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Star Wars Rogue One : la tour de l’ennui

Dans la vie, il y a les bons films et puis il y a Star Wars. Eh oui, je ne vous l’avais pas dit, car j’ai du respect pour vous, mais je suis allé voir Star Wars Rogue One.

Attention, je vais divulgâcher sévèrement.

Mis à part la mort de tous les personnages (mais depuis que Game of Thrones est passée par là, ce n’est plus vraiment subversif), c’est un vrai film Disney. À savoir : un seul et unique objectif TOUT DU LONG. Et cet objectif, on SAIT qu’il est réussi avant même le début du film puisqu’il s’agit d’envoyer les plans de l’étoile noire, la terrible arme de l’Empire, à la Rébellion. Or, ces plans sont ceux cachés dans R2D2 au tout début de La Guerre des étoiles : Un Nouvel espoir par la Princesse Léïa en 1977. Ça NE PEUT PAS rater, donc on allonge la sauce et on l’allonge et on l’allonge comme ce texte.

Et tous les prétextes sont bons. Ainsi, les plans sont sur un disque dur qui se trouve dans une tour radar dotée d’une gigantesque parabole sur son toit. L’héroïne va dans la tour, mais pour y entrer, il faut que son pote branche un câble. Le pote court brancher le câble, mais DAMNED ! Le câble est trop court, il doit faire le tour par l’autre côté. Ça pétarade dans tous les sens, mais dix minutes plus tard, il branche le câble (ouf). Il meurt.

Elle entre dans la tour. Là, le disque dur avec les plans est caché dans une gigantesque armoire à disque dur cylindrique de plusieurs centaines de mètres. Elle s’installe devant le centre de commande et fouille grâce à un bras automatisé TOUS les disques durs les uns après les autres.

Vingt minutes passent (au cours desquelles les stormtroopers débarquent par paquet de dix) avant qu’elle ne le trouve ! BINGO ! Rha, mais ZUT ! QUELLE GUIGNE ! Le bras automatisé vient de se casser. C’est ballot… Elle doit donc escalader l’armoire pour le récupérer.

Ça y est, elle l’attrape ! Il ne reste plus qu’à le mettre dans le lecteur pour transmettre les informations grâce au radar. Sauf que l’appareil qui fait ça (et qui devrait en toute logique se situer dans le même centre de commande où elle était), bah il est touuuuuuuut en haut de la tour. CROTTE ! Elle monte donc à la force de ses bras, sort sur la plateforme extérieure, va juste sous la parabole où elle débusque l’emplacement marqué : « Système d’envoi de plans cachés dans un disque dur par radar » (voir l’image en en-tête). Elle y glisse le disque dur, ça compute et là, CARAMBA !, il faut calibrer le radar. Et le calibrage du radar n’est évidemment pas au même endroit que le système d’envoi, non. Le bouton est à l’autre bout de la plateforme sur une putain de poutrelle qui donne dans le vide (voir l’image ci-dessous).

Non, mais qui a conçu cette tour radar ???

Elle y va et juste après avoir appuyé sur le bouton de recalibrage, elle doit repartir à l’opposé pour appuyer sur le bouton de transfert. Sauf que le grand méchant arrive et on est parti pour quinze minutes de palabres stériles. Bon, sans surprise, il meurt, elle retourne devant le bouton et appuie ENFIN. Les plans sont transmis ! Whouwhou ! Elle meurt. À ce moment, j’ai sabré le champagne.

Et ça a pris combien de temps ? 2h20 de ma vie ? Un beau gâchis.

Booking, la réservation d’hôtel sous adrénaline

Vous êtes fan de reco, big data et smart graph pour améliorer votre RIO ? Vous ne jurez que par la sérendipité psycho-cognitive qui sera le salut de votre force de vente ? Vous n’avez rien compris. Pour vendre, il n’y a que deux recettes :
– 1. la flatterie (“Je n’ai plus ce pantalon en 40, mais seulement en 36. Oui, c’est un peu serré et vous avez du mal à respirer, mais regardez votre taille de guêpe. Non, franchement, le 40, ce serait beaucoup trop grand”)
– 2. l’urgence (“C’est le dernier modèle en taille 36 de toute façon, ensuite, on arrête la collection, on brûle le magasin et on part élever des chèvres dans le Larzac, c’est l’opportunité d’une vie, ce pantalon”)

Et à ce jeu de l’urgence, le champion toutes catégories sur Internet, c’est Booking.

L’autre jour (c’était probablement un mardi), je cherchais avec des amis un hôtel à Glasgow début décembre. Glasgow en décembre, que je vous raconte, c’est froid, pluvieux, venteux et mort. Bon, j’exagère un peu, mais c’est quand même pas la destination touristique du moment. On se rend sur Booking pour épouiller les offres. Et là, nous sommes bombardés de messages qui expliquent l’URGENCE de notre situation : les chambres d’hôtel partent comme des petits pains. Ne réfléchissez pas, n’attendez pas : “Forte demande !” “Dépêchez-vous !” “Encore une réservation de faite !” “60% des hôtels sont déjà réservés pour cette ville !”… (c’est petit, mais vous pouvez cliquer sur les images) :

Forte demande !

C’est simple, je peux voir le nombre de chambres diminuer minute après minute, un peu comme la batterie de mon iPhone quand je l’utilise.

Et le troisième hôtel proposé est déjà complet. Le STRESS. Parce que personne n’a envie de roupiller dans la rue par -12°C.

Bon, évidemment, comme la majorité des gens, on sait très bien que Booking se fout de notre gueule. Il n’empêche que l’angoisse de ces pop-up et messages en permanence est vite contagieuse.

Mais comme on est plus fort que le système, on n’a rien réservé. YOLO.

En revanche, pour rigoler, on a tenté plein d’autres destinations et validé notre hypothèse que le troisième hôtel est systématiquement complet (à quoi ça sert de nous informer qu’un hôtel est complet ? à nous faire PEUR !). On tente Lyon pour mars prochain. Bingo : “Établissement réservé 18 fois ces quatre dernières minutes, dépêchez-vous, plus qu’une chambre de disponible, après ce sont des tréteaux dans un gymnase”. Troisième hôtel complet.

Urgence !

Je cherche le top 10 des villes les plus dangereuses au monde. Au hasard, je prends Ciudad Juárez au Mexique :

Viiiiiiiiiiiiiite !

“Plus que 5 disponibles sur notre site !”. Et le troisième hôtel… Bah complet, bien sûr.

On se met alors à chercher la pire ville au monde. Et l’un de notre groupe débusque un bled dont je n’avais même pas idée de l’existence : Norisl’k en Sibérie. Et Norisl’k, je vous l’assure, c’est vraiment pas l’endroit où vous iriez faire la fête (les citations en italiques proviennent de la page Wikipedia)

De la neige toute l'annéeNorilsk a été fondée parallèlement au Norillag, une branche du Goulag.

Des enfants qui rientSituée au nord du cercle polaire arctique, elle est considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale et la plus froide du monde.

Des voies rapidesLa ville et son complexe industriel polluent autant que la France entière.

Dans le bain100 000 hectares de toundra, sur un rayon de 30 km autour de la ville, sont brûlés par les pluies acides et les émanations toxiques. L’herbe y pousse très peu et les arbres sont desséchés. Les poisons industriels s’insinuent partout. En été, quantité de baies sauvages (mûres, myrtilles, cassis, groseilles…) et de champignons poussent, mais sont chargés en métaux lourds.

Ça tient encoreEn 2015, 7 % des immeubles de la ville sont insalubres, et certains s’émiettent, mais près de 1 200 familles y vivent toujours.

Une architecture rianteEn janvier, la température maximale moyenne est de -23,6°C.

Mais si vous voulez réserver un hôtel cet hiver pour l’une des trois bonnes raisons inventées proposées par Booking (“Musée, nature, balade à la campagne”, balade aux métaux lourds ?), n’attendez plus !

Vive la nature

Bref, pour faire du chiffre, amis du marketing, arrêtez de croire qu’il faut du big data et des algorithmes compliqués. Il suffit juste d’effrayer les gens : foutre des messages d’alerte à tout va, afficher au hasard trois hôtels dont un complet, et paf, vous devenez le numéro 1 dans votre domaine. Chapeau, Booking !

Ken Bone : haro sur le héros

Depuis dimanche dernier, l’Amérique et Internet se sont trouvé un nouveau héros : Kenneth Bone. Si vous êtes sur ce blorg, vous en avez forcément entendu parler, c’est ce gros type sympatoche et rondouillard avec un gilet rouge qui a posé une question qui a “élevé” le débat selon la grande majorité des journaux : du New York Times au Washington Post à Libération en passant par Slate, 20 Minutes et (je n’ai pas vérifié, mais très certainement) Direct Matin. Il a aussi été invité sur tous les plateaux de télé US.

Et puis, avant-hier, Ken Bone a eu une idée de génie : il a fait un AMA sur Reddit (un AMA c’est un “Ask Me Anything” : on pouvait lui poser toutes les questions qu’on voulait) (Reddit, c’est une plateforme de partage de contenus) (vous êtes lourds ou vous le faites exprès ?). Sauf que Ken Bone a été con : il a utilisé son ancien blase (StanGibson18) plutôt que de se créer un nouveau compte.

Conséquence de cette légèreté, un journaliste de Gizmodo a eu l’illumination fabuleuse de remonter son historique sur Reddit. Et – mon Dieu ! – Ken Bone avait commenté une photo sur le forum “bodyperfection” en disant qu’une femme était belle. Il a aussi dit que sa vasectomie, c’était super et deux trois autres trucs dont en vrai je n’ai rien à foutre, ce n’est pas pour ça que j’écris ce post.

En fait, deux choses m’énervent à m’en faire péter l’élastique de mon slip dans cette histoire.

D’abord, c’est que la question de Ken Bone est bête. Vraiment bête. Et s’il a eu cette gloire, c’est parce qu’il est rondouillard et qu’il a un gilet rouge. Et c’est tout. Ne pas le voir, c’est déjà une erreur dans laquelle quasiment tous les journalistes sont tombés sauf Gizmodo, sous la plume de Sophie Kleeman. Pourquoi sa question est bête ? Je vous explique.

Il demande aux candidats comment conserver son job (qui est de travailler dans une mine de charbon pour produire de l’électricité) TOUT EN s’assurant que le réchauffement climatique cesse. Ce n’est pas possible. Ken Bone devra changer de travail. Si vous ne comprenez pas, je vous refais la question en mode bobo pour que ça vous soit accessible

Mme hidalgo, qu’est-ce que vous comptez faire pour arrêter les automobilistes dans Paris de nous pourrir avec leur pollution sachant que je suis un conducteur forcené et que je refuse de ne pas prendre ma voiture ?

Vous pigez mieux ? Bravo.

Ensuite, et c’est vraiment ça qui me rend fou, c’est cette histoire de transformer Bone en paria parce qu’il n’est pas un putain de saint. Et c’est à nouveau Gizmodo, comme je l’expliquais en préambule, qui a eu l’idée géniale de fouiller son historique. Sauf que cette fois-ci, c’est William Turton l’auteur de l’article. Voici sa photo :

William Turton

Pourquoi Gizmodo, blog plutôt consacré à la science, publie une telle merde ? Je n’en sais rien. Turton a été recruté en avril dernier pour couvrir des sujets autour de la cybersécurité et le monde des hackers (son acte de gloire, semble-t-il, est d’avoir interviewé l’équipe qui a piraté Xbox Live en 2014, autant dire un truc dont on a absolument rien à foutre). Mais n’oublions tout de même pas que Gizmodo appartient au même groupe que la plateforme-poubelle Gawker (site qui a fermé il y a quelques semaines) où l’article de Turton aurait eu toute sa place.

Et bien sûr, tous les journaux qui s’étaient enflammés en béatifiant Ken Bone ont repris cette information totalement stupide pour le broyer dont des journaux “sérieux” (New York Times, Slate, Le Monde…)

Et ce Turton, qui doit se branler la nouille devant les RT et les likes, pense certainement qu’il mérite le prix Pulitzer parce qu’il a fouillé un historique du web.

