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Catégorie : Explication de texte

Les Animaux fantastiques : C’est le zoo

Depuis mon retour d’Écosse (c’était génial), j’ai décidé de regarder et de lire tous les Harry Potter (car ça se passe en Écosse). Ce que je n’avais jamais fait et c’est très sympa, mais vous devez le savoir puisque vous les avez forcément vus et lus depuis belle lurette.

Et comme quand je fais un truc, je m’y mets à fond (un jour, j’appliquerai cette devise au boulot), je suis aussi allé voir Les Animaux Fantastiques qui est une espèce d’histoire “dans l’univers” de Harry Potter, c’est-à-dire avec des sorciers et des sorcières.

Cette fois-ci, un sorcier Britannique débarque aux États-Unis avec une valise pleine d’animaux fantastiques (d’où le titre du film). Malheureusement, certains de ces animaux s’enfuient et c’est la catastrophe en ville.

Toute cette partie de l’histoire est drôlement chouette (bon, je ne vais pas vous dire que ça casse forcément trois pattes à un canard) (remarquez, vu le bestiaire, il y aurait pu en avoir un) (de canard à trois pattes), les effets spéciaux sont réussis (enfin, je n’étais pas fan de l’hippopotame) (j’arrête avec les parenthèses), c’est marrant et imaginatif pendant une heure quarante. Bref, j’étais content.

Et puis, patatras !, ça devient indigeste comme un kouglof aux amandes. Une histoire parallèle devient principale et on est parti pour vingt minutes d’explosions interminables dans le métro, façon blockbuster de super-héros, qui s’enchaînent avec un quart d’heure de conclusions inutiles autour des quatre personnages principaux au cours desquelles on sait exactement ce qui va se dire à la virgule près.

Malgré ma déception sur la fin du film, en rentrant chez moi, j’ai décidé de terminer le sixième épisode de la saga du petit sorcier… Et Dumbledore meurt ?!? WHAT ? J’ai chialé toute la nuit.

Star Wars Rogue One : la tour de l’ennui

Dans la vie, il y a les bons films et puis il y a Star Wars. Eh oui, je ne vous l’avais pas dit, car j’ai du respect pour vous, mais je suis allé voir Star Wars Rogue One.

Attention, je vais divulgâcher sévèrement.

Mis à part la mort de tous les personnages (mais depuis que Game of Thrones est passée par là, ce n’est plus vraiment subversif), c’est un vrai film Disney. À savoir : un seul et unique objectif TOUT DU LONG. Et cet objectif, on SAIT qu’il est réussi avant même le début du film puisqu’il s’agit d’envoyer les plans de l’étoile noire, la terrible arme de l’Empire, à la Rébellion. Or, ces plans sont ceux cachés dans R2D2 au tout début de La Guerre des étoiles : Un Nouvel espoir par la Princesse Léïa en 1977. Ça NE PEUT PAS rater, donc on allonge la sauce et on l’allonge et on l’allonge comme ce texte.

Et tous les prétextes sont bons. Ainsi, les plans sont sur un disque dur qui se trouve dans une tour radar dotée d’une gigantesque parabole sur son toit. L’héroïne va dans la tour, mais pour y entrer, il faut que son pote branche un câble. Le pote court brancher le câble, mais DAMNED ! Le câble est trop court, il doit faire le tour par l’autre côté. Ça pétarade dans tous les sens, mais dix minutes plus tard, il branche le câble (ouf). Il meurt.

Elle entre dans la tour. Là, le disque dur avec les plans est caché dans une gigantesque armoire à disque dur cylindrique de plusieurs centaines de mètres. Elle s’installe devant le centre de commande et fouille grâce à un bras automatisé TOUS les disques durs les uns après les autres.

Vingt minutes passent (au cours desquelles les stormtroopers débarquent par paquet de dix) avant qu’elle ne le trouve ! BINGO ! Rha, mais ZUT ! QUELLE GUIGNE ! Le bras automatisé vient de se casser. C’est ballot… Elle doit donc escalader l’armoire pour le récupérer.

Ça y est, elle l’attrape ! Il ne reste plus qu’à le mettre dans le lecteur pour transmettre les informations grâce au radar. Sauf que l’appareil qui fait ça (et qui devrait en toute logique se situer dans le même centre de commande où elle était), bah il est touuuuuuuut en haut de la tour. CROTTE ! Elle monte donc à la force de ses bras, sort sur la plateforme extérieure, va juste sous la parabole où elle débusque l’emplacement marqué : « Système d’envoi de plans cachés dans un disque dur par radar » (voir l’image en en-tête). Elle y glisse le disque dur, ça compute et là, CARAMBA !, il faut calibrer le radar. Et le calibrage du radar n’est évidemment pas au même endroit que le système d’envoi, non. Le bouton est à l’autre bout de la plateforme sur une putain de poutrelle qui donne dans le vide (voir l’image ci-dessous).

Non, mais qui a conçu cette tour radar ???

Elle y va et juste après avoir appuyé sur le bouton de recalibrage, elle doit repartir à l’opposé pour appuyer sur le bouton de transfert. Sauf que le grand méchant arrive et on est parti pour quinze minutes de palabres stériles. Bon, sans surprise, il meurt, elle retourne devant le bouton et appuie ENFIN. Les plans sont transmis ! Whouwhou ! Elle meurt. À ce moment, j’ai sabré le champagne.

Et ça a pris combien de temps ? 2h20 de ma vie ? Un beau gâchis.

