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Pas à pas

Chez Ikea, il y a un truc que je trouve particulièrement génial (et qui pourrait occuper la moitié de mon temps passé dans le magasin si je n’avais pas à faire trois allers-retours dans les entrepôts pour trouver la référence 14.235.458-8), ce sont les machines qui font subir aux produits de la marque des tests effrénés pendant des heures et des heures. Cette première phrase était longue, mais je suis sûr qu’avec un peu d’attention vous devriez pouvoir en comprendre le sens. Bande de cons.

Au-dessus, il y a un vieux compteur moisi avec des gros bâtons rouges qui nous informe du nombre de fois qu’une porte a été ouverte ou fermée, qu’un poids de 80 kilos a été écrasé l’assise d’un fauteuil ou qu’un tiroir a été tiré et poussé. Bref, c’est génial. Sauf que très souvent, malgré la promesse d’une durabilité de plusieurs centaines de milliers d’actions, les tiroirs / armoires / fauteuils souffrent de ces tests. Et souvent, les tiroirs ne s’ouvrent plus, le fauteuil est défoncé et la porte de l’armoire est de guingois.

Le Test du placard

Bon, mais si je raconte ça, c’est pas DU TOUT pour vous parler d’Ikea parce que – soyons francs – j’en ai autant à foutre d’Ikea que vous de cet article. C’est ce qu’on appelle une situation « win-win ». Gagnant-gagnant, c’est du vocabulaire de gros bonnet de l’industrie, tu peux pas test.

En fait, c’est parce qu’aujourd’hui, j’ai lancé une application qui compte le nombre de mes pas. Et bien en une journée d’utilisation, j’ai marché 14 181 pas. Je n’ai aucune idée de comment c’est possible de savoir que je marche ou que je prends le métro, mais le résultat est là : 14 181 pas. Et encore, j’ai pas gardé le téléphone quand je suis allé faire caca. Ça se trouve, j’en ai fait 15 000 ! Dingue, non ?

Marche

Ça veut dire que chaque jour, la tête de fémur de chacune de nos jambes roule à l’intérieur de notre hanche 7 500 fois. Depuis mes vingt ans, ce mouvement est arrivé 73 millions de fois. Non, mais attends quoi, 73 millions de fois. Moi, ça m’a un peu fait mal au cœur parce que j’aime pas trop savoir comment le miracle de notre corps fonctionne. Du coup, j’étais un peu dégouté par toute la machinerie mise en branle pour faire ces onze bornes et quelques.

Mais le plus important de l’histoire, c’est que si on était fabriqué par Ikea, on ne tiendrait pas six mois.

Snif, David Letterman s’en va…

« From New York, the greatest city in the world it’s the Late Show with David Letterman ! ». En 1999, je m’installais à Paris, je m’abonnais à Numéricable qui s’appelait alors Noos ou Paris Câble, je ne suis plus sûr. J’habitais le douzième arrondissement, côté rive gauche, pas loin de Nation. Il y avait la chaîne Comédie! et tous les soirs Comédie! diffusait un nouveau numéro du Late Show avec David Letterman. C’est comme ça que j’ai découvert le bonhomme, son humour génial, ses blagues débiles, ses « Top Ten List ». J’étais ultra-fan. Sur mon CV, j’écrivais : « journaliste spécialisé des talk-shows américains ». J’étais le seul sur ce marché de niche qui décollera plus tard quand une ribambelle d’abrutis qui tétaient leur mère quand j’écrivais mes premiers papiers ont découvert Jimmy Fallon, mais j’y reviendrai.

Les deux ou trois fois où je suis allé à New York, je rêvais d’être dans le public du Late Show, mais je n’ai jamais réussi. Car pour y aller, il fallait poireauter devant le Ed Sullivan Theatre et parfois, il fallait répondre à des questions sur le show comme : « Qui est le régisseur plateau de l’émission ? Biff Henderson ». J’avais oublié.

Autant dire que les chances s’amenuisent encore plus aujourd’hui, après l’annonce du départ en retraite du plus drôle des animateurs de talk-shows.

Et c’est peu de dire que Letterman va me manquer, ce qui est débile en soi, vu que je ne le connais pas, qu’il ne me connaît pas et que je ne regarde plus ses émissions aussi régulièrement que je le faisais à l’époque (depuis que YouTube propose des extraits, je m’en contente allègrement, d’autant que l’offre s’est enrichie considérablement depuis que Stephen Colbert s’est émancipé du Daily Show avec son Colbert Report et surtout depuis que Conan O’Brien est sur TBS).

Mais ça n’empêche, c’est comme de savoir qu’un vieil ami s’en va. Il faut dire que j’ai suivi avec angoisse son quintuple pontage cardiaque en 2000, j’ai adoré son long monologue après le 11 septembre 2001, j’ai craint pour lui quand un fanatique voulait l’assassiner. Et puis, je dois à Letterman de m’avoir fait découvrir Johnny Carson. Et Johnny Carson, c’est une tout autre histoire, mais si vous avez un intérêt pour les talk-shows, sachez que c’est la matrice de tout ce qui s’est fait depuis. En plus, les émissions de Carson sont assez fascinantes parce que les invité(e)s étaient les stars d’Hollywood, alors à la fin de son âge d’or. Bref, c’est génial. Et vous verriez la justesse avec laquelle Carson imite l’accent du bouseux texan ! (cette phrase n’est là que pour me foutre de la gueule des « journalistes spécialistes de séries télés » qui me gonflent à me dire que Matthew McConaughey imite à la perfection l’accent texan).

