Skip to content

Catégorie : Tout moi

Toute ma vie résumée dans un blog

Le Cauchemar de Babette

Le cerveau est une machine formidable. J’avais déjà évoqué il y a bien longtemps, quand j’avais du temps pour écrire sur ce zloug (c’est le nouveau nom des blogs en 2012), mes deux neurones, Pilaf et Jerry. Ils sont taquins.

Car depuis quelques semaines, j’ai retrouvé une belle sensation que je n’avais pas éprouvée depuis mes 19 ans quand j’ai commencé de passer mes concours de prépa.

À l’époque, on avait une quinzaine de concours en trois semaines. Et il fallait être particulièrement concentré pour se lancer dans une épreuve de quatre heures de maths à coups d’équations différentielles, de démonstrations si le sous-groupe est ouvert, de théorème de Bolzano-Weierstrass. Et j’en passe. De toute façon, j’ai tout oublié. Ce qui est dommage vu comme j’en ai chié pour apprendre toutes ces conneries.

Or, pendant ces concours, du matin au soir, j’avais systématiquement ça dans la tête en boucle :

C’est une chanson de West Side Story, et c’est pas la meilleure.

Eh bien, croyez-moi, au bout de deux heures à réfléchir sur des sujets aussi captivants que la mécanique des fluides ou la physique quantique avec ces 30 secondes musicales dans la tête, ça donne juste envie de s’enfoncer son stylo dans l’oreille pour se lobotomiser à moindres frais.

Dès que les concours ont été finis, j’ai totalement oublié la chanson jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que ça fait trois semaines que j’ai un souvenir dans ma tête qui revient sans cesse. C’est dans un épisode des Simspon : Homer rentre chez lui, il va dans la cuisine, et là, Bart et Lisa discutent ensemble. Et Bart dit à Lisa : “Alors, là, je dis à Babette, je lui dis…” et il se tait.

Ça m’a toujours fait beaucoup rire, mais j’aurais bien du mal à expliquer pourquoi. Toujours est-il que depuis trois semaines, donc, dès qu’on me parle, j’ai Bart dans ma tête qui pollue toutes les informations qu’on me transmet avec son “Alors, là, je dis à Babette, je lui dis…”. Et plus ce qu’on me dit est important, plus j’entends Bart.

C’est particulièrement compliqué au boulot où on me parle beaucoup pour me donner moult indications sur les articles que je dois écrire. Et j’ai beau me dire “p’tain, mais merde, concentre-toi”, j’ai irrémédiablement Bart qui dit à Lisa : “Alors, là, je dis à Babette, je lui dis…”.

Mais le plus frustrant de l’histoire, c’est qu’en vingt saisons et un peu plus, on a jamais su ce que ce CONNARD de Bart avait dit à Babette.

Surchargé

Bonjour,

vous êtes bien sur le blog de Romain.

Je ne suis pas là pour le moment, mais si vous le souhaitez, vous pouvez me laisser un message. J’y répondrai dans les plus brefs délais.

Parlez après le clic.

Mes parfaits voisins

Ah, ce merveilleux monde de la presse et du journalisme. Vous aviez remarqué qu’il ne manque qu’un “a” entre “presse” et “paresse” ? De là à dire que tous les journalistes sont des fainéants, il n’y a qu’un pas que je vais m’empresser de ne pas franchir. Ainsi (oui, je sais, il n’y a aucune justification à l’emploi d'”ainsi”, mais je ne trouve aucune transition satisfaisante et puis tu m’emmerdes, c’est mon blog, à la fin). Ainsi, donc, je suis abonné à Libération depuis presque un an, je crois. Et depuis trois semaines, mon journal disparaît régulièrement de ma boîte aux lettres. Au début, j’accusais sans trop savoir ces salauds de grévistes qui veulent le beurre, l’argent du beurre, le cul de la fermière et son fouet avec. C’était déjà arrivé six mois auparavant, mais ma boîte aux lettres ne fermait pas et j’avais pensé que certains habitants de mon appartement me le fauchaient. Mais depuis un joli cadenas fermait son ouverture et donc rien n’y personne ne pouvait choper mon courrier.

Sauf que. Sauf que le gentil livreur de Libération qui passe vers les six heures trente va très vite et le journal a une tendance à dépasser. Un petit malin pouvait très bien récupérer le journal s’il passait avant moi avec deux doigts assez fins.

Au bout du troisième “oubli de livraison” ou “vol aux deux doigts”, je me suis dit : “Nom de nom, ça suffit bien maintenant”. Et j’ai préparé mon plan. Première étape : envoyer un mail au service abonnements du journal et demander poliment à ce que le livreur pousse un tout petit peu le Libé dans la boîte. Seconde étape : recherche d’empreinte. J’ai fait venir NCIS et CSI, mais ils n’ont pas été foutus de retrouver d’autres empreintes que les miennes. “Toutefois”, note le rapport, “on décèle des traces d’ADN animal en cours d’identification”. Mais moi, j’ai autre chose à foutre que d’attendre qu’un laboratoire fasse des tests. J’ai donc décidé d’agir et de vérifier a. mes allégations et b. y a pas de b.

J’ai installé une mini caméra en face de ma boîte aux lettres et j’ai découvert ce qui se passait : tous les matins, vers 7h30, un voisin d’un bâtiment concurrent, le A, (il y a trois bâtiments dans l’immeuble où j’habite et une guerre latente entre chaque) arrive dans la cage d’escalier avec sur les épaules un chimpanzé dressé. L’homme se penche à droite et à gauche des casiers pour vérifier que personne ne le surveille et alors son chimpanzé prend le relais.

