Catégorie : Culture

On a le droit de pas être Darc or

Daniel Darc est mort ce qui nous a valu un beau jeu de mot de la part de Libération « Darc en ciel ». C’est probablement tout ce que je retiendrai de l’information parce que Daniel Darc, moi, franchement, c’est un peu mon Rick Rubin pour Henry Michel. Non, me prenez pas pour un blaireau fini, je *sais* qui est Daniel Darc. En vrai, je le sais depuis 2004 et son album Crèvecœur. Oui, parce que Cherchez le garçon, je connaissais, mais vous m’auriez dit à l’époque que c’est Daniel Darc qui chantait dessus, je vous aurais demandé si c’était le fils de votre belle-sœur. Donc, cet album Crèvecœur, en 2004, était LE DISQUE le plus important de la semaine, du mois, de l’année, du siècle, porté aux nues par « les gens qui savent ». Le fanzine des bobos journal Les Inrocks, par exemple, l’avait mis en couverture, titrant son GRAND RETOUR, on allait voir ce qu’on allait voir, le rock français allait être sauvé. Enfin et il en avait besoin.

Bref, c’était un peu comme quand Johnny Cash avait sorti son American IV: The Man Comes Around (qui, pour la blague, a été produit par Rick Rubin), on redécouvrait un talent, que dis-je une pépite, de l’or brut que les drogues le système avait englouti dans sa machinerie infernale. Enfin re-révélé au grand public par des critiques qui ne l’avaient jamais oublié, il n’y avait plus qu’à poser le disque sur la platine pour s’envoler au septième ciel. Alors, comme pour Johnny Cash, j’ai écouté le disque. Une dizaine de minutes. Et c’est peu de dire que cette musique m’a laissé totalement indifférent (comme Johnny Cash d’ailleurs). Je lis toutes les hagiographies, les recommandations et je comprends pas alors que, merde, j’ai écouté pendant des années Lenoir sur France Inter. Ça DEVRAIT me faire quelque chose. Rien, encéphalogramme plat.

Alors, le doute s’immisce en moi… Et si c’est moi qui était dans le vrai ? Et si Daniel Darc, c’était juste de la musique pour ado faussement tourmenté et mal dans sa peau qui hésite à se suicider en avalant une boîte de coton-tige en s’imaginant qu’il se pique à l’héroïne parce que sa mère l’a engueulé le matin-même car il n’avait pas fait son lit(*) ?

(*) Oui je me base sur dix minutes d’écoute pour écrire cette énormité. Je suis gonflé, comme mec.

César pas classe

Les Mayas s’étaient plantés. La fin du monde, c’était le 22 février, à la 38e cérémonie des César. En tout cas, la fin du monde du cinéma français. Dans un Théâtre du Châtelet artificiellement rempli avec des SDF de la station Hotel de Ville, on a assisté et constaté la disparition inexorable des stars du paysage cinématographique français. Cette cérémonie, c’était la prise de la Bastille des « talents » de Canal+. Des talents poussifs (« Je vais vous refaire le même sketch que l’année dernière »), sans imagination (« Et si je faisais semblant de parler dans un téléphone »), rejouant inexorablement leur rôle (« J’ai des ORIGINES, moi, monsieur »), insistant une énième fois sur leur intégration incroyable (« On vient de Trappes, quand on allait à Châtelet, ce n’était pas pour aller au théâtre ») qui semble plus relever du cas d’école que de la norme, et refusant aux autres leur quart d’heure de gloire (le césarisé pour le son qui a eu le droit à des tours de trottinette pendant son speech sur les coproductions européennes ; la meilleure actrice dans un second rôle, Valérie Benguigui, qui a eu le droit au coup de fil du « président de la cérémonie » [*] ; Omar qui se moque du speech d’Isabelle Carré). C’était tellement peu drôle que sur le site de Canal+, ils ont même identifié cette dernière séquence d’un énorme « HUMOUR AUX CÉSAR«  :

Humour

Mais le pire, c’est qu’il n’y avait personne. Pas une vraie star d’envergure à l’horizon. Toutes retenues ailleurs, lassées d’entendre les blagues fallacieuses d’un Antoine de Caunes mal inspiré (dont l’auteur des blagues a même reçu un césar, c’est dire comme cela renforce le sentiment inexorable de copinage qu’une telle cérémonie engendre). Non, on a eu le droit à un festival de célébrités en devenir (Manu Payet, je l’aime bien, mais de là à être présenté comme « celui qui n’a pas pris la grosse tête avec la gloire », c’est peut-être un poil trop), poussant des coudes et rayant le parquet dans un décor franchement mal fagoté. Regardez les câbles à droite et à gauche des pupitres scotchés à la va-vite que tout le monde devait enjamber (avec plus ou moins de bonheur).