Que dire de plus ? Ah si. Si j’étais en train d’écrire pour BienBienBien (hélas), je poserais la question de la relève. Et, comme l’a dit très bien un comique sur Twitter dont j’ai oublié le nom : « Pour bien faire, il faudrait un « Jimmy » vu qu’il y a un Jimmy Kimmel sur ABC et un Jimmy Fallon sur NBC ».

Ah, Jimmy Fallon, venons-en. Jimmy Fallon, je le déteste. C’est l’usurpateur, l’homme sans âme, le front collé au botox, même pas quarante ans et déjà refait. Toute la jeune garde s’enthousiasme pour Fallon dans leurs papiers pour Télérama ou Les Inrocks. « Mééé Rôgarde, il a rôfait l’histoire du rap avec Will Smith ! ». Ouais, super. Peut-être que je connaîtrais l’histoire du rap, ça me parlerait, note. Non, Fallon a un talent qu’il a perfectionné au Saturday Night Live : il éclate de rire pendant les sketches. Cherchez « Jimmy Fallon cracking up » (bah allez-y, cherchez), il y a au bas mot un million d’occurrences dans Google. Je vous mets au défi de trouver un sketch où il n’explose pas de rire.

Dans le très bon bouquin sur l’histoire du Saturday Night Live (Live from New York), j’ai découvert d’ailleurs que la plupart de ses collègues n’encadraient pas du tout cette façon de rire, car ça casse la dynamique du sketch.

Mais, bon, Fallon fait un très bon remplaçant à Jay Leno : consensuel, dans l’air du temps, sans prise de risque.

Et d’ailleurs c’est la seule bonne nouvelle de ce départ à la retraite de Letterman : David sera parti après ce connard de Jay Leno, et ça, ça vaut tout l’or du monde. Prends ça dans ta gueule, l’homme au gros menton. Et merci, Monsieur Letterman, pour ces heures de rigolade.

Billet sponsorisé

Hello les choupinautes !

La chance d’être blogueuse influente et maman, c’est que les marques m’envoient des petites attentions pour mes enfants et c’est super pratique. Il n’y a qu’une contrepartie – tacite – me fendre d’un petit billet pour raconter ce que j’ai pensé de ces cadeaux et comment ma petite famille se les est appropriés ! « Mais attention », je leur explique toujours, « mon contrat de lecture avec les choupinautes est clair : je suis sans langue de bois, je dis les choses comme je les pense » (et souvent je les écris avant même de les penser ! ;)). C’est comme ça et pas autrement. Mais les marques sont bonnes joueuses et acceptent les règles du jeu comme le dit si bien Jean Renoir dans son film Nana.

Aujourd’hui, je voulais donc vous parler de la marque Löbi qui réalise de magnifiques jeux éducatifs en bois pour les petits de moins de deux ans, mais qui plaisent aussi aux plus grands ^^. La marque tire son nom de ses deux fondateurs, Löwith et Birkenstock. C’est donc allemand, mais pas nazi. Heureusement, sinon, je n’aurais jamais laissé jouer mes enfants avec. Ils m’ont envoyé en « prêt » un jeu d’assortiment de formes et de couleurs. Dans le carton, il y avait également divers bons de réduction que j’ai décidé de vous faire gagner grâce à un petit jeu dont je vous parlerai plus tard 🙂 Surprise, surprise, les choupinautes ! On trouvait aussi un drôle de brassard rouge, blanc et noir, je crois que c’est un bavoir, mais j’ai pas compris.

Tout d’abord, il convient de dire que l’emballage est très bien pensé : il a la dimension exacte du jeu, il n’y a donc aucun gâchis et ça, pour l’avenir de mes enfants, c’est vraiment bien. Premier bon point. L’objet, qualitativement, est très qualitatif, on ressent tout de suite la qualité du bois utilisé : il est de très bonne qualité. Ce n’est pas de l’Ikea fabriqué en Chine, mais du pur teuton construit avec des bois nobles coupés en Forêt Noire.

Ensuite, ce que j’adore, c’est que c’est un jeu 100% naturel : pas de pile, pas de vis, juste du bois et des vis. Les formes sont un peu complexes pour les petits, mais mon Aima a tout de suite pigé le truc. Elle a immédiatement et très intuitivement sans même qu’on l’aide mis d’elle-même le triangle, le carré et le rectangle à leur place. In-cro-ya-ble. Et elle n’a que 25 mois. Soit les Allemands sont très forts pour percer la psychologie des plus petits, soit mon Aima est très intelligente et dans deux semaines, elle battra son père aux échecs !  Mais il y a mieux : Luvens, mon aîné, mon Lulu, qui a bientôt huit ans (et que je continue toujours à allaiter d’amour), s’est lui aussi éclaté avec.

Et puis, même les plus grands adorent ! L’autre soir, nous étions avec deux couples d’amis pour une soirée-partouze – on en organise une chaque mois en moyenne – quand Marc, le mari de ma copine Isabelle, a vu le jeu dans un coin (on sait comment les enfants aiment ranger, pas vrai ? ^^) et il s’est mis directement les cinq bâtonnets pour l’hexagone dans l’anus ! Petit bémol tout de même : la soirée a manqué mal finir car il y avait une écharde sur l’un des bâtonnets 🙁 On s’en est sorti avec une pince à épiler (et une belle frayeur !)

