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Auteur/autrice : Romain

Deux ans de patience

Mourir peut attendre

Retourner au cinéma. J’avais presque oublié à quoi ça ressemblait. Ces derniers mois, j’ai tout de même réussi à voir trois films : Adieu les cons en juin, La loi de Téhéran en août et mardi, j’y suis retourné pour découvrir Mourir peut attendre, le dernier James Bond et l’ultime avec Daniel Craig.

Comme l’a écrit un ami dans un journal à paraître, on va voir Mourir peut attendre “comme on va au Stade de France voir les Stones, Springsteen ou AC/DC : pour regarder une immense machine commerciale, une espèce en voie de disparition, qui va fatalement puiser dans ses greatest hits, mais avec un reste d’espoir que le dinosaure ait de l’énergie et quelques nouvelles idées, mais pas trop non plus.” (je ne sais pas s’il serait vraiment d’accord que je reprenne son texte sans son accord, mais je vais dire que oui) (j’ai même hésité à le prendre directement à mon compte sans mentionner que je n’en étais pas l’auteur, mais je crains qu’il ne lise ce blorgue).

Du fan service et des greatests hits, il y en a pléthore dans Mourir peut attendre, mais je ne suis pas assez expert de Bond pour déceler toutes les allusions. J’ai tout de même remarqué le grand retour des gadgets (qui avaient été prohibés dans Skyfall avec le nouveau Q, Ben Whishaw, qui lui filait simplement un Walther PPK fonctionnant uniquement avec ses empreintes digitales). On me souffle dans l’oreillette qu’ils étaient déjà revenus dans Spectre, mais je ne m’en souviens plus du tout, donc nous dirons que ça n’existait pas.

C’est d’ailleurs dommage que j’ai si peu de souvenirs de Spectre, car Mourir peut attendre s’enchaîne comme une seconde partie : on retrouve Léa Seydoux (Madeleine Swann), la fille qui a connu l’école de la rue, et Daniel Craig (James Bond) dans la ville italienne de Matera, convolant comme deux tourtereaux, quand, sous prétexte de régler ses comptes avec le passé, James rend visite sur la tombe de Vesper (sa précédente compagne, morte dans Casino royale) dont la concession familiale est justement à Matera. Quel bol !

De là, James est poursuivi par les hommes de Blofeld (Christopher Waltz), dont j’avais oublié le nom et l’existence. Il finit par soupçonner Madeleine d’être la balance (alors qu’elle est cancer), la jette dans un train et s’en va vers de nouvelles aventures. Depuis sa retraite en Jamaïque, il reçoit la visite de son vieil ami Felix Leiter (Jeffrey Wright) qui l’implore de l’aider à retrouver Valdo Obruchev. Ce scientifique, engagé par le MI6, a disparu avec une arme biologique qui permet d’éliminer exactement la personne que l’on désire en uploadant dans les nanorobots qui la composent l’ADN de sa victime. Cette arme, voulue par M, devait servir à éliminer les criminels hostiles à la glorieuse Albion, c’est-à-dire Michel Barnier, Ursula von der Leyen et Donald Tusk. Sauf qu’il suffit de charger l’arme avec un ADN un peu générique pour qu’elle devienne ADM (une arme de destruction massive, merci aux deux à l’arrière qui suivent). On comprend vite que Valdo Obruchev est à la solde du grand méchant, Lyutsifer Safin (Rami Malek avec une peau fripée comme jamais) qui s’est installé sur une île perdue, ancien bunker nazi, russe ou japonais, j’ai oublié et ça n’a au final aucune importance.

L’histoire est donc totalement débile, nous sommes bien d’accord. Mais on ne va pas voir les James Bond pour des intrigues palpitantes, donc admettons que ça ne m’a dérangé plus que cela. Pour le reste, le film enchaîne les scènes d’actions relativement bien construites (si on oublie une séquence interminable dans une forêt brumeuse norvégienne particulièrement laborieuse) et des tas d’explosions et de coups de pistolets qui tirent un peu partout avec une particularité qui m’avait moins marquée dans les autres films, mais qui saute aux yeux dans celui-ci, et qui accessoirement me permet d’écrire une phrase beaucoup trop longue pour que sa lecture soit plaisante — mais je suis comme un film de James Bond, j’utilise tous mes greatest hits dans chaque article — qui saute aux yeux, donc, et cette particularité est la suivante : le film ne comporte aucune trace de sang. Les méchants tombent comme des mouches, les coups de pistolets ou de fusils mitrailleurs émettent juste le son pavlovien qui leur intime l’ordre de se coucher au sol. Enfin, pas tout à fait, car on voit quand même un peu de sang, mais uniquement celui des gentils : Bond, Leiter (et peut être Swann, mais j’avoue ne plus me souvenir, et pourtant j’ai vu le film il y a deux jours seulement). C’est bien connu : un criminel ne saigne jamais.

Enfin, il serait cruel de ne pas mentionner la musique : la partition est signée du plus célèbre compositeur actuel de musique au mètre, Hans Zimmer. Franchement, sa présence a presque été une raison personnelle de ne pas aller voir le film. Regarder des cascades et entendre des one-liner pendant deux heures quarante-cinq, pourquoi pas ? Mais se fader la soupe de Zimmer ? Merci, mais non merci.

Eh bien, pour une fois, Zimmer a pondu une musique supportable. Mais il y a une grande raison à cela : il n’a fait que tricoter à partir des thèmes originaux de la série et reprendre quelques citations de Au service secret de sa majesté (dont on réentend la chanson de fin interprétée par Louis Armstrong, We Have All the Time in the World). Bref, c’est finalement pas trop mal. Et ça m’arrache la bouche de l’écrire.

