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Auteur/autrice : Romain

Pas triste, le dentiste !

Une dent contre moi

Longtemps, j’ai pris la médecine pour une solution à tous nos problèmes. Mon analyse était simple : tu as mal quelque part, tu vas voir le médecin, il te prescrit un onguent et paf, tu es guéri. Mal au genou, douleur dans l’épaule, perte de cheveux, le médecin était censé avoir réponse à tout. Du moins, c’est ce que j’ai cru, mais la vérité est plus cruelle et pour nous, les patients, et pour eux, les médecins (ce sont deux ensembles totalement disjoints, en ce sens que {patients} {médecins} = ∅). Car le médecin est en réalité un aiguilleur : il dirige le patient vers un autre médecin ou vers un laboratoire d’analyse (qui le mènera chez un autre médecin ou pas) où il prescrit un médicament soit inefficace soit un antibiotique (la molécule efficace depuis plus de cent ans contre 90% des maladies). Quand rien ne marche et que le patient est relou, il finit généralement chez un chirurgien dont l’unique solution au problème consiste à l’ouvrir pour trifouiller à l’intérieur. Le chirurgien est souvent assez froid, il a fait des études, il a été adoubé par ses pairs, et il ne consacre pas plus de dix minutes à un patient pour lui expliquer ce qu’il compte faire et surtout les conséquences de ses actes (tout en faisant signer une décharge si les choses tournent mal), patient qui ne comprend pas le quart des mots prononcés en latin, ce qui est à mon avis intentionnel. Le patient, lui, a généralement cinq secondes pour décider si la douleur qui l’a mené jusqu’ici est supérieure au coût psychologique (et au coût réel) de l’opération.

Oui, je caricature (à peine), mais vous avez l’idée.

Mais plus remarquables que les chirurgiens, il y a une classe au-dessus (qui, je crois, n’a pas le droit au titre de médecin, mais osef), le chirurgien-dentiste.

Et c’est là où j’en viens à vous parler de ma prémolaire n°25. C’était un peu long, mais ça valait le coup, non ?

Plus jeune, cette fameuse prémolaire a eu le bon goût de se carier. En urgence, je vois un dentiste qui la dévitalise, mais par inadvertance, il pète la racine et n’arrive pas à aller au bout de celle-ci. La racine s’infecte, un autre dentiste tente de la dévitaliser à nouveau et m’explique qu’il ne va pas beaucoup m’anesthésier, parce qu’il doit savoir si la petite tige qu’il enfonce pour gratter l’intérieur de la racine est bien dans la racine et pas en train de rentrer dans la gencive (je dois vous dire que j’ai un excellent souvenir de cette séance). Mais bon, la dent est kaput et décision est prise de l’enlever. Et donc, j’ai un trou, mais pas de panique, car on peut vous mettre une vis dans la bouche, ça s’appelle un implant, mon brave monsieur, vous allez voir c’est super. J’ai le choix ? Oui, on peut aussi vous dévitaliser toute la bouche et vous installer un dentier à la place (je déconne, il ne voulait en dévitaliser que deux pour me mettre un “bridge”). Ah bah l’implant alors, que j’y dis.

Bon, j’avoue que je n’avais pas compris que l’implant allait bien remplacer la dent, mais que la gencive n’allait pas le coloniser, ce qui veut dire que ça ressemble à ça dans la bouche, c’est pas génial, mais c’est mieux que rien.

Pas mal, non ? C’est français.

Ma vie continue. Mais voilà qu’il y a deux ans, ma dentiste constate que la gencive qui entoure la dent se réduit. Elle m’encourage à voir un chirurgien-dentiste pour vérifier l’état de l’implant dentaire qui frôle la quinzaine d’années maintenant.

Rendez-vous est prix (c’est fait exprès), dans les beaux quartiers et j’arrive avec ma bouche et mes ennuis.

Et là, mesdames et messieurs, j’ai envie de vous dire : ce n’est pas un rendez-vous, c’est une rencontre. Je découvre un homme qui ne voit pas des “patients”, mais des “bouches”. Il est rigolo, mais pas vraiment sympa et commence par me faire une radio 3D avec densimétrie je-ne-sais-quoi et qui se paie la bagatelle de près de 200 euros. Il me la montre sur un écran :

On dirait un petit pizzaiolo qui sourit

Il m’explique que la gencive a disparu, qu’on est sur l’os et que si on n’en remet pas, bah l’os va se faire ronger et l’implant va se casser, une perspective qui ne m’enchante guère, car je ne sais pas trop comment ça casse un implant, mais j’imagine déjà ma mâchoire inférieure en deux morceaux avec des bouts d’os partout.

– Mais y a une solution, Docteur ?
– Bien sûr. On peut faire une greffe de la gencive. Je vous découpe un bout du palais et je le colle contre l’os. Voici le devis, ça coûtera 900 euros.
– Ah bah super, moi qui ne savais pas quoi faire de mon 13e mois !

Je lui dis donc que je vais en discuter avec ma dentiste et que j’aimerais bien avoir une sortie de sa superbe radio. Ce à quoi il me répond : “Ça ne vous servira à rien”. Je crois que c’est illégal de ne pas filer un compte-rendu et les analyses quand on te fait un examen, mais je dis rien : je ne suis pas médecin.

Finalement, en appelant plus tard sa secrétaire, j’obtiens gain de cause, mais je sens que la magie de notre première rencontre est gâchée. En gros, je l’ai soûlé.