Cable

Parlant de technique, le moment où Vincent Trintignant appelle son père était probablement le climax de la soirée :

Allo Papa ?

Un message enregistré auparavant n’aurait pas pu avoir meilleur effet. Bref, c’était digne des directs de la Star Ac sur NRJ12. Sauf que bon, c’est Canal+, alors c’est Louboutin qui a refilé les godasses :

Je viens de Trappes, mais j'ai des Louboutins, BITCH

Et même pas des neuves, des vieilles tout usées. Quand je vous dis que c’est une sous-cérémonie embarrassante et soporifique… Pas vrai, Kevin ?

Kevin

(*) Quand on pense qu’on s’insurge en France du décompte qu’ont les stars américaines aux Oscars pour ne pas être trop longues, c’est pourtant un peu moins humiliant que ça :

HUMOUR

La Walkryie kiki

Bon sang. Quand je pense que mon projet initial, c’était d’être le premier mec au monde à résumer l’intégrale de l’Anneau du Nibelung en moins de 140 caractères. Et regardez où j’en suis rendu : trois posts et j’ai même pas réussi à finir le second opéra. Où va le monde, ma bonne dame ? Où va le monde…

J’aurai pu simplement dire : « vous voyez Le Seigneur des Anneaux ? Vous avez l’anneau du Nibelung ». Mais non, tiens. Chapeau moi-même.

C’est donc la mort dans l’âme que je continue. Sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs. L’épisode précédent, c’est ici.

L’acte trois débute « au sommet de la montagne rocheuse ». Je vous rappelle que Brünnhilde s’est enfuie avec Sieglinde, que Wotan a jeté une malédiction sur Brünnhilde pour ne pas avoir suivi son ordre : laisser son propre fils, Siegmund, se faire tuer par Hunding, l’ex-mari de Sieglinde (sœur jumelle de Siegmund) qui attend dorénavant un enfant de son frère (on va le savoir dans pas longtemps). Bonjour la consanguinité.

Nous voici donc « au sommet de la montagneuse rocheuse » (bravo Wagner pour le pléonasme, bravo moi-même pour la répétition) et toutes les Walkyries s’attellent à la tâche qui leur est imposée : peupler le Walhalla des plus féroces guerriers qui se sont illustrés sur le champ de bataille pour défendre ce mirifique lieu construit par les géants frères (et pas verts) Fafner et Fasolt (qui a été tué par Fafner rapport à l’anneau forgé par Alberich). Rappel pour les étourdis : l’anneau est toujours dans les mains de Fafner (qui en tant que géant ne peux pas le mettre à son doigt, mais ça, limite on s’en fout).

Instant « Le saviez-vous » ? C’est ici qu’on entend la musique d’Apocalypse Now quand les hélicoptères partent pulvériser du Nuoc-mâm sur les vietcongs. Je me suis souvent demandé comment Wagner avait fait pour s’en inspirer puisque la première de son opéra avec ce thème date de 1870 alors que le film de Coppola est sorti au cinéma 109 ans plus tard. Un mystère que je ne m’explique pas.

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Voici donc Brünnhilde qui entre sur scène avec Sieglinde alors que les autres Walkyries ramassent des guerriers pour leur redonner vie et les emmener au Walhalla. Walkyries qu’elle appelle « ses sœurs » ce qui va à mon sens dans l’idée que c’est bien Wotan le papa des huit Walkyries. Erda a dû bien rire, si c’est elle qui les a toutes portées… À moins que ce ne soit les prémices de l’Octomom ? Auquel cas Wagner est vraiment un putain de visionnaire, ce qui ne m’étonnerait pas.

Octomom

(Notez que j’espère pour Erda, la mère de Brünnhilde qu’on ne lui a jamais donné le biberon par la tête comme le fait le fils de l’Octomom).

Toutes s’esclaffent : « Tiens, revoilà not’Cendrillon, alors elle nous a ramené quoi cette fois-ci à la place d’un guerrier… Un faon comme l’autre fois ? Ou un pingouin ? Ah non, une femme ». De son côté Sieglinde est fort malheureuse : « Ne te tourmente pas pour moi », dit-elle à celle qui s’est parjurée pour la sauver, « je n’attends que la mort ». SYMPA. Genre, je me fais chier, je me fous dans la merde pour toi, je me brouille avec mon reup, et toi, tu veux quoi ? Sucer les pissenlits par la racine ? Grosse vache.

