C’est pour ça que c’est bidon : c’est pas le bon dernier plan !

Ma note :