Ma dentiste me confirme que je n’ai pas le choix, et je prends rendez-vous pour cette greffe de survie.

Le jour arrive et me rend donc au cabinet médical, dans les beaux quartiers, la secrétaire me dit que ça va bien se passer, qu’il ne faut pas que je m’inquiète (parce que bon, j’ai pas une adoration du dentiste, contrairement au reste du monde) et m’installe dans le fauteuil après m’avoir équipé d’une charlotte et d’une blouse.

J’attends.

Le chirurgien arrive avec un interne et me demande si “Ça va ?”. Je réponds que “Moui” et pour détendre l’atmosphère, j’imagine, il dit : “En tout cas, moi, ça va mieux que vous !”. Puis, sans aucune explication de ce qu’il va se passer, il dit “Allez, on y va”.

C’est tout ce qu’il me dira pendant une heure. Pour le reste, il ne parlera qu’à l’interne en lui commentant l’état catastrophique de ma gencive et de mon implant à coups de “Rha merde, y a des adhérences partout” ; “Ce genre d’implant, c’est pas de la bonne qualité”. Un instant, je sens le passage d’un bidule sur mes dents, je tente de dire : “euh an, a” (“je sens, là”) ce qui semble l’énerver encore plus.

Paf, il me bascule en arrière pour découper un bout du palais et il peste : “C’est chiant, ça, on peut pas couper facilement, c’est pour ça qu’il faut arracher les dents de sagesse” (ce qui semble vouloir dire qu’en préparation d’une future greffe gingivale, il faudrait virer les dents de sagesse de toute la population ?). Il me rebascule en avant, il prépare le greffon et se lance dans la couture, je redis “euh an a”. Excédé, il jette son instrument, reprend la seringue d’anesthésiant et me dit “Ah oui ? Bah la piqûre, vous savez quoi ? Ça fait encore plus mal” et il me plante l’aiguille dans la gencive (mais il a tort, ça ne me fait pas mal du tout). Il se relance dans la couture, il pique, il passe le fil et il commente : “Non, ça tient pas, la gencive est trop fine, comment on va pouvoir faire ?”. Ça se termine, je suis en nage, il me file une feuille d’instructions où il m’affirme que “tout est expliqué pour la suite des soins” et de voir avec la secrétaire si j’ai des questions. Puis il part et il appelle son fournisseur internet parce qu’a priori, il a un débit qui l’empêche de regarder Netflix ou un truc du genre.

Je n’ai rien à dire sur la qualité de son travail, de toute façon, je suis bien en peine de savoir ce qu’il a traficoté dans ma bouche. Mais dix jours plus tard, je reviens pour qu’il retire les points de suture. Devant moi, il y a la patiente précédente avec qui il blague et lui souhaite un joyeux Noël fort aimablement. Ça rigole et ça rigole. “Et faudra qu’on voit votre mari pour décider ce qu’on fait sur les dents du haut, parce qu’il y a du boulot aussi”, ha ha ha.

Elle part et arrive mon tour. Le sourire s’inverse. “On y va ?”, dit-il, impatient.

Je m’installe sur le fauteuil, il me demande d’ouvrir la bouche, il regarde, il tire sur ma joue, il sort un appareil photo et entend immortaliser son travail. Il me demande de ne pas respirer “parce que ça fait de la buée sur le miroir et la photo est ratée”. Ça dure une dizaine de minutes, puis il décide de m’enlever les points de suture (et me prévient qu’il va le faire). Il enlève ceux du bas, me relève et me dit “on prend rendez-vous dans un mois”. Je le regarde et lui demande : “Mais vous n’enlevez pas les points de suture sur le palais ?”.

Là, franchement, s’il avait pu m’assassiner du regard et que la justice n’enquête pas, il n’aurait pas hésité. “Bien sûr, les points du palais…” Je me rassois et il termine son œuvre, merci et au revoir.

Un mois après, le dernier rendez-vous arrive. Je me prépare psychologiquement, je me bourre de Prozac et je débarque dans le cabinet. L’attente commence, il arrive et lance son classico “On y va ?”. Je me cale dans le fauteuil, il revient avec son interne et commence par m’engueuler sur la manière dont j’ouvre la bouche, car il faut que je sois “souple” et je ne dois pas me “crisper”.

Il regarde la dent et beugle l’air dégoûté : “Mais… C’est dégueulasse, il y a de la bouffe, là. Putain, mais FAUT NETTOYER”. Je réponds que je nettoie. “Eh bah pas assez”. Là, s’ensuit un court dialogue sur mon erreur de brosse à dents : il ne fallait pas prendre celle de l’autre fois, mais une autre. J’essaie de dire qu’il ne me l’a pas dit (il ne m’a rien dit) et il me répond : “C’est faux, je l’ai écrit sur le dossier”, agitant une feuille de papier comme preuve. Il se barre en demandant à l’interne de gratter le bordel. Il revient, regarde le travail : “C’est mieux. Bon, mais là, on pourra jamais le ravoir…”. Il relève le siège : “On se voit dans un an, mais il faut apprendre à vous brosser les dents”. Là, je dis : “Non, mais qu’est-ce que je fais mal ? J’arrive toujours pas à comprendre ce que vous avez fait comme opération ? Où j’ai mal nettoyé ? Comment je dois faire ?”. Je supplie “Expliquez-moi…”. Il me regarde : “Il a pas compris ? Bah, je vais lui faire un dessin”. Il prend une feuille, trace trois et un rectangle en dessous. Je lui dit “Non, mais ça j’avais comp…”.