Ça me SIDÈRE. Cette facilité d’accès à des informations totalement stériles grâce à Internet fait croire à des journalistes comme Turton qu’ils sont des descendants d’Albert Londres. Désolé William Turton, mais toi et les tiens, vous êtes de la grosse merde. Ta Google enquête sur Ken Bone est pourrie. Regarde plutôt ton propre historique avec tes putains de “two girls one cup” que tu mates en “private tab” persuadé de niquer le système et d’être un informaticien de génie.

Voilà ce que m’inspire l’affaire Bone : une totale absence d’empathie humaine pour faire un article pute à clic. Rien de nouveau, mais ça me débecte. D’autant plus quand tous les vrais et grands journaux reprennent l’information. Ceux qui s’engouffrent dans ce chemin n’ont pas de race et devraient rendre leur carte de presse. La lie de l’humanité, c’est celle qui a cru faire un bon coup en fouillant les poubelles du web de Ken Bone.

Mais le plus drôle, c’est que la seule vraie bonne réflexion sur Bone, c’est que sa question était naze, mais quand il faut réfléchir, ça fait moins vendre qu’un historique de cul.

Allez tous crever.

Les Erreurs du marketing : DON’T FEED THE TROLL (et la NSA)

Ça fait quelques mois que je veux écrire sur ce blorgue, mais j’ai une motivation proche du zéro absolu (ce qui nous fait dans les -270°C tout de même, autant dire qu’il fait un peu frisquet, je vous encourage à prendre une petite laine).

Et puis, il arrive que, parfois, quand on n’a pas d’idée, soudain l’idée vient à vous.

Ainsi, en avril dernier (c’était il y a deux posts, autant dire que je ne suis pas vraiment au taquet dans la rédaction d’articles), j’ironisais sur une offre promotionnelle organisée par Heineken et Uber. Si vous achetiez une bière Heineken, Uber vous offrait 5 euros sur une course pour rentrer chez vous. Cette offre avait pour objectif de promouvoir la consommation responsable d’alcool et surtout sur l’importance de ne pas prendre sa voiture après avoir bu.

C’est à lire ici dans son intégralité. Ce que je trouvais très drôle, c’est qu’on proposait aux gens de “se responsabiliser sur la consommation d’alcool” en leur suggérant de boire un verre. De plus, j’ai été prévenu de cette offre à la fin de ma soirée, en ouvrant l’application justement pour réserver un VTC. J’y avais vu comme une incitation à un “dernier petit coup pour la route”.

Après la publication de l’article, j’ai eu un commentaire de Raph (spécialiste de la fermentation de houblon) qui critiquait la bière en question et j’ai renchéri :

Deux commentateurs inspirés

Et puis plus rien, le monde a continué de tourner, l’offre a dû s’arrêter et j’ai repris mon petit bonhomme de chemin sur l’autoroute de la vie.

Mais voilà qu’hier, un mail m’alerte ! Un nouveau commentaire est en attente sur cette notule. J’ai d’abord pensé à du spam (souvent, quand un commentaire arrive six ans après un article, c’est pour vendre des Louboutin ou des Rolex avec une tripotée de mots-clés débiles).

Pas du tout.

C’est un “honnête lecteur” un peu surpris de ma diatribe expéditive contre deux entreprises très cool qui veulent nous aider à mieux vivre, l’une en nous abêtissant avec de la levure fermentée, l’autre en exploitant des autoentrepreneurs en quête d’ascenseur social.

Son auteur Pat (le prénom a été changé), me tutoyant, s’étonne d’abord :

"Intéressant, mais c'est de la merde"

Il n’a pas l’air content, car Heineken est très certainement sa bière favorite. Moi aussi ça m’énerverait si on me disait que la London Pride à la pompe en Grande-Bretagne est dégueulasse. Je continue :

En plus, t'es con

Mais dites donc ! C’est qu’on est sacrément renseigné ! Bah moi, Pat, je n’ai pas dû aller dans un bar partenaire, j’ai eu l’information au moment où j’ai ouvert l’application. Et je n’ai pas fait des recherches pour savoir comment ça devait fonctionner en réalité. Déso, déso.

Toutefois, malgré les smileys, je sens comme un fond d’agacement de Pat. Je ne sais pas, comme s’il y avait quelque chose de l’ordre du ressenti entre lui et moi. Si ça se trouve, je lui ai fait une crasse sans même m’en rendre compte…

En tout cas, il a raison, “faire le buzz”, c’est l’objectif de ma vie. Sinon pourquoi j’aurais un blorgue avec 12 lecteurs ? (Certes, les meilleurs lecteurs de la planète, mais seulement douze quand même, alors pour ce qui est de la viralité de mon post, Pat, détend-toi) (Tu permets, je te tutoie, il semble qu’on se connaisse.)

Quant à sa réflexion sur le souhait que j’aurais émis que Uber et Heineken me paient toute la course jusqu’à chez moi, je ne sais même pas où il l’a lu. D’autant que j’écris “5 euros, c’est toujours bon à prendre”.

Pat décide donc d’enfoncer le clou :

Et tu sais pas compter

Ok. On est donc TRÈS TRÈS bien renseigné ! On fait des calculs et tout et tout. C’est beaucoup d’efforts pour un commentaire sous un post obscur qui date d’il y a six mois sur un blorgue sans lecteur !

Forcément, ça donne envie d’en savoir plus sur Pat…

Avec l’adresse IP qui a posté le commentaire, je remonte à Francfort. Malheureusement sur un serveur Cisco. Et un traceroute m’emmène sur Hetzner.de, genre d’OVH local puis vers GTT.net, une société américaine qui fournit notamment des services de VPN. Bref, une voie de garage.

Sherlock enquête

Mais heureusement, j’ai l’adresse email. Ça semble mal barré parce que c’est une lettre puis “pat” puis quelques chiffres. Même pas sûr que ce soit une vraie. Google me propose donc des liens qui vendent des licences de plaques américaines. Pas palpitant, mais deux résultats attirent mon regard. Il s’agit de liens vers le site “BuddyFetch”. Mon meilleur ami a, semble-t-il, partagé (ou s’est fait récupérer) son profil Skype sur ce site qui me donne son prénom, son âge et même son nom de famille.

Bon, ensuite, retrouver le profil Linkedin n’est qu’une formalité et… BINGO !

Mon ami Pat qui avait l’air TRÈS au courant de l’opération Uber / Heineken n’est autre qu’un type bossant au service marketing de la marque de bière et qui “se passionne toujours dans ce qu’il entreprend”. Un peu trop, parfois, ai-je envie de dire…

Une affaire rondement menée

Ça explique en tout cas sa colère pleine de smileys sur mon commentaire de consommateur averti (s’il savait que j’en achète régulièrement, parce qu’en ratio qualité / prix, c’est quand même le plus pratique, il serait FOU).

Je ne saurais dire s’il voulait avancer masqué ou pas. Si ça se trouve, il ne s’est pas douté de ce que l’on peut découvrir avec une simple adresse mail. Mais il aurait mieux fait de se déclarer officiellement de la société. Quoique ça lui aurait probablement enlevé la possibilité de poster un message passif agressif (comme on dit dans Cosmo ou Elle).

Allez, Pat. Sans rancune. Je t’offre une bière ?

Art du marketing : le bonimenteur psycho-cognitif

J’ai souvent l’impression qu’on nous prend pour des truffes, et je crois que la grande majorité du temps j’ai raison.

Donc, dans la longue liste des sociétés qui vendent de la fumée, voici Oorace. Je ne sais pas si vous connaissez, mais cette société propose un service de recommandation sur Internet. Enfin, je crois. En réalité, je n’ai pas vraiment compris. Ou plutôt, j’ai trop bien compris.

Petit laïus liminaire aux gens qui ne s’intéressent pas à la question
Quand on navigue sur Internet, des sociétés très bien intentionnées regardent sur quoi on clique, d’où on vient et où on va, et affichent de la publicité en conséquence.
Fin du laïus

Généralement, ce sont des algorithmes qui calculent très savamment quelles pubs affichées selon les recherches que vous avez effectuées et une palanquée d’autres paramètres. L’idée, bien sûr, étant que vous achetiez le produit qui est proposé (ou qu’au moins vous cliquiez sur le lien pour vous rendre sur le site de la boutique). On ne peut pas dire que ça marche génialement, mais comme je fais partie des gens qui cliquent systématiquement sur la case : “Ne regardez pas sur quoi je clique pour m’afficher vos pubs, allez, soyez sympa, merci, bisou” », peut-être que les Criteo (le leader dans le domaine) et autres respectent véritablement ma décision (LOL).

Bon, mais tout ça, c’était AVANT. Je vous présente l’avenir, l’avenir s’appelle Oorace.

Et Oorace chamboule TOTALEMENT cette technique de recommandations grâce au principe de (attention, on active tout de suite le Bullshit Generator, y a du level) « Sérendipité Psycho-Cognitive® » (oui, c’est une marque registred, un truc comme ça, on ne voudrait pas que les gens vous le piquent).

« Hiiiiiii ! Mais c’est géniâââââââl. Qu’est-ce donc ? », vous entends-je crier devant mon clavier tellement c’est révolutionnaire. C’est un truc fabuleux qui explique que pour savoir ce que vous voulez vraiment acheter, il faut attendre le moment où vous vous baladez sur Internet sans rien chercher. Mais ce sont les fondateurs d’Oorace qui en parlent le mieux :

Psychotrucmachin

Prêt à laisser votre subconscient remonter à la surface grâce à des ancres cognitives ? Bravo ! Vous avez tout compris à Oorace. Mais comment donc ça marche ? Eh bien, vous ne vous en doutiez sûrement pas, mais vos clics disent tout de vous. Et notamment ce que vous ne dites pas. Plus fort encore, ces clics génèrent un « Wow ! Effect ». Et les recommandations d’Oorace concernent donc des centres d’intérêt non exprimés par l’individu pour procurer ce « Wow ! Effect » (oui, le bullshit generator carbure à toute vitesse).

Waouhou, l'effet !

“Ce que tu n’exprimes pas te rend plus fort”, disait Lao-tseu ou Marc Lévy, je ne me rappelle jamais.

Prenons donc un exemple, car c’est toujours plus clair avec des exemples. Je me balade sur Internet sans trop de buts. Pour 90% de la population des internets, ça signifie : “Je mate des vidéos de chatons sur YouTube ou des vidéos pornos sur YouPorn”. 9% s’instruisent sur Wikipedia. Et le 1% restant fait du tourisme avec Street View.

Avec un outil de recommandation traditionnel, on vous proposerait de la bouffe pour chaton, un lien vers un sex-shop, une encyclopédie Larousse ou bien des tickets d’avion. Nul. Nul. Nul. Grâce à Oorace, on peut ainsi voir une pub pour une promo boudin blanc chez Leclerc parce que l’algorithme aura compris dans votre absence de clics sur des photos de boudin blanc que vous aviez faim ou bien un lien vers l’achat d’une Lamborghini en 12 mois sans frais parce qu’au fond de vous, c’est votre rêve secret.

Mais attention, il est indispensable pour que l’achat se concrétise que la pub apparaisse au bon moment (c’est la contrepartie du « Wow ! Effect » et la « pierre angulaire du principe de Sérendipité Pyscho-Cognitive® »). Pour cela, Oorace propose deux modes. Le mode « push » qui déclenche « la décision d’achat grâce à une recommandation sous forme d’un slider » -> ORIGINALITÉ ET EFFET SURPRISE INSIDE. Et le mode « retargeting » qui « favorise le retour raisonné vers l’achat ».

Le bon moment

J’imagine la réunion au service marketing d’Oorace :
Jean-Baptiste : What does this bullshit mean ?
Jean-Daniel : I don’t know and I don’t give a fuck. But it sounds great.
Frédéric Beigbeder : Yeah, it sounds fucking great. Why are we speaking in English ? Let’s sniffe some cocaïne.
Jean-Yannis : Because, everything sounds better in English. And this cocaïne is amaaaaaaaaazing.

En réalité, le truc le plus déprimant de toute cette entourloupe digne d’une arnaque nigériane, c’est que des sociétés croient réellement à cet amas de foutaises et dépensent des centaines de milliers d’euros pour des bandeaux publicitaires générés aléatoirement (pardon “des bandeaux publicitaires inattendus et liés à un centre d’intérêt non exprimé par le visiteur qui générera une émotion, car elle s’adressera à son subconscient”).