Alors, est-ce que je recommande les jouets Löbi  ? Oui, oui, oui, mille fois oui ! Si vous voulez un jeu NATUREL (je n’insisterai jamais assez sur ce point), ludique, éducatif et intelligent, Löbi est la marque pour vos enfants.

PS : Pour le jeu concours, c’est bien simple, les cinq premiers commentaires à ce billet recevront un bon de réduction de 5 euros pour l’achat d’un jouet dans le catalogue Löbi. Sachez qu’un jeu coûte chez eux, en moyenne 65 euros, c’est cher, mais c’est le prix pour un jeu NATUREL. Alors, n’hésitez pas ! 5 euros sur 65 euros, ça vous fait… Attendez… six moins deux, je retiens quatre, plus douze… Entre 5% et 10% !

Cahiers interdits (4) / Un succès qui dérange

Pendant 4 ans, Gaston Petipetons fut journaliste dans un magazine consacré à la télévision. Quarante ans plus tard, en fouillant dans les affaires de son mari, sa veuve a retrouvé ces cahiers qu’il rédigea à l’époque et qui constitue un témoignage bouleversant sur le métier de journaliste au début de ce millénaire. C’est ce que nous vous proposons de lire aujourd’hui.

Si vous avez manqué le début…
Le premier épisode.
Le second épisode.
Le troisième épisode.

Le boulot de journaliste

Vendredi 4 novembre 2011

A la cantine, chaque midi, c’est la catharsis. On évacue tous les sujets qui nous brûlent les intestins. Et comme on passe dix à douze heures ensemble, autant dire qu’on en a souvent pas mal sur la patate. En fait, c’est pas qu’on se déteste, mais par moment, ça ressemble un peu à de la haine quand même. Surtout quand il y a un voyage de presse à l’horizon et qu’on veut tous y aller (ou tous ne pas y aller, mais c’est une autre histoire). Et la cantine, c’est aussi l’occasion pour les « anciens » de la rédaction de nous prodiguer de bons conseils pour notre survie dans l’entreprise ainsi que de nous faire revivre leur propre histoire, un peu comme les mecs se racontent leurs blessures de guerre dans les films d’actions. « Tu vois Chico, ça, c’est une balle de long-rifle qui m’a touché pendant une interview de Mimi Mathy. Elle est passée à ça de mon bulbe rachidien. J’ai manqué finir ma vie avec en entendant pour la millième fois qu’elle aimerait refaire un one-woman-show ».

Michel, notre rédacteur en chef adjoint, dix ans de maison, a plein d’anecdotes en stock. l’autre jour, il nous a raconté une histoire qui datait de 2003. Il était alors rédacteur et pas « en chef adjoint », et il se fait convoquer dans le bureau de la Chef, un lundi matin, le jour du bouclage. « Michel », lui dit-elle, « on change l’article de une, on va faire un truc sur la Star Academy : l’émission de samedi a cartonné donc il faut un sujet là-dessus dans le journal ». Ok, dit en substance Michel. Et la Chef ajoute : « Le titre, c’est : ‘Star Academy : l’émission qui dérange’, sors du bureau maintenant, tu as jusqu’à 14 heures ».

J’arrête alors Michel dans son l’histoire et je lui demande : « Mais… Tu as fait quoi alors ? Tu as trouvé qui l’émission dérangeait ? ». Et il me répond : « Ouh la ! Oui. L’émission dérangeait les producteurs parce qu’elle avait trop de succès, elle dérangeait les autres chaînes parce qu’elle faisait trop d’audience, elle dérangeait les artistes qui n’étaient pas invités. Elle dérangeait tout le monde ».

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Et voilà donc qu’aujourd’hui, vendredi, c’est moi qui suis convoqué dans le bureau de la Chef. A l’intérieur, il y a les chefs de rubrique, les rédacteurs en chef adjoint. Tout le monde planche sur la couverture. Au fond de la pièce, sous la fenêtre, il y a un énorme crocodile qui ressemble à celui de Lacoste, en porcelaine, je crois. Quand je l’ai vu, je me suis mis à appeler son bureau « l’antre du dragon », et moi, je suis un hobbit. Le matin, nous avons fait comme chaque vendredi notre conférence de rédaction. Elle est arrivée en retard alors j’avais un espoir, c’était de parler avant qu’elle ne débarque. Chacun de nous ayant son petit domaine de prédilection, on organise un tour de table, je suis toujours le dernier à prendre la parole, juste avant qu’on attaque la « semaine télé » proprement dite avec les grands événements des sept jours à venir pour décider des sujets. Je prie pour passer avant qu’elle n’arrive, et je fais de gros regards au rédacteur en chef adjoint pour qu’il me permette de parler avant la fin du tour de table.

Hélas, il ne comprend pas ma détresse et je vois les minutes passer et les risques qu’elle arrive avant que je parle de plus en plus élevés. Finalement, elle arrive au moment où je dois parler. Du coup, elle n’écoute rien de ce que je dis, mais ponctue toutes mes propositions de « So what ? », « Next » évocateurs de l’intérêt qu’elle leur porte. Je finis mon intervention par rappeler que j’ai vu le Twilight 4 et que j’ai une interview Robert Pattinson.