Donc, Brünnhilde explique que c’est pas tout à fait possible qu’elle meure pour la simple et bonne raison qu’elle attend un enfant. « Ah bon ? T’es gynéco ? T’as fait une échographie ? KAISSTANSÉ ? », répond Sieglinde, bien étonnée. Les autres Walkyries qui scrutaient l’horizon voient Wotan arriver avec beaucoup de bave aux lèvres et préviennent Brünnhilde du danger. Sieglinde, qui aspirait à la mort à peu près trente secondes auparavant, chie d’un coup dans son froc : « Non, mais j’ai dit ‘je veux mourir’, genre, comme ça, mon frère est mort, ça m’a rendu un peu triste, mais en vré j’ai pas super envie, hein, et pis maintenant, j’attends un enfant, fais quelque chose, Brünnhilde, j’t'en prie ».

Brünnhilde conseille alors à Sieglinde d’aller chez Fafner, enfin, pas d’aller le voir (vu que bon, il y a peu de chances que le géant ait très envie d’accueillir la mère de l’enfant qui va lui piquer son trésor, même s’il ne le sait pas forcément encore), mais de s’y cacher. Là-dessus, Waltraute (une autre Walkyrie) regarde le ciel et dit : « L’orage approche ». Et Ortlinde répond : « Que celui ou celle qui n’a pas de parapluie s’enfuie ». Et Sieglinde se tire : « Salut la compagnie ! Brünnhilde, c’était très sympa, dis bonjour à ton père pour moi ».

Et voici Wotan en emporte le vent qui débarque sur son char tiré par trois chevaux (« je vais faire un régime Dukan, promis ») et regarde les Walkyries et qui entend bien châtier la rebelle. Seulement toutes les Walkyries se sont mélangées entre elles… Sauras-tu retrouver Brünnhilde ?

Walk

Wotan : Brüüüüüünnhiiiiiiiiiiiiilde ! Brüüüüüünnhiiiiiiiiiiiiilde ? Viens prendre ta raclée.

Brünnhilde s’approche de son père qui décide toute une batterie de sanctions plus sévères les unes que les autres. Tout ça pour avoir désobéi UNE fois. Il l’exile, il va la plonger dans un sommeil artificiel en haut d’une montagne et le premier mec qui passe l’éveillera et « flétrira sa fleur virginale ». En gros, il la baisera.

On peut dire ce qu’on veut, mais Wotan n’est pas commode. Il est plutôt tiroir. (oui, c’est ma blague favorite au monde, je vous emmerde).

Je pense, par ailleurs, que Wagner a manqué pour une fois d’un peu de modernité là. Imaginez, il aurait pu faire ça façon Jerry Springer (ou son équivalent belge, avec le présentateur neurasthénique de Ça va se savoir) :

Planche3

Résignée, Brünnhilde demande à son père pourquoi il la répudie. Wotan expédie l’explication d’un obscur : « Demande-toi ce que tu as fait et tu comprendras ta faute ». Là, Brünnhilde est un peu vénère : c’est vrai, elle a désobéi au dieu, mais au dieu qui venait de prendre une décision dictée par sa femme et contre sa propre volonté. Ça ne change rien pour Wotan qui n’a pas vraiment le choix, rapport qu’il est un dieu et tout ça, c’est toujours un peu la merde, faut jongler entre obligations professionnelles et les gosses et encore, il a à peine le temps de les voir grandir, comme Brünnhilde qui est devenue trop vite un esprit libre et farouche. Ah l’indolence de l’adolescence…

Brünnhilde : Bon alors on fait quoi.
Wotan : Bah, t’as fait ta bravache, maintenant j’ai plus trop le choix. Tu vas dormir et zou, le premier mec qui te réveille, tu lui appartiens. (Note aux puristes de la langue, le correcteur me dit « le premier mec qui te réveilles », ça me paraît étrange, mais allez savoir…)
Brünnhilde : Allez, sois chic, fais au moins qu’il soit un grand guerrier, quoi.
Wotan : Non.
Brünnhilde : Mignon, alors ?
Wotan : Non.
Brünnhilde : Bon, bah un nain comme Alberich au moins ?
Wotan : Ça peut pas être un nain, j’ai dit un homme. T’es cruche, ou bien ?
Brünnhilde : Au fait, faut que je te dise.
Wotan : Quoi ?
Brünnhilde : La Sieglinde, elle porte l’enfant de Siegmund. Et je lui ai donné l’épée brisée de Siegmund (quand ils se sont battus à la fin de l’acte deux, sérieux, c’est fatiguant de tout devoir vous rappeler, suivez merde).
Wotan : Oui, bah qu’elle se démerde. Allez, monte en haut du rocher que je t’endorme, j’ai déjà trop traîné.
Brünnhilde : Ça va, j’y vais, on est pas non plus aux courses, hein. En plus, je suis seule, je suis bien obligée d’arriver en tête.
Wotan : Les bookmakers t’ont très mal cotée de toute façon.
Brünnhilde : Bon, et pour notre accord, tu es d’accord que ce sera un héros le garçon qui viendra me réveiller.
Wotan : Mais vous me fatiguez TOUTES. Pas une pour ne pas réclamer une faveur… Wotan, construis-moi un palace ; Wotan, protège machin ; Wotan, tue bidule ; Wotan la vidange de la voiture, c’est qui qui va la faire ? ; Wotan, encore en train de boire une bière ? ; WOTAN IL VOUS EMMERDE.
Brünnhilde : Allez, sois chic. Ou alors tue-moi. Mais ne m’offre pas au tout-venant…