Il me coupe : “Chut, je vous dis” avant de me détailler son dessin. “C’est bon ? C’est compris ?”. J’abdique. Je veux partir.

Enfin je descend l’escalier, j’ouvre la porte et aspire un grand bol d’air de pollution en pensant déjà à l’année prochaine…

PS : Pour des raisons de dramatisation, certains passages de ce texte sont (tout de même) inventés.

Oh ! C'est intime. Vous lisez pas !

Mon second mandat

Ma grand-mère est morte. Je l’écris ici avant tout pour forcer l’empathie de l’hypothétique lecteur. “Oh mon Dieu, sa grand-mère est morte, c’est très triste, mes condoléances, bisous”. Ma grand-mère est morte, et ça m’a rendu très triste, mais elle avait cent ans – bientôt cent un. Elle vivait depuis plusieurs années dans une maison de retraite, où tout se passait bien disait-elle. Et même si j’ai longtemps pensé qu’elle resterait immortelle, je sentais bien que la machine commençait sérieusement à gripper. Mais cent ans, tout de même, c’est beau.

Quoi qu’il en soit, ayant relativement été peu confronté à la mort, sa ma fé réfléchir, comme disent les boomers (un jour, je vous raconterai à quel point je déteste ce détournement du mot “boomer” pour caractériser toute personne n’ayant pas son avis et comment j’y vois un jeunisme malsain qui ne dit pas son nom, mais ce n’est pas le propos ici, merci de rester concentré). J’ai regardé la liste de mes objectifs en attente depuis des décennies sous prétexte que “je le ferai quand j’aurai le temps”. Et la réalité m’a frappé de plein fouet (c’est une figure de style, je ne suis pas masochiste). Il serait temps que je me bouge.

L’une d’entre elles n’avait rien de difficile, si ce n’est de se décider d’agir. Elle consistait à numériser les films pris par ma famille pendant ma jeunesse et les miens pris lorsque j’étais membre du club vidéo de mon lycée. Au détour de cette numérisation effrénée (façon de parler : j’ai déposé les cassettes après les avoir rembobinées dans un centre de numérisation, mon action a principalement consisté à sortir le chéquier) (j’utilise intentionnellement de vieux termes dans cette notule pour que vous me boomiez autant de fois la gueule que vous le souhaitez), je suis tombé sur le visage de cet enfant innocent (ou la tronche du joker, j’avoue que j’hésite encore) :

L’est-y-pas-mignon

Oui. C’est moi. Genre à dix ou onze ans. On trouve peu d’images de ma personne, car j’ai toujours détesté être filmé ou photographié. D’ailleurs je continue aujourd’hui, mais je l’impute dorénavant à une calvitie dégueulasse qui rend mon visage encore plus malsain qu’un tueur en série de films hollywoodiens (et pourtant, je vous jure, je suis super sympa) (quand on me connaît).

Bref.

Et il y a quelque chose d’étrange quand je regarde ce visage. Pas vraiment une nostalgie. Car bien que j’ai connu une jeunesse sans problème, mon manque cruel de confiance en soi, ma naïveté sûrement charmante (mais surtout navrante) et ma difficulté d’intégration pour cause de désintérêt général des passions classiques d’adolescents (le triumvirat foot, rap, joint) ne me font sincèrement pas regretter cette période de ma vie (cette phrase est longue et probablement incorrecte d’un point de vue grammatical, je sais).

Pas une nostalgie donc, mais une question qui me taraude. Est-ce que l’adulte que je suis devenu a déçu l’enfant que j’étais ? Oui. Je sais, ça fait tarte (ou tartignole) écrit ainsi. On oscille entre Marc Levy ou Françoise Dolto. Mais à l’heure de mon second mandat de présence sur Terre, déjà bien entamée, je crains que mon jeune moi n’aurait pas renouvelé son vote s’il avait eu le choix. Du haut de mes quarante-six ans (cf P.S.2), j’ai l’impression qu’il ne m’apprécierait pas tant que ça, s’il savait ce qu’il était devenu : un pleutre banlieusard sous influence qui éructe sur Twitter des propos incohérents avant de s’effondrer de fatigue dans un vieux lit creusé par la vacuité de sa vie.

Mais ne sombrons pas dans une déprime dorénavant bien trop collante aux baskets de mon existence. Après tout, je pourrais tout autant l’accuser ce sacripant. Désolé, mon petit bonhomme, mais je suis le résultat de ton manque de persévérance à l’école et de tes mauvaises fréquentations. Trop facile de me remettre la faute dessus !

Bon, allez, tu sais quoi ? Viens. On fait la paix.

P.S.1 Cette notule contient un jeu-concours. Devine le nombre de fois que tu peux écrire “OK, boomer”, après une phrase et gagne ton poids en dosette Tang !

P.S.2 Cette notule a été écrite en mai 2021, mais comme j’ai ressorti mon blorgue du frigo, je me suis permis de vous la resservir froide (et malheureusement, les notules, ce n’est pas comme les lasagnes, la fournée est souvent meilleure le jour même que réchauffée le lendemain).

P.S.5 Oui, j’en ai achetée une, et ça, je pense que ça aurait beaucoup plus à mon moi de dix ans.

Vie magique

Crise de la p(a)resse

Car ma vie c’est un manège,
Et mon Dieu que ce manège tourne bien.