Tout cela mis bout à bout donne-t-il un ensemble de raisons suffisantes pour aller voir Mourir peut attendre ? Peut-être pas, mais je ne me joindrai pas à la cohorte de mécontents. Le film est une magnifique carte postale aux vues époustouflantes et le final vaut franchement le coup pour les adeptes de grand méchant propriétaire d’une île diabolique. Reste que l’histoire est franchement laborieuse et absurde. Mais pour une série où on a vu un gars surfer entre des icebergs, conduire une gondole sur roue ou se bagarrer dans l’espace à coups de pistolet laser, nous sommes clairement ici dans le haut du panier. Le film achève plutôt bien l’aventure de Daniel Craig comme agent secret. Ceci dit, la promesse post-générique que James Bond reviendra m’inquiète. À mon avis, revenir peut attendre…

Dans notre série Les Grandes erreurs du marketing

Les étranges galettes du Routard nippon

Un an et un peu plus que nous sommes bloqués chez nous, comme des poissons dans un bocal – et cette simple comparaison devrait convaincre les propriétaires d’aquarium de jeter le bac à la rivière. La pandémie qui nous frappe est un châtiment de Dieu, tout le monde le sait, sinon comment expliquer qu’elle nous tombe dessus alors que des milliards d’hommes et de femmes prient à travers la planète (OK, pas moi, mais j’ai une bonne raison, c’est à cause de la télé, elle ne me lâche jamais, la saloperie).

Alors bon, dans ce marasme ambiant, je trouve que c’est le moment idéal pour vous raconter mes vacances au Japon. Enfin, je ne vais pas vraiment vous les raconter, mais je vais juste vous coller des photos (l’occasion de tester la fonction Gallerie de WordPress).

Nous, en fait, je vais vous parler de la préparation au voyage. Je reviendrai un jour sur tout le périple quand je penserai que ma vie mérite d’être livrée sur un blog (hum). Et plus particulièrement cette notule sera un prétexte pour douter de l’impartialité du plus célèbre guide de voyages français : Le Routard !

Le Routard, on l’achète dans deux cas :

  • Soit parce qu’on part en voyage et qu’on a eu trop la flemme de préparer les visites/
  • Soit parce qu’on rêve de voyager et qu’on n’a pas les moyens de se payer un billet pur le Brésil, alors en attendant, on s’offre le Routard comme un ticket de loto et quand des amis passent, on leur dit : “Ah ouais, je prépare mes vacances en Amérique du Sud. Mais non, j’ai pas vraiment décidé où j’irai, je vais lire le Routard avant pour me décider” (et en général, d’ici à qu’on y aille, bah Le Routard a connu trois changements de maquette).
  • Moi, j’étais dans le premier cas : les billets avaient été pris un an à l’avance, et j’avais déjà booké les arrêts et les hôtels. Alors, le Routard était là pour lister les musées à visiter et surtout m’aider à choisir des restaurants. Et là… Surprise !

    Comme le Japon est plutôt connu pour sa gastronomie raffinée, je m’attendais à découvrir des tas d’adresses originales inconnues du grand public. Eh bien, je n’allais pas être déçu du voyage.

    Au quartier Impérial, le Routard me propose d’abord un resto chinois et ensuite “Chez Olivier”, un restaurant français méchamment chicos. À Marunouchi, les auteurs ne tarissent pas d’éloges pour “La Boutique de Joël Robuchon” : “Le self le plus chic de Tokyo à des prix très démocratiques”. On y sert des “galettes” à pas loin de 12 euros. Il est loin le temps du sac à dos ! À Nihonbashi, cette fois-ci, pas d’hésitation. Rendez-vous “Chez André du Sacré-Cœur”, un bistrot créé par un français “à l’identique de celui de son père à Montmartre”. On y déguste “une très bonne cuisine de bistrot française”. Et il y a aussi le “Clos Montmartre”, sur une autre page, qui propose une fricassée de rognons et ris de veau. C’est bien la peine de parcourir 10 000 bornes pour bouffer des ris de veau, non ? Alors, j’imagine bien que les voyageurs ne veulent pas manger tous les jours de la cuisine japonaise, mais tout de même ! Il faut attendre le quartier de Ginza pour que les auteurs nous proposent des restaurants endémiques, avec tout de même la recommandation de la “Brasserie Paul Bocuse”, parce que hein, c’est sympa le poisson grillé, mais quand même, des manouls de la canourgue avec “un blanc du Languedoc”, c’est ça la vie !

    Quelques pages plus loin, à Roppongi, Le Routard nous propose cette fois-ci “L’atelier de Joël Robuchon” et la “Brasserie Paul Bocuse”. Attendez… On ne les a pas déjà vus ? Ah bah si, des fois qu’on les ait ratés au premier passage, la repasse est gratuite. Surtout qu’à Ebisu, figurez-vous que le Routard recommande aussi “La Table de Robuchon” dont le texte débute par “Vous rêviez de manger un jour chez Robuchon, vous pouvez le réaliser ici sans attentat au portefeuille”. Au prix du ticket d’avion et des hôtels, je doute qu’aller à Tokyo pour déjeuner chez Robuchon soit vraiment l’idée du siècle.

    Mais tout ça n’est rien devant l’acharnement des auteurs à vouloir absolument qu’on déguste des crêpes bretonnes. Au quartier de Kagurazaka, on a le droit au “Café-crêperie Le Bretagne”, qui sert des galettes saucisses dans un cadre de crêperie “reconstituée avec authenticité et fraîcheur”. À Shibuya, allez donc à “Crêperie Ti Rolande” et demandez sa “saucisse bretonne made in Japan aussi bonne qu’à Quimper”. Sérieusement ? À Ikebukuro, que faut-il déguster à votre avis ? Bah une crêpe, mon n’veu à la “Crêperie du Mont Saint-Michel” où les auteurs reconnaissent pour une fois que l’endroit n’est probablement “pas très dépaysant”. Tu m’étonnes.