Wotan lève les yeux en l’air, exaspéré. « Très bien, seul un homme plus libre que moi pourra t’épouser, tu es contente ? Bien, allez maintenant, monte sur ton petit rocher, il est temps de dormir ma chérie ».

Brünnhilde traine encore ses pieds, s’allonge sur un genre de caillou et un feu s’allume autour d’elle (pour la petite histoire, c’est Loge qui est contraint de devenir feu follet pour empêcher quiconque de sérieusement convaincu d’approcher, mais Loge, je sais déjà que vous avez oublié qui c’est alors, je n’insiste pas).

Springer

Walkyrie en culottes courtes

Bon, après ces conneries sur mes amis bobos qui m’ont un peu éloigné de mes considérations personnelles sur les opéras de Wagner, où en étais-je donc dans ma grande saga de « je vous raconte L’Anneau du Nibelung » ? Ah oui. J’en étais à la Walkyrie Pocket où nous avions laissé Sieglinde et Siegmund convolés en dehors de tout sens moral puisqu’ils venaient de découvrir qu’ils étaient frères et sœurs, fils et fille jumeaux de Wotan, sous le toit de l’époux de Sieglinde, Hunding, un sombre mariage forcé. Si vous en avez le courage, c’est par ici (et là pour l’Or du Rhin).

L’acte deux de l’opéra nous change radicalement de décor. Direction une « contrée montagneuse et sauvage ». On retrouve Wotan qui s’est changé (vous savez, il était venu voir Sieglinde en vieillard pour planter une épée dans un tronc d’arbre mort ? Suivez, merde, sinon ça va pas être possible). Frais, rasé et propre, Wotan goûte un repos bien mérité. Enfin pas tout à fait. Entre le cognac et le cigare, il convoque Brünnhilde, sa Walkyrie préférée. *** STOP *** PARDON *** WTF *** Qui sont ces Walkyries et pourquoi Brünnhilde est sa préférée ? À ce moment du livret, on n’en sait rien. Sa C tt le pb 2 notr &pok, sa veu tt savoar tt 2 suit. Bon, j’abuse un peu, parce que Wotan n’a pas encore dit que Brünnhilde est sa favorite et que les Walkyries sont des vierges guerrières dans la mythologie, mais n’empêche que c’est à elle qu’il demande de sauver Siegmund et Sieglinde des griffes de Hunding. Brünnhilde, ravie, crie des « Hojotho ! Hotjotoho ! Heiaha ! Heiaha ! Hojotoho ! Heiaha ! » dans la version allemande. Non, elle ne vient pas de traverser Fukushima, elle est juste super contente. Quand, au loin, elle voit la femme de Wotan avec un rouleau à pâtissier qui lui sert à frapper la croupe des trois chevaux flamboyants qui tirent son char. « Pt’ain, fais chier, v’là la rombière », se dit Wotan dans son plus for intérieur.

- Qu’est-ce qui se passe encore ?
- Ferme ta bouche, Wotan. Tu sais très bien.
- Non, je ne sais pas, dépêche, j’ai pas la journée.
- Hunding m’a texté. Ta fille – SA FEMME – et ton fils couchent ensemble.
- Hunding ne m’a jamais demandé la main de Sieglinde, ça m’aurait fait mal de lui la donner.
- Peut-être, mais ils sont mariés maintenant, et j’apprécie pas trop l’adultère, rapport à que je suis la gardienne des liens sacrés du mariage.

Là, Wotan, qui a trempé sa bite dans tous les trous de la capitale, rit sous cape.