Booking, la réservation d’hôtel sous adrénaline

Vous êtes fan de reco, big data et smart graph pour améliorer votre RIO ? Vous ne jurez que par la sérendipité psycho-cognitive qui sera le salut de votre force de vente ? Vous n’avez rien compris. Pour vendre, il n’y a que deux recettes :
– 1. la flatterie (“Je n’ai plus ce pantalon en 40, mais seulement en 36. Oui, c’est un peu serré et vous avez du mal à respirer, mais regardez votre taille de guêpe. Non, franchement, le 40, ce serait beaucoup trop grand”)
– 2. l’urgence (“C’est le dernier modèle en taille 36 de toute façon, ensuite, on arrête la collection, on brûle le magasin et on part élever des chèvres dans le Larzac, c’est l’opportunité d’une vie, ce pantalon”)

Et à ce jeu de l’urgence, le champion toutes catégories sur Internet, c’est Booking.

L’autre jour (c’était probablement un mardi), je cherchais avec des amis un hôtel à Glasgow début décembre. Glasgow en décembre, que je vous raconte, c’est froid, pluvieux, venteux et mort. Bon, j’exagère un peu, mais c’est quand même pas la destination touristique du moment. On se rend sur Booking pour épouiller les offres. Et là, nous sommes bombardés de messages qui expliquent l’URGENCE de notre situation : les chambres d’hôtel partent comme des petits pains. Ne réfléchissez pas, n’attendez pas : “Forte demande !” “Dépêchez-vous !” “Encore une réservation de faite !” “60% des hôtels sont déjà réservés pour cette ville !”… (c’est petit, mais vous pouvez cliquer sur les images) :

Forte demande !

C’est simple, je peux voir le nombre de chambres diminuer minute après minute, un peu comme la batterie de mon iPhone quand je l’utilise.

Et le troisième hôtel proposé est déjà complet. Le STRESS. Parce que personne n’a envie de roupiller dans la rue par -12°C.

Bon, évidemment, comme la majorité des gens, on sait très bien que Booking se fout de notre gueule. Il n’empêche que l’angoisse de ces pop-up et messages en permanence est vite contagieuse.

Mais comme on est plus fort que le système, on n’a rien réservé. YOLO.

En revanche, pour rigoler, on a tenté plein d’autres destinations et validé notre hypothèse que le troisième hôtel est systématiquement complet (à quoi ça sert de nous informer qu’un hôtel est complet ? à nous faire PEUR !). On tente Lyon pour mars prochain. Bingo : “Établissement réservé 18 fois ces quatre dernières minutes, dépêchez-vous, plus qu’une chambre de disponible, après ce sont des tréteaux dans un gymnase”. Troisième hôtel complet.

Urgence !

Je cherche le top 10 des villes les plus dangereuses au monde. Au hasard, je prends Ciudad Juárez au Mexique :

Viiiiiiiiiiiiiite !

“Plus que 5 disponibles sur notre site !”. Et le troisième hôtel… Bah complet, bien sûr.

On se met alors à chercher la pire ville au monde. Et l’un de notre groupe débusque un bled dont je n’avais même pas idée de l’existence : Norisl’k en Sibérie. Et Norisl’k, je vous l’assure, c’est vraiment pas l’endroit où vous iriez faire la fête (les citations en italiques proviennent de la page Wikipedia)

De la neige toute l'annéeNorilsk a été fondée parallèlement au Norillag, une branche du Goulag.

Des enfants qui rientSituée au nord du cercle polaire arctique, elle est considérée comme la ville de plus de 100 000 habitants la plus septentrionale et la plus froide du monde.

Des voies rapidesLa ville et son complexe industriel polluent autant que la France entière.

Dans le bain100 000 hectares de toundra, sur un rayon de 30 km autour de la ville, sont brûlés par les pluies acides et les émanations toxiques. L’herbe y pousse très peu et les arbres sont desséchés. Les poisons industriels s’insinuent partout. En été, quantité de baies sauvages (mûres, myrtilles, cassis, groseilles…) et de champignons poussent, mais sont chargés en métaux lourds.

Ça tient encoreEn 2015, 7 % des immeubles de la ville sont insalubres, et certains s’émiettent, mais près de 1 200 familles y vivent toujours.

Une architecture rianteEn janvier, la température maximale moyenne est de -23,6°C.

Mais si vous voulez réserver un hôtel cet hiver pour l’une des trois bonnes raisons inventées proposées par Booking (“Musée, nature, balade à la campagne”, balade aux métaux lourds ?), n’attendez plus !

Vive la nature

Bref, pour faire du chiffre, amis du marketing, arrêtez de croire qu’il faut du big data et des algorithmes compliqués. Il suffit juste d’effrayer les gens : foutre des messages d’alerte à tout va, afficher au hasard trois hôtels dont un complet, et paf, vous devenez le numéro 1 dans votre domaine. Chapeau, Booking !

Ken Bone : haro sur le héros

Depuis dimanche dernier, l’Amérique et Internet se sont trouvé un nouveau héros : Kenneth Bone. Si vous êtes sur ce blorg, vous en avez forcément entendu parler, c’est ce gros type sympatoche et rondouillard avec un gilet rouge qui a posé une question qui a “élevé” le débat selon la grande majorité des journaux : du New York Times au Washington Post à Libération en passant par Slate, 20 Minutes et (je n’ai pas vérifié, mais très certainement) Direct Matin. Il a aussi été invité sur tous les plateaux de télé US.

Et puis, avant-hier, Ken Bone a eu une idée de génie : il a fait un AMA sur Reddit (un AMA c’est un “Ask Me Anything” : on pouvait lui poser toutes les questions qu’on voulait) (Reddit, c’est une plateforme de partage de contenus) (vous êtes lourds ou vous le faites exprès ?). Sauf que Ken Bone a été con : il a utilisé son ancien blase (StanGibson18) plutôt que de se créer un nouveau compte.