Y a des ancres cognitives dans la gueule qui se perdent…

Les Grandes erreurs du marketing (19) : boire, c’est Uber

Hier soir, j’étais en train de boire un verre avec quelques amis quand, le temps passant si vite, je me mis en quête de rentrer en mon logis.

“Par la malpeste !”, m’écriais-je, “Déjà minuit ?! Zut de zut, et ce RER en grève… Comment vais-je pouvoir retrouver mon lit ?”

Ni une, ni deux, mes amis me rassurent immédiatement : “N’as-tu donc jamais entendu parler d’Uber ?”. Mais bien sûr ! En plus, j’ai l’appli sur mon iPhone (dans vingt ans, cette phrase n’aura aucun sens puisque les mots “appli” et “iPhone” n’existeront plus).

Je tapote sur l’icône de l’application. Uber me propose un chauffeur, une course et une estimation du prix. Puis, soudain !, une fenêtre s’affiche et m’explique qu’Uber est une société responsable et qu’elle a à cœur de participer à mon bien-être.

“Uber et Heneken s’associent pour promouvoir la consommation responsable d’alcool et lancent une opération de prévention à Paris pendant un mois”, lis-je. “Cette campagne sensibilise les parisiens sur l’importance de ne pas prendre le volant après quelques verres. À cette occasion, Heineken offre 5 euros sur votre prochaine course Uber, pour un retour au départ de 50 bars partenaires.”

Uber, l'offre super

Intérieurement, je trouve ça un peu con-con : si tu es venu en voiture à Paris, tu ne vas pas lancer l’application Uber, donc tu ne seras pas au courant de cette offre promotionnelle. Et si tu n’es pas venu en voiture (ce qui a quand même statistiquement énormément de chance d’être le cas), je ne vois pas trop en quoi ces 5 euros vont te sensibiliser sur “l’importance de ne pas prendre le volant” ivre.

Mais bon, 5 euros, c’est toujours bon à prendre ! Alors comment fais-je pour y avoir droit ?

Facile :

Picoler plus pour être responsable

Je résume : pour nous sensibiliser sur la consommation responsable d’alcool, Uber et Heineken nous incitent à boire un verre de plus que tous ceux qu’on a déjà bus depuis le début de la soirée. Car évidemment, on ne lance pas l’appli d’Uber en arrivant dans le bar, mais lorsqu’on en repart, donc potentiellement avec un coup dans le nez.

Comment l’idée d’associer un “dernier verre pour la route” avec “consommer avec modération” a-t-elle germé dans l’esprit de la cellule communication et partenariat d’Uber et Heineken ? Aucune idée. Mais si ce trait de génie n’illustre pas tout l’art du marketing, rien ne le fera.

 

La DSI, ce panaris sur le doigt de Django Reinhardt

Préambule
Ceci est un pastiche. Que ce soit bien bien clair :

logo2015

Au boulot, depuis l’année dernière, nos dirigeants n’ont qu’une idée en tête : nous sim-pli-fier le travail. À cela, une raison simple : ils ont viré la moitié des salariés. Comme ils n’ont pas fermé la moitié des journaux, il faut bien faire le double de travail. Donc il est impératif de “fluidifier les flux de process interpersonnel” (ou une connerie du genre, je m’y connais assez mal en vocabulaire de bullshit manager marketeux).

Quoi qu’il en soit, il y a six mois, le Grand bond en avant a débuté par l’arrêt des commandes de coursiers par téléphone. Auparavant, nous appelions un opérateur qui nous demandait la date, l’heure et l’adresse de livraison, et roulez jeunesse. Dorénavant, c’est beaucoup plus pratique. On se connecte sur le site internet des coursiers avec un compte temporaire qu’on demande à l’assistante de direction. Là, on renseigne le type de course, l’adresse de départ et d’arrivée à formater exactement selon un codex inconnu (on y va à tâtons, à chaque validation, on regarde l’endroit qui s’affiche en rouge, preuve d’une mauvaise graphie et on tente une nouvelle nomenclature, jusqu’à ce que ça fonctionne), ensuite on coche (ou décoche) une dizaine d’options destinées à nous prévenir par SMS pour 4,50 euros supplémentaires que le coursier a récupéré le paquet et pour la bagatelle du double, s’il a bien été livré.

Ensuite, la société édite une facture que doit valider l’assistante de direction et elle passe dans les bureaux en te demandant si c’est bien toi Louloudu74, ton login temporaire obtenu au moment de la commande de la course.

Lim-pi-de.

Mais ça ne suffisait pas. Ce gain de temps incontestable devait pouvoir encore s’améliorer grâce à une autre opération autrement plus fréquente que la commande d’un coursier : l’impression de documents.

Jusqu’ici, on cliquait sur le bouton “Imprimer” depuis l’ordinateur. Ensuite, on se rendait devant le copieur et on récupérait son impression.

“Bien trop long. Où est l’efficacité ? Où est le dynamisme ? Tout ce temps perdu, mais c’est juste pas POSSIBLE”, a hurlé la DSI (la DSI, ami chômeur, c’est la direction des systèmes informatiques, grosso modo, c’est un panaris sur le doigt de Django Reinhardt). Donc la DSI a eu une idée géniale : badger pour imprimer.

En pratique, dorénavant, tu cliques sur le bouton “Imprimer”. Tu vas devant le copieur. Tu badges. Tu sélectionnes “Secure Print”. Un tableau s’affiche avec toutes les impressions que tu as lancées. Tu cliques sur l’une d’entre elles. Tu attends que l’imprimante règle ses demi-teintes, puis tu patientes le temps de l’impression. Tu récupères tes papiers, tu sélectionnes l’impression, tu la supprimes (sinon, la liste devient longue comme le bottin) (plus personne ne sait ce que c’est le bottin, je suis au courant). Et surtout, tu te déconnectes, sinon ton compte pourrait être COMPROMIS.

Rien à dire. La productivité a fait un bond en AVANT. Merci la DSI !

Et puis, aujourd’hui, on nous change encore un truc qui va nous simplifier tellement la vie qu’on se demande vraiment comment on a pu vivre sans, bon sang, mais sérieusement, c’était l’âge de pierre encore hier. Nous étions les Cro-Magnon de l’entrepreneuriat français, nous sommes désormais Christophe Colomb foulant pour la première fois le continent américain.

Auparavant, on finissait de rédiger nos articles dans Word et on les glissait dans un dossier sur un serveur baptisé “Pour relecture”.

Non, mais ohhhhhhhh ! Tu te crois où, mec ? Au moyen-âge ? Réactualise, gars.

Dorénavant, nous avons basculé sur le merveilleux logiciel PUBLISHING NOW ! (le point d’exclamation est obligatoire, son oubli entraîne l’obligation de s’enfoncer une tige métallique dans l’urètre sous le regard des cadres de la DSI)

On termine le texte. On ouvre Firefox, on va sur l’outil de PUBLISHING NOW !, on se connecte avec son compte, on se rend sur le numéro en cours de fabrication, on cherche le dossier de l’article en question, on “active” la session avant de créer un nouvel “article” (tous les mots entre guillemets sont issus de la terminologie officielle de PUBLISHING NOW !) dans le trieur à l’intérieur duquel on copie et colle chaque partie de l’article selon la catégorisation “Surtitre / Titre / Auteur / Chapo / Texte / Encadré”. Puis on “envoie” sur le serveur l’article qu’on “termine” (l’expression consacrée, a priori très connue des Néerlandais, les éditeurs de PUBLISHING NOW !) pour le faire basculer en mode “vérification” que notre rédacteur en chef devra “valider” afin que l’article passe en mode “Pour relecture”.

Je ne sais pas comment ce journal a pu sortir 25 ans sans ces avancées technologiques qui ont révolutionné toute ma vie en moins de six mois.

Alors évidemment, quand j’ai demandé ma première augmentation après cinq ans de bons et loyaux services, on m’a rétorqué avec une justesse indéniable : “La modernisation de notre entreprise a épuisé les crédits de revalorisation des salaires, mais l’absence de réembauche grâce à notre productivité améliorée devrait permettre un maintien de votre emploi encore trois ans”.

Et j’ai reçu un mail pour m’inciter à partir préventivement à la retraite.

Cape d’invisibilité

La semaine dernière (“c’était un mardi” c’était un samedi), j’étais à la piscine Georges Hermant dans le cadre de la Nuit de l’Eau, mais on s’en fout, c’est pas là où je veux en venir, je place juste ici le contexte, car cette histoire respecte l’unité de temps, de lieu et d’action. Ouais, je suis le Boileau du blog.

Où j’en étais avec ces conneries ?

Donc, voilà, je suis où je suis, je m’occupe de glander tout en simulant une activité intense respectant un cahier des charges précis de fainéantise quand voilà-t-y pas que débarque quelqu’un que je connais. Un autre blogueur d’il y a mille ans, qui est journaliste, que j’ai vu plusieurs fois, avec qui j’ai déjeuné, avec qui j’ai parlé et tout ça et tout ça. C’est pas un ami à la vie à la mort, je l’ai probablement pas croisé depuis un an, mais je le range dans la catégorie des “gens que je connais par les Internets, mais que j’ai aussi rencontré dans la vraie vie et qui sont sympas et que j’aime bien revoir sans pour autant chercher à caler le rendez-vous avec Doodle”. Une catégorie assez large somme toute.

Bref, je m’approche de cette connaissance et je lui lance un “Hey [REDACTED] ! Ça me fait plaisir de te voir ! Comment ça va ?”.

Silence gêné en face.

Silence gêné de ma part.

[REDACTED] finit par répondre : “Pardon… Mais on se connait ?”

Silence embarrassé de ma part. Je me chante cette petite chanson dans la tête :

Nous reprenons :

– Euh… Ouais… Enfin, un peu… Romain… L’artichaut sur Twitter. T’vois ?
– Ahhhhhh. Oui, oui, oui. Bien sûr !

Quand tu en arrives au point où une connaissance se rappelle de toi par ton avatar sur un réseau social, c’est que tu as clairement raté ton personal branling.

2015, un grand cru

Quelle année, mais quelle année ! Ah, c’est simple, à la seule idée, ce matin, de faire comme tout le monde mon traditionnel bilan de l’année passée, j’ai eu une exaltation de joie (je déconne, cherchez pas, je crois jamais avoir tracé un seul bilan de ma vie, ou alors seulement un dépôt de bilan à la demande de mes créanciers, associé à un surendettement chronique).

J’ai a-do-ré tous les jours de 2015. Franchement, je sais, vous allez me dire “Euh… T’as fumé la moquette, Romain ?” (accessoirement, je pense qu’on ne dit plus cette expression depuis le milieu des années soixante-dix). Non. Non. NON. Trois fois non !

Mais pour apprécier cette année, il faut arrêter de la regarder par le prisme biaisé des merdias et des journalopes. Il faut un peu ouvrir les œillères, regarder au-delà du mur, plonger dans ses chakras et les samossas dans la friteuse.

D’abord à titre purement personnel : en 2015, j’ai fêté mes quarante ans. Rien qu’à l’écrire, je ne ressens absolument pas une grosse dépression venant de l’ouest plongeant la France sous un ciel clément pour tout l’hiver. Quelle joie ! Quarante ans, enfin ! J’ai réussi à vivre un peu plus d’une moitié de vie. C’était pas gagné. Heureusement, mes parents ont eu à leurs charges les trente-cinq premières, sinon j’aurais déjà fini sous les ponts. Et quels accomplissements ai-je réalisés… La liste est tellement longue : j’ai réussi à ne jamais écrire de roman, contrairement à de nombreux confrères journalistes. Je n’ai absolument pas évolué professionnellement. Je gagne même moins bien ma vie qu’avant. Pas grand-monde qui peut se vanter de ça… Et surtout, je n’ai aucune perspective d’avenir : mon salaire n’a pas bougé depuis cinq ans et restera le même en 2016, aucun poste ne s’ouvre à l’horizon, personne ne me réclame à corps et à cris et tente de me débaucher à coups de stock options et de parachutes dorés. Je n’ai donc aucun besoin de montrer le moindre engagement et le moindre dévouement et le moindre enthousiasme pour mon travail. De quoi me plaindrais-je, franchement ?!

