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Mois : janvier 2017

La Vallée des loups : Un Jour sans fin

Nous sommes dimanche et comme tous les week-ends vous ne savez pas quoi faire de vos mômes qui font chier, qui gueulent et qui vont encore passer la journée devant la tablette. Alors, vous vous dites : “Bon, il fait un temps de merde, je vais les emmener au cinéma, au moins ça les changera du salon”.

Vous zieutez Allociné et là, votre bonne vieille conscience de bobo-écolo-de-gauche, enterrée par l’achat d’un 4×4 en plein Paris, remonte à la surface : vous allez les emmener voir La Vallée des loups, L’INCROYABLE histoire d’un documentariste animalier qui filme des loups dans leur habitat naturel. Très très bonne idée. Surtout si vos enfants sont hyperactifs, vous allez sacrément déguster.

Parce que ce que nous apprend ce film, c’est que réaliser un documentaire animalier est un travail long. Très long. Il a fallu 3 ans à Jean-Michel Bertrand pour pister cette meute de loups et ce sont ces trois ans qu’il nous propose de vivre in extenso.

À savoir, il part de chez lui avec son barda, se retourne, dit au revoir à Mimine, monte dans la vallée où il installe des caméras automatiques, se poste dans une tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort, se lève, va regarder si quelque chose a été filmé par les caméras (90% du temps : rien), puis retourne dans sa tente et recommence. On se croirait dans Un Jour sans fin.

Au bout d’une heure de film (où il est rentré après 2 mois sans avoir filmé quoi que ce soit, puis il est reparti l’été suivant, etc.), ÇA Y EST, les caméras automatiques ont filmé les loups. Il installe donc un nouveau campement, avec cette fois-ci une grosse caméra, se poste dans sa tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort, se lève, etc. Au bout de plusieurs semaines, il détient enfin cinq à dix minutes de film avec des loups (et c’est très beau). Il décide alors de rester un peu plus pour les voir encore. Nous, on aimerait qu’il rentre chez lui, mais non. Et voilà qu’il se poste dans sa tente, mange des soupes Royco et du pain rassis, va pisser, se rassoit, dort et se lève pendant dix jours de plus.

Hélas, les loups sont partis. Et vos gamins aussi.

Le SNL de M6 : Tout sauf un SNL

Peu de gens le savent, et globalement c’est un problème pour ma street cred’, mais je suis le spécialiste en France de la télévision américaine. Je connais par cœur les talk-shows américains (qui existaient, je le rappelle pour les journalistes, AVANT Jimmy Fallon) et je suis quasiment maître de conférence sur le Saturday Night Live puisque je suis un intime de Lorne Michaels et de Dick Ebersol. Ce qui nécessite pas mal de doigté.

Bref, je SUIS la seule personne en France capable d’exprimer une opinion un tant soit peu cohérente sur la version française du Saturday Night Live diffusée sur M6 hier.

Et là, première remarque : pas de sketch d’intro qui se finisse par “En direct sur M6, c’est le Saturday Night Live du jeudi soir” ? Ok. Fin de l’analyse. Ce qu’on va voir n’est pas une VF du SNL. C’est une soirée comique avec Gad Elmaleh, comme il y a eu une soirée comique avec Jean Dujardin sur Canal+. Pour la comparaison, on peut tout de suite passer à autre chose.

Ça se confirme d’ailleurs dans le monologue de Gad qui n’est absolument pas un monologue typique du SNL. Il s’agit d’un genre de monologue de talk-show (des successions de punch lines sans lien, et pas une histoire construite comme dans le SNL), mais en plus assez raté. Je m’explique. Regardez par exemple le premier monologue de Conan O’Brien quand il a remplacé Letterman ou le premier monologue de Letterman quand il est arrivé sur CBS. Les deux fonctionnent un peu de la même façon : ils se présentent comme de gros losers incapables d’être de “bons animateurs de talk-shows”. Et ils mettent en avant des extraits d’émissions ou de journaux qui titrent : “Letterman a-t-il ce qu’il faut pour animer un late show ?” ou “Conan O’Brien, l’outsider qui va se planter”. Et ils rient de ça en leur donnant raison.

Elmaleh fait l’inverse, à la manière des vœux de Trump :

Il nous dit : “Oh, regardez les connards de Télérama qui disent que j’arriverai même pas à faire un talk-show !”, puis “Oh, regardez les débiles de Twitter qui disent qu’on fait un Saturday Night Live un jeudi !” et ainsi de suite. Il est dans la rancœur, dans la diatribe, et clairement, c’est mauvais.