Conséquence de cette légèreté, un journaliste de Gizmodo a eu l’illumination fabuleuse de remonter son historique sur Reddit. Et – mon Dieu ! – Ken Bone avait commenté une photo sur le forum “bodyperfection” en disant qu’une femme était belle. Il a aussi dit que sa vasectomie, c’était super et deux trois autres trucs dont en vrai je n’ai rien à foutre, ce n’est pas pour ça que j’écris ce post.

En fait, deux choses m’énervent à m’en faire péter l’élastique de mon slip dans cette histoire.

D’abord, c’est que la question de Ken Bone est bête. Vraiment bête. Et s’il a eu cette gloire, c’est parce qu’il est rondouillard et qu’il a un gilet rouge. Et c’est tout. Ne pas le voir, c’est déjà une erreur dans laquelle quasiment tous les journalistes sont tombés sauf Gizmodo, sous la plume de Sophie Kleeman. Pourquoi sa question est bête ? Je vous explique.

Il demande aux candidats comment conserver son job (qui est de travailler dans une mine de charbon pour produire de l’électricité) TOUT EN s’assurant que le réchauffement climatique cesse. Ce n’est pas possible. Ken Bone devra changer de travail. Si vous ne comprenez pas, je vous refais la question en mode bobo pour que ça vous soit accessible

Mme hidalgo, qu’est-ce que vous comptez faire pour arrêter les automobilistes dans Paris de nous pourrir avec leur pollution sachant que je suis un conducteur forcené et que je refuse de ne pas prendre ma voiture ?

Vous pigez mieux ? Bravo.

Ensuite, et c’est vraiment ça qui me rend fou, c’est cette histoire de transformer Bone en paria parce qu’il n’est pas un putain de saint. Et c’est à nouveau Gizmodo, comme je l’expliquais en préambule, qui a eu l’idée géniale de fouiller son historique. Sauf que cette fois-ci, c’est William Turton l’auteur de l’article. Voici sa photo :

William Turton

Pourquoi Gizmodo, blog plutôt consacré à la science, publie une telle merde ? Je n’en sais rien. Turton a été recruté en avril dernier pour couvrir des sujets autour de la cybersécurité et le monde des hackers (son acte de gloire, semble-t-il, est d’avoir interviewé l’équipe qui a piraté Xbox Live en 2014, autant dire un truc dont on a absolument rien à foutre). Mais n’oublions tout de même pas que Gizmodo appartient au même groupe que la plateforme-poubelle Gawker (site qui a fermé il y a quelques semaines) où l’article de Turton aurait eu toute sa place.

Et bien sûr, tous les journaux qui s’étaient enflammés en béatifiant Ken Bone ont repris cette information totalement stupide pour le broyer dont des journaux “sérieux” (New York Times, Slate, Le Monde…)

Et ce Turton, qui doit se branler la nouille devant les RT et les likes, pense certainement qu’il mérite le prix Pulitzer parce qu’il a fouillé un historique du web.

Ça me SIDÈRE. Cette facilité d’accès à des informations totalement stériles grâce à Internet fait croire à des journalistes comme Turton qu’ils sont des descendants d’Albert Londres. Désolé William Turton, mais toi et les tiens, vous êtes de la grosse merde. Ta Google enquête sur Ken Bone est pourrie. Regarde plutôt ton propre historique avec tes putains de “two girls one cup” que tu mates en “private tab” persuadé de niquer le système et d’être un informaticien de génie.

Voilà ce que m’inspire l’affaire Bone : une totale absence d’empathie humaine pour faire un article pute à clic. Rien de nouveau, mais ça me débecte. D’autant plus quand tous les vrais et grands journaux reprennent l’information. Ceux qui s’engouffrent dans ce chemin n’ont pas de race et devraient rendre leur carte de presse. La lie de l’humanité, c’est celle qui a cru faire un bon coup en fouillant les poubelles du web de Ken Bone.

Mais le plus drôle, c’est que la seule vraie bonne réflexion sur Bone, c’est que sa question était naze, mais quand il faut réfléchir, ça fait moins vendre qu’un historique de cul.

Allez tous crever.

Les Erreurs du marketing : DON’T FEED THE TROLL (et la NSA)

Ça fait quelques mois que je veux écrire sur ce blorgue, mais j’ai une motivation proche du zéro absolu (ce qui nous fait dans les -270°C tout de même, autant dire qu’il fait un peu frisquet, je vous encourage à prendre une petite laine).

Et puis, il arrive que, parfois, quand on n’a pas d’idée, soudain l’idée vient à vous.

Ainsi, en avril dernier (c’était il y a deux posts, autant dire que je ne suis pas vraiment au taquet dans la rédaction d’articles), j’ironisais sur une offre promotionnelle organisée par Heineken et Uber. Si vous achetiez une bière Heineken, Uber vous offrait 5 euros sur une course pour rentrer chez vous. Cette offre avait pour objectif de promouvoir la consommation responsable d’alcool et surtout sur l’importance de ne pas prendre sa voiture après avoir bu.

C’est à lire ici dans son intégralité. Ce que je trouvais très drôle, c’est qu’on proposait aux gens de “se responsabiliser sur la consommation d’alcool” en leur suggérant de boire un verre. De plus, j’ai été prévenu de cette offre à la fin de ma soirée, en ouvrant l’application justement pour réserver un VTC. J’y avais vu comme une incitation à un “dernier petit coup pour la route”.