Ensuite, j’apprécie de plus en plus ma vie de banlieusard. La banlieue, c’est gé-ni-al. Bien sûr, vous ne vous en rendez pas compte, mais on a tout avant les autres. Par exemple, la fermeture des transports en commun chaque soir avant ceux de Paris. Bisque bisque rage, les parigots ! Autre exemple : vu que ma fenêtre donne sur l’entrée de l’A6 dans la capitale, j’aurais sans le moindre doute un cancer dû à la pollution avant tous ceux qui habitent à la campagne. Et toc ! En plus, de l’autre côté de la rue, il y a une épicerie qui est ouverte tout le temps. Je crois qu’elle ne ferme que de 9h à 9h30, c’est tout. Ce qui veut dire que j’ai jamais à m’en faire s’il me manque mes deux flasques de Smirnoff et mes trois litres de bière quotidiens pour me mettre minable avant de m’endormir tout habillé sur mon canapé devant Top Chef. Si c’est pas la belle vie, sérieusement, je sais pas ce qu’il vous faut.

Et puis, merde, même à l’échelon international, cette année a été merveilleuse. Regardez les autres cons de Daesh : ils ont sauvé l’industrie de la presse alors qu’elle était en pleine déconfiture. Les ventes des journaux relancées, les chaînes de télé employant des stagiaires à tour de bras pour les former… À bien y regarder, ils ont plus fait pour réduire le chômage que le gouvernement. Pareil pour la culture : dorénavant, les gens affluent à la Philharmonie de Paris ! Tout le monde sait très bien qu’il n’y a aucune chance que des terroristes viennent avec des kalachnikovs massacrer les férus de musique classique. Eh ouais, les classicos prennent leur revanche. C’est fini le rock ! Lemmy de Motörhead l’a si bien compris qu’il a préféré ne pas passer l’hiver.

Mais attendez, attendez, il y a mieux : la montée de Marine Le Pen, c’est peut-être pas une bonne nouvelle, ça ? Pour une fois qu’un truc marche bien en France, et on se plaint ! Quand on se rappelle que le papa a débuté sa carrière comme éditeur de disques vinyles des discours de Hitler et qu’on voit où toute cette petite smala est arrivée, ça fait plaisir. L’esprit d’autoentrepreneur, y a que ça qui fonctionne. Enfin, tout le monde ne le comprend pas, malheureusement. Demandez à la bonne à tout faire d’Inès de la Fressange. Tiens, c’est peut-être mon seul bémol de 2015. Pauvre Inès… Elle et son mari, Denis Olivennes, se retrouvent devant la justice, attaqués par leur domestique pour “travail dissimulé et licenciement abusif”. Non, mais n’importe quoi. Elle était payée rubis sur l’ongle de sa patronne et résidait dans une bicoque en lisière de forêt pour moins de 350 euros par mois qu’elle payait à ses employeurs. Qu’elle cherche une telle place à Paris, tiens. Ça, vous voyez, ça m’énerve. Mais qu’on laisse les gens riches tranquilles, nom de Dieu ! Ah, non, vraiment ça me met hors de moi. Je serais eux, je ne comprendrais pas cet acharnement.

Enfin, l’apothéose : la déchéance de nationalité pour les terroristes. Ça, ça fait plaisir ! Ça finit bien l’année, ça ! Enfin un gouvernement socialiste qui – contrairement à ce triste sire de Jospin – démontre avec brio que, même au pouvoir, on sait rester des guignols. Et ça, c’est vraiment l’esprit français ! Vivement 2016.

Monde de merde

Coming Out

La journée passait comme un charme ; les cours s’étaient finis sans encombre, même mon 3 en Espagnol n’avait pas réussi à m’attrister. Enfin, je crois. De l’année de ma terminale, les souvenirs ne se bousculent pas. Le seul événement notable qui me revienne, c’est le prof de maths qui fut arrêté en janvier. On ne savait pas pourquoi. Certains disaient qu’il avait un cancer. D’autres disaient qu’il avait le sida. Parce qu’il était efféminé, avec une large barbe taillée. Alors, il devait être pédé. Pédé. L’insulte était tellement fréquente avec les copains que, faussement, je n’y prêtais aucune attention, mais à chaque fois qu’on me traitait, je craignais que mon secret fut découvert. Ce secret, c’était une souffrance sourde et amère. Un foyer incandescent qui brûlait mes entrailles chaque fois que je me masturbais en rêvant à des garçons couchants ensemble. L’année précédente, Canal+ avait diffusé sa première nuit gay. En catimini, j’avais enregistré le programme sur une cassette VHS que je cachais sous mon lit. Profitant de l’absence de mes parents, ou tard la nuit, lorsque je les imaginais endormis, je la regardais avec excitation. Et puis revenait ma bestiole : la honte. L’atroce honte de préférer ça aux films de cul devant lesquels mes copains se pognaient. De rage, un jour, j’ai pris la cassette et j’ai tiré la bande jusqu’à en faire un monticule devant moi. J’allais me libérer de cette malédiction.

C’est le mois de mars. Mardi soir, pas loin de mon anniversaire. J’ai encore seize ans. « Cette connerie d’être pédé, c’est une phase, c’est sûr, ça va passer. Ce n’est pas possible autrement, je flippe juste parce que je ne mate pas les filles comme les autres, mais ça va venir, ça va venir, c’est obligé ». Ce soir-là, Arte diffuse Fame. Le film d’Alan Parker. J’adore Alan Parker depuis que j’ai vu Midnight Express, loué dans le vidéoclub du village dans une version anglaise sous-titrée anglais. Dans sa prison, le héros tombe sous le charme d’un détenu suédois. Je crois même m’être branlé en pensant au moment où ils font du sport ensemble. Fame, je n’ai jamais vu, mais je connais la série. Alors, j’ai envie de le regarder. Et au milieu du film, je fonds en larme. Le rouquin, qui deviendra le docteur Romano dans Urgences, va chez son psy. Il explique qu’il est homosexuel et raconte : « J’ai toujours pensé que c’était une phase, que ça passerait, mais ça ne passe pas ». Horreur. Ça ne passera donc pas ? Le reste du film, je ne le vois pas. Je suis tétanisé. Au quatrième cercle de l’Enfer. Je serais… gay ?

La journée passait comme un charme ; l’été approchait, les révisions du bac aussi. Avec les copains, nous préférions barboter dans l’eau plutôt que de potasser les cours. Alors ma mère me faisait les gros yeux. « Elle sait ». Ce jour-là, je rentrais des cours, et jetais mon sac sur le lit de ma chambre. Ma mère entra. Elle semblait moins fière que moi de mon 3 en Espagnol. « Qu’est-ce qui se passe, Romain ? Tu sais que tu as le bac à la fin de l’année ? Tu crois que tu vas l’avoir avec des notes pareilles ? » « Ça va, c’est une option, m’en fous, rien à battre ». « Romain, qu’est-ce qu’il se passe ? » Ma tête flancha sur le côté, lestée par ma bestiole, la honte, qui m’accablait depuis tant d’années déjà. Un torrent de larmes retenues tout ce temps se déversa le long de mon visage. « Ça… Ça ne va pas, non ». « Dis-moi ? ». « J’ai peur, j’ai peur que tu me rejettes ». « Jamais ». La cohorte de sanglots étouffait ma voix. « Je crois que j’aime les garçons, maman, mais je ne veux pas être comme ça, je ne veux pas, je t’en prie, aide-moi, je ne veux pas être comme ça ». « Ce n’est pas grave, je t’aime quand même, je vais t’aider ». « J’ai peur que ça ne passe jamais et que je sois comme ça toute ma vie, ça me fait peur, je t’en prie, je ne peux pas vivre comme ça, c’est trop horrible, maman ».

À cet instant, je crois m’être effondré par terre, tremblant de tous mes membres, j’ai dû pleurer encore, j’imagine. Je ne sais pas vraiment. J’ai oublié.

Quelque temps après, ma mère m’a emmené voir un psychologue pour adolescents. Je pensais qu’il allait me « changer », je n’ai jamais su si ma mère fondait le même espoir. Le jour où je suis entré dans son cabinet la première fois, je me suis assis à l’opposé de lui. Il m’a regardé et m’a demandé pourquoi j’étais là. J’ai pleuré. Et j’ai répété mon texte : « Je crois que j’aime les garçons et je ne veux pas vivre comme ça, je vous en prie, changez-moi ». L’homme m’a regardé. Doucement, il a pris son temps, je pleurais sans bruit, un mouchoir roulé en boule dans ma main. « Romain, il faut que tu saches absolument ça : je ne peux pas te changer, personne ne peut. Mais je peux t’aider à t’accepter ».

Ma mère vint me chercher et nous restâmes silencieux tout le chemin du retour. Arrivé dans ma chambre, j’ai pleuré encore et encore, persuadé que j’allais mettre fin à mes jours, la douleur était si forte, insoutenable.

Malgré mon 3 en Espagnol, j’ai eu mon bac. Je suis parti faire des études dans la grande ville. J’ai encore vu l’homme plusieurs fois, c’était douloureux, sa lucidité m’avait détruit et je le détestais intérieurement. Et puis, je suis parti plus loin et il a disparu de ma vie. Je ne me suis pas accepté tout de suite, ça a été une longue lutte, encore aujourd’hui.

De cet homme, je ne sais plus rien. Je me souviens vaguement de sa tête. Mais je n’ai qu’un seul regret : celui de ne jamais pu lui avoir dire « Merci ».

Les Grandes erreurs du marketing (18) : parler de son métier

Dans ma série titanesque des grandes erreurs du marketing, je voudrais m’arrêter aujourd’hui un instant non pas sur une pub foireuse, mais sur un domaine où les gens du marketing sont imbattables : le bullshit talking. C’est quoi le bullshit talking ? C’est donner l’impression que ce qu’on dit est hyper pointu parce qu’on empile tout un tas de mots (anglais) les uns après les autres comme d’autres enfilent les perles. Avec le résultat final que : a. ça ne veut rien dire ; b. tu noies le poisson pour justifier ton salaire à quatre zéros.

J’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt l’interview “e-commerce” du directeur marketing d’un site internet qui vous loue des chambres d’hôtel. Cette interview existe, on la trouve sur le web, promis je n’invente rien, et je vais peu commenter, car elle parle d’elle-même. J’ai mis tout de même les passages importants en bleu grâce à un stabilo (mais je pense que plus personne ne sait ce qu’est un stabilo).

Bullshit Talking 1

On s’étouffera déjà dans la question de l’emploi du gérondif “impactant”, anglicisme qui heurte mes oreilles. On se demande pourquoi employer ce mot tout moche, car ce n’est pas comme si on manquait de nuances pour exprimer la même chose en français (au hasard : “la tendance la plus marquante, frappante, influente, forte…”). Mais c’est la réponse qui donne à réfléchir, surtout le premier point qui ne veut absolument rien dire (“plus de frontière online / offline, les brick et mortar”)

Bullshit Talking 2

Purée, mais quelle originalité, mec ! Ça, c’est sûr que citer Apple, c’est vraiment quelque chose d’assez puissant. Je dirais même que c’est impactant. Les deux premières phrases de la réponse, ça passe encore. Mais alors, sans arrogance aucune, le mec s’autopose des questions (“Pourquoi ?”) et y répond avec du bullshit talking de haut niveau avant de préciser sa propre pensée (c’est vrai qu’elle était remarquablement complexe) par une superbe transition “J’entends par là”. Et le plus génial, c’est que la précision faite n’est destinée qu’à embrouiller totalement le lecteur. La réalité, c’est que c’était trop clair et que le mec s’est dit qu’il fallait absolument rajouter une couche de merde avec une phrase imbittable pour donner l’impression de surfer au-dessus des autres.

Bullshit Talking 3

Ou alors, le mec, il fait un bingo avec ses potes : “C’est bon, j’ai placé Apple, ADN, ROI et Tailor Made, j’ai gagné !”. Au passage je ne sais pas si c’est l’auteur de l’interview ou si le gars a vraiment parlé comme ça, mais il manque de nombreux mots de liaison pour que sa dernière phrase veuille dire quelque chose d’un simple point de vue grammatical.