Nicoletta

L’algorithme de Netflix, toujours prompt à me jouer des tours, m’a proposé de regarder “Le Jouet” de France Veber, film de 1976. Je l’avais vu tantôt, et plutôt tôt que tant, donc je me souvenais de Pierre Richard qui est “acheté” comme jouet par le fils du patron de sa boîte, multimilliardaire. J’avais oublié (occulté ?) que le patron en question détenait un journal, France Hebdo, et que Pierre Richard incarnait un journaliste fraîchement engagé, Francois Perrin. Le film débute ainsi par Pierre Richard qui se fait engager après une période de chômage de “17 mois et six jours”.

Quinze minutes après le début du film, Rambal-Cochet, le multimilliardaire, renvoie Gérard Jugnot, autre journaliste, sous le prétexte qu’il a “les mains moites”. S’ensuit une scène devant le Panthéon où Jugnot plaide sa cause et devant l’inaction de ses collègues part courroucé en affirmant : “Dans n’importe quelle autre entreprise, on aurait fait une grève”. Perrin s’interroge : “On pourrait faire quelque chose peut-être ?” avant que le photographe du journal n’assène cette phrase : “Pour te retrouver au chômage ? Tu sais que ça ne va pas bien dans la presse en ce moment ? Non, tu as intérêt à te faire tout petit, mon pote, crois-moi”.

Ça ne va pas bien dans la presse en ce moment ; le secteur de la presse est en crise ; ça va mal dans la presse ; c’est dur pour les journaux aujourd’hui

Ces phrases que j’entendais à peu près toutes les trois semaines à mes débuts dans les années 2000 et que j’entends aujourd’hui tous les trois jours étaient déjà prononcées en 1976. À croire que ce secteur n’a jamais connu la moindre prospérité. Qu’il n’a cessé d’être un secteur qui perdait de l’argent. Mais alors, pourquoi intéresse-t-il autant Bolloré, Niel, Drahi, Dassault ou Arnaut ? Pourquoi des multimilliardaires, comme dans Le Jouet, investiraient-ils dans un secteur perdant de l’argent ? On me répondra classiquement “pour des raisons d’influence, ils achètent ainsi l’opinion des gens” ou “par philanthropie”. Mais, franchement, je n’y crois pas. Ça participe au bout du compte à grossir leur capital (que ce soit par des réductions d’impôts ou par les bénéfices des journaux).

Franchement, quel secteur, perdant de l’argent depuis plus de cinquante ans, garderait le soutien de multimilliardaires ? Aucun. Que les journaux gagnent moins qu’avant, c’est une certitude, mais s’ils en perdaient tout en restant soutenus par des fonds privés, ce serait une hérésie financière.

Où je veux en venir ? Aucune idée. Mais, vivre au quotidien dans (et de) ce secteur en crise perpétuelle devient particulièrement pesant. Savoir que toute son expertise ne vaut rien, car on préférera toujours un journaliste pas cher à un journaliste expérimenté (du moins, c’est ce que j’entends et qu’on me répète jusqu’à la nausée), joue sur mes nerfs. Serait-il temps de changer, de bifurquer, de donner une “nouvelle impulsion à sa carrière”, comme on lit dans les mails de départ des dirigeants qui ont gentiment été poussés vers la sortie ? Peut-être. Mais pour quoi faire ? En tout cas, si l’herbe est noircie partout, dans le secteur de la presse, une chose est sûre : elle ne repoussera jamais.

À question nulle, réponse nulle

Et tu as fais quoi de ta vie ?

Je ne crois pas vraiment qu’il y ait une raison à notre existence sur Terre, à part probablement celle de ruiner la planète. Si vous voulez mon avis (et même si vous en le voulez pas), nous sommes les punaises de lit de l’univers. Il cherche à nous éradiquer depuis 300 000 ans, mais quand bien même il utiliserait les pires instecticides, bah on survit. Il a tenté la glace, le feu, les coulées de boues et les météorites, mais on est sacrément coriace. Et on vient l’achever en lui piquant toutes les bonnes énergies qu’il s’était planqué à quelques centaines de mètres sous le sol pour être sûr que personne ne vienne y toucher.

J’ai lu l’autre jour L’homme des jeux de Iain M. Banks et une phrase m’a marqué (le bouquin était génial dans son ensemble) et disait quelque chose comme “les organismes vivants sont globalement des consommateurs d’énergies” (je n’ai malheureusement pas retrouvé la citation, parce que je la cherche, mais le livre fait plus de 400 pages, alors déso).

Donc, finalement, la question de savoir ce qu’on a fait de sa vie n’a factuellement aucun intérêt. Je ne sais pas si je suis le seul à m’en étonner, mais dès que quelqu’un meurt, on peut lire des messages comme : “C’était une belle personnne, elle avait tant à nous offrir, elle était extrêmement talentueuse, le monde a perdu quelqu’un de précieux”. Mais si elles étaient toutes des individus extrêmement douées ou précieuses, les archives nationales ne surviraient pas à tout conserver.

Non. Nous ne sommes qu’un gros amas de cellules qui absorbent des nutriments pour les faire survivre. C’est d’ailleurs parce qu’elles ont le bon goût de collaborer entre elles qu’on arrive à des organismes d’une complexité incroyable comme l’être humain ou le tardigrade. Si jamais l’une d’entre elles décide de la jouer cavalier seul, c’est en général le chemin vers le cancer (c’est ce que j’ai retenu de l’expo à la Cité des sciences et de l’industrie sur cette maladie, mais j’ai peut-être mal écouté).