Après la publication de l’article, j’ai eu un commentaire de Raph (spécialiste de la fermentation de houblon) qui critiquait la bière en question et j’ai renchéri :

Deux commentateurs inspirés

Et puis plus rien, le monde a continué de tourner, l’offre a dû s’arrêter et j’ai repris mon petit bonhomme de chemin sur l’autoroute de la vie.

Mais voilà qu’hier, un mail m’alerte ! Un nouveau commentaire est en attente sur cette notule. J’ai d’abord pensé à du spam (souvent, quand un commentaire arrive six ans après un article, c’est pour vendre des Louboutin ou des Rolex avec une tripotée de mots-clés débiles).

Pas du tout.

C’est un “honnête lecteur” un peu surpris de ma diatribe expéditive contre deux entreprises très cool qui veulent nous aider à mieux vivre, l’une en nous abêtissant avec de la levure fermentée, l’autre en exploitant des autoentrepreneurs en quête d’ascenseur social.

Son auteur Pat (le prénom a été changé), me tutoyant, s’étonne d’abord :

"Intéressant, mais c'est de la merde"

Il n’a pas l’air content, car Heineken est très certainement sa bière favorite. Moi aussi ça m’énerverait si on me disait que la London Pride à la pompe en Grande-Bretagne est dégueulasse. Je continue :

En plus, t'es con

Mais dites donc ! C’est qu’on est sacrément renseigné ! Bah moi, Pat, je n’ai pas dû aller dans un bar partenaire, j’ai eu l’information au moment où j’ai ouvert l’application. Et je n’ai pas fait des recherches pour savoir comment ça devait fonctionner en réalité. Déso, déso.

Toutefois, malgré les smileys, je sens comme un fond d’agacement de Pat. Je ne sais pas, comme s’il y avait quelque chose de l’ordre du ressenti entre lui et moi. Si ça se trouve, je lui ai fait une crasse sans même m’en rendre compte…

En tout cas, il a raison, “faire le buzz”, c’est l’objectif de ma vie. Sinon pourquoi j’aurais un blorgue avec 12 lecteurs ? (Certes, les meilleurs lecteurs de la planète, mais seulement douze quand même, alors pour ce qui est de la viralité de mon post, Pat, détend-toi) (Tu permets, je te tutoie, il semble qu’on se connaisse.)

Quant à sa réflexion sur le souhait que j’aurais émis que Uber et Heineken me paient toute la course jusqu’à chez moi, je ne sais même pas où il l’a lu. D’autant que j’écris “5 euros, c’est toujours bon à prendre”.

Pat décide donc d’enfoncer le clou :

Et tu sais pas compter

Ok. On est donc TRÈS TRÈS bien renseigné ! On fait des calculs et tout et tout. C’est beaucoup d’efforts pour un commentaire sous un post obscur qui date d’il y a six mois sur un blorgue sans lecteur !

Forcément, ça donne envie d’en savoir plus sur Pat…

Avec l’adresse IP qui a posté le commentaire, je remonte à Francfort. Malheureusement sur un serveur Cisco. Et un traceroute m’emmène sur Hetzner.de, genre d’OVH local puis vers GTT.net, une société américaine qui fournit notamment des services de VPN. Bref, une voie de garage.

Sherlock enquête

Mais heureusement, j’ai l’adresse email. Ça semble mal barré parce que c’est une lettre puis “pat” puis quelques chiffres. Même pas sûr que ce soit une vraie. Google me propose donc des liens qui vendent des licences de plaques américaines. Pas palpitant, mais deux résultats attirent mon regard. Il s’agit de liens vers le site “BuddyFetch”. Mon meilleur ami a, semble-t-il, partagé (ou s’est fait récupérer) son profil Skype sur ce site qui me donne son prénom, son âge et même son nom de famille.

Bon, ensuite, retrouver le profil Linkedin n’est qu’une formalité et… BINGO !

Mon ami Pat qui avait l’air TRÈS au courant de l’opération Uber / Heineken n’est autre qu’un type bossant au service marketing de la marque de bière et qui “se passionne toujours dans ce qu’il entreprend”. Un peu trop, parfois, ai-je envie de dire…

Une affaire rondement menée

Ça explique en tout cas sa colère pleine de smileys sur mon commentaire de consommateur averti (s’il savait que j’en achète régulièrement, parce qu’en ratio qualité / prix, c’est quand même le plus pratique, il serait FOU).

Je ne saurais dire s’il voulait avancer masqué ou pas. Si ça se trouve, il ne s’est pas douté de ce que l’on peut découvrir avec une simple adresse mail. Mais il aurait mieux fait de se déclarer officiellement de la société. Quoique ça lui aurait probablement enlevé la possibilité de poster un message passif agressif (comme on dit dans Cosmo ou Elle).

Allez, Pat. Sans rancune. Je t’offre une bière ?

Art du marketing : le bonimenteur psycho-cognitif

J’ai souvent l’impression qu’on nous prend pour des truffes, et je crois que la grande majorité du temps j’ai raison.

Donc, dans la longue liste des sociétés qui vendent de la fumée, voici Oorace. Je ne sais pas si vous connaissez, mais cette société propose un service de recommandation sur Internet. Enfin, je crois. En réalité, je n’ai pas vraiment compris. Ou plutôt, j’ai trop bien compris.