Faut que je me calme, je crois que je suis en train de m’énerver.

Bullshit Talking 4

Le mec a écrit “Tarif garanti” et promet de rembourser la différence. WAOUHOU. En gros, il reprend le slogan de Carrefour dans l’hôtellerie de luxe. Certes, il reconnaît “ne rien inventer”, mais putain, si c’est ça qui lui a permis de “booster son taux de conversion”, alors je vois pas bien à quoi ça sert d’aller dans une école à 15 000 boules l’année comme HEC pour pondre des conneries pareilles. D’ailleurs, je me demande sérieusement si, dans ces écoles, ils ont des cours de bullshit talking : “Comment cacher que vous êtes un tocard en six phrases clés et vingt mots-valises”. Je devrais faire un MOOC, tiens.

Et si quelqu’un a compris la dernière phrase (où le type marque 100kUSD, non mais sérieusement ?), je veux bien qu’il me l’explique. Rien pigé. Pourquoi une seule réponse (surtout aussi nulle que la sienne) ferait un trou dans le budget de l’intervieweur (à moins que le mec attende réellement 100 000 $ pour avoir eu l’idée géniale de rembourser la différence ?). L’intervieweur : “Merci, c’est fini”. Le mec : “Et mes 100kUSD$, y sont où ?”. Le pire, c’est que c’est bien possible…

PS Je tiens à préciser que je n’ai rien contre ce monsieur, j’ai juste une dent contre le cliché qu’il représente.

L’impitoyable jury des villages fleuris

À chaque fois que je rentre chez moi, j’ai l’occasion de voir ce super panneau devant l’entrée de la ville de proche banlieue de Paris qui m’accueille pour dormir à l’intérieur de ses frontières, moyennant la ponction de mes maigres économies pour m’y acheter un appartement et y payer les taxes d’habitation et foncière associées. Disais-je donc, je vois ce panneau :

Ville 1 fleur

Et, ne mentons pas, c’est risible. Et c’est risible pour deux raisons.

Première raison : faut-il vraiment se vanter quand on a une fleur sur quatre attribuables ? Est-ce qu’un parent sensé magneterait (du verbe magneter, v.i. du premier groupe : qui colle quelque chose sur un réfrigérateur grâce à un magnet ou un aimant décoré) le dernier devoir de math de son gamin si la note était de 5/20 ? Non, je demande.

“Bravo, Junior, c’est super bien 5/20, on va le magneter sur le frigo et je vais le montrer à tous mes amis, parce que franchement, c’est la classe !”.

Obviously not. (Je sais pas, en ce moment, j’ai pas envie d’écrire très français, une dérive sûrement due à mon passage dans la presse d’enculeurs de mouche).

Oui, vous allez me dire : “Non, mais t’es con ! C’est super déjà une fleur. Est-ce que tu reproches à un mec qui a une étoile au Michelin de l’arborer fièrement sur la devanture de son restaurant !”. Vous avez raison. Mais si mon premier argument vous laisse de marbre par son évidente mauvaise foi, permettez-moi dans ce cas de vous présenter le suivant.

Seconde raison : en admettant que “WOUAHOU, UNE ÉTOILE, C’EST SUPER !”, reconnaissez que dans le paysage urbain des banlieues parisiennes où le béton a remplacé la moindre trace de verdure, UNE étoile pour n’importe quelle ville qui fait le tour du périphérique, c’est de la véritable connerie. Si je devais faire une comparaison qui vous soit accessible, je dirais que c’est comme si les Mc Donald’s avaient une étoile au Michelin ou une toque au Gault & Millau. Là où j’habite, il y a un parc absolument dégueulasse sous l’autoroute et un autre parc plus joli (toutes proportions gardées) avec des allées bétonnées, la pelouse étant bien sûr interdite. Il est minuscule, et il est fermé après 16 heures.

Conséquence de mes réflexions, je suis allé voir comment étaient attribuées ces fameuses étoiles. Il y a donc tout un protocole qui a l’air bien chiant pour qu’un inspecteur vienne visiter votre ville ou village et cet inspecteur attribue des notes sur des critères établis par je ne sais qui, mais on s’en fout.

Ce qui est marrant, c’est qu’on peut accéder à la liste des critères. Ce que j’ai fait. Et c’est très intéressant.

Il y a 6 points différents, et grosso modo, le juge attribue une note : “Inexistant / Initié / Réalisé / Conforté”. Exemple (c’est petit, mais tu peux cliquer d’ssus) :

Grille 1

Ou :

Grille 2

Mais, plus étonnant, pour certains critères, même si le juge considère que c’est “inexistant”, la ville a QUAND MÊME le droit à une étoile. Genre, t’as pas répondu à la question, mais t’as un point de toute façon. Je sais pas pourquoi. Ça ne fait aucun sens. Et c’est ça sur quasiment un critère sur deux. Ce qui veut dire qu’en gros, tu n’as pas une plante dans ta ville, mais tu peux quand même avoir le Graal de la première étoile :

Grille 3

Pas de diversité ? Pas grave, une étoile ! Pas de concertation avec la population, bah deux étoiles, c’est du beau travail de pas l’avoir fait !

Et puis, parce qu’il faut bien aider les villes les plus nulles à espérer avoir une étoile sur l’entrée de la commune, il y a le dernier critère, “pour l’honneur”, qui s’appelle “La Visite du jury”. Trois points sont analysés par l’inspecteur.

Point 1 : la présence d’un élu avec lui. En gros, s’il était tout seul (inexistant ou initié), zéro point. Si un élu était là, une ou deux étoiles ; s’il a payé le repas le midi et le vin, là, c’est trois ou quatre étoiles (si le vin était bon).

Point 2 : organisation de la visite. S’il n’y avait pas de visite, c’est zéro. Si la visite a été “initiée” (y avait des pancartes, peut-être, je sais pas ce que ça veut dire), c’est une étoile. Si elle est “réalisée” (on voit pas comment ça ne pourrait pas être le cas), c’est deux ou trois étoiles. Et si elle est “confortée” (j’imagine que ça veut dire que tout le village a fait une ola à chaque passage de l’inspecteur), c’est 4 points (four points, vier Punkte).

Et point 3 : pertinence du circuit. S’il n’y a pas de pertinence, encore zéro ; si elle est “initiée” (ça passe dans une décharge ?), c’est un point et ainsi de suite :

Grille 4

Évidemment, à la lumière de ces informations fracassantes (jamais révélées par le Canard enchaîné), je ne suis plus vraiment surpris que ma ville ait gagné sa fleur. Je pense même que la maire a dû tenter un pot de vin pour s’en assurer une deuxième, mais l’inspecteur a dû lui faire remarquer que malgré la qualité du déjeuner et du chorizo grillé au thym arrosé de porto, ça risquait de se voir un peu…

Le Secret de la pizza quatre fromages

Ma vie est une longue complainte, depuis le premier cri au sortir du ventre de ma mère, jusqu’à avant-hier où je me suis cogné le petit doigt de pieds sur le montant du lit.

Mais dura lex, sed lex, et malgré le peu d’envie qui m’anime, j’ai décidé de parler de ce problème (dont je pensais avoir déjà parlé, mais en fait, j’ai juste pensé que je l’avais fait, et souvent, quand je pense à quelque chose, j’ai l’impression que je l’ai fait, par exemple, je me lève, et je décide d’aller faire du sport et finalement, quand je me couche le soir, j’ai pas fait de sport, mais comme j’y ai pensé, je me dis : “Pas mal, le sport, aujourd’hui, j’ai bien fait de penser à en faire, j’y retournerai demain”, alors qu’en fait, si vous avez compris mon charabia, j’ai pas fait de sport).

(Depuis que je travaille dans un journal où je dois vulgariser à longueur de journée et expliquer des trucs super simples à des abrutis qui ne comprennent rien, je me dis que j’ai bien le droit d’être incompréhensible quelque part, et cet endroit, c’est ici).

(Après tout, je paie moi-même mon serveur pour héberger mon blog, si j’ai envie de faire des fautes de français, je vois pas pourquoi je devrais m’en empêcher, non, mais sérieux, vous êtes quoi ? des communistes pour faire vos grammar-nazis à longueur de journée ? Get a life, les mecs)

C’est bon ? J’ai perdu mes trois lecteurs ? Bien, continuons.

Chaque été, à la mer, on organise des pizza party (PARRRRRTTTTTYYYYYYY). On s’achète des pizzas et on les mange sur la plage. C’est le mercredi, une fois par semaine. Et on boit du rosé. J’avoue ne pas me souvenir de quand date cette tradition, mais elle aussi vieille que le monde (enfin, que “mon monde” au moins, sauf le rosé, avant je buvais du coca, mais maintenant, je bois du rosé).

À ce stade pas très avancé de l’histoire, il convient de préciser une chose. Je ne bois pas du rosé parce que c’est bon, seulement pour supporter les gens qui m’entourent à ce moment précis de mon existence : la vieille conne de la maison d’à-côté et ses petites-filles “âbsolûûûmaaaaââânt géniâââââles”, l’autre vieille conne qui pue de la bouche avec son petit-fils “qui est difficile, mais le pédiatre m’a dit que c’était un génie”, les enfants des autres qui courent partout, te jettent du sable à la gueule et dont les parents te font : “il est adorable, hein ?”. NON, IL EST PAS ADORABLE TON GOSSE, CE SERAIT UN CHIEN, IL AURAIT UNE PUTAIN DE CHAÎNE ET ON L’EMMÈNERAIT SE FAIRE PIQUER.

Reprenons.

Donc, on est une vingtaine sur la plage et on prend les commandes. Il y a trois types de familles : les pinces qui prennent une pizza pour quatre, les gros qui prennent quatre pizza pour un, et moi qui n’aime pas le fromage “mais sur la pizza, ça va, quand il y en a pas trop” (le chieur).

Et là, c’est SYSTÉMATIQUE, il y a toujours la moitié des gens qui dit : “On prend une quatre fromages ?”. Irrémédiablement, un autre dit : “Ah oui, c’est une bonne idée, mais une pizza, c’est trop, on n’aura qu’à la partager avec quelqu’un, Romain, tu prends quoi ?”. Systématiquement, je réponds : “Une reine”. L’intermédiaire reprend : “Ah bah alors, c’est bon, on prend une reine et une quatre fromages et on la partaaa…”

Je lève la main. Le silence s’impose par la seule présence de mes cinq doigts en l’air. Le ciel s’ombrage. Les parasols se ferment d’autorité. La température s’effondre. Je plisse les yeux, je regarde froidement toute l’assemblée et d’une voix abyssale je tranche : “Mais je ne partage pas”.

“Il est pas commode, ton fils”, dit-on alors à ma mère, “pourquoi qu’il veut pas partager ? Tout le monde, il aime partager, non ? Regarde, ma fille, ma fille ? T’aimes partager ? Pas vrai que tu aimes partager ? Oui ? Eh oui ! Tu vois, tout le monde, il aime” (cette précédente phrase est à lire avec l’accent de Marthe Villalonga, si tu es trop jeune pour connaître, clique ici).

Alors, tel Jésus prenant la main de Marie, sa mère, avant de monter sur les chaffauds (un chaffaud, c’est le mot scientifique de la structure qui forme la croix sur laquelle on grimpe pour se faire crucifier) (true story), je déclame ma prophétie :

“Vous voulez des pizzas quatre fromages. Bande de sots. Chaque fois, vous répétez la même erreur, et vous n’apprenez jamais rien. Comme des chiens en cage, vous cherchez à attraper votre queue, devenant fous de n’y parvenir. Mais vous ignorez tout. Cette crasse indigence qui vous recouvre sera votre tombeau. Voyez. Écoutez ce que je dis. Entendez la prophétie du Prophète. Vous allez acheter des pizzas quatre fromages, mais vous allez vous ruer sur toutes les autres avant. Quand votre estomac sera plein, vous couperez la pizza quatre fromages. Et vous allez en manger une minuscule part, laissant le reste flotter sur les lagunes de votre indifférence”.