    Ok. Donc là, j’en étais à “C’est quoi votre problème avec la Bretagne ?” et je pensais que ça se calmerait, mais non. Les auteurs du Routard veulent qu’on mange des crêpes au Japon. Quelques pages plus loin, à Omotesando, ils nous encouragent à nous sustenter chez “Breizh Café Crêperie”, “la première vraie crêperie du Japon” dont le fondateur est un certain B.L. : “On y concocte de délicieuses galettes de sarrasin dont les Japonais raffolent, mon tout arrosé d’un cidre du val de Rance gouleyant à souhait”. Quand j’attaque Shinjuku, je me dis : “Bon, c’est fini, maintenant, les crêpes, non ?”. Toujours pas. Dans la rubrique “Où manger ?”, un nom familier revient : “Breizh Café Crêperie”. Et avec un tout nouveau texte où on lit “Paris-Cancale-Tokyo, depuis 1996, dans ces trois villes, les crêpes du Breton B.L. enchantent les amateurs”. (cliquez pour lire, c’est encore mieux).

    Ça devenait trop gros. Je repris le Routard à la page 1. Et là, ce fut la révélation.

    C’était donc ça : des yakuzas bretons avaient noyauté Le Routard pour obtenir ses faveurs. Alors, je sais, on me rétorquera que cette marque d’amitié n’est absolument pas cachée et que le guide est indépendant. N’empêche que pour le reste de ma vie, je boycotterai systématiquement les crêperies recommandées par le Routard. Sauf celles du Routard de la Bretagne. Mais il n’y en a aucune : le guide ne propose que des izakayas.

    Et mon père dessina un crocodile

    Le virus de l’informatique

    À l’école élementaire, Gwenaël était mon meilleur ami. Il y avait une raison évidente à cette sympathie : il possédait chez lui une console de jeux vidéo. Une Atari 2600. Dans les années quatre-vingts, ce n’était pas rien ! Quand il m’invitait le samedi chez lui, c’était la fête. Hélas, comme il pouvait jouer avec sa console quand il le souhaitait, il ne comprenait guère mon engouement à passer une bonne partie de l’après-midi devant. C’est probablement pour ça qu’il a cessé de m’inviter. Enfin, je crois même qu’il a déménagé. Pour vous dire comme je devais être agaçant.

    L'espace, c'est pas Gray

    Ad Astra

    4,4 sur l’échelle de valeur d’Allociné. Voici, Closer ou 20 Minutes, toutes ces revues spécialisées dans le cinéma l’affirment : Ad Astra est un chef d’œuvre.

    Un film d'animina'd mlif nU

    L’Île aux chiens

    Je continue de faire les fonds de tiroir de mon back office. Ce qui veut permet d’exhumer des trucs méga vieux dont je me souviens à peine comme cette critique de LÎle aux chiens de Wes Anderson, œuvre sortie il y a presque pile un an.

    À Megasaki, une ville du Japon, les chiens sont atteints d’une grippe virulente. Le maire, très méchant, craignant une pandémie générale, décide d’envoyer tous les chiens de la région sur une île dépotoir qui sert de décharge à ciel ouvert. Ça ne plaît pas du tout à Atari, le fils adoptif du maire, qui part y chercher son chien.

    Wes Anderson, c’est un peu les œufs à la neige du cinéma : au départ, c’était un genre de blob visqueux qui n’intéressait personne, mais tellement fouetté par la hype parisienne qu’il a gonflé jusqu’à déborder du bol. Si l’histoire est plutôt intéressante, la mise en scène est étouffante. Pourquoi faut-il que tous les plans soient symétriques ? C’est quoi ces zooms en avant qui nous font passer d’un premier plan à un second pour revenir ensuite au premier plan ? Pourquoi tous les personnages sont-ils face à la caméra ? Chaque image du film crie à la figure du spectateur “T’as vu ? C’est classe, hein ? On a pris un double décimètre pour être sûr qu’il y a exactement des deux côtés la même distance entre le bord de l’écran et chacune de mes oreilles.” C’est la même chose sur l’affiche.

    Des chiens au poil
    Des chiens au poil

    Au milimètre
    Centrage parfait

    Barre-toi, con de chien
    “Barre-toi, con de chien ! Tu massacres la symétrie géniale de mon cadre”

    Mais si le film ne m’a pas déplu (en dehors de cette atroce symétrie visuelle permanente), j’ai, comme souvent, été très agacé de lire à peu près partout que c’était un grand film social sur les conditions de vie des migrants. Wes Anderson avait pondu le pensum que l’on attendait pas et l’analogie était d’une grande subtilité : Les chiens sont les migrants. Les autorités (le maire de Megasaki) les parquent dans des lieux insalubres où ils vivent dans les ordures, comme ce que font Merkel, Macron, Trump… Sauf que l’analogie s’arrête là.

    Aucun autre élément du film ne vient corroborer cette thèse digne d’un apéro aux Buttes-Chaumont, entre un vin rosé bio naturel au goût de jus de raisin avarié et une salade au boulghour mangue ananas avocat arrosée de jus de citron de Sicile, un dimanche après-midi. Qui serait le jeune Atari ? Une ONG de sauvetage ? Qu’est-ce que représenterait la grippe virulente qui frappe les chiens et qui pousse le maire à les écarter de la ville ? Notre propre racisme ? Qui seraient les médecins qui cherchent un antidote ? Laurent Joffrin ? Et surtout (spoiler)

    Spoiler
    qui se cache derrière les chats qui contrôlent le maire et qui le poussent à agir ainsi ?
    Les Illuminati ? Cela ne tient absolument pas la route. Souvent, les critiques devraient se limiter à leur meilleur compétence : aller à Cannes pour y boire des cocktails. Ça tombe bien, je suis sûr que Wes Anderson adore ça également.