Petit laïus liminaire aux gens qui ne s’intéressent pas à la question
Quand on navigue sur Internet, des sociétés très bien intentionnées regardent sur quoi on clique, d’où on vient et où on va, et affichent de la publicité en conséquence.
Fin du laïus

Généralement, ce sont des algorithmes qui calculent très savamment quelles pubs affichées selon les recherches que vous avez effectuées et une palanquée d’autres paramètres. L’idée, bien sûr, étant que vous achetiez le produit qui est proposé (ou qu’au moins vous cliquiez sur le lien pour vous rendre sur le site de la boutique). On ne peut pas dire que ça marche génialement, mais comme je fais partie des gens qui cliquent systématiquement sur la case : “Ne regardez pas sur quoi je clique pour m’afficher vos pubs, allez, soyez sympa, merci, bisou” », peut-être que les Criteo (le leader dans le domaine) et autres respectent véritablement ma décision (LOL).

Bon, mais tout ça, c’était AVANT. Je vous présente l’avenir, l’avenir s’appelle Oorace.

Et Oorace chamboule TOTALEMENT cette technique de recommandations grâce au principe de (attention, on active tout de suite le Bullshit Generator, y a du level) « Sérendipité Psycho-Cognitive® » (oui, c’est une marque registred, un truc comme ça, on ne voudrait pas que les gens vous le piquent).

« Hiiiiiii ! Mais c’est géniâââââââl. Qu’est-ce donc ? », vous entends-je crier devant mon clavier tellement c’est révolutionnaire. C’est un truc fabuleux qui explique que pour savoir ce que vous voulez vraiment acheter, il faut attendre le moment où vous vous baladez sur Internet sans rien chercher. Mais ce sont les fondateurs d’Oorace qui en parlent le mieux :

Psychotrucmachin

Prêt à laisser votre subconscient remonter à la surface grâce à des ancres cognitives ? Bravo ! Vous avez tout compris à Oorace. Mais comment donc ça marche ? Eh bien, vous ne vous en doutiez sûrement pas, mais vos clics disent tout de vous. Et notamment ce que vous ne dites pas. Plus fort encore, ces clics génèrent un « Wow ! Effect ». Et les recommandations d’Oorace concernent donc des centres d’intérêt non exprimés par l’individu pour procurer ce « Wow ! Effect » (oui, le bullshit generator carbure à toute vitesse).

Waouhou, l'effet !

“Ce que tu n’exprimes pas te rend plus fort”, disait Lao-tseu ou Marc Lévy, je ne me rappelle jamais.

Prenons donc un exemple, car c’est toujours plus clair avec des exemples. Je me balade sur Internet sans trop de buts. Pour 90% de la population des internets, ça signifie : “Je mate des vidéos de chatons sur YouTube ou des vidéos pornos sur YouPorn”. 9% s’instruisent sur Wikipedia. Et le 1% restant fait du tourisme avec Street View.

Avec un outil de recommandation traditionnel, on vous proposerait de la bouffe pour chaton, un lien vers un sex-shop, une encyclopédie Larousse ou bien des tickets d’avion. Nul. Nul. Nul. Grâce à Oorace, on peut ainsi voir une pub pour une promo boudin blanc chez Leclerc parce que l’algorithme aura compris dans votre absence de clics sur des photos de boudin blanc que vous aviez faim ou bien un lien vers l’achat d’une Lamborghini en 12 mois sans frais parce qu’au fond de vous, c’est votre rêve secret.

Mais attention, il est indispensable pour que l’achat se concrétise que la pub apparaisse au bon moment (c’est la contrepartie du « Wow ! Effect » et la « pierre angulaire du principe de Sérendipité Pyscho-Cognitive® »). Pour cela, Oorace propose deux modes. Le mode « push » qui déclenche « la décision d’achat grâce à une recommandation sous forme d’un slider » -> ORIGINALITÉ ET EFFET SURPRISE INSIDE. Et le mode « retargeting » qui « favorise le retour raisonné vers l’achat ».

Le bon moment

J’imagine la réunion au service marketing d’Oorace :
Jean-Baptiste : What does this bullshit mean ?
Jean-Daniel : I don’t know and I don’t give a fuck. But it sounds great.
Frédéric Beigbeder : Yeah, it sounds fucking great. Why are we speaking in English ? Let’s sniffe some cocaïne.
Jean-Yannis : Because, everything sounds better in English. And this cocaïne is amaaaaaaaaazing.

En réalité, le truc le plus déprimant de toute cette entourloupe digne d’une arnaque nigériane, c’est que des sociétés croient réellement à cet amas de foutaises et dépensent des centaines de milliers d’euros pour des bandeaux publicitaires générés aléatoirement (pardon “des bandeaux publicitaires inattendus et liés à un centre d’intérêt non exprimé par le visiteur qui générera une émotion, car elle s’adressera à son subconscient”).

Y a des ancres cognitives dans la gueule qui se perdent…

Les Grandes erreurs du marketing (19) : boire, c’est Uber

Hier soir, j’étais en train de boire un verre avec quelques amis quand, le temps passant si vite, je me mis en quête de rentrer en mon logis.

“Par la malpeste !”, m’écriais-je, “Déjà minuit ?! Zut de zut, et ce RER en grève… Comment vais-je pouvoir retrouver mon lit ?”

Ni une, ni deux, mes amis me rassurent immédiatement : “N’as-tu donc jamais entendu parler d’Uber ?”. Mais bien sûr ! En plus, j’ai l’appli sur mon iPhone (dans vingt ans, cette phrase n’aura aucun sens puisque les mots “appli” et “iPhone” n’existeront plus).

Je tapote sur l’icône de l’application. Uber me propose un chauffeur, une course et une estimation du prix. Puis, soudain !, une fenêtre s’affiche et m’explique qu’Uber est une société responsable et qu’elle a à cœur de participer à mon bien-être.