La question est de savoir comment combler son existence. Certains ont pour objectif d’être les plus riches du cimetières. D’autres de se faire connaître. Pour ma part, j’ai choisi la voie de l’oblomovisme. Je vous copie colle la définition de Wikipédia : “un mélange d’apathie, de léthargie, d’inertie, d’engourdissement, de rêverie inactive, qui se manifeste dans l’horreur du travail et de la prise de décision et la procrastination”.

Mais comme une fois par an, je débourse pas loin de 60 euros (merci l’inflation) pour que ce site survive, je pense qu’il est important pour moi de sortir de ma réserve et de justifier vaguement cette dépense complètement inutile, non ?

Je vous remercie de m’avoir lu et de me notifier les fautes de français dans les commentaires.

Des bisous.

C'est plus pour un essai

Il y avait un blorgue ici

Ça fait bien longtemps que je n’avais pas rouvert WordPress – mon dernier article a été publié sous la version 2.0 de l’éditeur de blog – et la dernière mise à jour m’a tenté. je me suis dit : “Et si j’essayais le nouvel éditeur ?”. Alors voilà, j’essaie.

Premier constat, ça a changé, dites donc. Ils ont refait la peinture et un coup de polish. Dorénavant, j’ai des alertes du plug-in Jet Pack a peu près à toutes les pages du compte administrateur. C’est fâcheux, mais puisque c’est l’unique solution pour WordPress de se faire des sous, je ne dis trop rien. Après tout, ça fait dix ans au moins que je l’utilise gratuitement.

Et maintenant, parlons de ces histoires de blocs. Je teste le truc, je peux coller ici un calendrier. On se croirait sur SNCF Connect comme ça :

février 2023
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2728  

Magnifique, non ? (Ne cliquez pas sur le mois, ça va vous faire basculer dans les archives).

Je peux aussi ajouter une image, alors allons-y.

Un meme qui montre deux personnes au bureau et qui plaisante sur le sarcasme de l'un fait à l'autre.
Ceci est un meme (j’en profite pour tester la fonction de légende)

C’est dingue. Quand je pense qu’avant il fallait enchaîner les <img style = “center” > ou je ne sais plus trop quoi.

Tiens, je peux même mettre en avant des trucs ? Hum, je pense que ma page va plus passer la validation w3c.org. Mais en même temps, tout le monde s’en fout aujourd’hui. Les pages sont grosses comme des vaches dopées aux stéroïdes. Rien d’optimisé, 4 000 pubs qui se chargent partout et qui chassent les blocs les uns après les autres, ce qui fait qu’on clique in fine à côté de ce qu’on veut et on se retrouve avec six mois de pubs pour un canapé convertible Conforama.

Car ma vie c’est un manège
Et mon Dieu que ce manège tourne bien

Nicoletta

Je viens de vous coller une citation.

Le truc, c’est que je pense que c’est bien plus joli dans l’éditeur que ce ne sera avec mon thème antédiluvien. Ça fait au moins 7 ans que c’est le même.

Bon, qu’est-ce que je peux tenter encore ?

Composition remarquable réalisée le jour où j’ai branché pour la première fois mon clavier à mon portable

Ah tiens. La légende ci-dessus ne s’affiche pas en petit. Hum… Va falloir régler ça.

Par contre, on ne peut pas ajouter une vidéo ? C’est dommage, ça.

Choses à faire

  • Écrire plus souvent sur mon blorgue
  • Décider si je vais voir Parsifal à l’Opéra de Paris ce week-end
  • Ne pas utiliser mon temps de travail pour tester le nouvel éditeur de WordPress
  • Ne pas utiliser mon temps pour tester le nouvel éditeur de WordPress pendant mon temps de travail pour régler le problème de la légende du fichier audio.

Je sais pas trop à quoi ça peut servir de coller des boutons, mais ça occupe de l’espace.

Ça y est, j’ai fait le tour. Il me reste la gallerie et les archives, mais j’imagine que c’est plutôt pour la barre latérale. Je vais pouvoir travailler sur un sujet plus sérieux : mon travail.

Reste à savoir si je publie ce truc inutile…

Je vais me gêner, tiens.

Deux ans de patience

Mourir peut attendre

Retourner au cinéma. J’avais presque oublié à quoi ça ressemblait. Ces derniers mois, j’ai tout de même réussi à voir trois films : Adieu les cons en juin, La loi de Téhéran en août et mardi, j’y suis retourné pour découvrir Mourir peut attendre, le dernier James Bond et l’ultime avec Daniel Craig.

Comme l’a écrit un ami dans un journal à paraître, on va voir Mourir peut attendre “comme on va au Stade de France voir les Stones, Springsteen ou AC/DC : pour regarder une immense machine commerciale, une espèce en voie de disparition, qui va fatalement puiser dans ses greatest hits, mais avec un reste d’espoir que le dinosaure ait de l’énergie et quelques nouvelles idées, mais pas trop non plus.” (je ne sais pas s’il serait vraiment d’accord que je reprenne son texte sans son accord, mais je vais dire que oui) (j’ai même hésité à le prendre directement à mon compte sans mentionner que je n’en étais pas l’auteur, mais je crains qu’il ne lise ce blorgue).