    (Avec quatre ans de retard)

    Cap quarante

    À trente-neuf ans, j’ai décidé de prendre les choses en main. Objectif : écrire régulièrement sur mon blorgue avec la ferme intention de développer mon style précis et structuré qui a fait de moi la coqueluche du tout Saint-Germai-des-Prés lors de mon arrivée rastignacnesque à Paris (Panam, comme nous disions à l’époque sur les barricades de la rue Soufflot). J’allais appliquer le conseil dicté par tous les auteurs américains : “Si vous attendez les conditions idéales pour écrire, vous mourrez avant d’avoir débouché votre stylo” (la citation n’est pas exacte, mais ils ont tous dit un truc du genre). Comme j’ai passé ces dernières années à choisir la parfaite police de caractères pour justifier l’absence d’article sur mon blorgue, ça m’a tout de suite parlé.

    À l’époque (et encore aujourd’hui), parmi le million de brouillons du backoffice de mon WordPress, il y avait d’interminables messages de haine envers des services administratifs, des textes littéraires sur de profondes déceptions amicales, des messages sybillins d’amour, des anecdotes croustillantes autour de ma vie – palplitante à bien des égards –, des chroniques de films, de théâtre, des charges virulentes contre mes collègues de bureau, contre mes chefs passés, contre mes chefs présents, contre mes chefs futurs et bien sûr la fin de mon explication de texte de L’Anneau du Nibelung de Wagner (probablement la série de billets qui me donnera accès à la postérité dans le Valhalla des blogueurs-influenceurs-loiclemeur).

    En haut de la pile de mes textes au stade d’ébauche trônait une longue plainte déchirante sur le drame que représentait, à mes yeux, la bascule entre la vie du trentenaire et celle du quarantenaire qui s’approchait alors à vive allure. Moi qui avais beaucoup apprécié la décennie me conduisant de 30 à 40, qu’est-ce qui allait changer de l’autre côté du miroir ? “Je compte documenter toute l’évolution”, écrivais-je, “avec la précision d’un biologiste surveillant une bactérie sous un microscope”.

    Je n’ai rien fait de tout ça. Emporté par le tourbillon de la vie, j’ai eu quarante ans. Mais on allait voir ce qu’on allait voir, et à quarante-et-un, chaque matin, j’allais poser mon cul sur la chaise et m’astreindre à deux heures de rédaction par jour au moins. Il fallait absolument raconter ce qu’il se passait. La déprime extrêment forte qui s’emparait de moi et cet étrange sentiment à chaque fois que j’entendais dire, lorsque j’annonçais mon âge : “Non, mais t’as pas quarante ans, toi ? Tu les fais pas du tout !”.

    Ce “Tu les fais pas” était, au départ, extrêmement agréable et rassurant. Et puis, à force de l’entendre, il devint une source d’angoisse. Comme si, un jour, j’allais me réveiller et j’allais “les faire”, ces quarante ans. Je n’osais plus me regarder dans la glace, craignant chaque matin, de découvrir que, ça y est : je “les faisais”. “Il y aura forcément un moment où je basculerai”, me disais-je, “comment le saurai-je ? Et vais-je y survivre ?”. Ça m’a plongé plus d’une fois dans une neurasthénie dont je peine parfois encore à me relever.

    Alors que mon anniversaire approchait chaque année à pas de loups, je constatais un peu gêné que je ne confessais rien de mes cheveux qui blanchissaient et de ceux, de plus en plus nombreux, qui mouraient au front ; de mon ventre qui s’arrondissaient par-dessus ma ceinture ; de mes poils qui subitement décidaient de pousser à peu près n’importe où sur mon corps ; de la déception de constater régulièrement qu’aucun de mes objectifs fixés à trente ans et à atteindre avant mes quarante n’avaient été validés ; et de l’accélération considérable de la durée de la seconde qui doit pourtant être fixe, ce me semble.

    À l’aube de mes quarante-quatre ans, il n’est plus temps de reculer l’échéance. Demain, je fêterai mes cinquante, dans une semaine, quatre-vingt, et dans huit jours, je serai mort.

    Je n’aurai toujours pas appris le japonais, ni grimpé l’Everest, ni fini un seul Dark Souls.

    Mais au moins, le 19 mars 2019, j’aurai publié un article ici. Achievement unlocked.

    Aussitôt vu, aussitôt oublié

    La Finale

    Sortie le jour de mon anniversaire, le 21 mars, premier jour du printemps (toute personne qui prétend le contraire est soit un de mes collègues soit une ordure, les deux se confondent facilement), La Finale est un film familiale qui nous narre les aventures de JB, un ado (joué par Rayane Bensetti) qui doit s’occuper de son grand-père, Roland, interprété par Thierry Lhermitte pendant le week-end tout ça parce que son père (à JB) s’est fait contrôlé en état d’ivresse par la police. J’aimerais vous en dire plus, mais j’avoue que j’ai vu le film il y a un long moment et j’ai totalement oublié cette partie.

    Ce dont je me rappelle, en revanche, c’est que JB a, ce week-end là, une compétition de basket-ball qui peut le mener à une sélection nationale. Ça ressemble beaucoup a une pub de ma jeunesse où un ado devait participer à une compétition ultra-importante de karaté, mais son kimono était sale. Les Nuls avaient d’ailleurs réalisé la parfaite parodie de cette réclame :

    Bref. Le truc un peu chiant de l’histoire, pour JB, c’est que son grand-père souffre de la maladie d’Alzeihmer. Il oublie donc tout, tout le temps. Tant que ça se passe dans la maison, les choses s’arrangent à peu près, mais JB, lui, ne compte pas rater son match. Et il a la solution parfaite : emmener son grand-père à Paris afin de ne pas se faire engueuler par ses parents pour l’avoir abandonner.