“Uber et Heneken s’associent pour promouvoir la consommation responsable d’alcool et lancent une opération de prévention à Paris pendant un mois”, lis-je. “Cette campagne sensibilise les parisiens sur l’importance de ne pas prendre le volant après quelques verres. À cette occasion, Heineken offre 5 euros sur votre prochaine course Uber, pour un retour au départ de 50 bars partenaires.”

Uber, l'offre super

Intérieurement, je trouve ça un peu con-con : si tu es venu en voiture à Paris, tu ne vas pas lancer l’application Uber, donc tu ne seras pas au courant de cette offre promotionnelle. Et si tu n’es pas venu en voiture (ce qui a quand même statistiquement énormément de chance d’être le cas), je ne vois pas trop en quoi ces 5 euros vont te sensibiliser sur “l’importance de ne pas prendre le volant” ivre.

Mais bon, 5 euros, c’est toujours bon à prendre ! Alors comment fais-je pour y avoir droit ?

Facile :

Picoler plus pour être responsable

Je résume : pour nous sensibiliser sur la consommation responsable d’alcool, Uber et Heineken nous incitent à boire un verre de plus que tous ceux qu’on a déjà bus depuis le début de la soirée. Car évidemment, on ne lance pas l’appli d’Uber en arrivant dans le bar, mais lorsqu’on en repart, donc potentiellement avec un coup dans le nez.

Comment l’idée d’associer un “dernier verre pour la route” avec “consommer avec modération” a-t-elle germé dans l’esprit de la cellule communication et partenariat d’Uber et Heineken ? Aucune idée. Mais si ce trait de génie n’illustre pas tout l’art du marketing, rien ne le fera.

 

Les Grandes erreurs du marketing (18) : parler de son métier

Dans ma série titanesque des grandes erreurs du marketing, je voudrais m’arrêter aujourd’hui un instant non pas sur une pub foireuse, mais sur un domaine où les gens du marketing sont imbattables : le bullshit talking. C’est quoi le bullshit talking ? C’est donner l’impression que ce qu’on dit est hyper pointu parce qu’on empile tout un tas de mots (anglais) les uns après les autres comme d’autres enfilent les perles. Avec le résultat final que : a. ça ne veut rien dire ; b. tu noies le poisson pour justifier ton salaire à quatre zéros.

J’ai donc lu avec beaucoup d’intérêt l’interview “e-commerce” du directeur marketing d’un site internet qui vous loue des chambres d’hôtel. Cette interview existe, on la trouve sur le web, promis je n’invente rien, et je vais peu commenter, car elle parle d’elle-même. J’ai mis tout de même les passages importants en bleu grâce à un stabilo (mais je pense que plus personne ne sait ce qu’est un stabilo).

Bullshit Talking 1

On s’étouffera déjà dans la question de l’emploi du gérondif “impactant”, anglicisme qui heurte mes oreilles. On se demande pourquoi employer ce mot tout moche, car ce n’est pas comme si on manquait de nuances pour exprimer la même chose en français (au hasard : “la tendance la plus marquante, frappante, influente, forte…”). Mais c’est la réponse qui donne à réfléchir, surtout le premier point qui ne veut absolument rien dire (“plus de frontière online / offline, les brick et mortar”)

Bullshit Talking 2

Purée, mais quelle originalité, mec ! Ça, c’est sûr que citer Apple, c’est vraiment quelque chose d’assez puissant. Je dirais même que c’est impactant. Les deux premières phrases de la réponse, ça passe encore. Mais alors, sans arrogance aucune, le mec s’autopose des questions (“Pourquoi ?”) et y répond avec du bullshit talking de haut niveau avant de préciser sa propre pensée (c’est vrai qu’elle était remarquablement complexe) par une superbe transition “J’entends par là”. Et le plus génial, c’est que la précision faite n’est destinée qu’à embrouiller totalement le lecteur. La réalité, c’est que c’était trop clair et que le mec s’est dit qu’il fallait absolument rajouter une couche de merde avec une phrase imbittable pour donner l’impression de surfer au-dessus des autres.

Bullshit Talking 3

Ou alors, le mec, il fait un bingo avec ses potes : “C’est bon, j’ai placé Apple, ADN, ROI et Tailor Made, j’ai gagné !”. Au passage je ne sais pas si c’est l’auteur de l’interview ou si le gars a vraiment parlé comme ça, mais il manque de nombreux mots de liaison pour que sa dernière phrase veuille dire quelque chose d’un simple point de vue grammatical.

Faut que je me calme, je crois que je suis en train de m’énerver.

Bullshit Talking 4

Le mec a écrit “Tarif garanti” et promet de rembourser la différence. WAOUHOU. En gros, il reprend le slogan de Carrefour dans l’hôtellerie de luxe. Certes, il reconnaît “ne rien inventer”, mais putain, si c’est ça qui lui a permis de “booster son taux de conversion”, alors je vois pas bien à quoi ça sert d’aller dans une école à 15 000 boules l’année comme HEC pour pondre des conneries pareilles. D’ailleurs, je me demande sérieusement si, dans ces écoles, ils ont des cours de bullshit talking : “Comment cacher que vous êtes un tocard en six phrases clés et vingt mots-valises”. Je devrais faire un MOOC, tiens.

Et si quelqu’un a compris la dernière phrase (où le type marque 100kUSD, non mais sérieusement ?), je veux bien qu’il me l’explique. Rien pigé. Pourquoi une seule réponse (surtout aussi nulle que la sienne) ferait un trou dans le budget de l’intervieweur (à moins que le mec attende réellement 100 000 $ pour avoir eu l’idée géniale de rembourser la différence ?). L’intervieweur : “Merci, c’est fini”. Le mec : “Et mes 100kUSD$, y sont où ?”. Le pire, c’est que c’est bien possible…

PS Je tiens à préciser que je n’ai rien contre ce monsieur, j’ai juste une dent contre le cliché qu’il représente.