Du fan service et des greatests hits, il y en a pléthore dans Mourir peut attendre, mais je ne suis pas assez expert de Bond pour déceler toutes les allusions. J’ai tout de même remarqué le grand retour des gadgets (qui avaient été prohibés dans Skyfall avec le nouveau Q, Ben Whishaw, qui lui filait simplement un Walther PPK fonctionnant uniquement avec ses empreintes digitales). On me souffle dans l’oreillette qu’ils étaient déjà revenus dans Spectre, mais je ne m’en souviens plus du tout, donc nous dirons que ça n’existait pas.

C’est d’ailleurs dommage que j’ai si peu de souvenirs de Spectre, car Mourir peut attendre s’enchaîne comme une seconde partie : on retrouve Léa Seydoux (Madeleine Swann), la fille qui a connu l’école de la rue, et Daniel Craig (James Bond) dans la ville italienne de Matera, convolant comme deux tourtereaux, quand, sous prétexte de régler ses comptes avec le passé, James rend visite sur la tombe de Vesper (sa précédente compagne, morte dans Casino royale) dont la concession familiale est justement à Matera. Quel bol !

De là, James est poursuivi par les hommes de Blofeld (Christopher Waltz), dont j’avais oublié le nom et l’existence. Il finit par soupçonner Madeleine d’être la balance (alors qu’elle est cancer), la jette dans un train et s’en va vers de nouvelles aventures. Depuis sa retraite en Jamaïque, il reçoit la visite de son vieil ami Felix Leiter (Jeffrey Wright) qui l’implore de l’aider à retrouver Valdo Obruchev. Ce scientifique, engagé par le MI6, a disparu avec une arme biologique qui permet d’éliminer exactement la personne que l’on désire en uploadant dans les nanorobots qui la composent l’ADN de sa victime. Cette arme, voulue par M, devait servir à éliminer les criminels hostiles à la glorieuse Albion, c’est-à-dire Michel Barnier, Ursula von der Leyen et Donald Tusk. Sauf qu’il suffit de charger l’arme avec un ADN un peu générique pour qu’elle devienne ADM (une arme de destruction massive, merci aux deux à l’arrière qui suivent). On comprend vite que Valdo Obruchev est à la solde du grand méchant, Lyutsifer Safin (Rami Malek avec une peau fripée comme jamais) qui s’est installé sur une île perdue, ancien bunker nazi, russe ou japonais, j’ai oublié et ça n’a au final aucune importance.

L’histoire est donc totalement débile, nous sommes bien d’accord. Mais on ne va pas voir les James Bond pour des intrigues palpitantes, donc admettons que ça ne m’a dérangé plus que cela. Pour le reste, le film enchaîne les scènes d’actions relativement bien construites (si on oublie une séquence interminable dans une forêt brumeuse norvégienne particulièrement laborieuse) et des tas d’explosions et de coups de pistolets qui tirent un peu partout avec une particularité qui m’avait moins marquée dans les autres films, mais qui saute aux yeux dans celui-ci, et qui accessoirement me permet d’écrire une phrase beaucoup trop longue pour que sa lecture soit plaisante — mais je suis comme un film de James Bond, j’utilise tous mes greatest hits dans chaque article — qui saute aux yeux, donc, et cette particularité est la suivante : le film ne comporte aucune trace de sang. Les méchants tombent comme des mouches, les coups de pistolets ou de fusils mitrailleurs émettent juste le son pavlovien qui leur intime l’ordre de se coucher au sol. Enfin, pas tout à fait, car on voit quand même un peu de sang, mais uniquement celui des gentils : Bond, Leiter (et peut être Swann, mais j’avoue ne plus me souvenir, et pourtant j’ai vu le film il y a deux jours seulement). C’est bien connu : un criminel ne saigne jamais.

Enfin, il serait cruel de ne pas mentionner la musique : la partition est signée du plus célèbre compositeur actuel de musique au mètre, Hans Zimmer. Franchement, sa présence a presque été une raison personnelle de ne pas aller voir le film. Regarder des cascades et entendre des one-liner pendant deux heures quarante-cinq, pourquoi pas ? Mais se fader la soupe de Zimmer ? Merci, mais non merci.

Eh bien, pour une fois, Zimmer a pondu une musique supportable. Mais il y a une grande raison à cela : il n’a fait que tricoter à partir des thèmes originaux de la série et reprendre quelques citations de Au service secret de sa majesté (dont on réentend la chanson de fin interprétée par Louis Armstrong, We Have All the Time in the World). Bref, c’est finalement pas trop mal. Et ça m’arrache la bouche de l’écrire.

Tout cela mis bout à bout donne-t-il un ensemble de raisons suffisantes pour aller voir Mourir peut attendre ? Peut-être pas, mais je ne me joindrai pas à la cohorte de mécontents. Le film est une magnifique carte postale aux vues époustouflantes et le final vaut franchement le coup pour les adeptes de grand méchant propriétaire d’une île diabolique. Reste que l’histoire est franchement laborieuse et absurde. Mais pour une série où on a vu un gars surfer entre des icebergs, conduire une gondole sur roue ou se bagarrer dans l’espace à coups de pistolet laser, nous sommes clairement ici dans le haut du panier. Le film achève plutôt bien l’aventure de Daniel Craig comme agent secret. Ceci dit, la promesse post-générique que James Bond reviendra m’inquiète. À mon avis, revenir peut attendre…

Dans notre série Les Grandes erreurs du marketing

Les étranges galettes du Routard nippon

Un an et un peu plus que nous sommes bloqués chez nous, comme des poissons dans un bocal – et cette simple comparaison devrait convaincre les propriétaires d’aquarium de jeter le bac à la rivière. La pandémie qui nous frappe est un châtiment de Dieu, tout le monde le sait, sinon comment expliquer qu’elle nous tombe dessus alors que des milliards d’hommes et de femmes prient à travers la planète (OK, pas moi, mais j’ai une bonne raison, c’est à cause de la télé, elle ne me lâche jamais, la saloperie).