    Sauf qu’en réalité, pendant tout le film, le spectateur n’a qu’une question en tête : lesquel de JB ou de Roland souffre réellement d’Alzheimer ? Je m’explique. Au cours du périple (qui passe par le train, le bus et la voiture), JB ne va cesser d’oublier que son grand-père est là. Dans le train, il le laisse tout seul avant de s’étonner qu’il n’est plus là. Il le récupère sur le quai, mais le train part. Tant pis, prenons un bus. Sauf qu’au premier arrêt sur l’aire d’autoroute, JB le laisse à nouveau tout seul. ET BOUM, Roland disparaît. Il le retrouve, ils prennent une voiture, mais voilà qu’à Paris, il laisse encore son grand-père tout seul. Et – truc de dingue auquel aucun spectateur ne pouvait s’attendre après une heure et demi à voir JB laisser son grand-père tout seul et remarquer dix minutes après qu’il a disparu – Roland se carapate. Mon verdict est sans appel, c’est le jeune qui est malade.

    Soyons francs, en soi, La Finale n’a rien de catastrophique (dans quelques jours, je vais vous causer de L’École est finie et je ne serai pas aussi indulgent), mais cette répétition interminable de la même séquence focntionnerait mieux si tout le public lui-même souffrait d’Alzheimer. Personnellement, je ne crois pas être atteint encore par cette maladie, mais je reconnais que quelques jours après, j’avais déjà oublié les trois quarts du film.

    J’ai quand même – par précaution – préféré consulter. A priori, ce n’est pas mon cerveau qui est atteint, mais plutôt le scénario. Ouf !

    Un film qui retourne le couteau

    Jusqu’à la garde

    J’ai vu un paquet de films depuis Pentagon Papers. Mais je n’ai pas trouvé le temps (en raison de ma crasse fainéantise) d’en parler ici. Et puis, ça vous laisse le temps d’en voir. Ainsi j’évite de vous spoiler la moindre surprise. Mais Cannes m’a donné envie un peu de revenir sur le sujet. Parce que quand je lis ce que je lis, je me dis que je peux faire mille fois mieux sans même me forcer.

    Commençons donc par un film particulièrement joyeux et guilleret qui est sorti le sept février dernier : Jusqu’à la garde.

    Garde
    Avouons-le : l’effet de flou autour du premier plan est dégueulasse

    Cette œuvre narre les facéties hilarantes d’un père de famille qui, après avoir perdu la garde de ses deux enfants à la suite d’un divorce difficile, décide d’opérer une reconversion professionnelle comme clown d’anniversaire. La première partie du film raconte sa formation, la seconde la mise en pratique de son nouveau talent. À la fin du film, les deux enfants sont dégoûtés, car le père est devenu une célébrité dans le quartier grâce à ses animaux en ballons. Ça se termine avec le père déguisé en lapin de Pâques, ses enfants sur les genoux et tous rigolent de bon cœur tandis que la maman, finalement réconcilée avec le papa prépare un… gâteau d’anniversaire pour les dix ans du petit !

    TUIIIIIIIIIIIIINNNNNNTTTTT

    Vous y avez cru ? Ahahahaha ! Je me suis joué de vous comme un ventriloque de sa marionnette.

    La seule chose vraie, c’est que le film débute par un homme et une femme, Antoine (Denis Ménochet) et Miriam (Léa Drucker) chez un juge en train de plaider chacun pour obtenir la garde des enfants (Julien et Joséphine) après leur divorce. Miriam accuse son ex-mari d’être violent (et reconnaissons que l’acteur a le physique de l’emploi). Hélas, la justice est aveugle (dans tous les sens du terme) et accepte la garde partagée : un week-end sur deux chez le père et la moitié des vacances scolaires. Seul Julien est concerné puisque sa sœur est majeure. Miriam, qui avait mis une certaine distance entre son ex-époux et elle, est totalement dévastée et nous avec.

    Car la suite de l’histoire ne va pas aller en s’améliorant.

    Garde 9
    Euphorie et allégresse chez la juge

    Notamment parce que Julien, dont on n’arrive pas vraiment à comprendre s’il veut bien faire ou s’il se rend compte qu’il fout le bordel sciemment, va envenimer une situation déjà pourrie jusqu’à la moelle. Il veut aller à l’anniversaire de sa sœur un week-end où il est censé être chez son père. Le père accepte, mais il veut que son ex-femme le lui demande. Comme Miriam est effrayée par cet ogre, Julien n’ose pas le lui demander et raconte finalement à sa mère que son père refuse de lui concéder ce week-end.

    Et alors que tout se passait merveilleusement bien, tout va empirer : Antoine va dévoiler sa vraie nature (que son physique ne cachait pas vraiment) et tout ça va se terminer par un final qui n’est pas sans rappeler Shining de Stanley Kubrick (sauf qu’il déboule chez son ex-femme avec un fusil plutôt qu’une hache, mais ça ne change pas grand-chose dans le fond) (fun fact : vous saviez qu’on dit [fuzile] ? J’ai toujours dit [fuziye] ? Eh bien j’avais tort ! Je trouve ça totalement incroyable d’apprendre encore des choses à mon âge, et encore plus de m’en souvenir, mais je digresse).

    Garde 6
    Enthousiasme, gaieté et extase en famille

    Grâce à une vieille dame acariâtre qui réside en face de chez Miriam, la police interviendra quelques secondes avant que le sombre fait divers promis n’arrive et que l’histoire ne devienne une reconstitution d’un Faites entrer l’accusé. Fin avec un générique sans musique. Et si cette absence de musique surprend, on s’aperçoit alors qu’on n’en a entendu pratiquement aucune pendant tout le film.

    Une aridité générale et oppressante appuyée par une mise en scène au départ sèche (qui laisse planer toutefois une angoisse sur une possible réalisation façon documentaire de seconde partie de soirée sur France 3). Tout suinte le malaise ici.