- ÇA VA, WOTAN. JE SAIS. N’EMPÊCHE.
- Bon, ok, ok, tu veux quoi ?
- Tu n’aides plus Siegmund. L’épée magique qu’il a récupéré, tu lui vires tous ses pouvoirs. Et tu files un peu droit, gros queutard de mes deux. Tu crois que j’ai pas vu, hein ? Tu crois que j’ai pas vu que l’immense fortune des Dieux a servi à payer ta pension alimentaire pour les huit bâtardes, tes Walkyries, que tu as eues avec cette pute d’Erda et…

Attends, attends Fricka, là, je perds tout le monde. Déjà que c’est pas facile d’intéresser des gens à Wagner…

Alors, je résume. En violet, ce sont les enfants, en vert, c’est « a couché avec » et quand c’est double vert, c’est « est marié avec » :

Maraigewagner

Oui, on ne sait pas trop avec qui Erda a eu les sept autres Walkyries. Wotan ou un autre, on en sait rien, mais le gars paie pour tout le monde. Je n’ai pas non plus précisé les doutes incestueux qui traversent Wotan quand il s’approche de sa Brünnhilde. Mais bon, Fricka en parle au Dieu des Dieux comme « la fiancé de tes désirs ».

Ce à quoi Wotan répond : « Euh… C’est çui qui dit qui y est » et ajoute « mon esprit aspire à ce qui jamais encore ne s’est fait », façon de dire qu’il anticipait le livre des Mormons avant l’heure.

Désemparé, Wotan est face à un ultimatum. Le cadeau ou les échanges ? (cette référence n’appartient qu’aux gens nés avant 1980) Fricka lui explique qu’elle a été assez bafouée comme ça et que maintenant, ça va filer droit à la maison. Que Wotan lâche le bâtard, et qu’il n’envoie pas Brünnhilde pour le protéger à sa place. Wotan (qui passe) accepte, le cœur déchiré en deux, obligé de reconnaître que sa femme a raison : s’il veut rester un Dieu, il doit se comporter comme un Dieu. Vacherie, tiens.

Là-dessus, Brünnhilde revient toujours à sa chanson héroïque.

Au fait, vous vous demandez à quoi servent les Walkyries ? PATIENCE, jeunes chiots !

Je vous zappe la scène suivante qui n’est qu’une longue redite de l’Or du Rhin (sauf qu’en réalité, c’est ici qu’on apprend que Brünnhilde est sa fille avec Erda, qu’on a vu dans l’Or du Rhin aussi, mais j’ai préféré vous épargné cette énième ellipse). On y apprend juste que les huit Walkyries ont UN but dans leur vie (oui, c’est ici, ta patience n’a pas été mise à trop rude épreuve ?) : ramener des guerriers qui se sont illustrés au combat pour venir au Walhalla une fois morts – non pas pour y couler des jours heureux comme dirait Fonzie – mais pour garder la demeure des Dieux (bon, a priori, les conditions de travail n’étaient pas harassantes et il y avait pas mal de contrepartie, mais quand même).

Wotan sent la fin du règne des Dieux arrivée et s’en ouvre à Brünnhilde et au public. La raison ?

Hum. Alors c’est à peu près à cause de ça :

Alberich, le nain qui a volé l’anneau puis se l’ait fait volé par Wotan qui l’a offert aux géants Fafner et Fasolt en échange de la construction du Walhalla, n’a toujours pas digéré le larcin. Et compte bien se venger de Wotan. Entretemps, Fafner a tué Fasolt pour récupérer l’anneau. Alberich pense récupérer l’anneau à Fafner. Wotan, lui, ne peut pas reprendre l’anneau (parce qu’il semble que « donner, c’est donner et reprendre c’est voler » soit le premier commandement de la mythologie germanique). Il faut que celui qui reprenne l’anneau ne soit en aucun cas lié à Wotan. Genre pour pas dire qu’il l’a récupéré parce que c’était le fils de. Pas comme d’autres.

Charlotte gainsbourg cannes 2009

Je vous passe encore les considérations métaphysiques (« Comment faire cet autre qui ne serait plus moi, mais qui ferait de lui-même ce que moi seul désire ? » – la question que je me pose tous les matins avant d’aller au boulot) et je continue sans vous laisser de répit.

Brünnhilde propose Siegmund, Wotan lui file deux claques. T’AS RIEN ÉCOUTÉ GROGNASSE ?

Charlotte gainsbourg cannes 2009

Et là, TADAM, révélation : on apprend qu’Alberich – qui avait dû renoncer à l’amour pour récupérer l’or du rhin – a séduit une femme (par de l’argent, hein, y a pas de miracle non plus quand tu es un gros nain ferronnier et moche, demande à Mimie). Et que celle-ci attend un mélange entre la mouche et Alien.