Alors bon, dans ce marasme ambiant, je trouve que c’est le moment idéal pour vous raconter mes vacances au Japon. Enfin, je ne vais pas vraiment vous les raconter, mais je vais juste vous coller des photos (l’occasion de tester la fonction Gallerie de WordPress).

Nous, en fait, je vais vous parler de la préparation au voyage. Je reviendrai un jour sur tout le périple quand je penserai que ma vie mérite d’être livrée sur un blog (hum). Et plus particulièrement cette notule sera un prétexte pour douter de l’impartialité du plus célèbre guide de voyages français : Le Routard !

Le Routard, on l’achète dans deux cas :

  • Soit parce qu’on part en voyage et qu’on a eu trop la flemme de préparer les visites/
  • Soit parce qu’on rêve de voyager et qu’on n’a pas les moyens de se payer un billet pur le Brésil, alors en attendant, on s’offre le Routard comme un ticket de loto et quand des amis passent, on leur dit : “Ah ouais, je prépare mes vacances en Amérique du Sud. Mais non, j’ai pas vraiment décidé où j’irai, je vais lire le Routard avant pour me décider” (et en général, d’ici à qu’on y aille, bah Le Routard a connu trois changements de maquette).
  • Moi, j’étais dans le premier cas : les billets avaient été pris un an à l’avance, et j’avais déjà booké les arrêts et les hôtels. Alors, le Routard était là pour lister les musées à visiter et surtout m’aider à choisir des restaurants. Et là… Surprise !

    Comme le Japon est plutôt connu pour sa gastronomie raffinée, je m’attendais à découvrir des tas d’adresses originales inconnues du grand public. Eh bien, je n’allais pas être déçu du voyage.

    Au quartier Impérial, le Routard me propose d’abord un resto chinois et ensuite “Chez Olivier”, un restaurant français méchamment chicos. À Marunouchi, les auteurs ne tarissent pas d’éloges pour “La Boutique de Joël Robuchon” : “Le self le plus chic de Tokyo à des prix très démocratiques”. On y sert des “galettes” à pas loin de 12 euros. Il est loin le temps du sac à dos ! À Nihonbashi, cette fois-ci, pas d’hésitation. Rendez-vous “Chez André du Sacré-Cœur”, un bistrot créé par un français “à l’identique de celui de son père à Montmartre”. On y déguste “une très bonne cuisine de bistrot française”. Et il y a aussi le “Clos Montmartre”, sur une autre page, qui propose une fricassée de rognons et ris de veau. C’est bien la peine de parcourir 10 000 bornes pour bouffer des ris de veau, non ? Alors, j’imagine bien que les voyageurs ne veulent pas manger tous les jours de la cuisine japonaise, mais tout de même ! Il faut attendre le quartier de Ginza pour que les auteurs nous proposent des restaurants endémiques, avec tout de même la recommandation de la “Brasserie Paul Bocuse”, parce que hein, c’est sympa le poisson grillé, mais quand même, des manouls de la canourgue avec “un blanc du Languedoc”, c’est ça la vie !

    Quelques pages plus loin, à Roppongi, Le Routard nous propose cette fois-ci “L’atelier de Joël Robuchon” et la “Brasserie Paul Bocuse”. Attendez… On ne les a pas déjà vus ? Ah bah si, des fois qu’on les ait ratés au premier passage, la repasse est gratuite. Surtout qu’à Ebisu, figurez-vous que le Routard recommande aussi “La Table de Robuchon” dont le texte débute par “Vous rêviez de manger un jour chez Robuchon, vous pouvez le réaliser ici sans attentat au portefeuille”. Au prix du ticket d’avion et des hôtels, je doute qu’aller à Tokyo pour déjeuner chez Robuchon soit vraiment l’idée du siècle.

    Mais tout ça n’est rien devant l’acharnement des auteurs à vouloir absolument qu’on déguste des crêpes bretonnes. Au quartier de Kagurazaka, on a le droit au “Café-crêperie Le Bretagne”, qui sert des galettes saucisses dans un cadre de crêperie “reconstituée avec authenticité et fraîcheur”. À Shibuya, allez donc à “Crêperie Ti Rolande” et demandez sa “saucisse bretonne made in Japan aussi bonne qu’à Quimper”. Sérieusement ? À Ikebukuro, que faut-il déguster à votre avis ? Bah une crêpe, mon n’veu à la “Crêperie du Mont Saint-Michel” où les auteurs reconnaissent pour une fois que l’endroit n’est probablement “pas très dépaysant”. Tu m’étonnes.