C’est donc pour Twilight que je suis convoqué en ce début d’après-midi : doit-on faire la couverture sur le film ou pas ? Quand soudain, une fulgurance d’un journaliste dans la salle donne la réponse à l’auditoire : « On pourrait titrer : Twilight 4 / Les ados adorent, les parents s’inquiètent« . Banco, dit ma Chef et je suis éconduit du bureau si vite que j’ai à peine le temps de me retourner pour dire :

– Mais ils s’inquiètent de quoi, les parents ?
– Tu trouveras bien.

twilight

Le bon sens en action

Je ne connais pas Guy Birenbaum, je le suis sur Twitter, je le lis sur le Huffington Post, je le vois à la télé, je l’écoute (pas souvent) sur Europe 1, mais je ne l’ai jamais rencontré ni vu ni parlé et je ne doute pas que « dans la vraie vie, il est très gentil ». En revanche, dans la vie irréelle des internets, je le connais plutôt bien même si je n’ai aucune idée de son métier. Je l’imagine éditeur / journaliste / polémiqueur. Mais je crois surtout que son métier, c’est spécialiste. « Spécialiste de quoi ? », pourrait-on me demander. « Spécialiste sur le tas », comme le répondait Robert Bidochon à un présentateur télé l’interrogeant sur sa venue dans une émission de témoignage dans l’excellent album de bédé « Les Bidochons Téléspectateurs ». Internet, politique, immigration, santé, médecine, société, il n’y a pas un sujet sur lequel Guy n’a pas un avis. Et surtout un avis tranché et définitif. Un avis qu’il partage notamment dans une série qui s’appelle « Birenbaum bashe (remplacer ici par n’importe quel sujet d’actualité) ».

Son omniscience semble ne pas avoir de limite (oui, c’est redondant, je vous emmerde) : Marseille, Lampedusa, les vapoteurs, Montebourg, Facebook et j’en passe. MAIS surtout, il est systématiquement et TOUJOURS du côté de la veuve et de l’orphelin quel que soit le sujet (les homos, les électeurs, les malades, le contribuable, les enfants…), et avec un bon sens qu’il érige souvent comme une prise de position radicale. « Le Front National, c’est mal ! Et non, je n’ai pas peur ! J’ose le dire, et je l’ai déjà dit il y a un an et et il y a deux ans, m’en fous ! Rien à battre ». « Ceusses qui likent le bijoutier de Nice, c’est mal ! Eh ouais ! Et je vous unfollowe, et j’ai pas peur ! Et tant pis si je me fais des ennemis ». « Voler l’argent public, c’est dégueulasse ! J’dénonce, rin à péter ! ».

Je lui en veux pas, hein, chacun fait ce qu’il peut pour casser sa croûte, mais toute cette « saine indignation », comme disait ma grand-mère, ne pourrait-elle pas servir à élever l’âme de nos contemporains plutôt qu’à les diviser ? Quand on lit les commentaires, c’est systématique : il y a ceux qui étaient déjà d’accord avec l’auteur qui affichent leur contentements (façon « j’espère que ce très beau texte ouvrira les yeux aux racistes du monde entier ») et ceux qui étaient déjà contre et qui sont encore plus en colère qu’auparavant (façon « Et si c’était votre fils qui avait été le bijoutier de Nice ? »).

J’ai cité Guy, mais il n’est pas le seul. Il y en a un autre, peut-être pire, c’est Christophe Conte. Critique de disque devenu « chroniqueur bad boy » sur le blog des Inrocks, il rédige des « billets durs » où il ne se prive pas d’attaquer les personnes avec qui il est en désaccord. Il s’en prend même à François Hollande. Ça, c’est pour dire qu’il égratigne les puissants. Bon, c’est pour lui dire qu’on attend encore les résultats de l’élection de 2012. Mais quand même. Dans les faits, c’est pareil : de la diatribe agressive dont le but est de générer désespérément du trafic et qui, à la longue, fatigue. Ça fatigue parce que bon, comme l’a dit Maickel Melamed : « Etre en vie est la plus belle chose qui puisse vous arriver. Tirez-en parti, et partagez ça autour de vous ». Alors plutôt que de nous rappeler le merdier dans lequel on vit, Guy, Christophe, vous ne voulez pas nous élever ?

C’est flou

J’ai toujours exécré les blogueurs qui font des notes pour dire « Bon, j’ai changé la moquette, c’est plus joli. Comment vous trouvez maintenant ? ». Ensuite, en général dans le même post, ces blogueurs nous serinent avec des laïus pourris : « Maintenant, je vais pouvoir vraiment me consacrer à la rédaction de billets de fonds, une activité que j’avais mise de côté car je n’étais pas satisfait à 200% du design. Je n’ai plus de raison de procrastiner, LOL ». Genre, c’est parce qu’ils viennent de refaire la peinture sur les murs que d’un seul coup l’inspiration va leur revenir comme un 15 tonnes dans la gueule de Coluche.