Le Hobbit 3 : Les cinq armées, c’était pas ma bataille

[tldr : Qui sont vraiment les orques ? Quels sont leurs réseaux ?]

Il y a un film à petit budget qui va sortir dans quelques jours (le 10 décembre exactement). C’est le troisième volet d’une grande fresque sociale et humaniste qui prône l’amitié entre les peuples et offre de beaux sous-entendus homosexuels, je veux bien sûr parler de Le Hobbit 3 : La bataille des Cinq Armées. Pas trop de spoilers à suivre (surtout si vous avez déjà lu le livre).

Résumé des épisodes précédents :

Un hobbit, Bilbo, est engagé par un magicien, Gandalf, pour aider un nain, Thorin à redevenir le roi d’une montagne, Erebor, qui abrite un trésor inestimable surveillée par un dragon, Smaug.

Eh bien, croyez-moi si vous voulez, mais avec ces deux lignes, Peter Jackson, le réalisateur, a réussi à faire trois films de trois heures chacun. Le talent, coco. Le talent (mais aussi beaucoup de ralentis). La conséquence, c’est qu’il ne se passe pas grand-chose dans chaque film. Dans l’épisode 1, ils traversaient une forêt, dans l’épisode 2, ils échappaient à des orques et voici donc l’épisode 3 où ils vont se battre.

Nous avions donc laissé Bilbo, Thorin et ses acolytes en haut de la fameuse montagne juste après avoir chauffé les oreilles de Smaug qui était parti se calmer en allant faire du shopping en ville, à Bourg-du-Lac.

Ça me rappelle (ça n’a rien à voir, mais je vous raconte ça pour le plaisir) quand mon beau-père était en colère après moi : il s’enfermait dans sa voiture et écoutait du Véronique Sanson. Bon, ben, Smaug, c’est la même chose, sauf qu’en plus il crache du feu.

Au bout d’une demi-heure pendant laquelle Smaug crame la moitié de la ville (« On m’avait dit que c’était les 7 jours en or du Printemps et y a pas de promo sur Hugo Boss ? Je suis fort courroucé, je vais tout brûler »), Bard, un type plus malin que les autres, l’achève en lui tirant une herse dans le bide. « Parfait », se dit le spectateur, « mais bon, il reste deux heures de film. Que va-t-il bien pouvoir se passer ? ». Des milliers de trucs.

D’abord, comme dans le livre, Thorin et ses amis vont récupérer le trésor. Parmi toutes les richesses qu’il contient, l’une d’elles intéresse particulièrement Thorin, l’Arkenstone. Mais genre, il est pas-sion-né. S’il avait été au collège avec moi, mes potes se seraient tous bien foutus de sa gueule avec sa passion pour les cailloux, soit dit en passant, parce qu’on est cruel quand on a quatorze ans. Comme y avait pas Thorin, c’est de moi dont on se moquait. Je pleure encore des larmes chaudes et bouillonnantes quand j’y repense.

Bilbo la trouve avant Thorin et la garde. Là-dessus, les habitants du Bourg-du-Lac viennent voir les nains pour réclamer l’aumône afin de réparer leur ville (qui s’est faite détruire par un dragon, restez concentré s’il vous plaît). Bard explique : « Avec la crise du logement à Bourg-du-Lac, les promoteurs nous assassinent : les devis de Bouygues Immobilier et Vinci sont exorbitants, soyez chics, filez-nous un peu de votre or ».

Mais Thorin refuse. S’ensuit un grand nombre d’embrouilles dans laquelle l’Arkenstone jouera un rôle important quand, finalement, les orques menées par leur chef Azog débarquent façon “On n’attend pas Patrick ?”.

(petite entorse à la mythologie de Tolkien, au passage, puisque normalement, dans le livre, c’est Bolg, le chef, fils d’Azog, justement, je dis ça, je dis rien). Donc, les orques débarquent et attaquent les nains, les humains et les elfes (qui étaient là aussi, mais juste pour faire jolis avec leurs oreilles pointues).

Sans surprise, le combat va être long et douloureux (comme ma b…). Car comme le dit Gandalf (ou un autre je ne sais plus) : « Ces orques sont des soldats redoutables, car ils ont été élevés pour combattre ». Eh bien figurez-vous que ces REDOUTABLES GUERRIERS tombent comme des mouches en pleine épidémie d’Ebola : un coup d’épée, ils décèdent ; une flèche, ils passent l’arme à gauche ; une tape de marteau, ils clamsent ; et – plus surprenant encore – ils trépassent également s’ils reçoivent sur la tête une toute petite pierre jetée par Bilbo. Contre toute attente, ce hobbit a une force impressionnante. Mais regardons plutôt cette table de comparaison et rions ensemble :

Comparaison de taille

Bref la bataille dure Longtemps, d’accord, mais comment cela peut-elle s’étendre sur une heure et demie ? Grâce à deux effets totalement stupéfiants.

Le premier, c’est le ralenti. Peter Jackson en colle partout. Un type meurt, paf, ralenti sur l’arme qui frappe, ralenti sur l’homme qui tombe, ralenti sur le méchant qui se félicite, ralenti sur les yeux de la victime, ralenti sur la paupière qui se ferme. Forcément, ça rallonge le film d’une bonne demi-heure.

Le second, ce sont les retrouvailles. Imaginez la scène. Un gigantesque champ de bataille (en fait, exactement le même que celui du Retour du Roi, avec un peu moins de monde peut-être).