– Qu’est-ce qu’il dit ?, répond l’autre débile avec son accent pied-noir.
– I DIT QUE VOUS ALLEZ FAIRE COMME D’HAB, QUE VOUS ALLEZ BOUFFER NOS PIZZAS ET VOS QUATRE FROMAGES À LA CON, VOUS ALLEZ LES FOUTRE À LA POUBELLE, crie-je et m’étrangle-je (oui, c’est fait exprès, ça m’amuse de mal l’écrire).

Les pizzas arrivent. Vingt personnes, douze pizzas, six quatre fromages et MA reine.

On les distribue. J’ouvre mon carton, les autres avec les pizzas quatre fromages commencent à ressembler à des loups affamés, j’entends les conspirations s’ourdir, tel un escadron de moustiques ordonnant une attaque contre une artère fémorale. “J’ai pris une quatre fromages, mais je peux te prendre un morceau de ta paysanne ? Mais tu pourras prendre une part de la mienne avant”.

Les parts de pizza s’échangent, se monnayent même parfois : “j’achèterai un beignet à ton fils demain, si tu me laisses te prendre un croque dans ta napolitaine”.

Le festin s’achève enfin, le rosé a remplacé mon sang dorénavant, j’ai gardé un quart de ma reine. Comme des grosses mouches attirées, leurs yeux globuleux s’approchent de mon carton, c’est la dernière part qui n’est pas une quatre fromages. Des quatre fromages, il y en a encore deux entières que personne n’a touchées. Je les vois, je vais leur baygonner la gueule à ces connasses de mouches.

“Bzzzzzz. Bzzzzzzz. Bzzzzzz. Romain, il t’en reste ? Je peux te prendre ta dernière part ? Non, parce que j’ai pris une quatre fromages, mais j’en peux plus, là”. Je regarde ces grosses mouches. Elles s’approchent, j’ai peur qu’une ne me ceinture avec ses pattes gluantes. Je récolte du sable avec mes mains, je les positionne en cône au-dessus de mes restes. Les mouches s’arrêtent, elles ont peur, elles savent que je suis prêt à tout.

Mes mains s’entrouvrent, le sable glisse le long de ma paume et choit sur la pizza. Je regarde les mouches une dernière fois.

“Plutôt crever”.

Je me lève, je fous du sable encore, je prends le carton, je le déchire en plus petits morceaux qu’une offre de crédit Sofinco reçue par la poste, je jette tout ça à la poubelle, je torche mon verre, je suis bourré, je fais la bise de loin à tout le monde, je monte dans ma caisse, je démarre et en repassant, je lance en bon faux-cul : “Allez ! Bonne soirée ! C’était super ! Et les enfants étaient trop gentils ! On se refait ça la semaine prochaine ?”.

Tas de cons.

La Fnac sans garantie

Il y a peu de temps (c’était hier), je décidai d’aller à la Fnac, cette sympathique échoppe qui vend des biens de consommation aussi divers que des robots ménagers, des bigoudis électroniques, des guides du routard et des DVD de Zumba.

Lorgnant sur un tout nouvel ordinateur portable pour remplacer mon fringuant MacBook de 2008 qui commençait à montrer des signes de fatigue, je vais voir le vendeur et lui tins à peu près ce langage.

– Mon brave monsieur, je souhaiterais vous acheter cet ordinateur de la marque Apple.
– Mais bien sûr, me rétorque le monsieur propre sur lui et bien sous tout rapport. Lequel voulez-vous ? Celui avec 128 Go de disque dur, 256 Go ou 512 Go.
– Celui de 256 Go.
– Bien monsieur.

Tapant alors sur son ordinateur, il finit par me répondre :

Little Britain

“Damned”, me dis-je à moi-même et au vendeur.

– Mais vous voulez pas celui avec 128 Go.
– Bah, que j’y dis, chépatrop. Vous savez, je voulais celui de 256 Go.
– Mais mon brave monsieur, vous vous faites duper par Apple, là. C’est pareil, du kif-kif bourricot ! 128 Go, c’est bien suffisant, vous prendrez un petit disque dur, ce sera super tellement bien et génial.
– Bon, ok, ok. Ça fait toujours 200 euros de moins.
– Eh oui, 200 euros de moins. C’est du super matériel en plus. Bien fini, joli, magique. Ça va multiplier par dix votre productivité.

Il tapote sur son clavier. Retapote et retapote.

– Vous voulez la garantie ?
– Euh… Je sais pas trop.
– Alors, je vais vous dire, c’est vraiment indispensable. Ça coûte 379 euros, et si votre ordinateur tombe en panne, on vous le remplace par un neuf pendant trois ans.
– Mais j’ai déjà une garantie de deux ans avec Apple ?
– Non. Un an seulement chez Apple. Et en plus, vous amenez la machine, il vous la garde six mois et encore s’il vous la rende jamais.

Bon, je sais que la garantie est de deux ans et ayant eu affaire au service clientèle d’Apple, je sais bien qu’il me ment. En plus, l’AppleCare est à 279 euros, 100 euros de moins.

“Non merci, je vais m’en passer”, dis-je avec courtoisie.

Et là, tout s’arrête. C’est limite si je peux plus acheter la machine et le vendeur commence à me prendre la tête.

– Imaginez, monsieur, je dis ça pour vous. Imaginez que votre ordinateur, il tombe en panne. Nous, on vous le remplace direct, sans poser de questions. Vous allez payer 1300 euros une machine, c’est super cher, vous pourriez acheter une machine bien moins chère ! Alors franchement, vous pensez pas que ça vaut l’investissement de la garantie ?
– Bah, ça fait beaucoup de sous.

Il lance son simulateur et m’explique que 30 euros par mois en plus, c’est rien. “Surtout que vous pouvez être sûr que vous allez revenir !”

– Comment ça ? demandé-je. J’ai un MacBook de 2008, j’ai jamais eu un problème.
– Ah oui, mais ça, c’était avant ! Maintenant, les Mac, c’est plus ce que c’était ! C’est de la vraie camelote.
– De la camelote vendue si chère ?
– Les gens les achètent ! Mais je vais vous dire : 57% des machines qu’on vend reviennent en réparation. 57% ! Pas plus tard que la semaine dernière, une étudiante est venue avec sa machine qui était en panne avec tous ses cours dessus. On lui a changé pour une neuve car elle avait pris la garantie, et elle m’a remercié !
– Mais elle a tout perdu alors ?
– C’est pas ça, ce que je veux dire. Ce que je veux dire, c’est que sans la garantie, sa machine, elle pouvait la jeter.
– Pourquoi elle pouvait pas la réparer ?
– Une réparation chez Apple, ça coûte plus cher que de changer de machine, c’est l’obsolescence programmée !
– Non, mais écoutez, ça ne m’intéresse pas.
– Nous, si on fait des garanties, c’est pas pour nous, c’est pour les clients.

Prends-moi pour un gros con pendant que tu y es. Genre “On vend des garanties à perte”.

– Je vous dis non. Mais du coup, j’hésite, est-ce que ça vaut le coup que j’achète si cher une machine qui est si nulle et si peu fiable. Autant que je prenne un truc à 300 euros.
– C’est vous qui voyez.

Bah ça va être vite vu, mec, si tu continues à te la jouer Chevalier et Lasaplès, ta machine, tu vas te la mettre dans le cul, pensé-je intérieurement, seulement parce que je suis poli.

– Ecoutez, je suis désolé, mais je ne veux pas.
– Sinon, il y a la garantie à 195 euros. C’est bris, casse, vol et oxydation. C’est important, ça l’oxydation, surtout quand on s’essuie mal les mains comme certaines ou qu’on sue des doigts ! Je vous mets celle-là ?
– Non.

Il reprend sa table de calcul pour me dire combien ça me fera en plus. Il commence sérieusement à m’agacer…

– Alors, je vous la mets ?
– Non, mais non. Je ne veux pas de garantie.
– Bon. Alors pas de garantie.
– NON.

Ça fait déjà une demi-heure que je suis à la Fnac. J’ai envie de pleurer.

– Le prenez pas comme ça.
– Je le prends comme je veux, monsieur, ça va bien maintenant. Vous me la vendez cette machine que je ne souhaite pas acheter ?
– Sans la garantie alors ?
– Sans la garantie. Désolé.
– Oh, ne soyez pas désolé, ça me fait plaisir, vous savez : je sais déjà que je vais vous revoir. Voici votre papier, passez en caisse et vous pourrez récupérer votre machine au retrait des marchandises.

Je lui arrache le papier des mains. “Merci”, dis-je. Et je me barre.

Inutile de dire qu’à peine avais-je le fameux bon de commande, je me suis empressé de le foutre dans une poubelle.

Paris : les bons plans des frères Karamazov

#Frères Karamazov

Éparpillés aux quatre coins du monde, ce blog est le point de rencontre des six frères Karamazov, qui n’ont jamais perdu le contact. Profondément inspirés par leur culture slave (et six slaves, c’est qu’ils se nettoient), ils décrivent ici les tendances qui enrobent leur quotidien.
Aujourd’hui, nous laissons la parole à Alexeï, le benjamin des six frères, qui nous fait part de ses fascinantes découvertes des lieux les plus inconnus de la capitale française, Paris.

Mon spot secret : Châtelet (Les Halles)

Hi guys !

Comment ça va bien aujourd’hui ? Feelin’ good ? Je vous emmène aujourd’hui dans un lieu plutôt secret et peu connu : Châtelet Les Halles. Ici, sur près de 40 hectares, s’étend tout un quartier de la capitale. On y trouve un parc, une canopée (en cours de construction, stay tuned 😉 ) et un centre commercial avec des boutiques pointues comme la Fnac (qui vend des ventilateurs Dyson, cool 😉 ), H&M (des fringues de qualité à tarif mini 😉 ), Go Sport (des équipements sportifs haut niveau 😉 ) ou bien encore Mac Donald’s (l’inventeur du food truck sans truck 😉 ).

Halles anciennes

Initialement, ce lieu était l’endroit où se pratiquait la vente en gros de produits alimentaires. On appelait ça “Les Halles” parce que les aliments étaient abrités sous des halles. #astuce. Démolies dans les années 70 (et les halles ont été expatriées à Rungis), elles ont laissé la place au Forum (le nom du centre commercial) et à un grand parc au-dessus qui attire toute une faune interlope : danseurs de hip-hop, SDF et toxicomanes.

Pour manger, c’est l’embarras du choix, je vous conseille la rue Montorgueil, assez peu connue à part des vrais parisiens 😉

Pour boire un verre, c’est le choix de l’embarras, ma préférence va au HideOut Chatelet de la rue des lombards. Un lieu totalement typique et un secret spot incredible.

Et pour des rencontres sexy, direction Saint-Denis St, une petite ruelle piétonne tortueuse pleine de charmantes frenchies (mais pas que…) à des tarifs avantageux (-20% si vous venez de ma part 😉 )

Je dois tout de même vous le dire, il y a un truc assez chiant avec ce quartier, c’est qu’il est difficilement accessible. Seuls cinq lignes de métro, deux RER et une cinquantaine de bus vous y emmènent. C’est peu, mais le jeu en vaut la chandelle, surtout les samedis après-midi, où l’on peut déambuler le long des rues avec un million et demi d’autres personnes.

Enjoy my secret spot and if you see me there, say hello 😉 !

Love
Xoxo
Alexeï

Une tranche d’humanité

Si on devait classer l’humanité, juste comme ça juste pour rigoler, on pourrait le faire de tas de façons très rigolotes. On pourrait faire comme le maire de Béziers, suivant la religion, on pourrait faire comme les gouvernements, suivant les frontières, on pourrait faire comme les allergologues, suivant la tolérance au gluten, ou on pourrait faire à ma façon qui consiste à diviser l’humanité en deux grandes catégories : ceux qui survivront à une attaque de morts-vivants et ceux qui deviendront des zombies.

Je dis pas ça parce que la saison de The Walking Dead s’est achevée il y a quelques semaines maintenant. Je dis ça parce que plus je regarde les secondes de ma vie passer à travers les trous de la passoire du quotidien (je crois que j’ai entendu cette métaphore dans un film de Max Pécas, mais j’ai un doute), plus je suis sûr d’un truc : en cas d’attaque de morts-vivants, je vais finir assez rapidement dans la catégorie de ceux qui n’y survivront pas.