Même la réalisation n’a rien à voir avec le SNL. Qui a visité le studio 8H (comme moi) le sait : le public est en hauteur sur le balcon (à noter que les quelques sièges en bas sont réservés aux amis des invités et du cast pour la simple et bonne raison qu’il ne faut pas faire venir ici des fans qui pourraient perturber les sketchs). Il voit 70% de l’émission sur des retours écrans disséminés devant eux. Car une seule scène est vraiment bien visible depuis le balcon, la grande où est l’orchestre et où se tient le monologue. A gauche (vue du public), on a la scène musicale. Certains sketchs sont aussi filmés en face de la scène musicale, sous le balcon, dos au public. L’audience n’est quasiment jamais filmée. On l’entend rire, mais il n’y a pas de plans sur elle (il y en avait au départ dans les premières années, entre 1975 et 1980 : au moment des coupures publicitaires, des gens du public filmés avec des bandeaux “blagues”, genre “Fils de Charles Manson”). Rien de tout ça dans le SNL de M6 : la scène est sur un plateau tournant, on filme les coulisses, on nous montre le public. Bref : ce n’est clairement pas le même dispositif.

Et puis il y a les sketchs, mais je ne vais pas m’étendre longuement. Car les sketchs dans la version officielle du SNL sont de qualité largement variables (et très souvent pas bien bons). Ce serait malhonnête de les comparer entre la VF et la VO. Mais, moins que les sketchs, la vraie force du SNL a été avant tout de révéler au grand public des acteurs, des comiques et des auteurs.

Hélas, M6 et le SNL frenchie ne font une fois de plus rien de ça. La chaîne a repris la formule du SNL de Dick Ebersol en 1985-1987 quand le producteur avait viré toute l’équipe après le départ d’Eddie Murphy pour une saison dotée d’un casting “All Stars” (Billy Crystal, Joan Cusack, Robert Downey, Nora Dunn, Anthony Michael Hall) qui a totalement foiré (et qui a permis le retour de Lorne Michaels). Ici, c’est pareil, on a un Gad Elmaleh “All Friends”. Et ça ne marche pas très bien. C’est loin d’être nul quand même, hein (le sketch de la banque est amusant, même s’il n’y a pas de surprise). Mais ça ne révèle personne (sauf peut-être Marc-Antoine Le Bret pour le public de M6, mais on l’a vu ou entendu sur Europe 1, C8/D8/Direct8, France 2, c’est déjà une tête connue).

Quant au “scandale” de repomper le sketch “More Cowbell” du SNL original, franchement, les gens s’excitent pour pas grand-chose et oublient (ou ne savent pas, comme souvent) que Les Nuls avaient déjà largement pillé le SNL en leur temps. Je ne retrouve pas les vidéos, mais si vous vous souvenez comme moi de la fausse pub “La Banque du change” avec Alain Chabat, vous retrouvez exactement la même deux ans avant dans le SNL (elle est ici). Pour le coup, j’avais interviewé Chabat dans une autre vie et il l’avait reconnu sans problème, presque comme une évidence.

En somme, ce Jeudi Soir Live de M6 n’a rien de déshonorant (sauf le monologue), mais en dehors de son nom, ce n’est pas un Saturday Night Live. Sorry.

Les Animaux fantastiques : C’est le zoo

Depuis mon retour d’Écosse (c’était génial), j’ai décidé de regarder et de lire tous les Harry Potter (car ça se passe en Écosse). Ce que je n’avais jamais fait et c’est très sympa, mais vous devez le savoir puisque vous les avez forcément vus et lus depuis belle lurette.

Et comme quand je fais un truc, je m’y mets à fond (un jour, j’appliquerai cette devise au boulot), je suis aussi allé voir Les Animaux Fantastiques qui est une espèce d’histoire “dans l’univers” de Harry Potter, c’est-à-dire avec des sorciers et des sorcières.

Cette fois-ci, un sorcier Britannique débarque aux États-Unis avec une valise pleine d’animaux fantastiques (d’où le titre du film). Malheureusement, certains de ces animaux s’enfuient et c’est la catastrophe en ville.