Ici arrive la grosse crise d’adolescence de Brünnhilde : son père, Wotan, lui demande de ne pas défendre Siegmund quand il combattra contre Hunding afin qu’il perde – et qu’il meurt. Mais Brünnhilde, insolente comme elle est – ou plutôt devrais-je écrire « effrontée » ? -

Charlotte gainsbourg cannes 2009

refuse d’écouter son père et c’est quand Wotan pique une grosse colère qu’elle se plie finalement à sa volonté.

On retourne ensuite en forêt où Sieglinde et Siegmund convolent toujours. Sieglinde part ramasser des pâquerettes ou je ne sais quoi parce qu’elle ne se trouve pas assez pure pour coucher avec son frère (oui, moi aussi, ça m’interroge) quand Brünnhilde arrive et explique à Siegmund tout le pataquès (mais beaucoup plus brièvement que moi).

- Bon, Siegmund, tu peux aller prendre ton sac et récupérer ton flambeau, avec 2 voix contre toi, tu dois quitter l’aventure.
- Pffffffff. POURQUOOOOOOOOOIIIIIIIIII ?
- Bah, c’est comme ça.
- Sieglinde ! Viens ma chérie, on fait nos sacs.
- Ah non, non, Siegmund, tu m’as mal comprise : toi tu pars, mais Sieglinde reste, elle.
- POURQUOOOOOOOOOIIIIIIIIII ?
- Nan, mais y a plein de meufs trop bonnes là où je t’emmène, au Walhalla.

Seulement cette tête de con de Siegmund ne veut pas partir.

- Puisque c’est comme ça, je vais me tuer avec mon épée super balèze et ma femme avec.

Alors, Brünnhilde, cette jeune sotte, fille de Wotan ne peut pas s’empêcher de changer le destin et de lui assurer la victoire face à Hunding.

Quelques minutes après, Hunding surgit, Siegmund l’attaque et Wotan débarque pour briser l’épée de Siegmund. Hunding en fait de la pâtée pour chat. Brünnhilde fuit avec Sieglinde, Wotan se retourne et envoie un coup de poing tueur à Hunding. L’acte deux s’achève dans ce qu’il convient d’appeler un bain de sang.

Baindesang

La Walkyrie en trois mots et un peu plus

Il y a un an, pile poil ou presque, je vous racontais en long en large et en travers les tribulations d’un nain, Alderich, et des misères que lui procuraient un anneau et un heaume qui permettait de se métamorphoser en tout et n’importe quoi. C’est par ici. Or, depuis, j’ai vu la suite des aventures trépidantes de la tétralogie de Wagner et je m’aperçois que j’ai arrêté mon entreprise de vulgarisation et je sens que ça vous manque. Si, si, je le sens.

Alors, sans plus attendre, je m’encourage moi-même à continuer, conscient que je suis de l’angoisse dans laquelle vous vivez depuis plus d’un an maintenant. Mais d’abord, revenons au commencement.

La tétralogie de Wagner est un (long) opéra en un prologue et trois jours, ce qui se traduit en réalité par quatre opéras : L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des Dieux. Respectivement : 2h30, 3h30, 4h00 et 4h30. C’est l’apothéose de l’Opéra par excellence. C’est aussi ce qui a tué toute tentative de créativité par la suite (j’exagère à peine).

Wagner y a réfléchi et travaillé pendant plus de trente ans d’abord pour l’amour de l’art avec un grand A, mais aussi pour mettre sa famille à l’abri du besoin (parce que la vie de Wagner a pas mal alterné entre la misère la plus totale et la grande vie à la Frédéric Beigbeder, enfin c’est ce que je crois avoir lu dans Cosmo, mais je me rappelle plus bien).

Comme il l’écrivait à son mécène, Louis II de Bavière (qui finança en grande partie son théâtre à Bayreuth) : « Il s’agit d’un grand et dur travail [...] Le dernier développement très poussé du deuxième acte m’a en particulier fasciné d’une manière telle qu’il m’a souvent fallu m’arrêter dans le ravissement ».

Quoi qu’il en soit, L’Anneau du Nibelung, le nom de la tétralogie, a poussé sur les cendres des légendes germaniques. Je ne sais pas si Wagner avait en tête que le monde entier serait rapidement familier avec les grands contes allemands (et après tout, il s’en est fallu d’un cheveu qu’il en fût ainsi) ou si c’est d’avoir différé et reporté l’écriture du livret, toujours est-il que de but en blanc, quand on commence à lire la tétralogie, c’est quand même pas mal confus.

