Skip to content

Catégorie : hors-sujet

Deux ans de patience

Mourir peut attendre

Retourner au cinéma. J’avais presque oublié à quoi ça ressemblait. Ces derniers mois, j’ai tout de même réussi à voir trois films : Adieu les cons en juin, La loi de Téhéran en août et mardi, j’y suis retourné pour découvrir Mourir peut attendre, le dernier James Bond et l’ultime avec Daniel Craig.

Comme l’a écrit un ami dans un journal à paraître, on va voir Mourir peut attendre “comme on va au Stade de France voir les Stones, Springsteen ou AC/DC : pour regarder une immense machine commerciale, une espèce en voie de disparition, qui va fatalement puiser dans ses greatest hits, mais avec un reste d’espoir que le dinosaure ait de l’énergie et quelques nouvelles idées, mais pas trop non plus.” (je ne sais pas s’il serait vraiment d’accord que je reprenne son texte sans son accord, mais je vais dire que oui) (j’ai même hésité à le prendre directement à mon compte sans mentionner que je n’en étais pas l’auteur, mais je crains qu’il ne lise ce blorgue).

Du fan service et des greatests hits, il y en a pléthore dans Mourir peut attendre, mais je ne suis pas assez expert de Bond pour déceler toutes les allusions. J’ai tout de même remarqué le grand retour des gadgets (qui avaient été prohibés dans Skyfall avec le nouveau Q, Ben Whishaw, qui lui filait simplement un Walther PPK fonctionnant uniquement avec ses empreintes digitales). On me souffle dans l’oreillette qu’ils étaient déjà revenus dans Spectre, mais je ne m’en souviens plus du tout, donc nous dirons que ça n’existait pas.

C’est d’ailleurs dommage que j’ai si peu de souvenirs de Spectre, car Mourir peut attendre s’enchaîne comme une seconde partie : on retrouve Léa Seydoux (Madeleine Swann), la fille qui a connu l’école de la rue, et Daniel Craig (James Bond) dans la ville italienne de Matera, convolant comme deux tourtereaux, quand, sous prétexte de régler ses comptes avec le passé, James rend visite sur la tombe de Vesper (sa précédente compagne, morte dans Casino royale) dont la concession familiale est justement à Matera. Quel bol !

De là, James est poursuivi par les hommes de Blofeld (Christopher Waltz), dont j’avais oublié le nom et l’existence. Il finit par soupçonner Madeleine d’être la balance (alors qu’elle est cancer), la jette dans un train et s’en va vers de nouvelles aventures. Depuis sa retraite en Jamaïque, il reçoit la visite de son vieil ami Felix Leiter (Jeffrey Wright) qui l’implore de l’aider à retrouver Valdo Obruchev. Ce scientifique, engagé par le MI6, a disparu avec une arme biologique qui permet d’éliminer exactement la personne que l’on désire en uploadant dans les nanorobots qui la composent l’ADN de sa victime. Cette arme, voulue par M, devait servir à éliminer les criminels hostiles à la glorieuse Albion, c’est-à-dire Michel Barnier, Ursula von der Leyen et Donald Tusk. Sauf qu’il suffit de charger l’arme avec un ADN un peu générique pour qu’elle devienne ADM (une arme de destruction massive, merci aux deux à l’arrière qui suivent). On comprend vite que Valdo Obruchev est à la solde du grand méchant, Lyutsifer Safin (Rami Malek avec une peau fripée comme jamais) qui s’est installé sur une île perdue, ancien bunker nazi, russe ou japonais, j’ai oublié et ça n’a au final aucune importance.

L’histoire est donc totalement débile, nous sommes bien d’accord. Mais on ne va pas voir les James Bond pour des intrigues palpitantes, donc admettons que ça ne m’a dérangé plus que cela. Pour le reste, le film enchaîne les scènes d’actions relativement bien construites (si on oublie une séquence interminable dans une forêt brumeuse norvégienne particulièrement laborieuse) et des tas d’explosions et de coups de pistolets qui tirent un peu partout avec une particularité qui m’avait moins marquée dans les autres films, mais qui saute aux yeux dans celui-ci, et qui accessoirement me permet d’écrire une phrase beaucoup trop longue pour que sa lecture soit plaisante — mais je suis comme un film de James Bond, j’utilise tous mes greatest hits dans chaque article — qui saute aux yeux, donc, et cette particularité est la suivante : le film ne comporte aucune trace de sang. Les méchants tombent comme des mouches, les coups de pistolets ou de fusils mitrailleurs émettent juste le son pavlovien qui leur intime l’ordre de se coucher au sol. Enfin, pas tout à fait, car on voit quand même un peu de sang, mais uniquement celui des gentils : Bond, Leiter (et peut être Swann, mais j’avoue ne plus me souvenir, et pourtant j’ai vu le film il y a deux jours seulement). C’est bien connu : un criminel ne saigne jamais.

Enfin, il serait cruel de ne pas mentionner la musique : la partition est signée du plus célèbre compositeur actuel de musique au mètre, Hans Zimmer. Franchement, sa présence a presque été une raison personnelle de ne pas aller voir le film. Regarder des cascades et entendre des one-liner pendant deux heures quarante-cinq, pourquoi pas ? Mais se fader la soupe de Zimmer ? Merci, mais non merci.

Eh bien, pour une fois, Zimmer a pondu une musique supportable. Mais il y a une grande raison à cela : il n’a fait que tricoter à partir des thèmes originaux de la série et reprendre quelques citations de Au service secret de sa majesté (dont on réentend la chanson de fin interprétée par Louis Armstrong, We Have All the Time in the World). Bref, c’est finalement pas trop mal. Et ça m’arrache la bouche de l’écrire.

Tout cela mis bout à bout donne-t-il un ensemble de raisons suffisantes pour aller voir Mourir peut attendre ? Peut-être pas, mais je ne me joindrai pas à la cohorte de mécontents. Le film est une magnifique carte postale aux vues époustouflantes et le final vaut franchement le coup pour les adeptes de grand méchant propriétaire d’une île diabolique. Reste que l’histoire est franchement laborieuse et absurde. Mais pour une série où on a vu un gars surfer entre des icebergs, conduire une gondole sur roue ou se bagarrer dans l’espace à coups de pistolet laser, nous sommes clairement ici dans le haut du panier. Le film achève plutôt bien l’aventure de Daniel Craig comme agent secret. Ceci dit, la promesse post-générique que James Bond reviendra m’inquiète. À mon avis, revenir peut attendre…