    Ok. Donc là, j’en étais à “C’est quoi votre problème avec la Bretagne ?” et je pensais que ça se calmerait, mais non. Les auteurs du Routard veulent qu’on mange des crêpes au Japon. Quelques pages plus loin, à Omotesando, ils nous encouragent à nous sustenter chez “Breizh Café Crêperie”, “la première vraie crêperie du Japon” dont le fondateur est un certain B.L. : “On y concocte de délicieuses galettes de sarrasin dont les Japonais raffolent, mon tout arrosé d’un cidre du val de Rance gouleyant à souhait”. Quand j’attaque Shinjuku, je me dis : “Bon, c’est fini, maintenant, les crêpes, non ?”. Toujours pas. Dans la rubrique “Où manger ?”, un nom familier revient : “Breizh Café Crêperie”. Et avec un tout nouveau texte où on lit “Paris-Cancale-Tokyo, depuis 1996, dans ces trois villes, les crêpes du Breton B.L. enchantent les amateurs”. (cliquez pour lire, c’est encore mieux).

    Ça devenait trop gros. Je repris le Routard à la page 1. Et là, ce fut la révélation.

    C’était donc ça : des yakuzas bretons avaient noyauté Le Routard pour obtenir ses faveurs. Alors, je sais, on me rétorquera que cette marque d’amitié n’est absolument pas cachée et que le guide est indépendant. N’empêche que pour le reste de ma vie, je boycotterai systématiquement les crêperies recommandées par le Routard. Sauf celles du Routard de la Bretagne. Mais il n’y en a aucune : le guide ne propose que des izakayas.

    Et mon père dessina un crocodile

    Le virus de l’informatique

    À l’école élementaire, Gwenaël était mon meilleur ami. Il y avait une raison évidente à cette sympathie : il possédait chez lui une console de jeux vidéo. Une Atari 2600. Dans les années quatre-vingts, ce n’était pas rien ! Quand il m’invitait le samedi chez lui, c’était la fête. Hélas, comme il pouvait jouer avec sa console quand il le souhaitait, il ne comprenait guère mon engouement à passer une bonne partie de l’après-midi devant. C’est probablement pour ça qu’il a cessé de m’inviter. Enfin, je crois même qu’il a déménagé. Pour vous dire comme je devais être agaçant.

    L'espace, c'est pas Gray

    Ad Astra

    4,4 sur l’échelle de valeur d’Allociné. Voici, Closer ou 20 Minutes, toutes ces revues spécialisées dans le cinéma l’affirment : Ad Astra est un chef d’œuvre.

    Un film d'animina'd mlif nU

    L’Île aux chiens

    Je continue de faire les fonds de tiroir de mon back office. Ce qui veut permet d’exhumer des trucs méga vieux dont je me souviens à peine comme cette critique de LÎle aux chiens de Wes Anderson, œuvre sortie il y a presque pile un an.

    À Megasaki, une ville du Japon, les chiens sont atteints d’une grippe virulente. Le maire, très méchant, craignant une pandémie générale, décide d’envoyer tous les chiens de la région sur une île dépotoir qui sert de décharge à ciel ouvert. Ça ne plaît pas du tout à Atari, le fils adoptif du maire, qui part y chercher son chien.

    Wes Anderson, c’est un peu les œufs à la neige du cinéma : au départ, c’était un genre de blob visqueux qui n’intéressait personne, mais tellement fouetté par la hype parisienne qu’il a gonflé jusqu’à déborder du bol. Si l’histoire est plutôt intéressante, la mise en scène est étouffante. Pourquoi faut-il que tous les plans soient symétriques ? C’est quoi ces zooms en avant qui nous font passer d’un premier plan à un second pour revenir ensuite au premier plan ? Pourquoi tous les personnages sont-ils face à la caméra ? Chaque image du film crie à la figure du spectateur “T’as vu ? C’est classe, hein ? On a pris un double décimètre pour être sûr qu’il y a exactement des deux côtés la même distance entre le bord de l’écran et chacune de mes oreilles.” C’est la même chose sur l’affiche.

    Des chiens au poil
    Des chiens au poil

    Au milimètre
    Centrage parfait

    Barre-toi, con de chien
    “Barre-toi, con de chien ! Tu massacres la symétrie géniale de mon cadre”

    Mais si le film ne m’a pas déplu (en dehors de cette atroce symétrie visuelle permanente), j’ai, comme souvent, été très agacé de lire à peu près partout que c’était un grand film social sur les conditions de vie des migrants. Wes Anderson avait pondu le pensum que l’on attendait pas et l’analogie était d’une grande subtilité : Les chiens sont les migrants. Les autorités (le maire de Megasaki) les parquent dans des lieux insalubres où ils vivent dans les ordures, comme ce que font Merkel, Macron, Trump… Sauf que l’analogie s’arrête là.

    Aucun autre élément du film ne vient corroborer cette thèse digne d’un apéro aux Buttes-Chaumont, entre un vin rosé bio naturel au goût de jus de raisin avarié et une salade au boulghour mangue ananas avocat arrosée de jus de citron de Sicile, un dimanche après-midi. Qui serait le jeune Atari ? Une ONG de sauvetage ? Qu’est-ce que représenterait la grippe virulente qui frappe les chiens et qui pousse le maire à les écarter de la ville ? Notre propre racisme ? Qui seraient les médecins qui cherchent un antidote ? Laurent Joffrin ? Et surtout (spoiler)

    Spoiler
    qui se cache derrière les chats qui contrôlent le maire et qui le poussent à agir ainsi ?
    Les Illuminati ? Cela ne tient absolument pas la route. Souvent, les critiques devraient se limiter à leur meilleur compétence : aller à Cannes pour y boire des cocktails. Ça tombe bien, je suis sûr que Wes Anderson adore ça également.