Moi, je suis pas de ce genre de mec. J’ai pas refait la déco du blog, j’ai juste changé le thème. On pourrait appeler ça un changement de déco, mais c’est en réalité, c’est un changement en profondeur. Si j’étais un exécutif d’Apple, je vous dirais quelque chose comme : « C’est la meilleure façon qu’on a de surfer sur ce blog. Boum. It just works ». Enfin, bon. C’est pas moi qui ai codé le thème, je l’ai acheté à des gens qui savent faire (et non, c’est pas Upian qui s’en est chargé, même si j’aurais aimé, mais j’ai pas les moyens). C’est du « Responsive Design ». En gros, ça veut dire que ça va mettre plus de temps qu’avant à se charger sur ton téléphone portable. Ça s’appelle le progrès. Get used to it. Ça ne m’empêchera pas de ne rien poster comme avant. Mais ça me permet de tester toutes les nouvelles options de WordPress, et c’est totalement fascinant. Par exemple, on peut intégrer directement une vidéo :

Whaouhou.

Cette vidéo nous apprend des choses très intéressantes en plus. Par exemple, savais-tu qu’il fallait 2 heures pour télécharger l’intégral du Los Angeles Times en 1981. Quand tu penses où en est 30 ans plus tard, ça fout les jetons, non ?

Ce que j’aime le plus dans ce reportage (qui n’a d’ailleurs rien de neuf, puisqu’il est sur YouTube depuis 2008), c’est l’enthousiasme des mecs à la fin qui t’expliquent que « ça ne risque pas de rapporter de l’argent, mais vu que ça n’en coûte pas beaucoup… ». Eh bien une génération plus tard, le web ne rapporte toujours pas beaucoup d’argent. Mais à un détail près. Aujourd’hui, ça en coûte beaucoup plus qu’avant.

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Cahiers interdits (3) / Revenir au top

De 2011 à 2013, Gaston Petipetons était journaliste dans un magazine consacré à la télévision(1). Après son licenciement, il a disparu de la surface de la planète. Où ? Nul ne le sait. Quarante ans plus tard, en rangeant les affaires de son mari pour les mettre au grenier, sa veuve a retrouvé des cahiers qu’il rédigea tout au long de cette période et qui constitue un témoignage bouleversant sur le métier de journaliste au début de ce millénaire, à l’heure où la presse balbutiait sur Internet et où le modèle économique du « papier » périclitait lentement mais sûrement. Elle nous les a confiés. C’est ce que nous vous proposons de lire aujourd’hui.

Par respect pour son auteur, nous retranscrivons ces cahiers tels qu’ils ont été rédigés et dans l’ordre de leur écriture qui ne suit, semble-t-il, pas l’ordre chronologique des événements.

Que toutes les nouvelles générations de journalistes y trouvent ici un manifeste vibrant sur ce métier magnifique ainsi qu’une source d’inspiration pour l’avenir.

(1) la télévision était un support de projection (souvent familiale, installée dans le salon) qui permettait à tout un chacun de profiter de vidéos dans un ordre prédéfini par une série de producteurs regroupés ensemble sous l’appellation de « chaîne ». Un peu comme une liste de lecture sur YouTube aujourd’hui.

Le premier épisode.
Le second épisode.

Le boulot de journaliste

Lundi 23 avril 2012

Le journal est enfin sorti, je respire. J’ai quand même un peu peur de ce qu’il va se passer maintenant, mais au moins, la star a eu sa couverture.  Il y a deux mois, le chanteur en vogue K Ramel sortait un nouvel album. On a demandé une interview à la maison de disque et – comme d’habitude – un petit jeu de dupe s’est mis en place. Ça ressemble à du marchandage de tapis par téléphone. L’attaché de presse nous dit : « c’est ok pour l’interview, MAIS il fait la couverture du journal ». Alors, comme à mon petit niveau, j’ai aucune marge de manœuvre, je dois aller voir la chef dans son bureau qui dit en général : « C’est nous qui décidons de la couverture, pas eux ». Alors, je reviens au téléphone, je bafouille du : « Oui, non, peut-être, vous comprenez, c’est difficile de s’engager ». Alors, l’attaché de presse répond : « Très bien, pas d’interview ».  Conséquence, je retourne dans le bureau de la chef. Et ainsi de suite. Souvent, j’ai envie de dire à l’attaché de presse : « Appelle ma chef, elle te dira », mais la chef n’aime pas répondre au téléphone. Son objectif à elle est simple : avoir l’interview sans promettre la couverture. L’objectif de l’attaché de presse est simple : avoir la couverture. Mon objectif est simple : ne pas me faire virer.

Finalement, ma chef accepte la couverture. Enfin, c’est pas très clair, elle a pas vraiment dit « oui », on m’a surtout demandé de mentir pour avoir l’interview. On organise tout de même une séance photo  pendant laquelle il y a bataille entre le photographe et moi : je veux 45 minutes d’interview, mais le photographe veut deux heures pour les photos et on a l’artiste pour une heure et demi.

Après des palabres interminables, j’ai mon interview, on a les photos (reste encore à les faire voir à l’artiste pour validation) et, roule ma poule, tout est bon pour la couverture du numéro 1853. Cool, cool, cool.

Patatatras, l’artiste en question publie sur son compte Twitter une demi-heure après la séance photo : « Je fais la couverture du prochain magazine machin ».  Ce faux-pas devient le prétexte idéale pour ma chef : « On ne fera pas la couv sur lui ». Parce que dans la presse magazine comme la notre, on est à couteaux tirés sur les couvertures. C’est la clef de voûte de tout notre système. Et c’est un secret jalousement gardé par chaque titre. Une information confidentielle au plus haut point. Si un concurrent connaît notre couverture, c’est comme si Al-Qaeda avait vent des prochains tirs américains au Pakistan.