Oui, j’arrête un instant cet exposé aride pour vous expliquer qu’on pourrait croire qu’il y a une porosité entre mes deux catégories de l’humanité, ce n’est pas le cas : un survivant qui devient un zombie était de fait dans la catégorie des zombies. Bon, si on veut être pointu, il serait dans une sous-catégorie de ceux qui ont survécu un peu. Mais le résultat ne change pas : au bout du compte, il a succombé sous les dents de morts-vivants féroces et affamés.

(J’attire votre attention sur le fait que le vrai problème des morts-vivants, c’est leur gestion tout à fait problématique des denrées alimentaires : s’ils ne se contentaient pas de la moitié d’un intestin de chaque personne qu’ils tuaient, ils auraient une réserve de nourriture beaucoup plus vaste. Leur méthode qui consiste à tuer le maximum de gens sans prendre le temps de finir toute leur assiette montre une certaine négligence d’un point de vue écologique, et je me demande bien quel genre de Terre les zombies ont l’intention de laisser à nos enfants, je pose la question, le débat est ouvert, Cécile Duflot doit en débattre lors des prochaines questions au gouvernement).

Alors, vous me direz : “Oui, mais si on va par là, qui va dans la catégorie des survivants ?”. Pas grand-monde. Je déconseille aux hommes politiques de chercher à draguer leurs votes, car ça n’assurerait certainement pas une victoire aux prochaines élections. Je dis ça pour toi, François Hollande.

Or, donc et en effet, s’il y a une attaque de morts-vivants, je pense même faire partie des premières victimes. Pourquoi ? C’est une très bonne question. C’est une intuition. Un mec comme moi, gentil, qui invite des SDF à prendre des bains, qui leur offre le gîte et le couvert, qui répand la bonté autour de lui comme McDonald’s l’obésité, qui ouvre chaque jour les portes de son cœur aux autres, qui n’a pas une grande gueule, qui préfère rire de lui que de blesser le voisin, comment pourrait-il s’en sortir ? Et je ne blâme pas là les zombies, car eux, à la rigueur, je les comprends, mais plutôt l’autre frange de la population : les survivants.

Car les vraies raclures, ce sont eux ! Quand on regarde The Walking Dead, on s’en rend bien compte : ce sont tous des psychopathes dotés d’un caractère de cochon, totalement incapables de s’accommoder du “vivre ensemble”. Avez-vous déjà vu une communauté de hippies dans The Walking Dead ? Non. Les survivants se regroupent ensemble, non pas pour s’en sortir, mais uniquement pour s’étriper entre eux.

Et c’est le paradoxe, les zombies, eux, n’ont aucun problème à rester proches les uns des autres. Un instinct grégaire les soude. Donc, honnêtement, si l’humanité se divise vraiment en deux catégories, il vaut bien mieux être dans celle des morts-vivants que des survivants. Question de bon sens. Et si Rick Grimes l’avait compris ainsi que quelques autres, on se faderait pas tous les ans de nouvelles saisons de The Walking Dead de plus en plus poussives.

Jimmy Fallon et son hommage bidon à Letterman

Et voilà, David Letterman a définitivement fermé la porte du Ed Sullivan Theatre après le dernier épisode de son Late Show, hilarant et sans larmes. Montrer ses sentiments, c’est pas le genre de Dave. La seule fois où on a entendu des sanglots dans sa voix, c’était après les attaques du 11 septembre, lorsque l’émission a repris.

C’était l’occasion pour ses trois gros concurrents de rendre hommage à son talent, mais également de rappeler tout ce qu’ils lui doivent. Sans le Late Night with David Letterman, l’émission de NBC de 00h30 à 1h30 qui a débuté en 1982, pas de Jimmy Kimmel ou de Conan O’Brien ou de Jimmy Fallon.

La palme de la sincérité, me disait l’auteur du blog Un truc à la gomme, revient à Jimmy Kimmel qui a montré à quel point sa vie a été sous le signe de Letterman. Il a même annulé son show le soir de la dernière de Letterman pour obligé ses téléspectateurs à aller sur CBS. Conan O’Brien l’a joué plus rigolo, en stoppant son show à 23h30 pour demander aux gens qui le regardaient de basculer sur CBS pour le grand final de Letterman. Et puis, il y a eu l’hommage de Jimmy Fallon, le beauf, l’abruti, le Patrick Sébastien des Amériques. Je le déteste. Je le déteste parce qu’il fédère une génération d’internautes français qui se sont mis à regarder les talk-show du soir avec lui, tout simplement parce qu’il revisitait l’histoire du rap avec Justin Timberlake. Ce mec n’est pas drôle. Il interviewe les invités comme une quiche, il fait des jeux dignes d’Arhtur dans Les Enfants de la télé.

Dans son hommage de cinq minutes (il est évident qu’il n’a pas proposé à ses téléspectateurs de changer de chaîne lui), qui ressemblait plutôt à une oraison funèbre, ce total abruti qui ne sait faire que rire de ses grandes dents trop blanches et trop alignées, il a ainsi réussi à pomper une analogie faite par Conan O’Brien.

Il explique ainsi qu’il y avait Carson, puis Letterman qui a découvert le Far West et qu’il l’a exploré dans tous les recoins.

Conan O’brien, invité pour l’émission Inside The Actors Studio, disait lui : “Carson a exploré l’Europe, Letterman a découvert l’Amérique du Nord”.

Même pour rendre hommage à celui auquel lui et les autres doivent tout, il arrive à ne pas avoir une once de sincérité, tellement ce mec est bidon. Mais continuez de l’adorer, tandis que je garde mes deux barils de Kimmel et d’O’Brien.

Anusologie : une pratique ancestrale pour mieux se soigner

Selon des croyances ancestrales (et du crâne lui aussi ancestral, comme on disait dans un dessin animé de mon enfance), l’anus est le miroir de l’âme et celui du corps. Véridique. Enfin, c’est ce que m’a dit un chamane. Il faut toujours écouter les chamanes. Les types qui se nourrissent de fougères et d’infusions d’orties les bons jours ne peuvent pas mentir. Ou alors pour qu’on leur file une côte de bœuf en loucedé.

En effet, chaque petite ride de l’anus dit énormément sur notre état de santé. Ce n’est pas une surprise, d’ailleurs, si la lecture de l’anus (ou “anusologie”) est pratiquée depuis la nuit des temps dans de nombreuses classes de CP d’Isère. L’anusologie a également fait l’objet de plusieurs ouvrages, beaucoup de colloques (et de coliques, LOL), et une école française de l’anusologie a été ouverte en France en 1965, puis fermée en 1966, puis ouverte en 1967, et refermée en 1968, comme constipée à jamais…

Je vous avoue, même si je trouve le principe de l’anusologie fascinant (lire l’état du corps grâce à l’anus, la seule porte d’entrée dans notre organisme à part la bouche, m’étonne encore aujourd’hui), j’étais sceptique. Mais après la consultation, j’ai bien vu que ça pouvait sauver des vies. Car on peut très clairement mettre en œuvre un programme de compléments alimentaires à bases de graines germées pour combler les déficits alimentaires et les problèmes de nos organes lus dans l’anus. En un mot comme en cent : adieu le cancer ! Prends ça dans ta gueule, Angelina Jolie, tu te serais faire lire l’anus, tu aurais toujours tes ovaires.

Alors comment ça se passe ? Pour ne pas vous mentir, ça ressemble un peu comme quand on va chez le proctologue, l’avantage, c’est qu’on ne vous met pas un doigt dans le cul. Généralement, l’anusologue inspecte les parois et les rides autour de l’anus grâce à une loupe lumineuse. Il peut aussi prendre en photo votre anus et le regarder directement sur son ordinateur. Parfois, il arrive qu’il renifle ou humecte votre trou. Cela dépend des tendances de l’anusologue. Puis, grâce à un jeu de 32 cartes de lecture (on retire du 2 au 6 dans les quatre couleurs ainsi que les jokers), il interprète ce qu’il a vu, senti et touché.

Comme je le disais, mon expérience a été très concluante. J’ai vécu deux consultations à un an d’intervalle, et j’ai été assez étonné des résultats.

Pour la première, après avoir inspecté mon anus, la praticienne a tout de suite identifié une faiblesse du foie et une certaine nervosité. Tout juste, auguste ! C’est exactement le même diagnostic que mon médecin de famille ! Après une cure de gousses d’ail mélangées à de l’huile dégraissée de noix de coco pendant six mois, j’ai eu mon second rendez-vous avec mon anusologue. Tadam ! Elle n’avait jamais vu un anus aussi lisse ! Il faut dire que son mélange aromatique m’avait fortement constipé dès les premiers jours. Mais, selon elle, j’étais guéri de ma faiblesse du foie et de ma certaine nervosité.

Alors, est-ce que je recommande l’anusologie ? Plutôt, oui. Mais ce n’est pas efficace pour tout. Cela permet de soigner seulement le cancer, la tuberculose, l’obésité ou encore la grippe. Mais pour une sciatique ou les pieds plats, ce n’est pas la solution miracle…

Edit : OUUUUUPS ! Pardon, je me suis trompé, je voulais parler de l’IRIDOLOGIE, la guérison du corps par l’analyse de l’iris de notre œil, et pas de l’anusologie, qui j’en suis sûr n’existe même pas ! Ah la boulette !

Qui a multiplié les djihadistes en France ?

L’autre jour, je crois que c’était un mardi, mais c’est pas pour faire référence à l’excellent blog Bon Pour Ton Poil(*), Nicolas Sarkozy a parlé aux Français dans le poste. Je sais que vous savez : tout le monde l’a écouté, en dehors des fans de Plus Belle la vie. Mais une phrase a étonné mon colocataire qui s’abreuvait des paroles (tout comme moi) de l’ex chef de l’État (et l’État, c’est moi) en dégustant un Pinot noir dont vous me direz des nouvelles :

Sur les deux dernières années, nous sommes passés de quelques djihadistes à des centaines de djihadistes. La menace est permanente…

Qu’est-ce qui a pu se passer en deux ans pour qu’on passe d’une menace ridicule à une menace massive (dans la suite de l’interview, il a parlé de « milliers » de djihadistes aujourd’hui) ? Je vous donne quelques minutes de réflexion.

C’est bon ?

Eh oui, la bonne réponse était :

Voilà comment Nicolas Sarkozy fait passer le message subliminal que la menace djihadiste est la faute directe du mandat de François Hollande. Mais qu’a donc pu faire François Hollande pour multiplier par dix (puis encore par dix) le nombre de djihadistes en France ? On ne sait pas. Nicolas Sarkozy n’a pas semblé bon nous éclairer sur ce sujet.

On a continué donc d’écouter l’interview et un autre truc m’a interpellé un peu plus tard. Pour Sarkozy, le problème de « recruter de nouveaux policiers », c’est que ça va demander « de deux à cinq ans à cause de leur formation ».

Je suis pas un spécialiste (j’adore écrire ça) (j’ai l’impression d’être un mec qui croit pas au changement climatique) (tous les climatosceptiques commencent leurs phrases par « Je suis pas un spécialiste, mais pourquoi, si le climat se réchauffe, il continue de faire froid l’hiver ? Hein ? »).

Donc, je suis pas un spécialiste, mais un djihadiste, à mon avis, ça ne se forme pas en 3 semaines non plus.

Alors, si je compte « 2 à 5 ans de formation » pour un djihadiste, j’en conclus très logiquement que leur endoctrinement a forcément débuté avant leur arrivée aujourd’hui sur le terrain. Et donc, ces centaines de djihadistes ne se sont pas multipliés au cours de ces deux dernières années, mais auparavant : il y a trois ans ou plus. Et donc, la faute en incombe à…

Nico sur France 2

CQFD.

(*) Je mens, c’était un mercredi, j’ai dit « mardi » exclusivement pour faire référence à Bon Pour Ton Poil.