Et qu’on rajoute des trucs au milieu, et que finalement c’est un demi-homme et pas un demi-dieu, et que le dieu, là, c’est finalement le demi-frère de la sœur de l’autre… Plus on lit le bazar, plus s’ajoute comme ça des petites touches au tableau. Finalement, on termine la lecture de l’œuvre avec un gros mal de tête, surtout si on est pas germanophile et qu’on se perd un peu entre les Whillem, Wilhem ou Wihlem.

C’est pour cela que je me suis lancé dans ce grand travail de mise au propre de l’Anneau du Nibelung. Pour que plus jamais ça, en somme.

Afin de vous faire vivre tout de même l’œuvre de l’intérieur, j’ai pris la grande décision de me la jouer Wagner et de ne préciser les éléments de l’histoire qu’au moment où ils sont évoqués dans le livret. Ce qui, je vous le dis tout de suite, ne simplifie pas la tâche.

Mais avant de commencer, il faut se rappeler deux choses : a. les dieux sont de sacrés queutards ce qui a pour conséquence principale qu’il n’y a à peu près aucun personnage qui n’a pas un lien de parenté avec un autre (Wotan, le grand chef, étant bien sûr le plus excité du chibre) ; b. les dieux sont soumis à des règles casse-couilles qu’ils ont érigées eux-mêmes et qu’ils n’ont pas le droit de transgresser (alors que s’ils avaient été malins, ils ne les auraient pas proclamées au départ, et ils seraient toujours les Rois du Monde, comme dirait Dove Attia – en fait, c’est Gérard Presgurvic, mais personne ne le connaît, lui).

Alors j’y vais. Je vous refais pas l’Or du Rhin sauf si dans les commentaires vous le réclamez à corps et à cris (enfin, bon, surtout à cris).

Hum.

La Walkyrie

Sieglinde est une Desperate Housewives. Elle dépoussière les meubles à longueur de journée et comme elle habite en forêt avec son mari Hunding, elle a beaucoup de boulot. C’est donc avec un certain ravissement (et une certaine faiblesse pour les plaisirs de la chair), qu’elle se laisse séduire par un homme blessé et sans arme qui arrive chez elle. Cet homme n’a pas de nom – pour l’instant -, et il est « poursuivi par le malheur ». Ça lui parle à Sieglinde, le malheur, elle connaît. On ne saura que dans deux scènes pourquoi.

Hunding arrive, il claque le beignet de sa femme qui a ouvert la porte à un inconnu, mais offre tout de même l’hospitalité à l’étranger « parce qu’on est pas des sauvages non plus ». En même temps, il s’aperçoit que sa femme, Sieglinde, et cet inconnu partagent des traits de ressemblance. Hunding a certainement passé une licence de physionomie à l’université de Nanterre quelques années auparavant, Wagner a oublié de le préciser.

Quand Hunding demande le nom de l’inconnu, sa femme est bien emmerdée : elle a oublié de lui poser la question tellement elle était émoustillée à l’idée d’aider un bel homme dans la force de l’âge. Ça ne plaît pas trop à Hunding qui n’en laisse rien paraître, mais qui demande tout de même à l’arrivant de décliner son identité, de montrer ses papiers et la carte grise pour le cheval qui est dehors (je déconne, il n’a pas de cheval, il a marché).

Siegmund – c’est son nom – préfère se présenter sous un autre nom. Pourquoi ? Parce que ç’aurait été trop simple. Siegmund, l’inconnu donc, dit s’appeler « Wehwalt », « Voué au malheur » et pas « Friedmund », « Messager de la paix ». Soit. Ok. Comme il veut. Mais, EN FAIT, on le connaît sous le nom de « Wölfing » (Jeune loup). Je vois que je fais déjà une entorse à ma contrainte de ne vous dire les choses qu’au fur et à mesure qu’on les apprend dans l’opéra, mais je sens que sinon, je vais pas m’en sortir. Et puisque je suis dans le spoiler, Siegmund est en réalité le fils de Wotan, le Dieu des dieux et Sieglinde est sa sœur jumelle. Leur mère, j’ai pas de précision dessus. Une humaine, sûrement ? Notez que Wotan, époux adultère, est marié à Fricka, gardienne des liens sacrés du mariage. Voyez l’ironie…