“Ouistiti”, on l’entend dire, “prend le Libération dans la boîte aux lettres du beatnik et tu auras une banane”. Et Ouistiti se dirige vers mon casier, en extirpe le Libération et le donne à son propriétaire qui s’en saisit et se casse avec.

L’enfoiré, je me suis dit. Et j’ai élaboré ma revanche. J’ai attendu six heures trente, j’ai vu le livreur, j’ai pris le journal et j’ai glissé à l’intérieur une tapette à souris. Ensuite, j’ai remis très délicatement le Libé dans la boîte aux lettres, le laissant ostensiblement dépassé. Je me suis caché dans le local à poubelle pour prendre mon voleur sur le fait. Quand 7h30 est arrivée, j’étais excité comme une puce. Je scrutais par la porte-fenêtre et d’un coup, j’ai vu le chimpanzé arriver. L’homme était derrière, un chapeau et un long imperméable. L’homme a demandé à Ouistiti de lui prendre le journal, le singe s’est approché de la boîte aux lettres, il a reniflé le journal, il avait l’air méfiant, il a touché le journal, une alarme a retenti, j’ai sauté hors de ma cachette en pointant un doigt accusateur vers le voisin-voleur quand mes pieds ont d’un seul coup décollé du sol, je me suis envolé à trois mètres de hauteur, attrapé dans un filet. J’ai alors vu tous les habitants du bâtiment A sortir. Ils ont fait basculer le filet et m’ont attaché les mains avec une grosse corde d’alpiniste.

Puis l’un d’eux, le leader ?, a saisi un mégaphone : “Hey ! Vous autres du bâtiment C, on a chopé l’un de vos résidents ! Si vous voulez le revoir, il faudra cracher !”

– C’est qui que vous avez chopé ?, a répondu une voix de l’autre côté de la cour.
– Le mec du rez-de-chaussée.
– Celui de droite ou de gauche ?
– De gauche.

La voix s’est tue et on a entendu les bouteilles de champagne se déboucher. Le leader s’est penché vers moi : “eh bien dis donc, toi, tu sais te faire apprécier”. Et j’ai senti mon sang couler.

Cette rencontre avec lui

Hier, dans le cadre de mes travaux d’intérêts généraux (encore cent-huit heures !) suite à une affaire jugée avec totale partialité par un tribunal véreux qui n’a pas été sensible à mes arguments pourtant d’une justesse remarquable (non mais oh, jamais de la vie je ne me suis baladé nu comme un ver sur les Champs-Élysées hurlant à qui mieux-mieux que j’étais un roi du patin à glace alors que j’ai jamais été fichu d’en faire correctement), je suis allé voir ma grand-mère que j’adore et tout et tout (si, c’est vrai).

Pour bien faire, elle m’a invité pour le déjeuner et nous nous sommes retrouvés à l’Océan, non pas sur la Côte Atlantique, mais un restaurant de fruits de mer dans une banlieue parisienne dont je tairais le nom.

Et là, à côté de notre table, il y avait… Gotlib.

Ouais. Gotlib qui se goinfrait d’une gambas géante avec une purée au chorizo. Il était là avec en face de lui une copine à lui, j’imagine, genre une journaliste qui faisait “han han” à tout ce qu’il disait. Genre, une fan totale, comme moi.

Autant le dire, j’ai passé le repas à me retourner parce qu’il était dans mon dos et que j’étais un peu comme un chien fou. Et que je fais tomber ma serviette ; et que je me lève pour aller chercher une cuillère ; et qu’il n’y a plus d’eau à notre table ; et tiens si j’allais aux toilettes ; et mes mains sont sales…

À la fin du repas, il n’y avait plus que Gotlib, sa copine, ma grand-mère et moi dans le restaurant. On paie (enfin, façon de parler, j’ai rien payé) et on s’en va… et figure-toi que Gotlib et sa copine font pareil. On sort, on remonte la rue vers la voiture et là j’avoue à ma grand-mère que le mec devant nous, c’est un peu mon héros de toujours. Elle me dit alors : “Mais t’es bête, t’aurais dû le lui dire, rhalala, t’es trop timide, mon grand, ça lui aurait fait sûrement plaisir, en plus”.

Gotlib s’arrête monte dans sa voiture et alors ma grand-mère frappe à sa vitre et dit : “Monsieur, vous avez fait la joie de mon petit-fils qui vous admire depuis très longtemps”.

Et moi, je suis à côté, je sais plus où me mettre, avec un gros sourire de benêt (parce qu’en même temps, c’est Gotlib, hein). Il répond : “Merci, c’est très gentil”. Et moi, je bafouille trois mots du style “hihihihi ! vous êtes mon héros ! hihihihihi !” et il s’en va en tapant sur la cuisse de sa copine qui est la conductrice de la voiture genre : “Dépêche, ce mec avec sa grand-mère me fait flipper”.

N’empêche, je me suis senti un peu con, parce que le coup du “mon petit-fils vous admire”, alors que j’ai quand même plus de trente berges, ça m’a donné l’impression d’être un gentil déficient mental sorti de son hôpital psychiatrique pour la journée.

Le pire, c’est que j’avais rêvé mille fois cette rencontre, mais cette version-là, jamais je ne l’aurais imaginée. Parce que ce moment qui aurait dû être mythique est devenu le nouvel épisode le plus embarrassant de toute ma vie.

Gotlib, si tu me lis : je t’aime.