    J’ai été mal pendant une heure trente à me demander pourquoi j’étais venu et à regarder les amis qui m’accompagnaient et qui n’avaient pas l’air bien plus joyeux que moi. En sortant, je n’osais pas affronter leurs regards, craignant qu’un psychopathe taré se cache dans le groupe (et, statistiquement, c’était forcément le cas).

    Garde 8
    Marrade générale

    Et puis, là, UNE CONSOLATION. Une seule qui est arrivée comme un cadeau du ciel, comme pour dire : “Vous en avez chiés pendant tout ce film, voici un présent qui va vous consoler”. Louis Garrel a débarqué dans le même cinéma dont nous sortions (je vous raconte ça alors que je n’ai jamais été fan de Louis Garrel, je trouve qu’il ressemble à une grosse otarie affublée d’un pantalon en velours). Ça ne nous a pas enlevé le mauvais goût dans la bouche, mais on a pu éviter de parler du film qu’on venait de voir.

    Louis Garrel est entré dans une salle. Il n’allait pas voir Jusqu’à la garde, mais Phantom Thread. La petite nature !

    Journaliste est-il un métier ?

    Pentagon Papers

    Avec Les Hommes du Président,Alan J. Pakula a plus ou moins défini les codes d’un film sur le journalisme (ou journalimse, j’ai un doute) : des grands open spaces, des gens au téléphone, des discussions interminables dans le bureau d’un rédacteur en chef acariâtre, des grosses machines qui impriment des journaux et un directeur qui s’écrie à un moment donné : “Lancez les rotatives” (je vous encourage à voir sur ce sujet le très bon sketch de Seth Meyers sur le sujet).

    Sans surprise, Spielberg reprend exactement la même sauce dans Pentagon Papers (je me permets un aparté : le titre original du film est The Post et fait référence au journal qui a publié ces articles, le Washington Post. Alors, quitte à changer le titre pour le public francophone, on peut se demander avec une certaine légitimité pourquoi en faire une alternative en anglais. Est-ce que “Les dossiers du Pentagone” n’aurait pas convaincu le public ? Je vous laisse seuls juges).

    Mais il ajoute à cela une passion incompréhensible pour l’entrejambe de Tom Hanks qu’on voit plus que de raison. Dès que Tom doit montrer qu’il est en colère ou qu’il a une décision importante à prendre, il pose sa jambe droite sur une table devant lui et Spielberg le filme en contre-plongée pour qu’on admire au premier plan, le pli de son pantalon au niveau de son scrotum.

    Papers hanks

    Hanks joue de toute façon comme une savate, mimant l’idée qu’il se fait d’un patron de presse dans les années 60 : il fume des cigarettes, parle avec une grosse voix, gueule sur la première personne qui passe devant ses yeux et surtout, dès qu’il est debout, conserve ses mains dans les poches arrière de son pantalon pour bomber le torse et affirmer silencieusement qu’on ne la lui fait pas.

    Hanks1

    Hanks2

    Hanks3

    Hanks5

    On peut tout de même sauver la performance de Meryl Streep, une bonne chose puisqu’elle est finalement la figure centrale du film. En effet, tout le film consiste à savoir si elle acceptera de publier les Pintaguaune Payepeursse dans son journal, le Washington Post, journal qu’elle a hérité de son père et que son époux (de Meryl Streep) dirigeait jusqu’à sa mort (de son époux, pas de Meryl Streep) et dont elle a hérité (du journal) (de son époux) (mais du père) (au départ). Suivez, merde !

    Streep2
    J’ai absolument rien compris à la phrase au-dessus.

    C’est donc le chemin initiatique d’un personnage face à une décision impossible, et qui, en la prenant (la décision), passera de femme au foyer à femme de pouvoir dans un monde férocement patriarcal (cette phrase est inutilement compliquée grammaticalement). Mais Spielberg devait tellement craindre qu’on ne comprenne pas son propos, malgré la performance de Streep, qu’il a ajouté des poncifs d’une lourdeur à faire passer un kouglof pour une mousse légère à la framboise. Ainsi, on retiendra ce plan ridicule après le procès, où Meryl Streep descend les marches du palais de justice entourée uniquement de femmes la regardant comme si elle était le Messie ou la vierge Marie. Mais c’est un peu pareil.

    Streep

    Bref, comme je m’ennuyais à cent sous de l’heure pendant le film, j’en ai profité pour affiner une théorie remarquable qu’on enseignera bientôt dans les grandes écoles de journalisme (hélas, je n’ai pas le temps d’en écrire la synthèse : avec mon divorce, les enfants et le petit dernier qui fait ses dents, j’ai des nuits épuisantes) : ce qu’on retient des films sur le journalisme, c’est que ce métier consiste principalement à attendre qu’une personne légèrement inconsciente décide de prendre tous les risques pour vous fournir des dossiers ultras confidentiels. Et que le niveau d’effort à fournir pour un journaliste afin d’obtenir un scoop est nul.

    Telephone
    Allo oui ? Vous avez un scoop pour moi ?

    Regardez Les Hommes du président : Dustin Hoffman et Robert Redford brassent du vent pendant une heure (ils courent dans la rédaction, mangent des ouiches lorraines et discutent de se taper des gonzesses (je confonds peut-être avec Le Grand détournement)) jusqu’à ce qu’un indic, “Gorge profonde”, les contacte et leur livre, clé en main, les documents impliquant Nixon. Sans cet indic, ils n’ont aucune preuve. Une fois les dossiers obtenus, les deux larrons en écrivent un digest et gagnent un prix Pulitzer. Un Pulitzer pour quoi ? Pour avoir bu des cafés et répondu au téléphone…

    C’est à peu près pareil dans Pentagon Papers, où un antimilitariste convaincu décide de photocopier des dossiers ultra-confidentiels avant de les filer au New York Times, d’abord, puis au Washington Post, ensuite.