Finalement, avec trois semaines de retard (et quelques engueulades avec les attachés de presse), on décide tout de même de faire la couverture avec K Ramel. J’écris l’interview, je donne mon texte, je le réécris, il est validé et passe en maquette.

Pendant ce temps, ma chef, le directeur artistique et le rédacteur en chef adjoint cogitent sur la couverture. J’aime pas trop ça, car du coup, je suis en première ligne d’infanterie : une connerie, une erreur, quoi que ce soit, c’est pour ma gueule. Alors, quand on me convoque pour discuter de la phrase d’accroche, je suis dans mes petits souliers.

  • Gaston, tu peux venir ?, me demande-t-on
  • J’arrive. Oui ?
  • Qu’est-ce qu’il t’a dit K Ramel dans l’interview ?
  • Bah, pleins de trucs. Mais bon, j’ai quasi tout mis.
  • Dans tes chutes, il y a : « Je me suis battu pour revenir au top ! » ?
  • Je crois pas, non. Je vais vérifier.

Je retourne à mon bureau, réécoute l’interview. Vaguement à un moment, j’ai : « J’ai énormément bossé ces dernières années ». Je reviens, je le propose, mais ça grimace.

  • T’es sûr qu’il a pas dit : ‘Je me suis battu pour revenir au top’ ?
  • Bah non…, je réponds.
  • Mais c’est ce qu’il voulait dire, non ? C’est dans l’interview en filigrane ?
  • Oui, on peut dire ça, oui. Mais je lui ai pas demandé s’il s’était battu pour revenir au top.

Finalement, on me dit de changer une phrase de l’interview pour glisser cette réponse. Je change mon texte et j’écris : « J’ai beaucoup bossé pour renouer avec le public », je le donne à relire à ma chef, toujours au bureau du directeur artistique, affinant l’angle d’inclinaison de la police de l’accroche (un magnifique enculage de mouche qui doit changer drastiquement le nombre de vente).

  • Gaston, non. K Ramel a dit : « Je me suis battu pour revenir au top ». Donc, je veux que tu écrives : « Je me suis battu pour revenir au top ».
  • Mais, j’ai réécouté tout l’interview et à aucun moment il ne le dit.
  • Je ne te demande pas de réécouter l’interview. Je te dis qu’il l’a dit. Et maintenant, tu vas l’écrire.

couv

Night’s Watch

Couverture du Hollywood Reporter

Depuis quelques temps, je reçois de nouveau The Hollywood Reporter. La version « internationale » papier à laquelle je m’étais abonné en 2007. A l’époque, j’utilisais le nom de famille de mon père, celui que l’Etat m’a donné sans me demander mon accord. Il s’appelait Jéroboam Pougnand et donc, moi, c’était Romain Pougnand, de fait.

Je recevais mon Hollywood Reporter au bureau, du côté de Puteaux. Et puis, j’ai arrêté l’abonnement, mais j’ai continué à recevoir les Hollywood Reporter. Finalement, les fichiers ont dû être mis à jour, ils ont dû s’apercevoir que je n’étais plus abonné et je n’ai plus reçu le journal. J’avais obtenu quelques mois de rab sans payer, j’étais déjà bien content. Ensuite, j’ai été licencié, puis réengagé par la même société (Les Editions Martinthiéry) qui, entre temps, avait déménagé. Affecté à un autre journal, Hortensia Magazine, j’ai de nouveau commencé à recevoir la gazette d’Hollywood. Pourquoi, j’en sais rien. Mais – plus étrange – l’adresse avait été mise à jour. Il va sans dire que je n’avais pas fait la moindre démarche, vu que je ne payais plus d’abonnement. Mais, bon, je me suis dit que c’était le service courrier qui avait dû s’en charger. Bref. Ça a duré pendant trois mois avant que cela cesse encore (j’ai dorénavant une théorie, mais elle est diffamatoire, je la garde pour moi).

Les deux années suivantes, plus de nouvelles du Hollywood Reporter.

Soudain, en février, j’ai changé de journal. Je suis parti de Hortensia Magazine pour BTP & Logistique, toujours aux Editions Martinthiéry.

Et en chemin, j’ai décidé de prendre le nom de ma mère, Réguidon. En vérité, j’ai juste commencé à signer Réguidon dans les articles que j’écrivais pour BTP & Logistique. Aucune démarche de ma part n’avait été entreprise. Autant dire qu’il n’y avait aucune possibilité de faire le moindre lien entre Romain Pougnand des hortensias et Romain Réguidon du BTP. D’ailleurs, pour mon employeur, je suis toujours Romain Pougnand. Dans les listings de l’entreprise, Romain Réguidon n’existe pas. La seule chose que j’ai faite : j’ai mis à jour ma page Facebook et encore je n’ai même pas précisé le journal pour lequel je travaillais dorénavant.

Et là, j’ai recommencé à recevoir The Hollywood Reporter. Comme si rien ne s’était passé. Mais, PARANORMAL ACTIVITY, il n’était plus envoyé à Romain Pougnand, mais à Romain Réguidon avec mention du journal BTP & Logistique.