Grosse baston

Un gigantesque champ de bataille, donc, avec des elfes, des humains, des nains et un gros paquet d’orques (il faut dire que les orques sont très nombreux, j’ai pas les chiffres, mais on parle de 10 000 selon la police, 100 000 selon la cellule de communication des orques). Oui, ça ne fait que quatre armées, mais il y a une armée surprise (la même que dans le Retour du Roi, d’ailleurs, mais son arrivée est encore plus inattendue). Soudain, un nain retrouve son cousin sur la zone de combat. Le cousin vient de décimer une centaine d’orques REDOUTABLES en se mouchant. Il y en a encore des centaines d’autres autour d’eux. Mais on s’en fout. Les deux nains taillent une bavette :

– Oh ! Cousin Machin ! Ça fait plaisir de te voir, et alors tu deviens quoi ?
– Bah ça va bien ! J’ai repris la forge du pater. Je tape sur du métal et ça me va bien. Je m’en sors pas mal, ça paie bien. Et toi, la famille ?
– Ça pousse, ça pousse. Ma dernière commence à faire ses dents, on ne dort pas trop, c’est pour ça que je suis arrivé à la bourre pour me battre, mais ça va passer.
– Faudrait qu’on s’organise une bouffe un de ces jours.
– Mais carrément ! On en parle après que j’ai tué ces milliers d’orcs en me grattant le doigt de pied ?
– Nickel. La bise à Durdinval.
– Merci, et on n’attend pas la prochaine bataille pour se voir, hein !

Je n’invente rien.

Le combat s’achève enfin après tout un pataquès à peine compréhensible (les orques ont fait une terrible ruse imbittable pour le spectateur, les nains se séparent en deux groupes, mais en fait restent au même endroit, j’ai rien compris).

Une amitié particulière

Et là, c’est le drame : Gubeva zrheg. (Non, je n’ai pas subitement parlé en orque, mais comme c’est un spoiler si vous n’avez pas lu le livre, je l’ai mis en ROT13, n’allez pas plus loin si vous n’êtes pas familier avec l’histoire du Hobbit).

Ralenti sur sa blessure, sa chute au sol, Bilbo qui court vers lui, Bilbo qui lui prend la main, Bilbo qui pleure, Thorin qui ferme les yeux, Bilbo qui regarde le ciel en hurlant : « Naaaaaaaaaan, pas lui ! ».

Retour au campement. Bilbo parle à un elfe, je crois.

– Vous êtes triste Bilbo ?
– Oui. Je suis tellement triste d’avoir perdu mon Thorin.
– Mais qu’est-ce qu’il était pour vous ?
– C’était… C’était mon… *sanglots étouffés* *silence*

Mais vas-y, Bilbo, crache-le morceau : vous étiez amants. Et pendant la longue traversée du Gondor, ça n’a pas sucé que de l’herbe à pipe, si tu vois ce que je veux dire.

Revenant chez lui, le cœur gros comme un camion, Bilbo reprend la même discussion avec Gandalf.

– Ça va aller Bilbo, pas trop triste ?
– Si, un peu quand même. Thorin, c’était… C’était mon…
– C’était votre quoi ?
– C’était… C’était mon…
– Votre quoi ?
– Mon… MON AMI. MON AMI. JUSTE mon ami. Pas mon amant. Arrêtez de me faire cette réputation dans tout le Comté, enfoiré de Gandalf. Je sais que le mec qui vous interprète est gay, mais vous ne me pervertirez pas avec vos pouvoirs d’homosexuels.
– Calmos, Bilbo. Calmos. Je demandais simplement. Si on a plus le droit de parler, je retourne dans ma carriole avec mon bâton magique et mes pétards. Venez me rejoindre, ça va être… explosif.

Explosion

Les Grandes erreurs du marketing (17) : juxtaposition foireuse

L’autre soir (c’était hier), je regardais ma compilation de publicités de la journée (j’enregistre systématiquement toutes les pubs chaque jour et je me les regarde pour le plaisir, comme dirait Johnny Hallyday). J’aime bien découvrir les nouvelles réclames, c’est toujours un moment de bonheur où mon cerveau se liquéfie en smoothie framboise melon banane. À chaque fois, je suis sidéré par le talent des publicitaires. Faire parler des animaux pour vendre de l’Orangina : quel génie ! Confondre Schweppes et sexe : quelle subversion ! Déguiser un type en biscuit : quel brio !

Et donc hier, je découvre la nouvelle pub pour le nouveau soin correcteur de Lancôme, baptisé “Visionnaire”. Rien que ça. Une femme est filmée de face avec des tas d’effets récupérés d’une vieille version de Final Cut Express tandis qu’un homme nous parle de ce soin incroyable tout simplement “fondamental”.

Et le texte est un vrai bijou qui ne veut absolument rien dire : “Nouveau soin correcteur visionnaire. Un soin nouvelle génération conçu pour la perfection augmentée. La peau est transformée en temps réel. Rides, pores, texture de peau sont corrigés”. J’ai cru que Lancôme venait de racheter Photoshop.

Du vrai n’importe quoi. Vas-y que je te fous deux mots l’un à côté de l’autre, je ne sais même pas ce que ça veut dire, ça fait classe. Dans la liste proposée par l’agence de pub, il y avait aussi : “Le soin nouvelle génération conçu pour l’élégance aiguisée”, “le glamour velu”, “la sublimité audacieuse”, “la plénitude gaufrée”, “le charme majoré”. Mais c’est “Perfection augmentée” qui a gagné parce que c’était parfait pour cette pub nouvelle génération conçue pour la connerie masturbée.