    Et l’autre jour, je regardais la saison 5 de Homeland et c’était exactement pareil : la journaliste y révèle des dossiers de la CIA hackés par un informaticien de génie. Et qu’a-t-elle fait pour les avoir ? Absolument rien. Le mec les lui a filés “parce que j’aime bien votre travail”. N’importe quoi.

    Cette thèse s’étend d’ailleurs semble-t-il dans la réalité. Par exemple avec les journalistes d’investigation de Médiapart qui ont sorti l’affaire Bettencourt. Si on analyse objectivement leur travail, ils n’ont fait que sélectionner des morceaux choisis d’enregistrements illégaux réalisés par le majordome de Liliane. Le scoop leur est arrivé tout cuit dans le bec. Même si j’imagine bien que Plenel leur met une pression de dingue et que ça les oblige à se créer un réseau d’informateurs pour espérer de temps à autre obtenir un truc juteux qui calmera la bête à moustache.

    Finalement, la seule question de ces journalistes, c’est un choix éthique : doivent-ils publier des documents obtenus sans bouger le petit doigt ? Je ne dis pas que ce n’est pas passionnant comme interrogation, mais franchement : être célébré pour avoir patienté des heures devant son téléphone, n’est-ce pas récompenser la fainéantise ?

    Il est temps que l'Empire gagne

    Star Wars : Les Derniers Jedi

    Comme Renault a appris que j’ai obtenu le prix Roberval en novembre dernier, prix qui récompense les meilleurs auteurs français au monde (donc moi), la firme au losange n’a pas résisté à l’envie de m’inviter à la projection du dernier Star Wars avec toute une ribambelle d’autres célébrités et saltimbanques dont Roland Domenech, Eddy Seimoun, Martin Boujenah, Jean-Paul Denisot et le chanteur d’Indochine (qui doit avoir un nom, mais je l’ai oublié). Et ça tombe bien, car je n’y serais jamais allé sans la promesse de petits fours et de champagnes après.

    J’avais, bien sûr, tout oublié de l’épisode 7, donc je n’ai pas bien suivi le début de l’épisode 8, mais très vite, on comprend que l’affaire ne tient qu’à une seule question : “Est-ce la fin de la Rébellion ?” (en toute franchise, il y a également une histoire entre Rey, Luke Skywalker et Kylo Ren, mais toute cette partie est plutôt bien, et comme mon article est fondé sur de la mauvaise foi, je vais les passer sous silence.)

    “Est-ce la fin de la Rébellion ?”

    Voici en substance ce que raconte j’ai compris de l’épisode 8, “Les derniers Jedi”. Si vous voulez vous évitez de trop vous faire spoiler le film, cliquez ici.

    La Rébellion, dont l’ensemble de la population ne dépasse pas le nombre de participants à un congrès du PC avec Robert Hue en 2007, est prise en chasse par le vaisseau amiral du Premier Ordre (le nouveau nom de l’Empire). La flotte est décimée par ce destroyer du mal, mais grâce à une forte tête, Poe Dameron, une ouverture permet à un bombardier de la Rébellion de détruire in extremis le vaisseau ennemi.

    Hélas, mis à part nous occuper vingt minutes, cet exploit n’aura servi à rien : si la flotte rebelle arrive à s’enfuir en sautant dans l’hyperespace, un nouveau dispositif ultramoderne de l’Empire permet de la suivre à la trace. À peine sort-elle de l’hyperespace qu’un nouveau vaisseau amiral surgit (avec trois autres) autour d’elle.

    Leia est vénère : les rebelles ont à peine assez d’essence pour refaire un saut dans l’hyperespace et la prochaine station-service est à 4 parsecs de là. Pis, de toute façon, ça ne servira à rien puisque le Premier Ordre est capable de les pister avec la précision d’une puce GPS dans un iPhone qui aurait encore de la batterie.

    Une décision est prise : la flotte rebelle va continuer d’avancer en restant hors de portée des canons du vaisseau amiral ennemi. Au moins tant qu’elle aura de l’essence, soit dix-huit heure. Est-ce la fin de la Rébellion ?

    Persuadé qu’il n’y a plus d’espoir, Finn, l’ex-Stormtrooper de l’épisode 7 (qui, pour une raison que j’ai oubliée, se réveille dans une chambre médicalisée), décide de fausser compagnie à la Rébellion. Mais il se fait choper par une jeune garde, Rose. Je vous abrège : Rose et Finn décident de désactiver le traqueur du Premier Ordre qui se trouve dans le destroyer. Leur chance, c’est que l’Empire ne possède qu’un traqueur, car si j’ai bien compris, il a été conçu par Apple : “C’est une technologie toute récente et extrêmement coûteuse”, explique Rose.

    L’empereur Snoke en train de faire un animoji d’Andy Serkis

    Sauf que… On n’entre pas dans le navire amiral comme dans un moulin ! Rose et Finn se font rancarder : il n’existe dans l’univers qu’UN seul spécialiste capable de pirater la porte ouvrant vers le SAS où a été rangé le traqueur. Ce spécialiste réside à Canto Bight, une ville casino sur une planète à quelques heures de là où se trouve la flotte rebelle. Ils prennent un vaisseau en loucedé et s’envolent vers Canto Bight. Est-ce la fin de la Rébellion ?

    À croire que chaque Star Wars se doit d’avoir sa scène musicale, on a ici une énième autoparodie du Cantina Band de La Guerre des étoiles. Le premier travelling qui nous fait “découvrir” le casino est un prétexte pour montrer chaque table de jeu et son “extra-terrestre rigolo”. Les péripéties s’enchaînent et les lieux communs aussi : on apprend ainsi que “les gens s’enrichissent grâce aux guerres”, que “c’est mal de torturer des animaux”, qu’il y a “du gentil et du méchant chez tout le monde, ça dépend de son point de vue” ou que “les enfants ne doivent pas être traités comme des esclaves”. C’est de loin la pire séquence du film.