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A ce jour, je n’ai toujours pas compris COMMENT le lien a été fait. Par qui ? Pour quoi ? Un complot franc-maçonnique ? Une interminable veille sur TOUS les abonnés (et ex-abonnés) de ce journal par des détectives privés ? Ou – plus probablement – le résultat implacable d’une surveillance accrue de mon activité sur les Internets par la NSA ?

Tremblez, chers lecteurs, car vous êtes sur le blog de celui qui sera bientôt – peut-être – le nouveau Julian Assange.

Cahiers interdits (2) / Délit de faciès

De 2011 à 2013, Gaston Petipetons était journaliste dans un magazine consacré à la télévision(1). Après son licenciement, il a disparu de la surface de la planète. Où ? Nul ne le sait. Quarante ans plus tard, en rangeant les affaires de son mari pour les mettre au grenier, sa veuve a retrouvé des cahiers qu’il rédigea tout au long de cette période et qui constitue un témoignage bouleversant sur le métier de journaliste au début de ce millénaire, à l’heure où la presse balbutiait sur Internet et où le modèle économique du « papier » périclitait lentement mais sûrement. Elle nous les a confiés. C’est ce que nous vous proposons de lire aujourd’hui.

Par respect pour son auteur, nous retranscrivons ces cahiers tels qu’ils ont été rédigés et dans l’ordre de leur écriture qui ne suit, semble-t-il, pas l’ordre chronologique des événements.

Que toutes les nouvelles générations de journalistes y trouvent ici un manifeste vibrant sur ce métier magnifique ainsi qu’une source d’inspiration pour l’avenir.

(1) la télévision était un support de projection (souvent familiale, installée dans le salon) qui permettait à tout un chacun de profiter de vidéos dans un ordre prédéfini par une série de producteurs regroupés ensemble sous l’appellation de « chaîne ». Un peu comme une liste de lecture sur YouTube aujourd’hui.

Le premier épisode.

Le boulot de journaliste

Jeudi 7 juillet 2011

Eh bien quelle aventure ! Il est 22h45. Je crois que c’est fini. Normalement, je ne récupérerai pas mes cartons. En tout cas pas cette semaine.

Ce matin, j’ai finalement pu interviewer Bruno, l’auteur du livre Les Coulisses du Tour. Le mec m’a raconté plein de petites anecdotes, c’était très sympa. Je n’ai pas annulé l’interview malgré les remarques du red’chef adjoint la veille parce que je me suis dit : « Ça me fera toujours mon encadré ». Malin. J’ai quand même tenté de savoir s’il n’avait pas l’intention de partir bientôt en camping-car et en famille à l’avenir… Voire même s’il comptait se faire immatriculer dans l’Essonne. Mais non. Ç’aurait pu. C’est con. « Le Tour », m’a-t-il dit, « c’est avec ma Peugeot, c’est comme ça depuis toujours ».

Et puis, l’interview de François, mon retraité qui piste le Tour avec sa femme, Marie-Françoise, dans leur camping-car, a été avancé à 12h00. C’était carrément mieux.

Midi sonne, j’appelle, répondeur. 12h10, j’appelle, répondeur. 12h20, j’appelle, répondeur. 12h30, j’appelle Cofidis et je leur demande s’ils savent où je peux joindre François. Cofidis n’a pas que ça à foutre de me répondre, ils sont sur le Tour, mais ils me promettent que dès qu’ils l’aperçoivent sur la route, ils lui passent le message de regarder son téléphone. La modernité.

C’est à 15 heures, après plus de vingt essais infructueux que François décroche. Il empeste le pastis à travers le combiné. Et il m’explique qu’on a pas beaucoup de temps parce que le peloton va passer et que KKRZRKRKKZKZKRKKKRZ. Ça coupe. Je rappelle. Le jeu dure une dizaine de minutes. L’interview est plutôt surréelle : sa femme, derrière, n’arrête pas de lui dire que « Ça y est, ils arrivent », à chaque fois François veut raccrocher, à chaque fois, je sauve la situation, mais je me demande vraiment pourquoi vu qu’il ne répond pas à mes questions et qu’il jure une phrase sur deux. Au bout d’un moment, le peloton passe vraiment, et là, François raccroche définitivement.

J’ai un ersatz d’interview qui – en tirant à la ligne – devrait faire 1200 signes. Max. Heureusement que j’ai Bruno en back-up. Fort de cette réussite, je retourne voir mon red’chef adjoint…

Homme

  • J’ai eu les interviews. François, le retraité, et Bruno.
  • C’est qui Bruno ?
  • L’auteur du bouquin.
  • Mais je le veux pas, lui.
  • Oui, mais l’interview de François, c’est pas top top.
  • C’est-à-dire ?
  • C’est-à-dire qu’une fois qu’ils m’ont dit qu’ils suivaient le Tour de France en camping-car, la conversation n’est pas vraiment allée plus loin. Ils n’avaient pas grand-chose à me dire. Du coup, on pourrait faire : François et sa femme qui font le Tour de France avec leur camping-car en leader et, en encadré (je place mon astuce), Bruno et son livre.
  • Mouais, dit mon red’chef adjoint, pas très convaincu.
  • Et en plus, je te fais « Le Tour en chiffre ». Pour le même prix.
  • Mouhoqué.