Et là, c’est le Mont-Blanc

Bon alors, les gars, on va s’arrêter cinq minutes et profiter du paysage. Je les vois, les kakous, j’en ai dans chacun de mes cours, qui descendent les pistes comme sur un circuit de Formule 1. Ça dévale à toute berzingue et ça voit rien de la montagne. Alors, comme vous m’avez engagé pour une journée rando, on va faire une pause et je vais vous parler des Alpes. Parce que, déconnez pas, les parigots, mais les Alpes, c’est fantastique. Vous êtes pas de Paris ? Vous êtes du Pays de Savoie ? Non. Alors, vous êtes de Paris. Fin de la discussion.

Regardez en face. Là, devant vous, la corniche avec deux rochers, c’est l’Escarpin Alsacien. On voit bien la forme de l’escarpin qui se dessine à travers les nuages. Juste à côté, c’est l’Aiguille du Pin. Et à droite de l’Aiguille du Pin, c’est le village de Saint-François d’Assanges. Là où qu’il y a les chalets en bois. Vous voyez ? Regardez maintenant le chalet le plus à gauche, derrière ce qu’on appelle la Montée de l’Ure en rut, c’est le chalet de la Tarente. Et bien, entre ce chalet et l’Aiguille du Pin, pile devant, c’est la Dent du Requin Marlowe. Et bon, bah, juste derrière, c’est le Mont-Blanc.

Maintenant, retournez-vous et regardez la montagne opposée. C’est ce qu’on appelle le Massif du Singe Malicieux. C’est superbe, non ? Le point le plus haut, c’est la Pointe de la Baleine Geignarde, avec tout de suite à gauche, le Pic du Renard des Forêts. Ne ratez pas l’Aiguillette de la Miction Vaginale et enfin, la Corniche de Maurice Jacquet. Maurice Jacquet, c’était un pote. Un pisteur. Un vrai. Un mec qui en avait. Des couilles grosses comme des pastèques eurasiennes. Je vais vous dire, ce type serait toujours en vie si un petit connard de la ville ne s’était pas paumé sur le Chemin de la Mouette Aride. Une vacheté. Je vous jure. Et entre les deux, par beau temps, bah, on peut voir le Mont-Blanc.

Pivotez d’un quart de tour, maintenant. Cette grande chaîne montagneuse, c’est la Gorge du Pic-vert tacheté. Ça, c’est magnifique. On peut voir toutes les Alpes depuis là : le Goulet de l’Élan galant, la Ravine du Cerf à deux bois, la Flèche du Mont d’or Monégasque, l’Éperon de la Vache sacrée, la Spicule des Agnostiques tondus, la Vallée de la Goélette verte. Et à côté, entre la Pente des Amants déchus et la Cordillère du Golet, tout droit, bah, c’est le Mont-Blanc.

Et enfin, au Sud, on a tout le Massif de la Mouche hirsute. C’est la plus belle chaîne de la région. Si on a le temps, on ira faire du hors-piste là-bas. Juste à côté du Refuge du Gnou vomissant. On traversera la Forêt des Charpentes dorées pour remonter sur le village de La Sainte-Madeleine, ensuite direction le Glacier des Joues de porc farcies, le Sentier du Python des neiges, et on terminera sur le Versant de la Belette marâtre, à côté du Plateau du Polatouche sautillant. De là-haut, il suffit de regarder face au Pic de la Corne rousse et, paf, le Mont-Blanc.

Le Hobbit 3 : Les cinq armées, c’était pas ma bataille

[tldr : Qui sont vraiment les orques ? Quels sont leurs réseaux ?]

Il y a un film à petit budget qui va sortir dans quelques jours (le 10 décembre exactement). C’est le troisième volet d’une grande fresque sociale et humaniste qui prône l’amitié entre les peuples et offre de beaux sous-entendus homosexuels, je veux bien sûr parler de Le Hobbit 3 : La bataille des Cinq Armées. Pas trop de spoilers à suivre (surtout si vous avez déjà lu le livre).

Résumé des épisodes précédents :

Un hobbit, Bilbo, est engagé par un magicien, Gandalf, pour aider un nain, Thorin à redevenir le roi d’une montagne, Erebor, qui abrite un trésor inestimable surveillée par un dragon, Smaug.

Eh bien, croyez-moi si vous voulez, mais avec ces deux lignes, Peter Jackson, le réalisateur, a réussi à faire trois films de trois heures chacun. Le talent, coco. Le talent (mais aussi beaucoup de ralentis). La conséquence, c’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans chaque film. Dans l’épisode 1, ils traversaient une forêt, dans l’épisode 2, ils échappaient à des orques et voici donc l’épisode 3 où ils vont se battre.

Nous avions donc laissé Bilbo, Thorin et ses acolytes en haut de la fameuse montagne juste après avoir chauffé les oreilles de Smaug qui était parti se calmer en allant faire du shopping en ville, à Bourg-du-Lac.

Ça me rappelle (ça n’a rien à voir, mais je vous raconte ça pour le plaisir) quand mon beau-père était en colère après moi : il s’enfermait dans sa voiture et écoutait du Véronique Sanson. Bon, ben, Smaug, c’est la même chose, sauf qu’en plus il crache du feu.

Au bout d’une demi-heure pendant laquelle Smaug crame la moitié de la ville (« On m’avait dit que c’était les 7 jours en or du Printemps et y a pas de promo sur Hugo Boss ? Je suis fort courroucé, je vais tout brûler »), Bard, un type plus malin que les autres, l’achève en lui tirant une herse dans le bide. « Parfait », se dit le spectateur, « mais bon, il reste deux heures de film. Que va-t-il bien pouvoir se passer ? ». Des milliers de trucs.

D’abord, comme dans le livre, Thorin et ses amis vont récupérer le trésor. Parmi toutes les richesses qu’il contient, l’une d’elles intéresse particulièrement Thorin, l’Arkenstone. Mais genre, il est pas-sion-né. S’il avait été au collège avec moi, mes potes se seraient tous bien foutus de sa gueule avec sa passion pour les cailloux, soit dit en passant, parce qu’on est cruel quand on a quatorze ans. Comme y avait pas Thorin, c’est de moi dont on se moquait. Je pleure encore des larmes chaudes et bouillonnantes quand j’y repense.

Bilbo la trouve avant Thorin et la garde. Là-dessus, les habitants du Bourg-du-Lac viennent voir les nains pour réclamer l’aumône afin de réparer leur ville (qui s’est faite détruire par un dragon, restez concentré s’il vous plaît). Bard explique : « Avec la crise du logement à Bourg-du-Lac, les promoteurs nous assassinent : les devis de Bouygues Immobilier et Vinci sont exorbitants, soyez chics, filez-nous un peu de votre or ».

Mais Thorin refuse. S’ensuit un grand nombre d’embrouilles dans laquelle l’Arkenstone jouera un rôle important quand, finalement, les orques menées par leur chef Azog débarquent façon “On n’attend pas Patrick ?”.

(petite entorse à la mythologie de Tolkien, au passage, puisque normalement, dans le livre, c’est Bolg, le chef, fils d’Azog, justement, je dis ça, je dis rien). Donc, les orques débarquent et attaquent les nains, les humains et les elfes (qui étaient là aussi, mais juste pour faire jolis avec leurs oreilles pointues).

Sans surprise, le combat va être long et douloureux (comme ma b…). Car comme le dit Gandalf (ou un autre je ne sais plus) : « Ces orques sont des soldats redoutables, car ils ont été élevés pour combattre ». Eh bien figurez-vous que ces REDOUTABLES GUERRIERS tombent comme des mouches en pleine épidémie d’Ebola : un coup d’épée, ils décèdent ; une flèche, ils passent l’arme à gauche ; une tape de marteau, ils clamsent ; et – plus surprenant encore – ils trépassent également s’ils reçoivent sur la tête une toute petite pierre jetée par Bilbo. Contre toute attente, ce hobbit a une force impressionnante. Mais regardons plutôt cette table de comparaison et rions ensemble :

Comparaison de taille

Bref la bataille dure Longtemps, d’accord, mais comment cela peut-elle s’étendre sur une heure et demie ? Grâce à deux effets totalement stupéfiants.

Le premier, c’est le ralenti. Peter Jackson en colle partout. Un type meurt, paf, ralenti sur l’arme qui frappe, ralenti sur l’homme qui tombe, ralenti sur le méchant qui se félicite, ralenti sur les yeux de la victime, ralenti sur la paupière qui se ferme. Forcément, ça rallonge le film d’une bonne demi-heure.

Le second, ce sont les retrouvailles. Imaginez la scène. Un gigantesque champ de bataille (en fait, exactement le même que celui du Retour du Roi, avec un peu moins de monde peut-être).

Grosse baston

Un gigantesque champ de bataille, donc, avec des elfes, des humains, des nains et un gros paquet d’orques (il faut dire que les orques sont très nombreux, j’ai pas les chiffres, mais on parle de 10 000 selon la police, 100 000 selon la cellule de communication des orques). Oui, ça ne fait que quatre armées, mais il y a une armée surprise (la même que dans le Retour du Roi, d’ailleurs, mais son arrivée est encore plus inattendue). Soudain, un nain retrouve son cousin sur la zone de combat. Le cousin vient de décimer une centaine d’orques REDOUTABLES en se mouchant. Il y en a encore des centaines d’autres autour d’eux. Mais on s’en fout. Les deux nains taillent une bavette :

– Oh ! Cousin Machin ! Ça fait plaisir de te voir, et alors tu deviens quoi ?
– Bah ça va bien ! J’ai repris la forge du pater. Je tape sur du métal et ça me va bien. Je m’en sors pas mal, ça paie bien. Et toi, la famille ?
– Ça pousse, ça pousse. Ma dernière commence à faire ses dents, on ne dort pas trop, c’est pour ça que je suis arrivé à la bourre pour me battre, mais ça va passer.
– Faudrait qu’on s’organise une bouffe un de ces jours.
– Mais carrément ! On en parle après que j’ai tué ces milliers d’orcs en me grattant le doigt de pied ?
– Nickel. La bise à Durdinval.
– Merci, et on n’attend pas la prochaine bataille pour se voir, hein !

Je n’invente rien.

Le combat s’achève enfin après tout un pataquès à peine compréhensible (les orques ont fait une terrible ruse imbittable pour le spectateur, les nains se séparent en deux groupes, mais en fait restent au même endroit, j’ai rien compris).

Une amitié particulière

Et là, c’est le drame : Gubeva zrheg. (Non, je n’ai pas subitement parlé en orque, mais comme c’est un spoiler si vous n’avez pas lu le livre, je l’ai mis en ROT13, n’allez pas plus loin si vous n’êtes pas familier avec l’histoire du Hobbit).

Ralenti sur sa blessure, sa chute au sol, Bilbo qui court vers lui, Bilbo qui lui prend la main, Bilbo qui pleure, Thorin qui ferme les yeux, Bilbo qui regarde le ciel en hurlant : « Naaaaaaaaaan, pas lui ! ».

Retour au campement. Bilbo parle à un elfe, je crois.

– Vous êtes triste Bilbo ?
– Oui. Je suis tellement triste d’avoir perdu mon Thorin.
– Mais qu’est-ce qu’il était pour vous ?
– C’était… C’était mon… *sanglots étouffés* *silence*

Mais vas-y, Bilbo, crache-le morceau : vous étiez amants. Et pendant la longue traversée du Gondor, ça n’a pas sucé que de l’herbe à pipe, si tu vois ce que je veux dire.

Revenant chez lui, le cœur gros comme un camion, Bilbo reprend la même discussion avec Gandalf.

– Ça va aller Bilbo, pas trop triste ?
– Si, un peu quand même. Thorin, c’était… C’était mon…
– C’était votre quoi ?
– C’était… C’était mon…
– Votre quoi ?
– Mon… MON AMI. MON AMI. JUSTE mon ami. Pas mon amant. Arrêtez de me faire cette réputation dans tout le Comté, enfoiré de Gandalf. Je sais que le mec qui vous interprète est gay, mais vous ne me pervertirez pas avec vos pouvoirs d’homosexuels.
– Calmos, Bilbo. Calmos. Je demandais simplement. Si on a plus le droit de parler, je retourne dans ma carriole avec mon bâton magique et mes pétards. Venez me rejoindre, ça va être… explosif.

Explosion