    Rose et Finn finissent par débusquer la perle rare qui leur ouvrira la porte vers le traqueur. Mais tout ceci a pris énormément de temps, et alors qu’ils s’approchent du vaisseau de l’Empire, il ne reste déjà plus que deux heures de carburant. Or, pendant ce temps, la grande majorité de la flotte rebelle s’est fait exploser par l’Empire. Réduit à une portion congrue, le groupe de rebelles est en mauvaise posture. La vice-amirale Holdo décide alors d’évacuer la navette principale avec les derniers survivants. Est-ce la fin de la Rébellion ?

    « J’ai une super idée. »

    À nouveau, c’est un échec. L’Empire percute très vite qu’on les berne et envoie des croiseurs contre les capsules de survie. C’est un massacre. Est-ce la fin de la Rébellion ?

    “Ah non. Sorry, C’est pas une super idée. My bad.”

    Une infime partie du groupe de départ réussit à atterrir sur une planète proche (quelle chance !) sur laquelle se trouve une ancienne base minière et rebelle (quelle double chance !) où l’on trouve des armes (quelle méga chance !) et des speeders (non ? C’te CHANCE ! Et tout ça, juste à côté ! Ç’aurait pas pu mieux tomber).

    Les vaisseaux du Premier Ordre débarquent, avec à l’intérieur Kylo Ren (le méchant). Et décision est prise d’exterminer les derniers rebelles retranchés derrière le mur d’acier fermant l’accès à la mine. C’est une occasion en or, car figurez-vous qu’il n’y a aucune issue de secours. Les rebelles se sont enfermés eux-mêmes dans leur tombeau (rire sardonique). À votre avis, est-ce la fin de la Rébellion ?

    Attaque

    Le carnage de rebelles continue (comme chez le boucher : “Je vous en ai mis pour 130 kilos de rebelles, je vous laisse le rab ?”). Sauf que… On ne s’en doutait pas, mais à l’intérieur de la mine, il y a des animaux rigolos : des chiens de glace (il y en a beaucoup, car le numérique permet d’en aligner des milliers pour pas cher) qui trouvent une sortie. Vous n’en croyez pas vos yeux ? Bah je vous le conseille.

    Rintintin indiquant le chemin vers la sortie aux rebelles

    Sauf que… Un gros éboulis obstrue la sortie. Les chiens parviennent à se faufiler, mais les gros rebelles, eux, ne peuvent rien faire. Est-ce la fin de la Rébellion (qui ne doit plus compter qu’une trentaine de partisans dorénavant) ?

    Eh non ! Car Rey arrive en pilotant le Faucon Millenium, descend fissa, soulève les pierres grâce à la Force et sauve la Rébellion qui ne connaîtra donc pas encore sa fin aujourd’hui.

    De son côté, Kylo Ren est particulièrement contrarié. Les rebelles s’enfuient, le Faucon Millenium passe en vitesse lumière (le traqueur a été détruit lors d’un sacrifice humain). FIN (plus ou moins).

    Starwars
    C’est là où je me suis rendu compte que Star Wars me lasse. Je suis sorti de l’épisode 8 en ayant rejoint le côté obscur de la Force. Dorénavant, je rêve que l’Empire gagne. Leia et les autres ont eu des tas de chances de prendre le contrôle, ils les ont laissées filer à chaque fois, mais on ne peut pas continuer de vivre dans le chaos le plus total à cause d’une bande de soixante-huitards qui prennent des substances hallucinogènes.
    Je ne sais pas si on nous donne des indications temporelles (j’oublie aussi vite les Star Wars que je les vois), mais vu le coup de vieux de la princesse Leia et de Luke Skywalker, on a un peu le sentiment que ça va faire 45 ans que l’Empire tente d’écraser la rébellion. Et jusqu’ici sans le moindre succès. Alors qu’en même temps, la Rébellion s’affaiblit d’épisode en épisode.

    Mais comment voulez-vous qu’un gouvernement stable se constitue s’il est sans arrêt saboté par un groupe d’anarchistes en goguette, pas foutu de mener à bien le moindre putsch ?

    Il faut que ça cesse. Tout comme Daesh se fait laminer au Moyen-Orient, la Rébellion doit disparaître. Car oui, j’ose ce parallèle audacieux : la Rébellion n’est ni plus ni moins qu’une organisation terroriste. Elle veut convertir la galaxie à sa cause, cause qui décemment ne passionne plus grand monde quand on voit la quantité d’hommes et de femmes qui sont sous la coupe du Premier Ordre. D’ailleurs, la scène où un vaisseau rebelle fonce sur un destroyer du Premier Ordre n’est pas sans rappeler la tragédie de septembre 2001.

    Pire encore : avec le peu de moyens à sa disposition, la Rébellion tente de recruter les esprits les plus faibles, les enfants, en leur promettant une vie meilleure. Sérieusement, j’aurais entendu “Allahu akbar” à la fin du film à la place de la musique de John Williams que ça ne m’aurait pas vraiment surpris.

    Quoi ? J’exagère ? Je débloque ? Oh, mais taisez-vous. J’écrirais la même chose dans les Inrocks, vous en tomberiez de votre chaise.

    Bref, s’il te plaît Kylo Ren, dans le prochain épisode, anéantit la Rébellion. Bien sûr, tu n’arriveras pas à contenter toute la galaxie avec ton gouvernement, mais honnêtement, est-ce que Macron satisfait 70 millions de Français ? Est-ce que Trump convient aux 300 millions d’Américains ? Theresa May est-elle plébiscitée par 60 millions de Britanniques ? Non. La politique, c’est 10% d’imbéciles heureux et 90% de mécontents permanents. C’est comme ça, et ce n’est pas pour autant qu’on monte tous dans des navettes spatiales pour tirer sur le Bundestag ou la Maison-Blanche.