Je résume. Nous avons Wehwalt (ou Wölfing) (en fait, Siegmund), un inconnu. Nous avons Sieglinde, la femme de Hunding. Nous sommes chez Hunding qui n’a pas l’air commode. Il est plus tiroir (badam tchak !). Wehwalt raconte alors son histoire : il est né d’un loup (ou son père s’appelait Loup – Wolfe -, j’ai un doute) avec une sœur jumelle. Un jour, revenant de la chasse avec son père, la tanière est vide : sa mère est morte au milieu de cendres, et sa sœur a été enlevée. Un coup d’Émile Louis ? Non ! Ce sont les Neidinge derrière ce drame humain. Qui sont les Neidinge ? On ne sait pas. L’histoire s’arrête là. Mais a priori, on peut en déduire sans trop se mouiller que ce n’est pas un peuple super sympa de prime abord. La vengeance restait tout de même sur les lèvres de Wehwalt et son papounet et après des années de traque, malheur : le père et le fils se trouvent séparés. Ils ne se retrouveront pas. Wehwalt a perdu Loup, son père… Mais, nous dit-il, a retrouvé une peau de loup. Hum. Dans la forêt. Quelle surprise. Pas très fute fute, le Wehwalt.

« Tout ceci ne raconte pas comment tu te retrouves chez moi », commence à s’énerver Hunding, qui n’en a un peu rien à foutre de l’histoire de Wehwalt et qui a bien envie de retirer ses bottes et de s’allumer une bonne pipe à crack. Sauf que Sieglinde, la gourgandine, boit les paroles de l’inconnu plus trop inconnu et veut en savoir plus : pourquoi est-il arrivé chez eux, blessé et sans arme (ce détail n’a en réalité que peu d’importance, mais semble fasciner Wagner dans son livret) ?

Wehwalt s’explique : un enfant lui a demandé de venir en aide à une jeune fille qui allait épouser un homme qu’elle n’aimait pas. Après s’être battu comme un beau diable, Wehwalt a cassé ses armes, les villageois ont tué la fille et lui il a dû s’enfuir.

Mais pas de bol pour Wehwalt (en même temps quand tu t’appelles « voué au malheur », faut pas trop croire à la vierge, surtout dans une légende folklorique allemande), il se trouve qu’Hunding est du clan qui a lapidé la fille, qu’il a trouvé ça tout à fait normal et qu’il allait venger les pertes humaines dues à Wehwalt. Conclusion : Hunding compte bien mettre sa race à Wehwalt. Mais demain. Parce qu’en bon hôte, il a promis une nuit de repos au blessé et il ne compte pas revenir sur sa parole. La noblesse a sa façon d’être qui peut échapper au roturier.

Intérieur. Nuit. Wehwalt est dans sa chambre décorée de trophées de chasse. Ici, on apprend une nouvelle chose : son père lui a promis une épée super costaud et qu’il la trouverait un jour de « détresse ultime ». Ça tombe bien : il est blessé, sans arme et bientôt mort. On a rarement vu plus ultime comme détresse.

C’est alors que Sieglinde frappe à sa porte. Elle a carrément drogué son mari. Elle a été offerte à Hunding par des brigands. Le soir de ses noces imposées, un vieillard est venu chez eux et a planté au milieu d’un tronc de frêne une épée. De sacrés gaillards ont tenté de la récupérer, jusqu’ici personne n’a réussi. Excalibur inside. Sauf que l’allemand est un peu plus malin que l’anglais : essayez de faire rentrer une épée dans un gros caillou, vous comprendrez. Ce vieillard, vous l’aurez reconnu, c’est le père de Siegmund.

Ici, je tire le rideau une minute, car Sieglinde et Wehwalt vont un peu coucher ensemble et j’ai un peu envie de cacher nos regards de cet ardent désir qui les saisit. Mais avant, Sieglinde dit à Wehwalt alors qu’il fait son affaire : « tu n’es plus Voué au malheur, maintenant, tu es Messager de la paix (Friedmund), je t’appelle alors Siegmund ». L’autre : « J’adore, ok, je m’appelle Siegmund ». Sieglinde : « Et ton père était un loup ? ». Siegmund : « Non, je déconnais, il s’appelait Wälse ». La femme : « Tu es donc un Wälsung ! Alors l’épée dans le tronc d’arbre est pour toi ». Siegmund : « Cool, je vais l’appeler Notung, épée de détresse ». Ils ont quand même une sacrée passion à donner un nom à tout et n’importe quoi, ces cons. Sieglinde : « Ah ! Tu es Siegmund ?! » s’étonne-t-elle, alors que c’est elle qui lui a donné ce nom (les personnages chez Wagner ont une mémoire de poisson rouge). Siegmund : « Oui, je suis Siegmund ! » (il ne comprend pas plus vite). Sieglinde : « Bah, c’est fou, ça, je suis ta sœur ! ». Siegmund : « Cool et maintenant on couche ? »

Fin de l’acte I.

Et dire que je voulais faire court.