Ni une, ni deux, je rédige mes papiers, et paf, je les envoie.

  • Gaston ? Gaston, tu peux venir voir ?
  • J’arriiiiiiiiiiive.

Homme

  • C’est… C’est tout ce qu’ils t’ont dit ?
  • Bah oui…
  • Eh bien, c’est pas très intéressant…
  • Je sais.
  • Écoute, on envoie comme ça pour le moment, et on regarde ça. Tu donnes la photo à la maquette ?
  • La photo ? Quelle photo ?
  • La photo des retraités devant leur camping-car.
  • Mais j’ai pas de photo.
  • Ils en avaient pas ?
  • J’en… J’en sais rien.
  • Eh bien, il en faut une ! Comment on illustre l’article sinon ?
  • Je sais pas : des photos de camping-car !
  • Mais il faut leur photo puisqu’on les interviewe ! Ils n’ont qu’à en faire une avec leur portable et te l’envoyer par mail ?
  • Ils ont 70 berges, ils regardent le Tour, je crois pas qu’ils soient à jeun et ils sont dans un putain de camping-car sans Internet.
  • Gaston. Il faut leur photo. Débrouille-toi. Envoie un photographe sur place qui les trouve et les photographie.

Je retourne à mon bureau, reprends mon téléphone, et je passe l’après-midi à tenter de joindre François qui ne me répondra pas. J’essaie de booker un photographe pour me trouver François et Marie-Françoise. Personne n’est libre. J’appelle Cofidis, j’explique mon problème :
– Voilà, les retraités que vous m’avez permis d’interviewer. Par PUR hasard. Vous ne les auriez pas en photo ?
– Ah, je peux regarder ça ce soir, après l’étape, c’est possible.
– Si vous en avez, prévenez-moi au plus vite sinon, je dois envoyer un photographe sur place pour les prendre en photo et comme ils ne répondent pas et que j’ai aucune idée de l’endroit où ils sont…
– Bien sûr.

Depuis le début de la soirée, je regarde donc constamment mon mail et enfin, ça y est, à 22h42, j’ai reçu une photo. Mon contact m’explique : « J’ai cherché une photo de François et de son camping-car, mais je n’en trouve pas. J’ai juste François et sa femme au bord de la route habillés en supporters. Je vous joins quand même la photo. Si demain c’est encore possible, on peut vous en faire une ». J’en étais là quand j’ai commencé à écrire ce texte. Allez, j’ouvre la photo, je croise les doigts. Avec un peu de chance, le camping-car n’est pas loin, derrière, on voit peut-être le capot.

François et son camping car

Et merde. Ça ne va pas le faire.

Vendredi 8 juillet 2011

Le vendredi, c’est le jour de la conférence de rédaction. Je déteste ce jour-là. Je dois proposer des sujets dits « technos », mais j’ai pas bien compris ce qui relevait exactement du « techno » dans le cadre d’un journal télé. Du coup, je parle des tablettes et des services web des chaînes en général et puis de l’écologie, de la nature, de la science…

En réalité, j’ai l’impression que le moment où je prends la parole, c’est l’instant « détente-humiliation » de ma red’chef. Parfois, quand c’est mon tour de présenter mes sujets, elle sort de la salle en disant : « Continuez sans moi » et quand elle reste, elle fait des réflexions type : « Pffff », « N’importe quoi », « C’est pas vrai, chez moi ça marche », « Je ne comprends pas », « C’est pas clair », « Dépêche-toi », « Va plus vite », « C’est long », « Ok, next ». Mais le plus souvent, elle joue à Angry Birds. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est elle qui le raconte dans les bouquins qu’elle a écrits.

Quand je suis arrivé ce vendredi, donc, avec la boule au ventre à cause de la conf de rédac, j’ai retrouvé mon red’chef adjoint et je lui ai montré l’unique photo de mes retraités. « Et tu n’en as pas d’autres ? Parce que ça va faire vraiment le journal du troisième âge : on a Jeanne Moreau la page d’avant et Marthe Villalonga la page d’après ».

J’ai des cernes sous les yeux qui touchent le plancher, les cheveux plus plats qu’une limande, ça allonge mon visage, on dirait que je viens d’enterrer toute ma famille alors le red’chef adjoint, magnanime, consent un : « Non, mais ça va aller ».

Du coup, changement de plan : le Bruno qu’on m’avait refusé passe en pleine page, les retraités sont relégués en bas de page. Et finalement, j’arrive quand même à caser mon encadré « Le Tour en chiffres ». Et je crois que je vais passer mon week-end à dormir.

Un Tour à la page

(Il va sans dire qu’à la dernière question posée à Bruno, les SR ont écrit : « (il sourit) ». Vu que j’étais au téléphone, je n’en ai pas la moindre idée s’il a souri. Si ça se trouve, il ne voulait VRAIMENT pas que je l’écrive).

A la fin de la conférence de rédaction, on a distribué les sujets de la semaine suivante. J’ai eu le droit qu’à du facile : « Charlène et Albert : Déjà en froid ? », une interview de Natacha Amal (où elle doit me dire tout le mal qu’elle pense d’Ingrid Chauvin qui ne l’a pas invité à son mariage) et les nouveaux jeux de l’été: « Money Drop » et « Connaissez-vous bien la France ? ». Easy, mec.