Toute cette partie de l’histoire est drôlement chouette (bon, je ne vais pas vous dire que ça casse forcément trois pattes à un canard) (remarquez, vu le bestiaire, il y aurait pu en avoir un) (de canard à trois pattes), les effets spéciaux sont réussis (enfin, je n’étais pas fan de l’hippopotame) (j’arrête avec les parenthèses), c’est marrant et imaginatif pendant une heure quarante. Bref, j’étais content.

Et puis, patatras !, ça devient indigeste comme un kouglof aux amandes. Une histoire parallèle devient principale et on est parti pour vingt minutes d’explosions interminables dans le métro, façon blockbuster de super-héros, qui s’enchaînent avec un quart d’heure de conclusions inutiles autour des quatre personnages principaux au cours desquelles on sait exactement ce qui va se dire à la virgule près.

Malgré ma déception sur la fin du film, en rentrant chez moi, j’ai décidé de terminer le sixième épisode de la saga du petit sorcier… Et Dumbledore meurt ?!? WHAT ? J’ai chialé toute la nuit.

Star Wars Rogue One : la tour de l’ennui

Dans la vie, il y a les bons films et puis il y a Star Wars. Eh oui, je ne vous l’avais pas dit, car j’ai du respect pour vous, mais je suis allé voir Star Wars Rogue One.

Attention, je vais divulgâcher sévèrement.

Mis à part la mort de tous les personnages (mais depuis que Game of Thrones est passée par là, ce n’est plus vraiment subversif), c’est un vrai film Disney. À savoir : un seul et unique objectif TOUT DU LONG. Et cet objectif, on SAIT qu’il est réussi avant même le début du film puisqu’il s’agit d’envoyer les plans de l’étoile noire, la terrible arme de l’Empire, à la Rébellion. Or, ces plans sont ceux cachés dans R2D2 au tout début de La Guerre des étoiles : Un Nouvel espoir par la Princesse Léïa en 1977. Ça NE PEUT PAS rater, donc on allonge la sauce et on l’allonge et on l’allonge comme ce texte.

Et tous les prétextes sont bons. Ainsi, les plans sont sur un disque dur qui se trouve dans une tour radar dotée d’une gigantesque parabole sur son toit. L’héroïne va dans la tour, mais pour y entrer, il faut que son pote branche un câble. Le pote court brancher le câble, mais DAMNED ! Le câble est trop court, il doit faire le tour par l’autre côté. Ça pétarade dans tous les sens, mais dix minutes plus tard, il branche le câble (ouf). Il meurt.

Elle entre dans la tour. Là, le disque dur avec les plans est caché dans une gigantesque armoire à disque dur cylindrique de plusieurs centaines de mètres. Elle s’installe devant le centre de commande et fouille grâce à un bras automatisé TOUS les disques durs les uns après les autres.

Vingt minutes passent (au cours desquelles les stormtroopers débarquent par paquet de dix) avant qu’elle ne le trouve ! BINGO ! Rha, mais ZUT ! QUELLE GUIGNE ! Le bras automatisé vient de se casser. C’est ballot… Elle doit donc escalader l’armoire pour le récupérer.

Ça y est, elle l’attrape ! Il ne reste plus qu’à le mettre dans le lecteur pour transmettre les informations grâce au radar. Sauf que l’appareil qui fait ça (et qui devrait en toute logique se situer dans le même centre de commande où elle était), bah il est touuuuuuuut en haut de la tour. CROTTE ! Elle monte donc à la force de ses bras, sort sur la plateforme extérieure, va juste sous la parabole où elle débusque l’emplacement marqué : « Système d’envoi de plans cachés dans un disque dur par radar » (voir l’image en en-tête). Elle y glisse le disque dur, ça compute et là, CARAMBA !, il faut calibrer le radar. Et le calibrage du radar n’est évidemment pas au même endroit que le système d’envoi, non. Le bouton est à l’autre bout de la plateforme sur une putain de poutrelle qui donne dans le vide (voir l’image ci-dessous).

Non, mais qui a conçu cette tour radar ???

Elle y va et juste après avoir appuyé sur le bouton de recalibrage, elle doit repartir à l’opposé pour appuyer sur le bouton de transfert. Sauf que le grand méchant arrive et on est parti pour quinze minutes de palabres stériles. Bon, sans surprise, il meurt, elle retourne devant le bouton et appuie ENFIN. Les plans sont transmis ! Whouwhou ! Elle meurt. À ce moment, j’ai sabré le champagne.

Et ça a pris combien de temps ? 2h20 de ma vie ? Un beau gâchis.